{"id":133159,"date":"2025-05-28T01:49:12","date_gmt":"2025-05-28T01:49:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/133159\/"},"modified":"2025-05-28T01:49:12","modified_gmt":"2025-05-28T01:49:12","slug":"sucre-la-vraie-histoire-dun-complot-mondial","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/133159\/","title":{"rendered":"Sucre\u00a0: la vraie histoire d&rsquo;un complot mondial"},"content":{"rendered":"<p class=\"screen-reader-text juiz_sps_maybe_hidden_text\">Partager la publication \u00ab\u00a0Sucre\u00a0: la vraie histoire d\u2019un complot mondial\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019histoire d\u2019une trahison. L\u2019abus\u00e9 s\u2019appelle John Harvey Kellog. Le tra\u00eetre, c\u2019est son plus jeune fr\u00e8re, Will. En cette fin du XIXe si\u00e8cle, John Harwey, qui a fait des \u00e9tudes de m\u00e9decine, se d\u00e9sole de voir les Am\u00e9ricains ruiner leur sant\u00e9 \u00e0 cause de leur consommation ph\u00e9nom\u00e9nale de viande. On commence sa journ\u00e9e en engloutissant des saucisses, des steaks, du bacon et du jambon frit. On la poursuit avec du porc sal\u00e9. Dans les usines, sur les chantiers de construction, on mange du Corned Beef.<\/p>\n<p>Pour satisfaire la demande, les propri\u00e9taires des abattoirs g\u00e9ants de Chicago ont invent\u00e9 le travail \u00e0 la cha\u00eene avant m\u00eame que Ford n\u2019ait produit son premier mod\u00e8le T. Des millions de personnes disent souffrir \u00ab d\u2019Americanitis \u00bb, une maladie qui se signale par des estomacs gonfl\u00e9s, des difficult\u00e9s \u00e0 dig\u00e9rer, des flatulences, mais aussi par une irritabilit\u00e9 parfois associ\u00e9e \u00e0 une excitation sexuelle incontr\u00f4lable.<\/p>\n<p>Deux fr\u00e8res, deux visions antinomiques<\/p>\n<p>Pour sauver les tripes autant que les \u00e2mes de ses concitoyens, l\u2019a\u00een\u00e9 des Kellog cr\u00e9e une clinique \u00e0 Battle Creek dans le Michigan. On s\u2019y soigne en revenant \u00e0 la \u201cvie biologique\u201d. Les patients sont soumis \u00e0 un r\u00e9gime sans viande rouge, sans caf\u00e9 et bien s\u00fbr sans alcool. Tisanes \u00e0 volont\u00e9, mais le sucre est interdit dans la clinique. Le sel, tout juste tol\u00e9r\u00e9. Et on use avec parcimonie des \u00e9pices, soup\u00e7onn\u00e9es d\u2019enflammer la libido f\u00e9minine. La base du r\u00e9gime alimentaire pr\u00f4n\u00e9 par John Harwey Kellog, ce sont les c\u00e9r\u00e9ales. En 1894, ce crois\u00e9 de l\u2019avoine, du bl\u00e9 et de l\u2019eau claire met au point un proc\u00e9d\u00e9 pour transformer les grains en flocons. Les clients appr\u00e9cient la nouveaut\u00e9. Les affaires marchent bien.<\/p>\n<p>La renomm\u00e9e de John Harwey grandit bien au-del\u00e0 du Michigan. En 1906, le docteur Kellog est invit\u00e9 \u00e0 donner une s\u00e9rie de conf\u00e9rences \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. C\u2019est le moment pour Will Kellog d\u2019entrer en sc\u00e8ne. Profitant de l\u2019absence de son fr\u00e8re, il ach\u00e8te un stock de sucre dont il accommode les fades flocons de John Harwey. Le m\u00e9lange est d\u00e9licieux. Les ventes explosent\u2026 Tout comme la col\u00e8re de l\u2019a\u00een\u00e9 des fr\u00e8res Kellog, de retour \u00e0 Battle Creek. Il consid\u00e8re le sucre comme un instrument de Satan. L\u2019affaire finit devant les juges. En 1922, Will-le-Tra\u00eetre, l\u2019emporte d\u00e9finitivement. Il gagne le droit de donner le nom de Kellog \u00e0 une entreprise qui va produire et vendre des c\u00e9r\u00e9ales sucr\u00e9es.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"662\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Kellogg-Image.jpeg\" alt=\"Battle Creek Kellogg\" class=\"wp-image-91108\"  \/>Le si\u00e8ge de WK Kellogg \u00e0 Battle Creek dans le Michigan. Cr\u00e9dit\u00a0: Katherine Welles \u2013 stock.adobe.com.<\/p>\n<p>Le sucre, un ingr\u00e9dient incroyablement rentable<\/p>\n<p>Mais son triomphe n\u2019est pas complet. C.W. Post, un ancien patient de la clinique de Battle Creek, d\u00e9cide de cr\u00e9er sa propre marque de c\u00e9r\u00e9ales sucr\u00e9es. Post investit des sommes colossales dans les premi\u00e8res campagnes de publicit\u00e9 de masse. Il d\u00e9pense sans compter pour convaincre les consommateurs que ses produits sont bons pour leur cerveau. Will Kellog et W.C. Post se soucient moins du bien-\u00eatre des Am\u00e9ricains que de leur portefeuille, et amassent des fortunes aussi consid\u00e9rables que celles que Philip Danforth Armour et Gustavus Franklin Swift ont constitu\u00e9es en faisant abattre 15 millions de t\u00eates de b\u00e9tail, chaque ann\u00e9e, \u00e0 Chicago. Mais pour cela, il faut que les c\u00e9r\u00e9ales sucr\u00e9es se fassent une place \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la viande comme \u00e9l\u00e9ment de base de la nourriture des Am\u00e9ricains.<\/p>\n<p>En ce d\u00e9but de xxe si\u00e8cle, le sucre se voit par\u00e9 de toutes les vertus. Si la plupart d\u2019entre elles sont ni\u00e9es aujourd\u2019hui, il en est une que personne ne peut lui contester\u00a0: c\u2019est le meilleur moyen de produire de la calorie \u00e0 vil prix, puis de la vendre sous une forme plus ou moins \u00e9labor\u00e9e en r\u00e9alisant des marges faramineuses. Son incroyable potentiel de rentabilit\u00e9 \u00e9conomique est le fruit de l\u2019\u00e9volution.<\/p>\n<p>D\u2019instinct, l\u2019\u00eatre humain aime le sucre<\/p>\n<p>Pour les premiers hominid\u00e9s, le sucre est une source d\u2019\u00e9nergie imm\u00e9diate, tr\u00e8s rare mais tr\u00e8s utile pour \u00eatre en capacit\u00e9 de r\u00e9agir face \u00e0 une menace. Voil\u00e0 pourquoi nous l\u2019aimons tous, d\u2019instinct et ce, d\u00e8s la naissance. Pour comparaison, un nouvel aliment doit \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9 entre dix et treize fois \u00e0 un nourrisson avant qu\u2019il accepte d\u2019en consommer, alors qu\u2019un seul contact avec le sucre suffit \u00e0 un b\u00e9b\u00e9 pour le convaincre que rien n\u2019est meilleur.<\/p>\n<p>Au cours des centaines de milliers d\u2019ann\u00e9es qui nous s\u00e9parent des premiers Sapiens et des N\u00e9anderthaliens, nous avons appris une autre chose vitale\u00a0: dans la nature, il n\u2019existe aucun aliment toxique sucr\u00e9. Tout ce qui en contient est consommable sans danger.