{"id":175646,"date":"2025-06-14T10:14:17","date_gmt":"2025-06-14T10:14:17","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/175646\/"},"modified":"2025-06-14T10:14:17","modified_gmt":"2025-06-14T10:14:17","slug":"80-ans-de-nice-matin-les-voisins-varois-de-la-guerre-a-la-fusion","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/175646\/","title":{"rendered":"80 ans de \u00ab\u00a0Nice-Matin\u00a0\u00bb : les \u00ab\u00a0voisins varois\u00a0\u00bb, de la guerre \u00e0 la fusion"},"content":{"rendered":"<p>L\u2019histoire de Nice-Matin dans le Var n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 un long fleuve tranquille. Ouvrir ce chapitre, c\u2019est prendre le risque de gratter d\u2019anciennes cicatrices et de raviver des feux mal \u00e9teints. Ceux qui ont v\u00e9cu ces ann\u00e9es de braise parlent volontiers d\u2019une \u00ab\u00a0guerre\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0fusion\u00a0\u00bb plus ou moins bien dig\u00e9r\u00e9e. Et d\u2019un antagonisme entre voisins digne de Clochemerle.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019or\u00e9e des ann\u00e9es cinquante, Michel Bavastro, nouveau p.-d.g. du quotidien maralpin, d\u00e9cide d\u2019implanter son journal \u00e0 l\u2019est du Var. \u00ab\u00a0Saint-Rapha\u00ebl est davantage tourn\u00e9 vers Cannes et Nice que vers Toulon, explique-t-il \u00e0 son premier cercle. Il y a un coup \u00e0 jouer.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>D\u2019abord diffus\u00e9 dans la cit\u00e9 de l\u2019Archange, Le Var Nice-Matin s\u2019\u00e9tend bient\u00f4t jusqu\u2019\u00e0 Draguignan. Son influence d\u00e9cro\u00eet \u00e0 mesure qu\u2019il se rapproche de Toulon, o\u00f9 R\u00e9publique, cr\u00e9\u00e9 en 1946 et propri\u00e9t\u00e9 du maire de Marseille depuis 1954, domine largement.<\/p>\n<p>En 1965, Nice-Matin est quasiment en situation de monopole dans les Alpes-Maritimes (1). Bavastro profite de cette situation favorable pour d\u00e9clencher les hostilit\u00e9s. Il cr\u00e9e une agence dans la capitale varoise, o\u00f9 il d\u00e9ploie huit journalistes charg\u00e9s de \u00ab\u00a0mordre les mollets\u00a0\u00bb de la concurrence. Devanc\u00e9e par une campagne offensive de tracts et d\u2019affiches, la premi\u00e8re \u00e9dition toulonnaise para\u00eet le 12 janvier.<\/p>\n<p>Gaston Defferre r\u00e9agit imm\u00e9diatement en annon\u00e7ant que son navire amiral, Le Proven\u00e7al, va \u00e9tendre sa diffusion dans les Alpes-Maritimes.<\/p>\n<p>Pacte de non-agression<\/p>\n<p>Le bras de fer dure dix-sept mois. \u00c0 la mi-mai 1966, Bavastro et Defferre signent un pacte de non-agression, qui comprend notamment une clause de \u00ab\u00a0non-d\u00e9bauchage\u00a0\u00bb des talents. Chacun se retire sur ses terres. Cet accord, valable dix ans, est officiellement reconduit en 1976 pour cinq ann\u00e9es suppl\u00e9mentaires.<\/p>\n<p>\u00c0 partir de mai 1981, plus aucun contrat ne lie les deux patrons de presse. Ils observent, cependant, une sorte de gentlemen\u2019s agreement\u2026 rompu sans sommation par le patron ni\u00e7ois en 1984. Le 14 janvier, Nice-Matin met en vente son \u00e9dition de Hy\u00e8res \u00e0 Toulon, avec une page et demie (2) d\u00e9di\u00e9e \u00e0 la pr\u00e9fecture.<\/p>\n<p>L\u2019offensive, d\u00e9nonc\u00e9e comme \u00ab\u00a0une d\u00e9claration de guerre\u00a0\u00bb par le baron marseillais, attise la concurrence entre les \u00e9quipes. \u00ab\u00a0La bataille se jouait surtout sur le front des faits divers, pr\u00e9cise Patrice Lefebvre, journaliste \u00e0 Le Var Nice-Matin pendant 25 ans. Le matin, on se ruait sur Var-matin R\u00e9publique(3). Si on s\u2019\u00e9tait pris un ratage, on \u00e9tait bon pour une soufflante ou une note de service.