{"id":1144479,"date":"2026-08-23T17:29:27","date_gmt":"2026-08-23T17:29:27","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/1144479\/"},"modified":"2026-08-23T17:29:27","modified_gmt":"2026-08-23T17:29:27","slug":"les-etats-unis-ont-ramene-les-habitants-de-bikini-sur-leur-atoll-vers-1970-huit-ans-plus-tard-il-a-fallu-les-rembarquer-en-urgence","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/1144479\/","title":{"rendered":"Les \u00c9tats-Unis ont ramen\u00e9 les habitants de Bikini sur leur atoll vers 1970 : huit ans plus tard, il a fallu les rembarquer en urgence"},"content":{"rendered":"<p class=\"gpsb-badge__text\">Vous aimez notre contenu ?<\/p>\n<p><a class=\"gpsb-badge__link no-adv\" data-ad-skip=\"true\" href=\"https:\/\/google.com\/preferences\/source?q=sciencepost.fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener sponsored nofollow\" aria-label=\"Ajoutez-nous \u00e0 vos favoris Google\">Ajoutez-nous \u00e0 vos<br \/>favoris Google<\/a><\/p>\n<p>En 1969, Washington annonce solennellement que Bikini est redevenu vivable. Des familles marshallaises, exil\u00e9es depuis plus de vingt ans, rentrent chez elles, replantent des cocotiers, reconstruisent des maisons. Huit ans plus tard, en 1978, il faut tout arr\u00eater : les analyses m\u00e9dicales r\u00e9v\u00e8lent des taux de contamination si \u00e9lev\u00e9s que les autorit\u00e9s am\u00e9ricaines ordonnent un nouveau d\u00e9part, pr\u00e9cipit\u00e9, des habitants. Cette histoire, aussi absurde que tragique, r\u00e9sume \u00e0 elle seule l\u2019un des chapitres les plus sombres de la guerre froide dans le Pacifique.<\/p>\n<p style=\"font-weight:700;font-size:1.05em;margin:0 0 0.7em 0;color:#333;\">\u00c0 retenir<\/p>\n<ul style=\"margin:0;padding-left:1.2em;color:#444;\">\n<li style=\"margin-bottom:0.4em;\">Des familles attendent vingt ans avant de pouvoir rentrer chez elles sur l\u2019atoll de Bikini<\/li>\n<li style=\"margin-bottom:0.4em;\">Un d\u00e9tail crucial sur les cocotiers aura \u00e9chapp\u00e9 aux experts am\u00e9ricains lors de la r\u00e9habilitation<\/li>\n<li style=\"margin-bottom:0.4em;\">Une deuxi\u00e8me \u00e9vacuation d\u2019urgence transforme le \u00ab retour \u00bb en nouvel exil sans fin<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"font-weight:700;margin:0 0 0.5em 0;color:#333;font-size:0.95em;\">Sommaire<\/p>\n<ol style=\"margin:0;padding-left:1.5em;font-size:0.9em;line-height:1.6;\">\n<li><a href=\"#un-lagon-transforme-en-cimetiere-de-navires\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Un lagon transform\u00e9 en cimeti\u00e8re de navires<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#le-retour-trompeur-des-annees-1970\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Le retour trompeur des ann\u00e9es 1970<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#1978-le-rembarquement-en-catastrophe\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">1978 : le rembarquement en catastrophe<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#un-exil-qui-continue-de-peser\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Un exil qui continue de peser<\/a><\/li>\n<\/ol>\n<p>Un lagon transform\u00e9 en cimeti\u00e8re de navires<\/p>\n<p>Tout commence en mars 1946. 167 habitants de Bikini apprennent qu\u2019ils doivent quitter leur \u00eele, officiellement pour des recherches destin\u00e9es \u00e0 pr\u00e9venir de futures guerres. Le commodore am\u00e9ricain charg\u00e9 de l\u2019annonce leur explique que leur sacrifice servira le bien de l\u2019humanit\u00e9 et mettra fin \u00e0 toutes les guerres du monde. Beaucoup y croient, convaincus qu\u2019il ne s\u2019agit que d\u2019un exil temporaire.