<\/p>\n<p>Quand le capitalisme transforme nos go\u00fbts<\/p>\n<p>Le capitalisme industriel a transform\u00e9 ce savoir acquis depuis la nuit des temps en principe \u00e9conomique\u00a0: \u201cTout ce qui est sucr\u00e9 est rentable.\u201d D\u2019innombrables alchimistes ont construit leurs fortunes en l\u2019introduisant dans tout ce que les humains mangent ou boivent, et dans des proportions toujours plus importantes. Ces apports massifs de sucre dans notre alimentation ont totalement transform\u00e9 nos go\u00fbts.<\/p>\n<p>Les nutritionnistes s\u2019accordent sur un point\u00a0: nos grands-parents ne pourraient pas avaler les aliments que nous consommons chaque jour. Ils les trouveraient \u00e9c\u0153urants parce que trop sucr\u00e9s mais aussi trop gras et trop sal\u00e9s. En 1900, un ouvrier parisien ingurgitait l\u2019\u00e9quivalent d\u2019un morceau de sucre par jour, soit quarante \u00e0 cinquante fois moins que ses descendants vivants aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"642\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Sucre-Adobe-Stock.jpeg\" alt=\"sucre addiction\" class=\"wp-image-91101\"  \/>On mange aujourd\u2019hui l\u2019\u00e9quivalent de 40 \u00e0 50 morceaux de sucre par jour. Cr\u00e9dit\u00a0: freeman83 \/ stock.adobe.com.<\/p>\n<p>L\u2019engraissement du monde\u00a0: un taux d\u2019ob\u00e9sit\u00e9 multipli\u00e9 par 4 chez les enfants<\/p>\n<p>Si nos palais se sont peu \u00e0 peu adapt\u00e9s \u00e0 l\u2019offre d\u2019aliments de plus en plus sucr\u00e9s, nos corps, eux, en ont \u00e9t\u00e9 incapables. En 2000, nous sommes officiellement entr\u00e9s dans l\u2019\u00e8re ob\u00e8se. Un quart de si\u00e8cle plus tard, 879 millions d\u2019humains de tous les pays, appartenant \u00e0 toutes les cultures, vivant dans des environnements nutritionnels diff\u00e9rents, sont ob\u00e8ses. En 1990, ils n\u2019\u00e9taient \u201cque\u201d 150 millions. La pand\u00e9mie d\u2019ob\u00e9sit\u00e9 frappe \u00e9galement les enfants et les adolescents. Il y a trente ans, 31 millions d\u2019enfants avaient un poids et un taux de graisse corporelle pr\u00e9sentant un danger r\u00e9el et s\u00e9rieux pour leur sant\u00e9. Ils sont 159 millions aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Si le taux d\u2019ob\u00e9sit\u00e9 a doubl\u00e9 pour les adultes, il a \u00e9t\u00e9 multipli\u00e9 par quatre chez les enfants. Cet engraissement du monde n\u2019est pas la cons\u00e9quence d\u2019une augmentation du nombre de calories que nous absorbons. Les \u00e9tudes conduites aux USA, dont les conclusions peuvent \u00eatre \u00e9tendues \u00e0 l\u2019ensemble des pays les plus impact\u00e9s, montrent que la part des mati\u00e8res grasses dans nos apports caloriques quotidiens est stable depuis trente ans.<\/p>\n<p>La faute au fructose, ces glucides simples<\/p>\n<p>Cette part des mati\u00e8res grasses aurait m\u00eame tendance \u00e0 baisser \u00e0 la suite des campagnes d\u2019incitation \u00e0 consommer moins de gras. Idem pour la consommation de prot\u00e9ines\u00a0: depuis trente ans, celles-ci repr\u00e9sentent environ 15\u00a0% de l\u2019apport calorique quotidien. Sur cette m\u00eame p\u00e9riode, seule la part des glucides est pass\u00e9e de 49 \u00e0 51\u00a0%. Rien a priori d\u2019inqui\u00e9tant dans cette l\u00e9g\u00e8re augmentation\u2026 \u00e0 condition de ne pas l\u2019examiner en d\u00e9tail. En effet, dans le groupe des glucides, la part de ceux que l\u2019on qualifie de \u201ccomplexes\u201d n\u2019a pas augment\u00e9 de fa\u00e7on significative au cours des trente derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n<p>A contrario, celle des glucides simples, et tout particuli\u00e8rement du fructose, a \u00e9t\u00e9 multipli\u00e9e par deux. Nous nous gavons donc deux fois plus de fructose depuis trente ans \u2013 et six fois plus qu\u2019il y a un si\u00e8cle. Ce doublement r\u00e9cent de notre consommation est le seul changement significatif exactement corr\u00e9l\u00e9 \u00e0 l\u2019emballement de la pand\u00e9mie d\u2019ob\u00e9sit\u00e9. Il est donc logique de consid\u00e9rer le sucre, ingr\u00e9dient de base de l\u2019industrie de la nourriture transform\u00e9e, comme le principal responsable de cette catastrophe sanitaire.<\/p>\n<p>La stigmatisation des ob\u00e8ses et l\u2019absolution de \u201cBig Sugar\u201d<\/p>\n<p>Le coupable identifi\u00e9, l\u2019affaire semble close. Pas si simple. Et si le fructose avait des complices, au premier rang desquels on devrait placer les ob\u00e8ses eux-m\u00eames\u00a0? Les industriels de l\u2019alimentation de masse ne nient plus que le sucre dont ils saturent leurs pr\u00e9parations est un poison. Ils pr\u00e9cisent toutefois que leur ingr\u00e9dient f\u00e9tiche n\u2019est pas dangereux si consomm\u00e9 avec mod\u00e9ration. Il suffirait d\u2019\u00eatre raisonnables en ne se goinfrant pas de sodas, de pains industriels, de charcuteries ultratransform\u00e9es, de biscuits, de barres chocolat\u00e9es, de bonbons, de jus de fruits, de p\u00e2tisseries, pour garder la ligne, la forme et le moral.<\/p>\n<p>Le sucre ne repr\u00e9senterait une menace pour la sant\u00e9 du monde qu\u2019\u00e0 cause du manque de volont\u00e9 de ceux qui le consomment en exc\u00e8s. Les ob\u00e8ses ne seraient les victimes que de leur propre faiblesse. En 2015, un groupe d\u2019activistes grossophobes a distribu\u00e9 un tract dans le m\u00e9tro de Londres sur lequel on pouvait lire\u00a0: \u201cLes glandes n\u2019y sont pour rien, c\u2019est votre gloutonnerie\u2026 Notre collectif d\u00e9teste les gros et leur en veut. Nous refusons que vous gaspilliez l\u2019argent de la S\u00e9curit\u00e9 sociale pour soigner votre goinfrerie \u00e9go\u00efste. Et nous refusons que le porc, cet animal magnifique, soit utilis\u00e9 comme une insulte. Vous n\u2019\u00eates pas un gros porc ou une grosse truie. Vous \u00eates un \u00eatre humain gras et r\u00e9pugnant.\u201d<\/p>\n<p>Comment expliquer que 1 milliard d\u2019humains aient \u201cchoisi\u201d de devenir ob\u00e8ses\u00a0?