{"id":229823,"date":"2025-07-06T06:28:09","date_gmt":"2025-07-06T06:28:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/229823\/"},"modified":"2025-07-06T06:28:09","modified_gmt":"2025-07-06T06:28:09","slug":"les-deux-resistants-seraphin-torrin-et-ange-grassi-pendus-par-les-nazis-pres-de-la-place-massena-le-7-juillet-1944-une-nicoise-se-souvient","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/229823\/","title":{"rendered":"Les deux r\u00e9sistants S\u00e9raphin Torrin et Ange Grassi pendus par les nazis pr\u00e8s de la place Mass\u00e9na le 7 juillet 1944: une Ni\u00e7oise se souvient"},"content":{"rendered":"<p>Elle les a vus suspendus au bout d\u2019une corde. Cou bris\u00e9, corps tortur\u00e9, fracass\u00e9 par les nazis. Ils sont rest\u00e9s ainsi trois heures durant, sous un soleil de plomb, tout pr\u00e8s de la place Mass\u00e9na, pour impressionner la population muette d\u2019horreur. Ariette Bosselaar n\u2019a pas oubli\u00e9 la pendaison de S\u00e9raphin Torrin et d\u2019Ange Grassi, r\u00e9sistants communistes azur\u00e9ens. Chaque ann\u00e9e, chaque 7 juillet depuis cet atroce jour de l\u2019\u00e9t\u00e9 1944, leur souvenir est raviv\u00e9 \u00e0 Nice [ce sera le cas demain \u00e0 20h30] et \u00e0 Gatti\u00e8res, o\u00f9 vivaient les deux hommes. Chaque ann\u00e9e, jour anniversaire de ces horribles repr\u00e9sailles, Ariette, Ni\u00e7oise d\u00e9sormais install\u00e9e \u00e0 Monaco, revit ce pass\u00e9 qu\u2019elle souhaite partager aujourd\u2019hui, \u00e0 98 ans. \u00ab\u00a0Pour faire comprendre aux jeunes ce que leurs grands-parents et m\u00eame arri\u00e8re-grands-parents ont subi et perdu, ici, chez eux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Nous sommes quatre-vingt-un ans plus t\u00f4t. Ariette Bosselaar, n\u00e9e \u00e0 Nice de parents n\u00e9erlandais, a 17 ans. Elle est apprentie coiffeuse dans les salons de l\u2019h\u00f4tel Negresco, r\u00e9quisitionn\u00e9 par les officiers allemands. Sa patronne lui demande d\u2019aller faire une course. Ariette d\u00e9roule le film en noir et blanc. Avec une m\u00e9moire, une clart\u00e9 verbale, un phras\u00e9 exceptionnels: \u00ab\u00a0Je prends mon v\u00e9lo et emprunte le boulevard Victor-Hugo pour me rendre boulevard Dubouchage. Au bout de Victor-Hugo, au croisement de l\u2019avenue de la Victoire, qui ne s\u2019appelait pas encore Jean-M\u00e9decin, il y a beaucoup de monde. Un monde silencieux, qui se dirige vers la place Mass\u00e9na, encadr\u00e9 par les Allemands.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Une camionnette \u00e0 plateau<\/p>\n<p>Ariette est prise dans ce flot, qui ne dit mot. \u00ab\u00a0On arrive \u00e0 hauteur du carrefour avec la rue de l\u2019H\u00f4tel-des-Postes. On nous fait stopper. On attend. De la place Mass\u00e9na, arrive alors une camionnette \u00e0 plateau avec deux hommes dessus, d\u00e9j\u00e0 presque morts. Un soldat allemand s\u2019empare d\u2019une grosse corde qu\u2019il passe autour du cou d\u2019un des deux hommes et le pend au lampadaire devant les Galeries Lafayette. Le m\u00eame sort attend le second homme, sur le versant oppos\u00e9, \u00e0 l\u2019angle de la rue Mar\u00e9chal-P\u00e9tain, devenue rue de la Libert\u00e9. C\u2019\u00e9tait Torrin et Grassi. Apr\u00e8s, on nous a dispers\u00e9s, sans avoir le droit de dire quoi que ce soit. Je suis retourn\u00e9e chez ma patronne, qui m\u2019a vue d\u00e9compos\u00e9e et m\u2019a renvoy\u00e9e chez moi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ce qu\u2019Ariette fait. La voil\u00e0 seule dans l\u2019appartement: ses parents ne sont pas \u00e0 Nice. Elle se d\u00e9brouille comme elle peut, essaie de grappiller des choses \u00e0 manger. Mais ce jour-l\u00e0, ce 7 juillet 1944, l\u2019adolescente a l\u2019estomac r\u00e9vuls\u00e9. \u00ab\u00a0Je me suis sentie effroyablement meurtrie. Anim\u00e9e d\u2019une envie de crier ma col\u00e8re. Mais je risquais une balle dans la peau. J\u2019ai eu deux copains de mon \u00e2ge fusill\u00e9s\u2026 C\u2019\u00e9tait tr\u00e8s dur pour les personnes de mon \u00e2ge. L\u2019occupation fut \u00e9pouvantable. Je mettais des torchons aux fen\u00eatres pour dissimuler la lumi\u00e8re.