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait chacun pour soi\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le r\u00e9dacteur, qui a sillonn\u00e9 le d\u00e9partement d\u2019est en ouest, se souvient pourtant de relations \u00ab\u00a0cordiales\u00a0\u00bb avec le camp adverse. \u00ab\u00a0J\u2019\u00e9tais tr\u00e8s copain avec Pierre Sueur [futur r\u00e9dacteur en chef de Nice-Matin, Ndlr] et St\u00e9phane Doussot [futur chef du service photos du Groupe Nice-Matin]. On picolait ensemble, mais dans le boulot, c\u2019\u00e9tait chacun pour soi\u2005! On ne se faisait pas de cadeau.\u2005\u00bb<\/p>\n<p>On imagine, dans ce contexte, le tremblement de terre qu\u2019a repr\u00e9sent\u00e9 l\u2019annonce de la fusion des deux titres en 1998, apr\u00e8s le rachat de Nice-Matin par le Groupe Hachette.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>              <img ci-src=\"https:\/\/www.nicematin.com\/histoire\/Image+Patrice+Lef%C3%A8vre+par+Lionel+Paoli-YuAeZghE.jpg?ci_seal=f5a90287d3\" alt=\"\"\/><br \/>\n        Patrice Lefebvre, ancien chef d\u2019agence au Lavandou. <strong>Photo Lionel Paoli.<\/strong> <\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La culture de Nice-Matin n\u2019avait rien \u00e0 voir avec celle de Var-matin R\u00e9publique, d\u00e9crypte Patrice Lefebvre. Chez nous, tout \u00e9tait hi\u00e9rarchis\u00e9, rigoureux. En face, l\u2019ambiance \u00e9tait beaucoup plus cool, les journalistes \u00e9taient plus libres\u2026 mais dans leurs pages, c\u2019\u00e9tait parfois le bordel\u2005! Nos lecteurs \u00e9taient r\u00e9put\u00e9s plut\u00f4t de droite, tandis que ceux de Var-matin se situaient \u00e0 gauche. On voyait mal comment harmoniser tout cela\u2005!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Philippe Arnassan, alors photographe \u00e0 Saint-Rapha\u00ebl, se souvient \u00ab\u00a0d\u2019un climat d\u2019inqui\u00e9tudes davantage li\u00e9 aux fa\u00e7ons de faire qu\u2019aux personnes elles-m\u00eames\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Patrick Andrieu, directeur d\u00e9partemental du\u00a0Var Nice-Matin, est charg\u00e9 de la fusion par le nouveau p.-d.g. Michel Comboul. Il s\u2019attelle \u00e0 ce chantier avec des moyens consid\u00e9rables.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0J\u2019ai r\u00e9ussi \u00e0 convaincre Jean-Luc Lagard\u00e8re qu\u2019il fallait faire un journal de qualit\u00e9 et que cela supposait de conserver une r\u00e9daction fournie, se souvient Michel Comboul. Ceux qui souhaitaient quitter le Var pour les Alpes-Maritimes ont \u00e9t\u00e9 accompagn\u00e9s et aid\u00e9s financi\u00e8rement\u2005; les autres ont trouv\u00e9 leur place dans des \u00e9quipes renforc\u00e9es.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les effectifs par agence ont \u00e9t\u00e9 augment\u00e9s, confirme Philippe Arnassan. Au d\u00e9but, on se marchait m\u00eame un peu sur les pieds\u2026 C\u2019\u00e9tait \u00e9trange\u2005!