<\/p>\n<p>Derri\u00e8re la violence de ces mots se cache une vision \u201cthermo-dynamique\u201d de l\u2019ob\u00e9sit\u00e9 dont le principe premier est que chaque calorie ing\u00e9r\u00e9e doit \u00eatre br\u00fbl\u00e9e pour maintenir l\u2019\u00e9quilibre physiologique du corps. On ne deviendrait ob\u00e8se que parce que l\u2019on absorbe trop de calories et que l\u2019on ne se d\u00e9pense pas assez pour les consumer. Il n\u2019y a aucun probl\u00e8me \u00e0 \u00eatre un goinfre si l\u2019on n\u2019est pas paresseux et on peut \u00eatre aussi sportif qu\u2019une hu\u00eetre sur son rocher si l\u2019on ne succombe pas au p\u00e9ch\u00e9 de gourmandise. <\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019addition des p\u00e9ch\u00e9s de gourmandise et de paresse qui produirait des ob\u00e8ses par centaines de millions. L\u2019industrie agro-alimentaire, ses campagnes de pub, ses influenceurs et ses lobbies n\u2019y seraient absolument pour rien. Une explication moralisatrice de l\u2019ob\u00e9sit\u00e9 qui ne suffit pas \u00e0 expliquer la pand\u00e9mie actuelle. Elle suppose, en effet, que sur une p\u00e9riode assez br\u00e8ve de trente ans, un milliard d\u2019humains, tous diff\u00e9rents, auraient choisi de devenir ob\u00e8ses en mangeant trop et en ne bougeant pas suffisamment. Un milliard d\u2019hommes, de femmes, d\u2019adultes, de nourrissons, de riches et de pauvres, d\u2019adolescents, d\u2019actifs et de retrait\u00e9s, appartenant \u00e0 une infinit\u00e9 de cultures, auraient donc accept\u00e9 de ruiner leur vie et de sacrifier leur sant\u00e9 pour le plaisir d\u2019ingurgiter leur dose de sucre quotidienne\u00a0?<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"560\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Obese.jpeg\" alt=\"obs&#xE9;it&#xE9; enfant\" class=\"wp-image-91103\"  \/>En France, 15 % des enfants sont en surpoids ou ob\u00e8ses. Cr\u00e9dit\u00a0: sattori \/ stock.adobe.com (g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par IA).<\/p>\n<p>Un point commun\u00a0: le sucre contenu dans les produits que nous consommons<\/p>\n<p>L\u2019incroyable diversit\u00e9 du monde ob\u00e8se met \u00e0 mal les arguments de l\u2019industrie et de ses relais. L\u2019unique point commun existant entre les centaines de millions de personnes concern\u00e9es, ce n\u2019est pas leur faiblesse de caract\u00e8re mais le fait qu\u2019elles consomment toutes le m\u00eame produit et qu\u2019elles en consomment bien trop, le plus souvent sans pouvoir limiter leur consommation. Personne ne choisit d\u2019\u00eatre ob\u00e8se. L\u2019ob\u00e9sit\u00e9 est la cons\u00e9quence de notre impuissance physique et psychique face au sucre. Cette impuissance a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e et elle est entretenue.<\/p>\n<p>Pour enrayer la pand\u00e9mie d\u2019ob\u00e9sit\u00e9, il suffirait d\u2019\u00e9viter de faire une part trop grande aux glucides et aux sucres rapides dans son alimentation. C\u2019est devenu impossible. Le journaliste Bernard Pellegrin, auteur de l\u2019enqu\u00eate Le Sucre, l\u2019autre poudre (2017, 14 \u20ac, \u00e9d. Taillandier), a calcul\u00e9 que dans un hypermarch\u00e9 moyen, si l\u2019on parvenait \u00e0 retirer tout le sucre utilis\u00e9 dans la fabrication de tous les aliments transform\u00e9s propos\u00e9s \u00e0 la vente, le tonnage des marchandises en rayons diminuerait de 40\u00a0%. Certains avancent m\u00eame le chiffre de 60\u00a0%. Le sucre s\u2019invite, en proportions variables, dans tout ce que l\u2019on boit ou mange en dehors de l\u2019eau claire.<\/p>\n<p>Une app\u00e9tence venue d\u2019un lointain pass\u00e9<\/p>\n<p>Si notre consommation excessive de sucre ne provoquait pas un d\u00e9sastre sanitaire \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la plan\u00e8te, personne ne songerait \u00e0 se plaindre de son ubiquit\u00e9. Tous, \u00e0 des degr\u00e9s divers, nous l\u2019adorons. Serge Ahmed dirige le laboratoire d\u2019\u00e9tudes addictions et neurodysfonctions du CNRS, sur le Neurocampus de Bordeaux (33). Le chercheur confirme que notre app\u00e9tence pour lui est un h\u00e9ritage de notre plus lointain pass\u00e9\u00a0: \u201cNous sommes les descendants d\u2019une lign\u00e9e de primates qui ne pouvaient consommer le sucre contenu dans les fruits que sur une p\u00e9riode limit\u00e9e dans l\u2019ann\u00e9e. Nos tr\u00e8s lointains anc\u00eatres s\u2019en gavaient quand celui-ci \u00e9tait disponible et ils en absorbaient bien au-del\u00e0 de leurs besoins. Nous vivons dans un univers alimentaire artificiel, satur\u00e9 de nourritures riches en sucre, mais nous n\u2019avons toujours pas perdu ce r\u00e9flexe d\u2019en consommer bien au-del\u00e0 du n\u00e9cessaire. C\u2019est de ce d\u00e9calage que na\u00eet notre probl\u00e8me avec le sucre.\u201d<\/p>\n<p>En 2007, Serge Ahmed a boulevers\u00e9 notre rapport \u00e0 notre aliment favori en l\u2019assimilant \u00e0 une drogue. D\u00e8s les ann\u00e9es 1960, quelques exp\u00e9riences avaient d\u00e9j\u00e0 montr\u00e9 que les rats de laboratoire en \u00e9taient fous et qu\u2019un sevrage les faisait souffrir. Quarante ans plus tard, l\u2019\u00e9quipe de chercheurs dirig\u00e9e par Serge Ahmed est parvenue \u00e0 mettre en lumi\u00e8re le \u201cpotentiel addictif du sucre\u201d en observant que des rats, mis en situation de choisir entre une injection de drogues auxquelles on les avait rendus accros et une solution d\u2019eau sucr\u00e9e, pr\u00e9f\u00e9raient le sucre \u00e0 leur dose habituelle de coca\u00efne ou d\u2019h\u00e9ro\u00efne.<\/p>\n<p>\u201cBliss point\u201d\u00a0: du plaisir mais aucun bien<\/p>\n<p>Cela suffit-il \u00e0 voir dans le sucre une drogue comme les autres\u00a0? Le d\u00e9bat n\u2019est pas tranch\u00e9. Mais tous ceux qui y participent, m\u00eame si leurs arguments divergent, s\u2019accordent sur le fait que notre app\u00e9tence pour lui peut entra\u00eener de v\u00e9ritables troubles du comportement. Les \u201caccros\u201d consomment toujours plus de sucre \u2013 de \u201cproduit\u201d \u2013 que ce qu\u2019ils avaient initialement d\u00e9cid\u00e9 d\u2019ingurgiter. Deuxi\u00e8me trouble identifi\u00e9\u00a0: un d\u00e9sir constant de limiter sa consommation, sans jamais y parvenir. Le produit court-circuite la raison et la volont\u00e9. Enfin, le d\u00e9sir intense, imm\u00e9diat et incontr\u00f4lable, de consommer. Ce dernier trouble que l\u2019on peut assimiler \u00e0 une fringale (craving en anglais) jamais satisfaite est la condition de la rentabilit\u00e9 exceptionnelle d\u2019une grande partie de l\u2019industrie agro-alimentaire.