{"id":1156733,"date":"2026-08-30T04:54:27","date_gmt":"2026-08-30T04:54:27","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/1156733\/"},"modified":"2026-08-30T04:54:27","modified_gmt":"2026-08-30T04:54:27","slug":"sous-les-sables-du-koweit-dort-depuis-1991-le-petrole-de-12-million-de-barils-que-personne-na-jamais-retire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/1156733\/","title":{"rendered":"Sous les sables du Kowe\u00eft dort depuis 1991 le p\u00e9trole de 1,2 million de barils que personne n&rsquo;a jamais retir\u00e9"},"content":{"rendered":"<p class=\"gpsb-badge__text\">Vous aimez notre contenu ?<\/p>\n<p><a class=\"gpsb-badge__link no-adv\" data-ad-skip=\"true\" href=\"https:\/\/google.com\/preferences\/source?q=sciencepost.fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener sponsored nofollow\" aria-label=\"Ajoutez-nous \u00e0 vos favoris Google\">Ajoutez-nous \u00e0 vos<br \/>favoris Google<\/a><\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il existe des cicatrices que la Terre ne referme jamais tout \u00e0 fait. Sous le d\u00e9sert kowe\u00eftien, \u00e0 quelques centim\u00e8tres d\u2019une surface qui semble immacul\u00e9e, se cache l\u2019une des plus grandes blessures \u00e9cologiques de l\u2019\u00e9poque moderne. Une nappe de p\u00e9trole fig\u00e9e, prisonni\u00e8re du sable, que personne n\u2019a jamais enti\u00e8rement extraite. Elle est l\u00e0 depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, silencieuse, presque invisible, comme un secret que le d\u00e9sert refuse de rendre. Ce p\u00e9trole n\u2019a pas jailli d\u2019un accident industriel ni d\u2019un naufrage de tanker. Il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9vers\u00e9 volontairement, dans un geste de destruction pure, transformant une r\u00e9gion enti\u00e8re en un immense pi\u00e8ge chimique dont on mesure encore aujourd\u2019hui les cons\u00e9quences.<\/p>\n<p>Une arme de guerre d\u00e9guis\u00e9e en catastrophe \u00e9cologique<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque l\u2019arm\u00e9e irakienne bat en retraite du Kowe\u00eft au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, elle ne se contente pas de partir. Elle ouvre d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment les vannes des terminaux p\u00e9troliers. L\u2019objectif est militaire, presque cynique : rendre impossible tout d\u00e9barquement des forces alli\u00e9es sur les c\u00f4tes kowe\u00eftiennes en noyant le littoral sous une mar\u00e9e de brut. Le p\u00e9trole s\u2019\u00e9chappe alors de huit p\u00e9troliers, d\u2019une raffinerie, de deux terminaux et d\u2019un champ de stockage. Ce n\u2019est pas une fuite, c\u2019est une <strong>ouverture volontaire des robinets<\/strong>, comme on viderait une baignoire g\u00e9ante dans la mer.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le r\u00e9sultat d\u00e9passe l\u2019entendement. Selon les estimations, <strong>entre 4 et 11 millions de barils<\/strong> de brut se d\u00e9versent dans le golfe Persique. Pendant pr\u00e8s de trois mois, le p\u00e9trole continue de s\u2019\u00e9couler \u00e0 un rythme pouvant atteindre 6 000 barils par jour. On parle aujourd\u2019hui de la plus grande mar\u00e9e noire de l\u2019histoire, non pas caus\u00e9e par la malchance ou l\u2019erreur humaine, mais orchestr\u00e9e comme un acte de guerre.<\/p>\n<p>Le d\u00e9sert qui a aval\u00e9 le p\u00e9trole et l\u2019a conserv\u00e9<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur terre, la sc\u00e8ne est tout aussi dantesque. Environ 300 lacs de p\u00e9trole recouvrent alors de vastes \u00e9tendues du d\u00e9sert kowe\u00eftien. Certains br\u00fblent, d\u2019autres non. Ceux qui \u00e9chappent aux flammes connaissent un destin plus insidieux : ils s\u2019infiltrent lentement dans le sable ou s\u2019\u00e9vaporent, laissant derri\u00e8re eux d\u2019immenses d\u00e9p\u00f4ts durcis que l\u2019on surnomme le <strong>\u00ab tarcrete \u00bb<\/strong>. Imaginez une cro\u00fbte de goudron m\u00eal\u00e9e de sable, une sorte de b\u00e9ton noir naturel, aussi dur qu\u2019une plaque de bitume laiss\u00e9e au soleil.