{"id":156005,"date":"2025-06-06T08:04:14","date_gmt":"2025-06-06T08:04:14","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/156005\/"},"modified":"2025-06-06T08:04:14","modified_gmt":"2025-06-06T08:04:14","slug":"la-monnaie-de-paris-expose-georges-mathieu-artiste-megalo-et-excentrique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/156005\/","title":{"rendered":"La Monnaie de Paris expose Georges Mathieu, artiste m\u00e9galo et excentrique"},"content":{"rendered":"<p class=\"editor-content__paragraph\">Le 2\u00a0juillet 1996, Pepita Dupont, alors reporter pour Paris Match, descend <strong>l\u2019avenue de Malakoff<\/strong>, dans le 16e arrondissement de Paris, et <strong>franchit la grille du num\u00e9ro 125<\/strong>. R\u00e9sidence en pierre de taille des ann\u00e9es 1930, enfilade de b\u00e2timents, rigueur des fa\u00e7ades \u00e0 angle droit.<\/p>\n<p class=\"editor-content__paragraph\">Au fond de la cour, \u00e0 gauche, la journaliste sonne <strong>\u00e0 la porte du peintre Georges Mathieu<\/strong>, figure flamboyante de la sc\u00e8ne artistique et m\u00e9diatique des ann\u00e9es Pompidou, dont on ne conna\u00eet plus, en cette fin de si\u00e8cle, que <strong>les coups de gueule<\/strong> relay\u00e9s dans le Figaro ou sur Radio Courtoisie, et les pamphlets lanc\u00e9s tous azimuts contre le c\u00e9nacle des penseurs, de la culture au monde politique.<\/p>\n<p class=\"editor-content__paragraph\">Georges Mathieu a alors <strong>75\u00a0ans<\/strong>. Il re\u00e7oit dans son appartement comme d\u2019autres le feraient en leur ch\u00e2teau. Un <strong>portrait magistral de lui-m\u00eame<\/strong> en saint Georges terrassant le dragon intimide le visiteur. Mais \u00e0 y regarder de plus pr\u00e8s, la t\u00eate semble se d\u00e9tacher du corps\u00a0: l\u2019artiste n\u2019a pas aim\u00e9 la repr\u00e9sentation de son visage, il a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 plaquer une photographie sur la toile.<\/p>\n<p>Royaliste et r\u00e9volutionnaire<\/p>\n<p class=\"editor-content__paragraph\">Car tout est ainsi, chez Mathieu. Dans l\u2019art consomm\u00e9 de la prestidigitation. Il d\u00e9ambule <strong>en dandy<\/strong>, assur\u00e9 de s\u00e9duire, jouant d\u2019un vestiaire \u00e9tudi\u00e9 (il se vante de poss\u00e9der 350\u00a0cravates et 100\u00a0paires de chaussures), la moustache sculpt\u00e9e comme les ou\u00efes d\u2019un violon, <strong>ma\u00eetrisant l\u2019illusion<\/strong> tel un com\u00e9dien au th\u00e9\u00e2tre. L\u2019appartement est parsem\u00e9 de r\u00e9pliques de bustes Ancien R\u00e9gime, les meubles en contre-plaqu\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 <strong>patin\u00e9s d\u2019or<\/strong>, des d\u00e9coupes en carton coll\u00e9 m\u00e9tamorphosent les abat-jour, une <strong>t\u00eate de mammouth<\/strong> est accroch\u00e9e dans l\u2019entr\u00e9e, la salle \u00e0 manger \u00e0 l\u2019antique invite au triclinium romain et se rendre \u00e0 la \u00ab\u00a0chancellerie\u00a0\u00bb consiste \u00e0 passer au bureau.<\/p>\n<p>    <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"image__img\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/webgrk4226778-964x761.jpg\" alt=\"Georges Mathieu chez lui en 2007, dans son bureau qu\u2019il nomme la \u00ab\u00a0chancellerie\u00a0\u00bb, devant son tableau Hommage au mar\u00e9chal de Turenne (1952).