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"662\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Oreo.jpeg\" alt=\"oreo\" class=\"wp-image-91104\"  \/>Les g\u00e2teaux Oreo, comme les chips Pringles par exemple, r\u00e9pondent parfaitement \u00e0 la d\u00e9finition du \u201cbliss point\u201d. Cr\u00e9dit : librakv \/ stock.adobe.com.<\/p>\n<p>Les aliments qui ont le meilleur taux de craving sont ceux qui ont atteint le \u201cBliss Point\u201d, c\u2019est-\u00e0-dire le point de f\u00e9licit\u00e9, qui correspond au niveau id\u00e9al de suavit\u00e9. Le terme a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 en 1972 par Joseph L. Balintfy, un math\u00e9maticien am\u00e9ricain qui a \u00e9t\u00e9 un pionnier de la mod\u00e9lisation des habitudes alimentaires de ses compatriotes. En conduisant ses propres recherches, Balintfy ne pouvait manquer de tomber sur les travaux de Howard Moskowitz.<\/p>\n<p>Howard Moskowitz et \u201cl\u2019effet Pringles\u201d<\/p>\n<p>Le l\u00e9gendaire cr\u00e9ateur d\u2019aliments \u00e0 fort potentiel addictif, et donc hyper-rentables, commence sa carri\u00e8re dans les ann\u00e9es 1950, en aidant l\u2019arm\u00e9e am\u00e9ricaine \u00e0 concocter des rations de combat suffisamment agr\u00e9ables \u00e0 manger pour que les soldats ingurgitent toutes les calories n\u00e9cessaires pour combattre. Les rations \u201c\u00e0 la Moskowitz\u201d \u00e9taient parfaites en termes de nutrition et tout \u00e0 fait acceptables quant \u00e0 leur go\u00fbt. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019il invente \u201cl\u2019effet Pringles\u201d.<\/p>\n<p>Son principe est tr\u00e8s simple\u00a0: \u201cQuand tu as ouvert le paquet, tu ne dois plus pouvoir t\u2019arr\u00eater de manger jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il soit vide.\u201d Toute <a href=\"https:\/\/www.wedemain.fr\/ralentir\/aliments-ultra-transformes-quand-la-malbouffe-faconne-notre-agriculture\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">l\u2019industrie de la junk food et de la nourriture ultratransform\u00e9e<\/a> s\u2019est construite \u00e0 partir de cette brillante intuition. Pour Moskowitz, notre pr\u00e9f\u00e9rence pour les aliments sucr\u00e9s, sal\u00e9s et gras, s\u2019est form\u00e9e tout au long de l\u2019\u00e9volution de l\u2019esp\u00e8ce humaine. Elle est profond\u00e9ment ancr\u00e9e en nous et il suffit de l\u2019attiser \u2013 avec un produit que nous d\u00e9vorerons sans pouvoir dire stop \u2013 pour faire fortune.<\/p>\n<p>L\u2019effet Pringles se d\u00e9clenche quand le Bliss Point est atteint. Pour cela, il faut savoir composer un m\u00e9lange id\u00e9al de sucre et de gras auquel on aura donn\u00e9 la bonne texture et une couleur qui va accrocher les clients. Bien s\u00fbr, quand on recherche le Bliss Point et l\u2019effet Pringles, on ne se soucie gu\u00e8re des qualit\u00e9s nutritionnelles des mixtures que l\u2019on va mettre sur le march\u00e9. Les produits champions du Bliss Point nous font donc plaisir\u2026 mais aucun bien. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, quand Moskowitz et les industriels inventent les produits phares de la junk food o\u00f9 le sucre est l\u2019ingr\u00e9dient de base de leurs cr\u00e9ations, ils n\u2019ont nullement le sentiment de se rendre coupables d\u2019un crime sanitaire de masse.<\/p>\n<p>Les c\u0153urs qui l\u00e2chent et le gras montr\u00e9 du doigt<\/p>\n<p>L\u2019Am\u00e9rique est pourtant d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s malade. L\u2019ob\u00e9sit\u00e9 n\u2019est pas encore devenue une priorit\u00e9 de la sant\u00e9 publique. En 1950, 12\u00a0% \u201cseulement\u201d des Am\u00e9ricains sont ob\u00e8ses. On est encore dans l\u2019illusion qu\u2019un peu d\u2019exercice suffira \u00e0 \u00e9liminer les bourrelets. Mais le probl\u00e8me de l\u2019Am\u00e9rique, ce sont les c\u0153urs qui, d\u00e8s cette \u00e9poque, se sont mis \u00e0 flancher par centaines de milliers d\u2019abord, puis par millions. La Grande-Bretagne fait face au m\u00eame probl\u00e8me que l\u2019on associe alors \u00e0 une trop forte consommation de gras. \u00c0 partir de 1955, les graisses sont d\u00e9clar\u00e9es ennemies principales de l\u2019Am\u00e9rique. On ne songe m\u00eame pas \u00e0 incriminer le sucre que l\u2019on prend l\u2019habitude de consommer en quantit\u00e9s ph\u00e9nom\u00e9nales.<\/p>\n<p>En 1954, McDonald\u2019s se met d\u2019ailleurs \u00e0 en servir \u00e0 vil prix et en toute bonne conscience, dans ses restaurants. En associant le Coca \u00e0 du pain blanc, des frites, de la viande hach\u00e9e, Ronald, le Clown, r\u00e9alise ainsi le Bliss Point absolu. Pour faire face \u00e0 l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de pathologies cardiaques, la politique sanitaire officielle pr\u00e9conise de moins fumer et de r\u00e9duire \u00e0 pas grand-chose la consommation de viande rouge, d\u2019\u0153ufs et de beurre. Cette di\u00e8te sans graisse est pr\u00e9conis\u00e9e par Ancel Keys, qui s\u2019est inspir\u00e9 du r\u00e9gime m\u00e9diterran\u00e9en. Ses recherches sont soutenues, et promues, par l\u2019industrie du sucre.<\/p>\n<p>Haro sur le gras et oubli du \u201cfrench paradox\u201d<\/p>\n<p>Keys a forg\u00e9 son r\u00e9quisitoire contre le gras en \u00e9tudiant le r\u00e9gime alimentaire de sept pays diff\u00e9rents (Cr\u00e8te, Gr\u00e8ce, Italie\u2026) qu\u2019il a soigneusement choisis parce qu\u2019il \u00e9tait certain d\u2019y r\u00e9colter uniquement des donn\u00e9es susceptibles de conforter sa th\u00e8se. Ainsi, il prend bien soin d\u2019ignorer la France, dont la population se gave de graisses satur\u00e9es, en particulier avec leurs fromages. Pourtant, les c\u0153urs fran\u00e7ais semblent bien plus r\u00e9sistants que ceux outre-Atlantique. Et si la France des ann\u00e9es 1950 se suicide, c\u2019est en buvant trop et non en mangeant gras. <\/p>\n<p>\u201cAucune population ne consomme plus d\u2019alcool que la population fran\u00e7aise. Nos h\u00f4pitaux psychiatriques ne peuvent plus abriter toutes les victimes de l\u2019alcool dont le nombre cro\u00eet chaque ann\u00e9e\u201d, d\u00e9nonce Pierre Mend\u00e8s France. Pour lutter contre l\u2019alcoolisme, il d\u00e9cide de d\u00e9tourner la majorit\u00e9 de la production nationale de betteraves vers la production de sucre pour qu\u2019elle ne soit plus distill\u00e9e en alcool. Le sucre est d\u00e9clar\u00e9 \u201caliment national sain\u201d. On le distribuera sous forme de lait sucr\u00e9 \u00e0 tous les \u00e9coliers du pays. \u201cCes distributions, explique Mend\u00e8s France, seront salutaires pour la sant\u00e9 de nos enfants\u2026 Le lait et le sucre ne sont pas consomm\u00e9s autant que le voudraient la sant\u00e9 et la vigueur de la race.