{"id":1158303,"date":"2026-08-31T01:02:16","date_gmt":"2026-08-31T01:02:16","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/1158303\/"},"modified":"2026-08-31T01:02:16","modified_gmt":"2026-08-31T01:02:16","slug":"des-scientifiques-francais-sont-descendus-a-4-700-m-voir-les-200-000-barils-radioactifs-immerges-dans-latlantique-des-animaux-avaient-elu-domicile-dessus","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/1158303\/","title":{"rendered":"Des scientifiques fran\u00e7ais sont descendus \u00e0 4 700 m voir les 200 000 barils radioactifs immerg\u00e9s dans l\u2019Atlantique : des animaux avaient \u00e9lu domicile dessus"},"content":{"rendered":"<p class=\"gpsb-badge__text\">Vous aimez notre contenu ?<\/p>\n<p><a class=\"gpsb-badge__link no-adv\" data-ad-skip=\"true\" href=\"https:\/\/google.com\/preferences\/source?q=sciencepost.fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener sponsored nofollow\" aria-label=\"Ajoutez-nous \u00e0 vos favoris Google\">Ajoutez-nous \u00e0 vos<br \/>favoris Google<\/a><\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Peut-on vraiment se d\u00e9barrasser de d\u00e9chets radioactifs en les jetant au fond de l\u2019oc\u00e9an ? C\u2019est exactement le pari qu\u2019ont fait plusieurs pays, dont la France, pendant quatre d\u00e9cennies. Pr\u00e8s de 4 700 m\u00e8tres sous la surface de l\u2019Atlantique nord-est, <a href=\"https:\/\/www.iflscience.com\/200000-barrels-of-radioactive-waste-were-dumped-in-the-atlantic-decades-later-were-finally-learning-what-happens-when-they-leak-84512\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">200 000 barils rouill\u00e9s reposent depuis cette \u00e9poque<\/a> o\u00f9 l\u2019on pensait que l\u2019immensit\u00e9 marine suffirait \u00e0 neutraliser le danger. Entre 1950 et 1990, ces f\u00fbts ont \u00e9t\u00e9 largu\u00e9s sans grande h\u00e9sitation, port\u00e9s par la conviction que la dilution oc\u00e9anique ferait le travail. En mai 2025, une \u00e9quipe du CNRS est descendue v\u00e9rifier ce qu\u2019il en reste vraiment, et la d\u00e9couverte est aussi fascinante qu\u2019inqui\u00e9tante : des barils fissur\u00e9s, colonis\u00e9s par des animaux marins, comme si la vie avait fini par reprendre ses droits sur cette d\u00e9charge oubli\u00e9e.<\/p>\n<p>Quand jeter des d\u00e9chets nucl\u00e9aires en mer semblait une bonne id\u00e9e<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il faut se replacer dans le contexte de l\u2019\u00e9poque pour comprendre une d\u00e9cision qui para\u00eet aujourd\u2019hui vertigineuse. Entre 1950 et 1990, environ <strong>200 000 barils de d\u00e9chets radioactifs<\/strong> ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9vers\u00e9s dans l\u2019oc\u00e9an Atlantique nord-est. La logique qui pr\u00e9valait alors reposait sur une id\u00e9e simple, presque na\u00efve avec le recul : la radioactivit\u00e9 de faible niveau finirait par se dissiper naturellement \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des f\u00fbts, sans jamais repr\u00e9senter de menace r\u00e9elle pour l\u2019environnement marin.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette pratique n\u2019a pas dur\u00e9 \u00e9ternellement sans encadrement. La Convention de Londres, entr\u00e9e en vigueur en 1975, a progressivement limit\u00e9 puis totalement interdit ce type de d\u00e9versement en mer. Mais le mal, si l\u2019on peut dire, \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 largement fait : des d\u00e9cennies de dumping avaient eu lieu avant que la r\u00e9glementation internationale ne vienne y mettre un terme d\u00e9finitif.<\/p>\n<p>Un submersible, 4 700 m\u00e8tres, et des f\u00fbts qui n\u2019ont pas tenu leurs promesses<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est dans ce contexte qu\u2019est n\u00e9 le projet <strong>Nodssum<\/strong>, men\u00e9 par le CNRS, avec une mission claire : retourner sur ce site pour \u00e9valuer, des d\u00e9cennies plus tard, l\u2019impact r\u00e9el de ces barils sur les \u00e9cosyst\u00e8mes des grands fonds. En mai 2025, environ <strong>30 scientifiques<\/strong> ont embarqu\u00e9 \u00e0 bord du navire Pourquoi Pas ? pour mener \u00e0 bien cette exp\u00e9dition in\u00e9dite.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur place, l\u2019exploration a n\u00e9cessit\u00e9 un outil bien particulier : le submersible <strong>Nautile<\/strong>, appartenant \u00e0 la Flotte oc\u00e9anographique fran\u00e7aise. Gr\u00e2ce \u00e0 lui, l\u2019\u00e9quipe a r\u00e9alis\u00e9 <strong>20 plong\u00e9es habit\u00e9es<\/strong>, descendant \u00e0 des profondeurs d\u00e9passant les 4 700 m\u00e8tres. Ce que les cam\u00e9ras ont ramen\u00e9 n\u2019a rien de rassurant : les barils, apr\u00e8s plus de trente ans pass\u00e9s dans les profondeurs, sont d\u00e9sormais tr\u00e8s d\u00e9grad\u00e9s. Plusieurs d\u2019entre eux ont visiblement d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 \u00e0 fuir, laissant \u00e9chapper leur contenu radioactif directement dans l\u2019eau environnante.