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ils r\u00e2laient sans arr\u00eat\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Un an plus tard, sur le plan comptable, la fusion est un succ\u00e8s\u2005: la d\u00e9perdition de lecteurs est marginale. Il en va autrement pour les relations entre les professionnels des deux d\u00e9partements. Au si\u00e8ge historique, route de Grenoble, les Ni\u00e7ois voient d\u00e9bouler ces \u00ab\u00a0Toulonnais d\u2019Ollioules\u00a0\u00bb avec m\u00e9fiance. \u00ab\u00a0Ils r\u00e2laient sans arr\u00eat, alors qu\u2019ils avaient obtenu des augmentations importantes\u00a0\u00bb, grimace un ancien cadre du pr\u00e9presse. Surtout, les nouveaux venus n\u2019adh\u00e8rent pas au m\u00eame syndicat que leurs homologues azur\u00e9ens. Tr\u00e8s agac\u00e9s, ces derniers jouent la provocation en s\u2019adressant \u00e0 leurs pairs\u2026 en nissart.<\/p>\n<p>\u00c0 la r\u00e9daction, l\u2019arriv\u00e9e des Varois \u00ab\u00a0rapatri\u00e9s\u00a0\u00bb sur la C\u00f4te d\u2019Azur fait \u00e9galement grincer des dents. Certains obtiennent des postes pris\u00e9s que les r\u00e9dacteurs\u2005du cru attendaient parfois depuis des lustres. Des CDD, titularis\u00e9s in extremis, sont bombard\u00e9s cadres. Tout cela est v\u00e9cu comme une injustice.<\/p>\n<p>Il faudra plusieurs d\u00e9cennies pour que ce foss\u00e9 commence \u00e0 se combler.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il y a de beaux restes, ironise cependant un cadre de Nice-Matin. \u00c0 la moindre tension, les Varois se sentent d\u00e9laiss\u00e9s ou m\u00e9pris\u00e9s par \u00ab\u00a0Nice\u00a0\u00bb, tandis que les Azur\u00e9ens ont le sentiment que leurs voisins sont mieux trait\u00e9s. Aujourd\u2019hui encore, on marche sur des \u0153ufs pour ne froisser personne.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Un archa\u00efsme\u2005? Plut\u00f4t l\u2019expression de professionnels enracin\u00e9s qui n\u2019\u00e9chappent pas aux petits travers de l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n<p>Clochemerle, on vous dit\u2026<\/p>\n<p>1. Le Patriote, quotidien communiste, cessera de para\u00eetre en 1967 avant de rena\u00eetre sous la forme d\u2019un hebdomadaire.<br \/>&#13;<br \/>\n2. L\u2019\u00e9quivalent de trois pages dans le format actuel du journal.<br \/>&#13;<br \/>\n3. En 1970, R\u00e9publique quitte ses locaux de Toulon pour s\u2019installer \u00e0 Ollioules et passer \u00e0 l\u2019offset. Progressivement, le nom de Var-matin supplante celui de R\u00e9publique.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"L\u2019histoire de Nice-Matin dans le Var n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 un long fleuve tranquille. Ouvrir ce chapitre, c\u2019est prendre&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":175647,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2819],"tags":[1111,11,251,1777,674,1011,27,937,500,12,2401,882,25],"class_list":{"0":"post-175646","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-nice","8":"tag-actu","9":"tag-actualites","10":"tag-culture","11":"tag-eu","12":"tag-europe","13":"tag-fr","14":"tag-france","15":"tag-histoire","16":"tag-medias","17":"tag-news","18":"tag-nice","19":"tag-provence-alpes-cote-dazur","20":"tag-republique-francaise"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/114681195035724922","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/175646","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=175646"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/175646\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/175647"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=175646"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=175646"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=175646"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}