\u201d<\/p>\n<p>L\u2019h\u00e9g\u00e9monie du r\u00e9gime \u201chigh carb, low fat\u201d<\/p>\n<p>La France d\u2019alors n\u2019est pas le seul pays \u00e0 aur\u00e9oler le sucre de toutes les vertus. La conviction unanime est que la menace v\u00e9ritable sur la sant\u00e9 humaine, c\u2019est le p\u00e9ril gras. Le doute n\u2019est pas autoris\u00e9. Le seul r\u00e9gime possible, mart\u00e8le Ancel Keys, est \u201cHigh Carb, Low Fat\u201d (\u201criche en glucides, pauvre en gras\u201d). Le slogan fait gonfler la fortune d\u00e9j\u00e0 consid\u00e9rable des producteurs d\u2019aliments \u00e0 base de c\u00e9r\u00e9ales. Kellog\u2019s en t\u00eate, qui en profite pour imposer son mod\u00e8le de petit-d\u00e9jeuner id\u00e9al compos\u00e9 de corn flakes enrob\u00e9s de sucre, accompagn\u00e9s de jus d\u2019orange. Son succ\u00e8s s\u2019explique par le fait, qu\u2019\u00e0 partir des ann\u00e9es 1970, les Occidentaux des deux sexes commencent \u00e0 avoir \u201cmoins de temps que d\u2019argent\u201d. Les c\u00e9r\u00e9ales sucr\u00e9es et la nourriture ultratransform\u00e9e \u00e9vitent aux parents qui travaillent de perdre leur temps devant la cuisini\u00e8re.<\/p>\n<p>On prend l\u2019habitude de manger emball\u00e9 et sucr\u00e9. Pourtant, ce menu est nutritionnellement aberrant. Un apport aussi massif et brutal de sucre dans l\u2019organisme provoque des pics de glyc\u00e9mie qui se traduisent par une sensation d\u2019\u00e9puisement que l\u2019on cherche \u00e0 combattre en buvant trop de caf\u00e9 ou en consommant encore plus de sucre. \u201cUn coup de barre\u00a0? Mars et \u00e7a repart\u201d, nous promettait la publicit\u00e9 du g\u00e9ant de la barre chocolat\u00e9e. Mais au bout de vingt ann\u00e9es de ce r\u00e9gime d\u00e9graiss\u00e9, il faut se rendre \u00e0 l\u2019\u00e9vidence\u00a0: il n\u2019a \u00e9t\u00e9 d\u2019aucune efficacit\u00e9 pour r\u00e9duire la pr\u00e9valence des pathologies cardiaques mortelles.<\/p>\n<p>Pure, White and Deadly : dans les ann\u00e9es 70, le sucre enfin montr\u00e9 du doigt<\/p>\n<p>En 1972, John Yudkin publie Pure, White and Deadly. Pour ce discret m\u00e9decin et chercheur anglais, le tueur, c\u2019est le sucre. Le gras n\u2019est qu\u2019un complice, dont l\u2019implication dans le massacre n\u2019est d\u2019ailleurs pas \u00e9vidente. Yudkin appuie son raisonnement sur le fait que, depuis son \u00e9mergence, le genre humain a \u00e9t\u00e9 principalement carnivore. Les glucides n\u2019ont pris de l\u2019importance dans notre alimentation qu\u2019avec le d\u00e9veloppement de l\u2019agriculture, il y a 10\u00a0000 ans. Nous n\u2019avons commenc\u00e9 \u00e0 consommer du sucre que depuis le XVIe si\u00e8cle. Pour Yudkin, il est donc \u00e9vident qu\u2019il faut accuser le sucre, ce dernier venu envahissant nos habitudes alimentaires. Il exhorte les autorit\u00e9s de tous les pays impact\u00e9s \u00e0 prendre des mesures imm\u00e9diates pour en limiter la consommation et venir \u00e0 bout de ce fl\u00e9au qui tue, chaque ann\u00e9e, des millions d\u2019individus dans le monde.<\/p>\n<p>En 1972, Yudkin se d\u00e9signe lui-m\u00eame comme l\u2019ennemi public n\u00b01 du lobby mondial du sucre en \u00e9crivant\u00a0: \u201cSi une fraction infime de tout ce que nous savons sur le sucre, en tant qu\u2019additif alimentaire, venait \u00e0 \u00eatre r\u00e9v\u00e9l\u00e9, ce produit serait interdit.\u201d La carri\u00e8re et la r\u00e9putation de John Yudkin vont alors \u00eatre m\u00e9thodiquement d\u00e9truites. On lui interdit de participer aux colloques internationaux, les articles sur ses recherches sont boycott\u00e9s par les publications scientifiques. Le lobby du sucre finance des programmes de recherche dans le seul but de prouver que son adversaire est un ignorant, d\u00e9fendant une th\u00e8se loufoque.<\/p>\n<p>20 ans d\u2019h\u00e9g\u00e9monie du r\u00e9gime \u201cHigh Carb, Low Fat\u201d<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019oppos\u00e9, la r\u00e9putation d\u2019Ancel Keys est si flatteuse que le gouvernement am\u00e9ricain promeut une pyramide alimentaire s\u2019appuyant sur une large consommation de c\u00e9r\u00e9ales et de glucides et une restriction au plus bas niveau possible des lipides. Le sucre n\u2019est ni promu ni condamn\u00e9. Il n\u2019entre pas dans les consid\u00e9rations d\u2019Ancel Keys et de ceux qu\u2019il a convaincus que la sant\u00e9 des Occidentaux n\u2019a qu\u2019un ennemi\u00a0: le gras. L\u2019h\u00e9g\u00e9monie du r\u00e9gime \u201cHigh Carb, Low Fat\u201d va durer vingt ans. Pendant ces deux d\u00e9cennies, la pr\u00e9valence des pathologies cardiaques ne fl\u00e9chit pas. En 1993, une premi\u00e8re \u00e9tude conduite sur un large \u00e9chantillon de femmes suivant un r\u00e9gime pauvre en lipides r\u00e9v\u00e8le que celles-ci ne risquent pas moins d\u2019avoir un cancer que celles qui ne se privent pas de gras.<\/p>\n<p>En 2008, les habitudes alimentaires de tous les pays europ\u00e9ens sont examin\u00e9es en d\u00e9tail par les chercheurs de l\u2019universit\u00e9 d\u2019Oxford. Et surprise\u00a0! Il en ressort que plus on mange gras, moins on souffre de maladies cardio-vasculaires. Le monde d\u00e9couvre alors le \u201cparadoxe fran\u00e7ais\u201d qu\u2019Ancel Keys avait n\u00e9glig\u00e9 d\u2019\u00e9tudier. La m\u00eame ann\u00e9e, la <a href=\"https:\/\/www.fao.org\/4\/i1953f\/i1953f.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">FAO (Organisation des Nations unies pour l\u2019alimentation et l\u2019agriculture) publie un rapport<\/a> dans lequel il est d\u00e9montr\u00e9 qu\u2019il n\u2019y a aucune corr\u00e9lation entre la consommation de gras et ce type de maladies. L\u2019American Society for Nutrition arrive \u00e0 la m\u00eame conclusion deux ans plus tard.