\" width=\"964\" height=\"761\"\/><\/p>\n<p>Georges Mathieu chez lui en 2007, dans son bureau qu\u2019il nomme la \u00ab\u00a0chancellerie\u00a0\u00bb, devant son tableau Hommage au mar\u00e9chal de Turenne (1952).<\/p>\n<p>    i<\/p>\n<p class=\"legende__cartel\">\u00a9 Raphael GAILLARDE\/GAMMA RAPHO<\/p>\n<p class=\"editor-content__paragraph\">Pr\u00e8s de 30\u00a0ans plus tard, Pepita Dupont se rem\u00e9more la curiosit\u00e9 de cette interview en forme d\u2019audience, le ma\u00eetre <strong>si\u00e9geant sur un tr\u00f4ne<\/strong> qu\u2019il tient pour \u00eatre celui d\u2019Attila. L\u2019objet de cet entretien est la sortie d\u2019un livre,  le Massacre de la sensibilit\u00e9, dans lequel Mathieu s\u2019acharne, avec une \u00e9criture virtuose, \u00e0 <strong>d\u00e9gommer l\u2019action culturelle, l\u2019\u00c9ducation nationale<\/strong>, les hommes politiques \u2013 Jack Lang en t\u00eate \u2013, la vision du sociologue Pierre Bourdieu, le Nouveau Roman, les architectes\u2026<\/p>\n<p class=\"editor-content__paragraph\">\u00c0 la lecture de l\u2019article, on se figure <strong>le phras\u00e9 amer, les r\u00e9pliques aigres<\/strong>, la posture raide du<strong> fervent royaliste<\/strong> qu\u2019il assumait \u00eatre. Mais Pepita Dupont, en r\u00e9alit\u00e9, a affaire \u00e0 <strong>un homme charmant, grand seigneur<\/strong> et pr\u00e9venant, qui n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 lui offrir ses livres, les lui d\u00e9dica\u00e7ant \u00e0 la plume d\u2019autruche, tout en laissant son t\u00e9l\u00e9phone sonner dans le vide (pendant tout le rendez-vous) tant il <strong>veille \u00e0 soigner son h\u00f4te<\/strong>. \u00ab\u00a0Sans doute des personnes qui n\u2019ont pas encore compris, depuis 25\u00a0ans, que je ne r\u00e9ponds qu\u2019\u00e0 mon courrier\u00a0\u00bb, ironise le peintre.<\/p>\n<p class=\"editor-content__paragraph\">Cette rencontre est <strong>\u00e0 l\u2019image des exc\u00e8s<\/strong> dont raffole Mathieu. Il d\u00e9verse sa col\u00e8re comme un <strong>demi-dieu nostalgique<\/strong> du monde d\u2019hier, tout en \u00e9tant consum\u00e9 int\u00e9rieurement par un feu de r\u00e9volution quasi adolescent. \u00ab\u00a0Il pr\u00f4nait la libert\u00e9, le \u2018je dis ce que je pense\u2019, confirme Pepita Dupont. Il osait vraiment tout. Il s\u2019en prenait \u00e0 la gauche tout en ayant \u00e9t\u00e9 en quelque sorte pr\u00e9r\u00e9volutionnaire avec un \u00c9p\u00eetre \u00e0 la jeunesse, publi\u00e9 en 1964, dans lequel il <strong>incitait les jeunes et les artistes \u00e0 se r\u00e9volter<\/strong>. Il les enjoignait \u00e0 \u2018incarner une id\u00e9ologie de combat dans une soci\u00e9t\u00e9 de consommation qui a \u00e9touff\u00e9 toutes ses col\u00e8res dans le confort douillet de sa m\u00e9diocrit\u00e9\u2019. Il \u00e9tait vraiment tout le temps en r\u00e9volte\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Des assiettes, le logo d\u2019Antenne 2, une usine, un disque\u2026<\/p>\n<blockquote class=\"editor-content__blockquote editor-content__blockquote--align-left\">\n<p>\u00ab\u00a0La signature est absolument centrale chez Georges Mathieu. On pourrait m\u00eame dire que ses \u0153uvres sont d\u2019immenses signatures, infiniment r\u00e9p\u00e9t\u00e9es.