<\/p>\n<p>La radioactivit\u00e9 a fui, mais pas comme on l\u2019imaginait<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Face \u00e0 ce constat, la premi\u00e8re question qui vient \u00e0 l\u2019esprit est \u00e9vidente : quelle est l\u2019ampleur r\u00e9elle de la contamination ? Les mesures effectu\u00e9es sur place apportent une r\u00e9ponse nuanc\u00e9e. La radioactivit\u00e9 relev\u00e9e reste globalement <strong>faible<\/strong>, m\u00eame si elle d\u00e9passe les niveaux naturels attendus dans cette zone. Il ne s\u2019agit en aucun cas d\u2019un \u00e9v\u00e9nement majeur de contamination, mais plut\u00f4t d\u2019une fuite lente et progressive, \u00e0 l\u2019image de l\u2019usure des f\u00fbts eux-m\u00eames.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce niveau relativement bas a d\u2019ailleurs permis aux \u00e9quipes scientifiques de manipuler les \u00e9chantillons pr\u00e9lev\u00e9s sans avoir besoin d\u2019une protection radiologique importante, un d\u00e9tail qui en dit long sur l\u2019ampleur r\u00e9elle du ph\u00e9nom\u00e8ne. Pour approfondir l\u2019analyse, les chercheurs ont collect\u00e9 des \u00e9chantillons d\u2019eau, de s\u00e9diments et d\u2019organismes vivants, destin\u00e9s \u00e0 \u00eatre \u00e9tudi\u00e9s en laboratoire afin de mieux comprendre comment la radiation interagit avec cet environnement si particulier des abysses.<\/p>\n<p>La vie marine s\u2019installe l\u00e0 o\u00f9 l\u2019homme voulait qu\u2019il n\u2019y ait rien<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le d\u00e9tail le plus surprenant de cette exp\u00e9dition reste sans doute celui-l\u00e0 : les photos rapport\u00e9es par l\u2019\u00e9quipe montrent que des <strong>animaux marins ont colonis\u00e9 les barils<\/strong>. L\u00e0 o\u00f9 l\u2019humanit\u00e9 pensait avoir cr\u00e9\u00e9 un espace vide de vie, condamn\u00e9 et st\u00e9rile, des organismes ont au contraire trouv\u00e9 un support \u00e0 leur port\u00e9e. Cette image, presque paradoxale, illustre \u00e0 quel point la nature s\u2019adapte, parfois l\u00e0 o\u00f9 on l\u2019attend le moins.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce constat rappelle aussi une r\u00e9alit\u00e9 plus large : l\u2019impact humain sur les oc\u00e9ans reste immense, alors m\u00eame que <strong>moins de 0,001 % des fonds marins<\/strong> ont \u00e9t\u00e9 explor\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent. Ces barils, situ\u00e9s dans l\u2019obscurit\u00e9 des grands fonds depuis des d\u00e9cennies, ont fait l\u2019objet de cette mission d\u2019\u00e9valuation approfondie. Combien d\u2019autres traces de notre passage restent encore totalement ignor\u00e9es ?<\/p>\n<p>Ce que r\u00e9v\u00e8le ce fond marin sur nos futures poubelles nucl\u00e9aires<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au-del\u00e0 du constat, cette mission a une port\u00e9e qui d\u00e9passe largement le simple inventaire d\u2019un site oubli\u00e9. Les chercheurs esp\u00e8rent que les donn\u00e9es r\u00e9colt\u00e9es permettront de mieux orienter les futures m\u00e9thodes d\u2019\u00e9limination des d\u00e9chets, en tirant les le\u00e7ons d\u2019une pratique aujourd\u2019hui abandonn\u00e9e mais dont les cons\u00e9quences se mesurent encore aujourd\u2019hui, plus de trente ans apr\u00e8s les derniers d\u00e9versements.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce retour sur le terrain illustre \u00e0 sa mani\u00e8re une \u00e9vidence trop souvent oubli\u00e9e : ce que l\u2019on enfouit ou immerge ne dispara\u00eet jamais r\u00e9ellement, il se transforme, se d\u00e9grade et finit toujours par ressurgir, d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre. \u00c0 l\u2019heure o\u00f9 la question de la gestion des d\u00e9chets nucl\u00e9aires reste plus que jamais d\u2019actualit\u00e9, <a href=\"https:\/\/sciencepost.fr\/l-urss-a-pousse-seize-reacteurs-nucleaires-sur-une-orbite-de-rebut-depuis-les-annees-1970-a-pres-de-1-000-km-au-dessus-de-nos-tetes-ils-relachent-encore-du-metal-liquide\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">ces 200 000 barils rouill\u00e9s au fond de l\u2019Atlantique<\/a> rappellent qu\u2019une solution qui semblait \u00e9vidente hier peut se r\u00e9v\u00e9ler bien plus complexe des d\u00e9cennies plus tard. Reste \u00e0 savoir quelles traces nos choix actuels laisseront, eux aussi, dans les profondeurs que nous ne connaissons pas encore.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Vous aimez notre contenu ? 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