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au plus fort de la catastrophe, jusqu\u2019\u00e0 200 km\u00b2 de sol se retrouvent recouverts de p\u00e9trole, formant environ 250 lacs. En quelques mois, cette surface tombe \u00e0 une cinquantaine de kilom\u00e8tres carr\u00e9s. Mais attention, ce n\u2019est pas parce que le p\u00e9trole a disparu : il s\u2019est simplement enfonc\u00e9 plus profond\u00e9ment, recouvert par le sable souffl\u00e9 par le vent. Le d\u00e9sert, tel un immense buvard, a aval\u00e9 une partie du brut, le mettant \u00e0 l\u2019abri des regards mais pas de la nature.<\/p>\n<p>Ce que trente ans de silence ont laiss\u00e9 derri\u00e8re<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est ici qu\u2019appara\u00eet le chiffre qui fait froid dans le dos. Parmi les millions de barils d\u00e9vers\u00e9s, on estime qu\u2019environ <strong>1,2 million de barils de p\u00e9trole<\/strong> se sont retrouv\u00e9s pi\u00e9g\u00e9s au large du Kowe\u00eft, dans le golfe et sous les s\u00e9diments, sans jamais \u00eatre r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s. Une partie de cette masse dort encore sous une chape de sable et de tarcrete, fig\u00e9e dans le temps comme un insecte pris dans l\u2019ambre.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le bilan \u00e9cologique, lui, se lit dans le vivant. Le long des c\u00f4tes, environ 700 km de littoral saoudien compos\u00e9 de sable, de gravier, de zones humides et de vasi\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 contamin\u00e9s. Pr\u00e8s de <strong>100 000 limicoles<\/strong>, ces oiseaux fins et \u00e9l\u00e9gants qui fouillent la vase de leur bec, ont p\u00e9ri directement ou indirectement. Pour certaines esp\u00e8ces de cormorans et de gr\u00e8bes, on estime que 22 \u00e0 50 % des populations ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9cim\u00e9es. Une h\u00e9catombe silencieuse, loin des cam\u00e9ras.<\/p>\n<p>Un h\u00e9ritage toxique que le sable ne suffit plus \u00e0 cacher<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le nettoyage engag\u00e9 apr\u00e8s le conflit a \u00e9t\u00e9 estim\u00e9 \u00e0 environ <strong>700 millions de dollars<\/strong>. Une somme colossale, et pourtant largement insuffisante pour effacer enti\u00e8rement les traces. Aujourd\u2019hui encore, le Kowe\u00eft g\u00e8re les huiles non br\u00fbl\u00e9es qui continuent de s\u2019infiltrer dans le sol, contaminant plus de <strong>40 millions de tonnes de terre<\/strong>. Le sable a beau recouvrir la surface, il ne fait office que de couvercle temporaire sur un probl\u00e8me bien plus profond.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le plus troublant, c\u2019est la nature quasi irr\u00e9versible des d\u00e9g\u00e2ts sur certains habitats c\u00f4tiers. L\u00e0 o\u00f9 la mangrove et les vasi\u00e8res filtraient autrefois la vie, le p\u00e9trole a scell\u00e9 le sol, \u00e9touffant les micro-organismes qui font tourner l\u2019ensemble de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me. Le d\u00e9sert, lui, garde ses <a href=\"https:\/\/sciencepost.fr\/en-plein-centre-de-saint-louis-pousse-depuis-un-demi-siecle-une-foret-que-personne-n-a-plantee-ce-qu-elle-recouvre-avait-coute-36-millions-de-dollars-publics\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">lacs fossilis\u00e9s comme autant de t\u00e9moins muets<\/a> d\u2019une d\u00e9cision humaine.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette histoire nous rappelle une v\u00e9rit\u00e9 d\u00e9rangeante : certaines catastrophes ne se r\u00e9parent pas, elles se g\u00e8rent, ind\u00e9finiment. Sous les sables du Kowe\u00eft, ce p\u00e9trole oubli\u00e9 continue son lent travail souterrain, \u00e0 l\u2019abri des regards mais jamais totalement neutralis\u00e9. Alors que nous cherchons partout des ressources fossiles, que penser de ce tr\u00e9sor toxique que personne n\u2019ose ni ne veut aller chercher ? Peut-\u00eatre que la vraie le\u00e7on se trouve l\u00e0, enfouie sous la cro\u00fbte du d\u00e9sert, attendant que nous d\u00e9cidions enfin quoi faire de nos cicatrices les plus tenaces.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Vous aimez notre contenu ? 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