<\/p>\n<p>Quelques mois plus tard, l\u2019op\u00e9ration Crossroads d\u00e9bute. Le premier essai, Able, a lieu le 1er juillet 1946 ; le second, Baker, le 25 juillet, s\u2019av\u00e8re le plus dangereux, contaminant les navires alentour avec des retomb\u00e9es radioactives. Le dispositif est colossal : le 1er juillet 1946, une flotte cible de 95 navires attend dans le lagon de l\u2019atoll de Bikini. Cinq des 95 navires coulent lors de ce premier essai, tandis que beaucoup d\u2019autres subissent des d\u00e9g\u00e2ts en surface \u00e0 cause du souffle a\u00e9rien. Trois semaines plus tard, l\u2019explosion sous-marine de Baker se r\u00e9v\u00e8le bien plus destructrice : huit navires de la flotte cible sont signal\u00e9s coul\u00e9s, dont le porte-avions Saratoga.<\/p>\n<p>Le bilan ne s\u2019arr\u00eate pas l\u00e0. Les navires contamin\u00e9s survivants sont remorqu\u00e9s vers l\u2019atoll de Kwajalein pour une \u00e9ventuelle d\u00e9contamination ou sabord\u00e9s dans le lagon de Bikini ; au total, les explosions des essais Able et Baker coulent quatorze navires, sans compter ceux coul\u00e9s ou sabord\u00e9s plus tard \u00e0 cause de leur radioactivit\u00e9. En int\u00e9grant ces sabordages ult\u00e9rieurs, effectu\u00e9s parce que certaines coques restaient trop contamin\u00e9es pour \u00eatre r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es ou renvoy\u00e9es vers les \u00c9tats-Unis, le nombre total d\u2019\u00e9paves englouties dans le lagon grimpe \u00e0 une vingtaine, une vingtaine de squelettes d\u2019acier qui font aujourd\u2019hui de Bikini l\u2019un des spots de plong\u00e9e les plus recherch\u00e9s au monde, un cimeti\u00e8re naval que l\u2019on visite masque et bouteille sur le dos.<\/p>\n<p>Le retour trompeur des ann\u00e9es 1970<\/p>\n<p>Apr\u00e8s Crossroads, les essais continuent sur l\u2019atoll jusqu\u2019en 1958, avec notamment la bombe Castle Bravo de 1954, la plus puissante jamais d\u00e9clench\u00e9e par les \u00c9tats-Unis. Il faudra attendre pr\u00e8s d\u2019une d\u00e9cennie de plus pour que Washington juge le site fr\u00e9quentable \u00e0 nouveau. En 1967, la Commission de l\u2019\u00e9nergie atomique annonce aux Bikiniens qu\u2019ils peuvent rentrer chez eux. Un chantier de r\u00e9habilitation est lanc\u00e9 : de quatre \u00e0 cinq millions de dollars sont d\u00e9pens\u00e9s pour nettoyer l\u2019atoll, cinquante mille arbres nouveaux sont plant\u00e9s, et des maisons sont construites.<\/p>\n<p>Le mouvement de retour s\u2019engage r\u00e9ellement au tout d\u00e9but des ann\u00e9es 1970. En 1971, 150 insulaires rentrent sur Bikini. Sur place, on replante, on cultive, on recommence \u00e0 vivre au rythme du lagon. Pour ces familles, c\u2019est la fin d\u2019un exil qui aura dur\u00e9 un quart de si\u00e8cle. Le probl\u00e8me, c\u2019est que personne n\u2019a mesur\u00e9 un param\u00e8tre pourtant d\u00e9cisif : la capacit\u00e9 des cocotiers \u00e0 absorber le c\u00e9sium radioactif contenu dans le sol volcanique appauvri de l\u2019atoll. Or les insulaires marshallais consomment \u00e9norm\u00e9ment de noix de coco au quotidien, un d\u00e9tail qui allait s\u2019av\u00e9rer capital.<\/p>\n<p>1978 : le rembarquement en catastrophe<\/p>\n<p>Les premi\u00e8res alertes tombent vite. Dans l\u2019ann\u00e9e qui suit le retour, de nouvelles \u00e9tudes sur les niveaux de radiation de l\u2019atoll sont demand\u00e9es, mais il faudra attendre 1978 pour qu\u2019elles soient r\u00e9alis\u00e9es. Le verdict est sans appel : ce test confirme que les Bikiniens ont \u00e9t\u00e9 expos\u00e9s \u00e0 des niveaux de contamination inacceptables. Les analyses r\u00e9v\u00e8lent en particulier une augmentation \u00ab alarmante \u00bb de l\u2019isotope radioactif c\u00e9sium 137.