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Une des derniers survivants<\/p>\n<p>17 ans, un \u00e2ge, o\u00f9 tout reste grav\u00e9, ind\u00e9l\u00e9bile \u00e0 jamais. M\u00eame si apr\u00e8s, Ariette a fait sa vie, a appris l\u2019esth\u00e9tique \u00e0 Paris chez Helena Rubinstein, a pratiqu\u00e9 dans des h\u00f4tels s\u00e9lects comme l\u2019h\u00f4tel de Paris, \u00e0 Monaco, avant d\u2019aller \u00e0 domicile, dans les villas et sur les bateaux de la Principaut\u00e9, puis de s\u2019installer \u00e0 son compte jusque dans les ann\u00e9es 90. Un compagnon, rencontr\u00e9 alors quelle a 20 ans, une fille qu\u2019elle \u00e9l\u00e8ve seule, une passion pour la flore du Mercantour qu\u2019elle photographie \u00e0 la recherche de la Florentula, plante unique au monde, qui ne fleurit qu\u2019une fois dans son existence v\u00e9g\u00e9tale. Une belle vie. Mais de laquelle Ariette n\u2019a pas effac\u00e9 les cicatrices visibles qui l\u2019ont lac\u00e9r\u00e9e entre 1942 et 1944, \u00e0 Nice, vivant au rythme ex\u00e9crable des bottes. \u00ab\u00a0On tuait tout le monde. Les assassinats se multipliaient et tout cela est rest\u00e9 dans ma t\u00eate. Je fais partie des derniers survivants \u00e0 v\u00e9hiculer ces souvenirs. Odieux, certes, mais indispensables pour le pr\u00e9sent et le futur. Les voyages organis\u00e9s pour les coll\u00e9giens vers les camps de concentration sont une bonne chose. Quatre-vingt-un ans, ce n\u2019est pas si loin et les jeunes se doivent de conna\u00eetre ce que leurs a\u00een\u00e9s ont subi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>            Deux martyrs dans la m\u00e9moire collective<\/p>\n<p>S\u00e9raphin Torrin, 32 ans, agriculteur \u00e0 Gatti\u00e8res, originaire de P\u00e9lasque (hameau de Lantosque), int\u00e9grant le Parti communiste et devenant pr\u00e9sident du comit\u00e9 local du Front populaire de son village, engag\u00e9 dans les Francs-tireurs et partisans. Ange Grassi, 40 ans, ma\u00e7on venu d\u2019Italie, pr\u00e8s de Sienne, militant communiste et r\u00e9sistant FTP comme S\u00e9raphin.<\/p>\n<p>Les deux hommes deviennent amis. Ensemble, ils organisent des attaques contre les militaires italiens et allemands, fournissent des armes aux compagnies qu\u2019ils organisent, infligent de lourdes pertes aux convois ennemis.<\/p>\n<p>Le 3 juillet, les deux r\u00e9sistants sont arr\u00eat\u00e9s \u00e0 la suite d\u2019une action qui a co\u00fbt\u00e9 la vie \u00e0 un soldat allemand. Le village de Gatti\u00e8res est cern\u00e9 par des militaires, des membres de la police allemande. Sur la place, o\u00f9 tous les hommes sont regroup\u00e9s, un collabo d\u00e9signe Ange et S\u00e9raphin comme communistes. On perquisitionne leurs domiciles respectifs. On retrouve chez chacun d\u2019eux une arme sans chargeur ou sans munitions.<\/p>\n<p>\u00c0 Nice, la consonance ang\u00e9lique des deux pr\u00e9noms est broy\u00e9e par la cruaut\u00e9 diabolique des nazis. Interrogatoire. Torture. Aucun des deux n\u2019avoue la possession des armes trouv\u00e9es chez eux. Proc\u00e8s le 7 juillet devant la cour martiale de la 148e Ersatz division, qui si\u00e8ge \u00e0 l\u2019h\u00f4tel Ruhl. La sentence tombe : condamnation \u00e0 mort pour d\u00e9tention d\u2019armes et appartenance au Parti communiste.<br \/>&#13;<br \/>\nVers 17 heures, la vie de Torrin et Grassi s\u2019arr\u00eate. Sectionn\u00e9e par une corde devant une centaine de Ni\u00e7ois rassembl\u00e9s de force et terroris\u00e9s. Il fallait que \u00e7a serve d\u2019exemple. Alors on laisse les cadavres durant trois heures et c\u2019est cela qui a marqu\u00e9 les esprits. Encore ceux de maintenant.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Elle les a vus suspendus au bout d\u2019une corde. Cou bris\u00e9, corps tortur\u00e9, fracass\u00e9 par les nazis. 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