<\/p>\n<p>Un seul coupable possible\u00a0: le sucre, et en particulier le fructose<\/p>\n<p>Le gras en grande partie innocent\u00e9, le sucre reste le seul coupable possible. Cette intuition devient une certitude pour nombre de scientifiques qui se mettent \u00e0 croiser les courbes de la consommation de sucre et celle de l\u2019augmentation au niveau mondial des cancers, des pathologies cardiovasculaires, et surtout de l\u2019ob\u00e9sit\u00e9. Toutes s\u2019emballent au m\u00eame rythme et dans le m\u00eame sens. Les recherches sur le m\u00e9tabolisme humain viennent confirmer que le sucre, en particulier sous forme de fructose, est une arme de destruction massive.<\/p>\n<p>On d\u00e9couvre notamment que les calories issues du fructose n\u2019ont pas du tout le m\u00eame impact sur le m\u00e9tabolisme humain que celles issues du gras. Plus concr\u00e8tement, le sucre, en particulier sous forme de fructose, a le sinistre privil\u00e8ge de perturber totalement le fonctionnement du syst\u00e8me foie-pancr\u00e9as-insuline.<\/p>\n<p>Le foie en premi\u00e8re ligne<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"563\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Foie.jpeg\" alt=\"foie\" class=\"wp-image-91110\"  \/>Repr\u00e9sentation du foie, image g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par IA. Cr\u00e9dit\u00a0: lapeepon \/ stock.adobe.com.<\/p>\n<p>Le foie \u00e9tant le seul organe dans notre corps capable de le traiter, il essaie de faire face quand nous en absorbons une dose trop cons\u00e9quente. Il va ainsi tenter d\u2019orienter autant de calories contenues dans le volume de sucre \u00e0 traiter vers les mitochondries, v\u00e9ritables centrales \u00e9lectriques cellulaires qui produisent l\u2019\u00e9nergie n\u00e9cessaire \u00e0 notre corps. Les calories qui ne sont pas br\u00fbl\u00e9es sont, elles, stock\u00e9es dans le foie sous forme de glycog\u00e8ne. Elles constituent des r\u00e9serves d\u2019\u00e9nergie \u00e0 utiliser en cas de besoin.<\/p>\n<p>Mais si les apports d\u00e9passent les capacit\u00e9s de combustion des mitochondries et de stockage du glycog\u00e8ne, les surplus sont envoy\u00e9s vers les cellules adipeuses qui les transformant en graisse. La distribution des calories est assur\u00e9e par l\u2019insuline, hormone du stockage de l\u2019\u00e9nergie qui est secr\u00e9t\u00e9e par le pancr\u00e9as. Plus les apports en sucre sont massifs et r\u00e9guliers, plus cette m\u00e9canique, aussi subtile que fragile, s\u2019enraye\u2026 et plus nous sommes ob\u00e8ses, diab\u00e9tiques, cardiaques, d\u00e9pressifs, \u00e9puis\u00e9s et canc\u00e9reux.<\/p>\n<p>Mais alors, comment se passer du sucre\u00a0?<\/p>\n<p>La solution\u00a0? Elle semble \u00e9vidente\u00a0: r\u00e9duire la quantit\u00e9 excessive de sucre que nous absorbons au quotidien \u2013 jusqu\u2019\u00e0 dix fois la dose maximale recommand\u00e9e par l\u2019OMS. Simple \u00e0 dire\u2026 impossible \u00e0 r\u00e9aliser. L\u2019humanit\u00e9 est d\u00e9j\u00e0 accro et son addiction est entretenue par le sucre que nous ingurgitons sans le savoir. Et ce, \u00e0 cause de la nourriture pr\u00eate \u00e0 consommer que nous achetons presque tous. Des aliments ultratransform\u00e9s, satur\u00e9s de sucre pour les rendre gustativement acceptables.<\/p>\n<p>Et pour entretenir l\u2019id\u00e9e aupr\u00e8s des consommateurs que le gras est bel et bien le pire ennemi de leur sant\u00e9, les industriels ont retir\u00e9 autant de graisses que possible de leurs pr\u00e9parations. Mais cette nourriture d\u00e9graiss\u00e9e est aussi laide \u00e0 regarder qu\u2019infecte \u00e0 avaler. Le sucre sert donc aujourd\u2019hui \u00e0 donner des couleurs, de la texture et du go\u00fbt \u00e0 ces tristes mixtures concoct\u00e9es par l\u2019industrie. Et plus elles sont sucr\u00e9es, plus elles sont dangereuses pour notre sant\u00e9.<\/p>\n<p>Les \u00e9dulcorants sans sucre, fausse solution miracle<\/p>\n<p>Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, les industriels pensent avoir trouv\u00e9 la solution miracle qui leur permettra de continuer \u00e0 vendre leurs produits alimentaires ultratransform\u00e9s sans craindre de devoir, un jour, \u00eatre confront\u00e9s \u00e0 leurs responsabilit\u00e9s dans la catastrophe sanitaire qui s\u2019annonce. C\u2019est l\u2019aspartame, un \u00e9dulcorant artificiel. Et on en colle partout. Cette mol\u00e9cule miracle, d\u00e9couverte par hasard en 1965, remplace le sucre dans les sodas, les cr\u00e8mes glac\u00e9es, les dentifrices, les sirops pour la toux, les pizzas surgel\u00e9es. Son pouvoir sucrant est deux cents fois sup\u00e9rieur \u00e0 celui du fructose. Une infime quantit\u00e9 suffit donc \u00e0 retrouver le go\u00fbt sucr\u00e9 tant recherch\u00e9. Et il ne peut \u00eatre dangereux que s\u2019il est absorb\u00e9 r\u00e9guli\u00e8rement en quantit\u00e9s massives. Croit-on\u2026 Avec lui, on a vraiment cru pouvoir \u00e9viter l\u2019engraissement du monde.<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, il se r\u00e9v\u00e8le une tr\u00e8s mauvaise alternative au fructose. Comme tous les autres \u00e9dulcorants sans sucre \u2013 acesulfame potassium, aspartame, advantame, cyclamates, n\u00e9otame, saccharine, sucralose, stevia et d\u00e9riv\u00e9s. D\u2019ailleurs, en mai 2023, l\u2019Organisation mondiale de la sant\u00e9 (OMS) recommande la prudence dans une <a href=\"https:\/\/www.who.int\/news\/item\/15-05-2023-who-advises-not-to-use-non-sugar-sweeteners-for-weight-control-in-newly-released-guideline\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">directive publi\u00e9e en mai 2023<\/a>, ces \u00e9dulcorants sans sucre pouvant \u201cavoir des effets ind\u00e9sirables potentiels\u201d sur le long terme \u201ctels qu\u2019un risque accru de diab\u00e8te de type 2, de maladies cardio-vasculaires et de mortalit\u00e9 chez les adultes\u201d. Une recommandation qui vaut pour les produits de consommation qui en contiennent et aussi pour l\u2019\u00e9dulcorant vendu comme \u201csucre\u201d.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"664\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Aspartame.jpeg\" alt=\"Aspartame\" class=\"wp-image-91112\"  \/>Des pilules d\u2019aspartame sont souvent utilis\u00e9es pour \u201csucrer\u201d le caf\u00e9. Cr\u00e9dit : Richard Villalon \/ stock.adobe.com.