<\/p>\n<p>La cause principale du probl\u00e8me n\u2019\u00e9tait pas le sol lui-m\u00eame, mais la cha\u00eene alimentaire. Des chercheurs de la Woods Hole Oceanographic Institution, qui ont \u00e9tudi\u00e9 le site des d\u00e9cennies plus tard, ont mis en \u00e9vidence le r\u00f4le central des cocotiers, dont les fruits concentrent le c\u00e9sium absorb\u00e9 dans le sol. Ceux-ci se sont malheureusement r\u00e9v\u00e9l\u00e9s \u00eatre une source importante de radiation que le gouvernement n\u2019avait pas prise en compte lorsque la population s\u2019est r\u00e9install\u00e9e \u00e0 Bikini. R\u00e9sultat : des tests ult\u00e9rieurs r\u00e9v\u00e8lent des niveaux alarmants de radiation dans le sable, les fruits, les poissons et les habitants eux-m\u00eames de l\u2019atoll.<\/p>\n<p>La d\u00e9cision tombe la m\u00eame ann\u00e9e. La centaine d\u2019insulaires vivant sur l\u2019atoll de Bikini est r\u00e9\u00e9vacu\u00e9e en 1978, la plupart retournant sur l\u2019\u00eele de Kili. Un second d\u00e9chirement, huit ans \u00e0 peine apr\u00e8s un premier retour tant attendu. Les experts am\u00e9ricains vont alors plus loin dans leur diagnostic : les Bikiniens repartent, et les \u00c9tats-Unis d\u00e9clarent l\u2019\u00eele inhabitable pour au moins cinquante ann\u00e9es suppl\u00e9mentaires.<\/p>\n<p>Un exil qui continue de peser<\/p>\n<p>Cette double bascule, retour puis rembarquement, s\u2019inscrit dans une trajectoire beaucoup plus large de d\u00e9placements forc\u00e9s. La petite communaut\u00e9 sera relocalis\u00e9e cinq fois en autant de d\u00e9cennies avant de s\u2019installer ailleurs dans les \u00eeles Marshall. Kili, l\u2019\u00eele de repli, n\u2019offre pourtant ni lagon ni ressources comparables \u00e0 celles de l\u2019atoll ancestral : les habitants y d\u00e9pendent depuis lors de vivres import\u00e9s.<\/p>\n<p>Pr\u00e8s de cinquante ans apr\u00e8s ce second exode, la situation n\u2019a gu\u00e8re \u00e9volu\u00e9. Autoris\u00e9s \u00e0 rentrer chez eux en 1969 avant d\u2019\u00eatre \u00e9vacu\u00e9s en 1978 en raison de niveaux de radiation \u00e9lev\u00e9s, les Bikiniens restent \u00e0 ce jour d\u00e9plac\u00e9s de leur terre ancestrale, l\u2019atoll demeurant inhabitable. Un comit\u00e9 des Nations unies avait pourtant, d\u00e8s les ann\u00e9es 1970, point\u00e9 la responsabilit\u00e9 directe de Washington dans cette exposition prolong\u00e9e aux radiations, \u00e9voquant la n\u00e9gligence du gouvernement am\u00e9ricain envers une population qu\u2019il avait pourtant promis de prot\u00e9ger. Le lagon, lui, continue d\u2019attirer chaque ann\u00e9e quelques dizaines de plongeurs venus admirer les \u00e9paves du Saratoga ou du Nagato, comme si la m\u00e9moire de Bikini ne pouvait plus s\u2019\u00e9crire qu\u2019\u00e0 travers ses ruines englouties.<\/p>\n<p class=\"source-link\">Sources\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.whoi.edu\/oceanus\/feature\/back-to-bikini\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">whoi.edu<\/a> | <a href=\"https:\/\/lucian.uchicago.edu\/blogs\/atomicage\/2019\/08\/17\/beer-named-after-nuclear-testing-site-bikini-atoll-gets-called-out-for-insensitivity-via-time\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">lucian.uchicago.edu<\/a> | <a href=\"https:\/\/nsarchive.gwu.edu\/briefing-book\/environmental-diplomacy-nuclear-vault\/2016-07-22\/bikini-bomb-tests-july-1946\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">nsarchive.gwu.edu<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Vous aimez notre contenu ? 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