{"id":232280,"date":"2025-07-07T09:06:12","date_gmt":"2025-07-07T09:06:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/232280\/"},"modified":"2025-07-07T09:06:12","modified_gmt":"2025-07-07T09:06:12","slug":"blocage-des-medias-russes-en-france-enjeux-et-impacts","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/232280\/","title":{"rendered":"Blocage des m\u00e9dias russes en France : enjeux et impacts"},"content":{"rendered":"<p><strong>Depuis le d\u00e9clenchement de la guerre en Ukraine, la guerre de l\u2019information fait rage. Si les sanctions \u00e9conomiques ont vis\u00e9 la Russie, la bataille s\u2019est aussi d\u00e9port\u00e9e sur le front num\u00e9rique. En France,<a href=\"https:\/\/www.arcom.fr\/internet-et-reseaux-sociaux\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\"> l\u2019Arcom<\/a>, autorit\u00e9 de r\u00e9gulation de l\u2019audiovisuel et du num\u00e9rique, renforce son dispositif pour bloquer la diffusion de cha\u00eenes russes consid\u00e9r\u00e9es comme instruments de propagande. Ce tour de vis soul\u00e8ve de vraies questions : quelles sont les limites d\u2019un tel blocage ? <a href=\"https:\/\/www.freenews.fr\/regulation\/arcom-etude-tendances-audio-video-2025\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Et jusqu\u2019o\u00f9 l\u2019\u00c9tat peut-il aller pour contr\u00f4ler ce que les internautes voient <\/a>?<\/strong><\/p>\n<p>Une intensification du blocage num\u00e9rique par l\u2019Arcom.<\/p>\n<p>Dans la foul\u00e9e de la guerre d\u00e9clench\u00e9e en Ukraine en 2022, plusieurs cha\u00eenes russes, dont RT (Russia Today) et Sputnik, ont \u00e9t\u00e9 interdites de diffusion dans l\u2019Union europ\u00e9enne. En France, l\u2019Arcom applique ces d\u00e9cisions en s\u2019appuyant sur la loi du 30 septembre 1986, qui lui donne comp\u00e9tence pour faire cesser la diffusion de contenus contrevenant aux lois nationales ou europ\u00e9ennes.<\/p>\n<p>R\u00e9cemment, le r\u00e9gulateur est all\u00e9 plus loin. Apr\u00e8s avoir contraint Eutelsat \u00e0 interrompre la transmission satellite de deux cha\u00eenes russes, il a fait bloquer 19 sites russes consid\u00e9r\u00e9s comme des organes de propagande, d\u00e9sormais inaccessibles depuis la France sauf via un VPN.<\/p>\n<p>Mais ce n\u2019est pas tout : l\u2019Arcom a aussi mis en demeure un site de streaming, ainsi que trois plateformes russes, de cesser la diffusion de contenus sous sanctions. Cinq autres plateformes, bien que situ\u00e9es en dehors de la Russie, ont re\u00e7u des lettres d\u2019observation pour la reprise de ces m\u00eames contenus.<\/p>\n<p>Ces mesures s\u2019inscrivent dans un mouvement plus large de contr\u00f4le informationnel \u00e0 l\u2019\u00e9chelle europ\u00e9enne. Pour l\u2019Arcom, l\u2019enjeu est clair : emp\u00eacher la reprise de contenus sous sanctions, qu\u2019ils soient relay\u00e9s via satellite, streaming, ou moteurs de recherche. Il s\u2019agit de freiner l\u2019influence de ce que l\u2019on consid\u00e8re comme des outils de propagande d\u2019\u00c9tat, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 la d\u00e9sinformation peut avoir un impact g\u00e9opolitique majeur.<\/p>\n<p>Mais ce verrouillage num\u00e9rique pose aussi la question de son efficacit\u00e9. Dans les faits, bon nombre de ces contenus restent accessibles via des moyens d\u00e9tourn\u00e9s : VPN, proxies, plateformes alternatives comme Telegram ou Odysee. Autrement dit, l\u2019Arcom joue \u00e0 un jeu du chat et de la souris \u00e0 grande \u00e9chelle.