<\/p>\n<p>\u201cLe sucre appelle le sucre\u201d<\/p>\n<p>La m\u00eame ann\u00e9e, l\u2019OMS publiait les r\u00e9sultats des travaux du Circ (Centre national de recherche sur le cancer) qui classait l\u2019aspartame \u201ccanc\u00e9rog\u00e8ne possible pour l\u2019homme\u201d. Deux ans plus tard, il est encore utilis\u00e9 massivement, ce qui pose question (voir <a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/planete\/article\/2025\/02\/04\/pres-de-deux-ans-apres-son-classement-comme-cancerogene-possible-l-aspartame-demeure-autorise_6530528_3244.html?search-type=classic&amp;ise_click_rank=1\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Le Monde du 4 f\u00e9vrier 2025<\/a>). En outre, toujours selon l\u2019OMS, les \u00e9dulcorants \u201cne conf\u00e8rent aucun avantage \u00e0 long terme dans la r\u00e9duction de la graisse corporelle chez les adultes ou les enfants\u201d\u00a0! De fait, l\u2019utilisation massive de l\u2019aspartam n\u2019a en rien stopp\u00e9 ou frein\u00e9 l\u2019ob\u00e9sit\u00e9 et les pathologies qui lui sont associ\u00e9es.<\/p>\n<p>Pourquoi\u00a0? Parce que sa consommation provoque un besoin incontr\u00f4lable de consommer du \u201cvrai sucre\u201d en vertu du principe, mille fois v\u00e9rifi\u00e9, que \u201cle sucre appelle le sucre\u201d. Il participe donc, comme la plupart des autres produits de substitution, \u00e0 la d\u00e9gradation de notre \u201c\u00e9ducation nutritionnelle\u201d\u00a0: nous attendons que tous nos aliments deviennent des friandises. Nous ne nous nourrissons plus, nous nous faisons plaisir\u2026 \u00e0 en crever.<\/p>\n<p>Au Mexique, 1 litre de soda co\u00fbte moins cher que 1 litre d\u2019eau pure<\/p>\n<p>L\u2019indispensable r\u00e9duction de notre consommation de sucre ne peut passer que par une nouvelle r\u00e9volution industrielle, que seule la puissance publique aurait les moyens d\u2019amorcer. Il y a urgence. Pourtant, ce salutaire chambardement a peu de chance de se produire. Le passage \u00e0 une nourriture moins sucr\u00e9e aurait des cons\u00e9quences cataclysmiques. Les presque 200 millions de tonnes de sucre produites chaque ann\u00e9e sur la plan\u00e8te sont la source la moins ch\u00e8re de calories, disponible en quantit\u00e9 suffisante pour nourrir une humanit\u00e9 toujours plus nombreuse et plus pauvre.<\/p>\n<p>La production et la consommation de sucre qui explosent en Chine, en Inde, au Br\u00e9sil sont moins le signe de l\u2019occidentalisation des moeurs que de l\u2019explosion d\u00e9mographique. Elle est aussi le sympt\u00f4me de la faillite des \u00c9tats, incapables d\u2019offrir \u00e0 leur population une chance de pouvoir se nourrir sans se rendre malade. Si la population mexicaine consomme en moyenne 500 ml de Coca chaque jour, si les nouveau-n\u00e9s de ce pays sont baptis\u00e9s avec du soda, c\u2019est d\u2019abord parce que les Mexicains payent moins cher un litre de leur boisson sucr\u00e9e pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e qu\u2019un litre d\u2019eau pure.<\/p>\n<p>Des produits ultratransform\u00e9s comme base du r\u00e9gime alimentaire<\/p>\n<p>En 2014, la mise en place d\u2019une taxe soda pour lutter contre l\u2019ob\u00e9sit\u00e9 n\u2019a pas donn\u00e9 de bons r\u00e9sultats. Les Mexicains ont simplement pay\u00e9 plus cher les produits sucr\u00e9s dont ils ne peuvent plus se passer. D\u2019autant que la m\u00eame ann\u00e9e, l\u2019Oncle Sam impose la n\u00e9gociation forc\u00e9e d\u2019un accord sp\u00e9cial sur le sucre. En gros, il donne un coup de frein s\u00e9rieux aux entr\u00e9es du sucre de canne mexicain sur le march\u00e9 am\u00e9ricain et, de l\u2019autre, autorise des <a href=\"https:\/\/www.liberation.fr\/planete\/2018\/04\/22\/etats-unis-ils-ont-vendu-la-facilite-aux-mexicains_1645185\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">importations sans limite<\/a> de <a href=\"https:\/\/www.wedemain.fr\/sante\/le-sirop-de-mais-cet-additif-qui-rend-les-americains-diabetiques_a1281-html\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">sirop de ma\u00efs \u00e0 haute teneur en fructose<\/a>. Sachant que la grande majorit\u00e9 des aliments import\u00e9s proviennent aujourd\u2019hui des \u00c9tats-Unis, en vertu de l\u2019Accord de libre-\u00e9change nord-am\u00e9ricain (Alena) sign\u00e9 en 1994 qui avait fait entrer le Mexique dans la \u201cglobesidad\u201d (la glob\u00e9sit\u00e9).<\/p>\n<p>Ce qui est vrai du Mexique \u00e0 l\u2019Argentine, du Chili \u00e0 la Chine, l\u2019est aussi en Europe. En France, les personnes qui re\u00e7oivent une aide alimentaire des Restos du Coeur ou du Secours populaire comptent parmi les plus gros consommateurs de sucre. Ceci s\u2019explique par le fait que les produits ultratransform\u00e9s forment la tr\u00e8s large base de leur r\u00e9gime alimentaire.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"726\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Editorial-Use-Only.jpeg\" alt=\"mexique soda\" class=\"wp-image-91114\"  \/>Au Mexique, les sodas sont un v\u00e9ritable fl\u00e9au. Cr\u00e9dit : oasisamuel \/ stock.adobe.com.<\/p>\n<p>Les pauvres les plus touch\u00e9s par l\u2019addiction au sucre<\/p>\n<p>Plus une nourriture est transform\u00e9e, moins elle est ch\u00e8re \u00e0 produire et plus bas sera son prix de vente. Ce paradoxe s\u2019explique par le fait que les pr\u00e9parations d\u00e9coulant d\u2019un processus industriel complexe sont fabriqu\u00e9es avec des ingr\u00e9dients artificiels produits en tr\u00e8s grandes quantit\u00e9s. On ne compte que cinq ingr\u00e9dients naturels \u00e0 haute valeur nutritionnelle dans une cr\u00e8me glac\u00e9e haut de gamme. Il y en a douze, artificiels et sans int\u00e9r\u00eat nutritionnel, et beaucoup de sucre, dans un pot de glace bon march\u00e9.<\/p>\n<p>La nourriture industrielle ultratransform\u00e9e est souvent d\u00e9pourvue des nutriments qui permettent d\u2019apporter un sentiment de sati\u00e9t\u00e9. Terrible paradoxe\u00a0: plus on est pauvre, plus on est contraint de consommer des nourritures exc\u00e9dant nos besoins \u00e9nerg\u00e9tiques, sans jamais vraiment se sentir rassasi\u00e9. Plus on est pauvre, plus on est ob\u00e8se\u2026 et plus on est malade. Aujourd\u2019hui, les Fran\u00e7ais les plus pr\u00e9caires risquent trois fois plus de d\u00e9velopper un diab\u00e8te que le reste de la population. Ils sont aussi deux fois plus menac\u00e9s par les maladies du foie et du pancr\u00e9as.