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Nicolas Bourriaud<\/p>\n<\/blockquote>\n<p class=\"editor-content__paragraph editor-content__paragraph--is-hidden\">Et plus personne, en 1996, ne trouve gr\u00e2ce aux yeux d\u2019un peintre pr\u00e9sent\u00e9 par Paris Match comme une <strong>gloire pompidolienne<\/strong> dont \u00ab\u00a0la cote a chut\u00e9\u00a0\u00bb, d\u00e9sormais<strong> \u00ab\u00a0tomb\u00e9 dans l\u2019oubli\u00a0\u00bb<\/strong>. Il \u00e9ructe contre les colonnes de <a href=\"https:\/\/www.beauxarts.com\/encyclo\/daniel-buren-en-3-minutes\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Buren<\/a>, s\u2019indigne de la sculpture d\u2019horloges d\u2019Arman sur le parvis de la gare Saint-Lazare, vitup\u00e8re contre la biblioth\u00e8que Fran\u00e7ois-Mitterrand et qualifie la pyramide du Louvre d\u2019\u00ab\u00a0entr\u00e9e de cirque\u00a0\u00bb. Ces <strong>sorties bileuses<\/strong> lui ont valu le m\u00e9pris des \u00ab\u00a0gens s\u00e9rieux\u00a0\u00bb, comme les qualifie le pr\u00e9sident de l\u2019Inha \u00c9ric de Chassey, aujourd\u2019hui co-commissaire de la <strong>grande r\u00e9trospective<\/strong> que le Centre Pompidou d\u00e9localis\u00e9 et la Monnaie de Paris consacrent \u00e0 l\u2019\u0153uvre de Georges Mathieu.<\/p>\n<p>            <strong>Continuez votre lecture<\/strong><\/p>\n<p>\n                et acc\u00e9dez \u00e0 Beaux Arts Magazine<br \/>et \u00e0 tous les contenus web<br \/><strong>en illimit\u00e9 \u00e0 partir de 5,75\u20ac \/ mois<\/strong>\n            <\/p>\n<p class=\"cta-abonnement__log-in\">\n        D\u00e9j\u00e0 abonn\u00e9 ?        <a data-id=\"aHR0cHM6Ly93d3cuYmVhdXhhcnRzLmNvbS9tb24tY29tcHRlLw==\">Connectez-vous<\/a>\n    <\/p>\n<p>            <img data-vllblanksrc=\"https:\/\/www.beauxarts.com\/expos\/la-monnaie-de-paris-expose-georges-mathieu-lhomme-qui-peignait-en-4-secondes-et-se-prenait-pour-dieu\/1\" data-vllsrc=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/couv-bam-492-232x300.png\" alt=\"\"\/><img data-vllblanksrc=\"https:\/\/www.beauxarts.com\/expos\/la-monnaie-de-paris-expose-georges-mathieu-lhomme-qui-peignait-en-4-secondes-et-se-prenait-pour-dieu\/1\" data-vllsrc=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/couv-bam-2025-1-232x300.png\" alt=\"\"\/>        <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Le 2\u00a0juillet 1996, Pepita Dupont, alors reporter pour Paris Match, descend l\u2019avenue de Malakoff, dans le 16e arrondissement&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":156006,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1358],"tags":[1396,1348,1384,1385,1386,58,59,1011,27,19402,19399,1585],"class_list":{"0":"post-156005","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-arts-et-design","8":"tag-art-contemporain","9":"tag-arts","10":"tag-arts-and-design","11":"tag-arts-et-design","12":"tag-design","13":"tag-divertissement","14":"tag-entertainment","15":"tag-fr","16":"tag-france","17":"tag-georges-mathieu","18":"tag-monnaie-de-paris","19":"tag-peinture"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/114635385351116840","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/156005","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=156005"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/156005\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/156006"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=156005"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=156005"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=156005"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}