<\/p>\n<p>Plus encore, cela soul\u00e8ve des interrogations sur la fronti\u00e8re entre l\u00e9gitime d\u00e9fense informationnelle\u2026 et d\u00e9rive vers une forme de censure. Quels crit\u00e8res d\u00e9terminent qu\u2019un m\u00e9dia est sanctionn\u00e9 ? Qui d\u00e9cide, en dehors des institutions europ\u00e9ennes, de ce qui est diffusable ou non ? Et surtout : quel impact sur les libert\u00e9s num\u00e9riques ?<\/p>\n<p>Une r\u00e9gulation n\u00e9cessaire, mais techniquement fragile.<\/p>\n<p>Le blocage de sites web reste une arme relativement imparfaite. Les techniques utilis\u00e9es \u2014 blocage DNS, d\u00e9r\u00e9f\u00e9rencement, mise en demeure des h\u00e9bergeurs \u2014 sont contournables, et leur application varie selon les op\u00e9rateurs. Pire encore, ces mesures peuvent parfois affecter l\u2019acc\u00e8s \u00e0 d\u2019autres services ou causer des effets de bord pour des contenus non vis\u00e9s.<\/p>\n<p>Pour certains experts du num\u00e9rique, cette r\u00e9gulation par la force est le sympt\u00f4me d\u2019un retard strat\u00e9gique de l\u2019Europe dans la construction d\u2019un Internet souverain. \u00ab Plut\u00f4t que de bloquer, il faudrait renforcer la production de contenus cr\u00e9dibles et soutenus institutionnellement \u00bb, plaide un chercheur de l\u2019IFRIS.<\/p>\n<p>L\u2019autre probl\u00e8me, c\u2019est que ce blocage reste largement invisible pour l\u2019utilisateur moyen. Contrairement \u00e0 un site supprim\u00e9 de YouTube ou suspendu sur Twitter, les sites vis\u00e9s par l\u2019Arcom peuvent tout simplement afficher une page blanche. Aucun message n\u2019explique qu\u2019un acc\u00e8s a \u00e9t\u00e9 restreint par d\u00e9cision administrative, ce qui alimente les soup\u00e7ons et les discours complotistes.<\/p>\n<p>Ce que dit (et ne dit pas) la loi. <\/p>\n<p>L\u2019action de l\u2019Arcom s\u2019appuie principalement sur deux bases l\u00e9gales :<\/p>\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>La loi de 1986 sur la libert\u00e9 de communication<\/strong>, qui permet au r\u00e9gulateur d\u2019intervenir en cas de menace \u00e0 l\u2019ordre public.<\/li>\n<li><strong>Les r\u00e8glements europ\u00e9ens<\/strong>\u00a0sur les sanctions \u00e0 l\u2019encontre d\u2019\u00c9tats tiers en situation de guerre ou de violation du droit international.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Mais cette double base reste fragile si elle n\u2019est pas compl\u00e9t\u00e9e par une transparence accrue. En 2023, le Conseil d\u2019\u00c9tat a rappel\u00e9 l\u2019importance du contradictoire et des voies de recours pour tout blocage administratif. Une position qui a men\u00e9 \u00e0 la suspension de certaines d\u00e9cisions en mati\u00e8re de filtrage de contenus (notamment en Nouvelle-Cal\u00e9donie avec TikTok).<\/p>\n<p>Entre cybers\u00e9curit\u00e9 et libert\u00e9 d\u2019informer.<\/p>\n<p>L\u2019Arcom agit en d\u00e9fenseur d\u2019un espace informationnel europ\u00e9en, mais elle \u00e9volue dans une zone grise entre l\u00e9galit\u00e9, efficacit\u00e9 et acceptabilit\u00e9 d\u00e9mocratique. Si la lutte contre la d\u00e9sinformation est un enjeu l\u00e9gitime, elle ne peut faire l\u2019\u00e9conomie d\u2019un d\u00e9bat public sur les m\u00e9thodes employ\u00e9es.<\/p>\n<p>Le blocage des m\u00e9dias russes en France est-il un rempart n\u00e9cessaire ou un pr\u00e9c\u00e9dent dangereux ?\u00a0La question reste ouverte. Elle suppose, \u00e0 terme, un r\u00e9\u00e9quilibrage entre s\u00e9curit\u00e9 informationnelle et droit \u00e0 une information plurielle, y compris en contexte de guerre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Depuis le d\u00e9clenchement de la guerre en Ukraine, la guerre de l\u2019information fait rage. 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