<\/p>\n<p>Ozempic\u00a0: l\u2019empire du sucre menac\u00e9 par une mol\u00e9cule<\/p>\n<p>Dans ces conditions, faut-il d\u00e9clarer la guerre au sucre et prendre le risque de faire passer des centaines de millions de personnes de la pr\u00e9carit\u00e9 nutritionnelle \u00e0 une v\u00e9ritable ins\u00e9curit\u00e9 alimentaire\u00a0? Faut-il, au contraire, qu\u2019on nous laisse vivre nos vies d\u2019addicts gav\u00e9s mais menac\u00e9s par l\u2019ob\u00e9sit\u00e9, la d\u00e9pression, le diab\u00e8te et le cancer\u00a0? Nous pourrions \u00e9viter d\u2019affronter la seconde alternative gr\u00e2ce \u00e0 la Semagludite, une mol\u00e9cule commercialis\u00e9e sous le nom d\u2019Ozempic. Ce m\u00e9dicament mis au point par le laboratoire danois Novo Nordisk n\u2019est commercialis\u00e9 que depuis trois ans, mais les g\u00e9ants mondiaux de la nourriture sucr\u00e9e-sal\u00e9e-grasse-ultratransform\u00e9e-emball\u00e9e se pr\u00e9parent d\u00e9j\u00e0 \u00e0 voir s\u2019affaisser leurs courbes de croissance.<\/p>\n<p>Au mois d\u2019ao\u00fbt 2024, le g\u00e9ant Mars (Milky Way, Bounty, M&amp;M\u2019s, Snickers, Twix, etc.) a rachet\u00e9 Kellanova, qui poss\u00e8de la marque de chips Pringles. L\u2019Empire du sucre a aval\u00e9 un des grands barons du sel. Cela lui a co\u00fbt\u00e9 36 milliards de dollars. Le montant de la transaction est absolument hors normes. Pourtant, Mars a estim\u00e9 que ce n\u2019\u00e9tait pas trop cher pay\u00e9 pour se diversifier en urgence.<\/p>\n<p>Un m\u00e9dicament qui s\u2019attaque aux pulsions alimentaires<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"667\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Ozempic-Image.jpeg\" alt=\"Ozempic semaglutide\" class=\"wp-image-91116\"  \/>Montreal, CA \u2013 16 November 2023: Avec sa mol\u00e9cule semaglutide, le m\u00e9dicament Ozempic  va-t-il rebattre les cartes de l\u2019industrie agro-alimentaire\u00a0? Cr\u00e9dit\u00a0: mbruxelle \u2013 stock.adobe.com.<\/p>\n<p>Toutes les projections sur l\u2019\u00e9volution du march\u00e9 de la nourriture sucr\u00e9e arrivent \u00e0 la m\u00eame conclusion\u00a0: la consommation des aliments sucr\u00e9s va s\u2019effondrer \u00e0 cause des m\u00e9dicaments anti-ob\u00e9sit\u00e9 les plus r\u00e9cents. Ce n\u2019est pourtant pas la premi\u00e8re fois que l\u2019industrie pharmaceutique met des produits minceur sur le march\u00e9. Toutes ses pr\u00e9c\u00e9dentes tentatives se sont sold\u00e9es par des \u00e9checs. Au mieux, \u00e7a ne marchait pas, au pire cela d\u00e9truisait la sant\u00e9 des patients. Les pertes de poids constat\u00e9es avec Ozempic ou Wegovy sont, elles, absolument spectaculaires. Les g\u00e9ants de l\u2019agroalimentaire devraient se r\u00e9jouir\u00a0: un patient qui n\u2019a plus peur de grossir doit logiquement se sentir libre de manger tout ce qu\u2019il veut, autant qu\u2019il le veut.<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me est que l\u2019Ozempic s\u2019attaque justement \u00e0 cette pulsion qui nous force \u00e0 manger bien au-del\u00e0 de nos besoins \u00e9nerg\u00e9tiques. Ozempic et ses \u00e9quivalents ont le m\u00eame effet sur nos app\u00e9tits que la peptide-1 de type glucagon, l\u2019hormone qui signale \u00e0 notre cerveau que nous avons assez mang\u00e9. Ce m\u00e9dicament est l\u2019antidote \u00e0 l\u2019effet Pringles. Les patients qui en re\u00e7oivent ne ressentent plus ces fringales, ce fameux incontr\u00f4lable craving qui a fait la fortune de Kraft, Nestl\u00e9, Mars, Unilever, Kellog\u2019s\u2026<\/p>\n<p>Retrouver le vrai go\u00fbt des choses<\/p>\n<p>Selon le New York Times, la commercialisation de l\u2019Ozempic repr\u00e9sente une <a href=\"https:\/\/www.nytimes.com\/2024\/11\/19\/magazine\/ozempic-junk-food.html?searchResultPosition=2\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">\u201cmenace existentielle pour l\u2019industrie alimentaire et plus encore pour l\u2019industrie des aliments transform\u00e9s\u201d<\/a>. Cette menace est d\u2019autant plus redoutable que les nouveaux m\u00e9dicaments anti-ob\u00e9sit\u00e9 semble modifier le go\u00fbt des aliments chez ceux qui en prennent. La soci\u00e9t\u00e9 Mattson est un cr\u00e9ateur de produits alimentaires qui a des contrats avec McDo, Pepsi et quelques autres g\u00e9ants de la junk food.<\/p>\n<p>Ses chercheurs ont \u00e9tudi\u00e9 les modifications de comportements alimentaires des personnes sous Ozempic. Dans leur grande majorit\u00e9, celles-ci semblent rebut\u00e9es par les friandises et les plats ultratransform\u00e9s dont elles raffolaient avant de commencer leur traitement. Une pomme retrouve la saveur d\u2019une pomme et un plat en barquette sous vide r\u00e9v\u00e8le son go\u00fbt v\u00e9ritable\u00a0: celui d\u2019une p\u00e2t\u00e9e grasse, trop sucr\u00e9e.<\/p>\n<p>Cette r\u00e9volution du go\u00fbt, on nous l\u2019annonce, va \u00eatre assez puissante pour provoquer \u201cune r\u00e9orientation du capitalisme\u201d. En clair, Big Pharma va remplacer Big Food. Faut-il s\u2019en r\u00e9jouir\u00a0? En brisant notre cha\u00eene d\u2019addiction au sucre, nous allons retrouver une libert\u00e9 que nous pourrions \u00eatre oblig\u00e9s de sacrifier aux laboratoires. Ce risque a d\u00e9j\u00e0 un nom aux \u00c9tats-Unis o\u00f9 l\u2019on \u00e9voque la \u201cpharmaceuticalization\u201d pour d\u00e9signer le fait de s\u2019en remettre exclusivement \u00e0 des m\u00e9dicaments pour atteindre l\u2019id\u00e9al de sant\u00e9 et d\u2019aspect auquel nous souhaitons acc\u00e9der. Nul doute que ce mot anglais sera vite traduit dans toutes les langues du monde.<\/p>\n<p class=\"has-text-align-center has-background\" style=\"background-color:#8dd2fc52\"><strong>SOUTENEZ WE DEMAIN, SOUTENEZ UNE R\u00c9DACTION IND\u00c9PENDANTE<\/strong><br \/>Inscrivez-vous \u00e0 notre\u00a0<a href=\"https:\/\/b877ee5f.sibforms.com\/serve\/MUIEAOSKSjKxjthVkyzxkiDzQbmLpndIKtf3zp7MAX11QbZbdZzd-ft5nxDyCUGdzvrOrmI_SGJK7fHcJkIIdLO8meyPB3efOix4kDD6WyMCSQVPyC-vdWdcByv0XGGmGTagbQNFno7BhiT3Fq6z9pu4FLzyscH-uCuqunDbT7J81iZhAhIfrjYN60DEjouEEtHHe1T-24c2YKxX\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><strong>newsletter hebdomadaire<\/strong><\/a><br \/>et\u00a0<a href=\"https:\/\/wedemain.aboshop.fr\/common\/categories\/160\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><strong>abonnez-vous \u00e0 notre magazine<\/strong><\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Partager la publication \u00ab\u00a0Sucre\u00a0: la vraie histoire d\u2019un complot mondial\u00a0\u00bb C\u2019est l\u2019histoire d\u2019une trahison. 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