{"id":258345,"date":"2025-07-19T08:00:11","date_gmt":"2025-07-19T08:00:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/258345\/"},"modified":"2025-07-19T08:00:11","modified_gmt":"2025-07-19T08:00:11","slug":"80-ans-de-nice-matin-dans-les-pas-feutres-des-cousins-corses","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/258345\/","title":{"rendered":"80 ans de \u00ab\u00a0Nice-Matin\u00a0\u00bb : dans les pas feutr\u00e9s des \u00ab\u00a0cousins corses\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<p>Si les rapports des journalistes maralpins avec leurs \u00ab\u00a0voisins varois\u00a0\u00bb furent parfois rugueux, teint\u00e9s de m\u00e9fiance r\u00e9ciproque, ce ne fut jamais le cas avec les \u00ab\u00a0cousins corses\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Probablement parce que la diaspora a toujours \u00e9t\u00e9 bien implant\u00e9e \u00e0 Nice, avance Charles Monti, ancien directeur r\u00e9gional de Corse-Matin. En juillet-ao\u00fbt, on voyait de nombreux confr\u00e8res prendre leurs quartiers d\u2019\u00e9t\u00e9 sur les hauteurs de l\u2019\u00eele. Ceci explique peut-\u00eatre cela.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les premi\u00e8res pages d\u00e9di\u00e9es \u00e0 \u00ab\u00a0la vie en Corse\u00a0\u00bb paraissent dans Nice-Matin fin avril 1946. Fran\u00e7ois Guarnieri est charg\u00e9 d\u2019animer cette chronique et de recruter des correspondants locaux.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0On commen\u00e7ait souvent en bas de l\u2019\u00e9chelle, sans contrat ni statut, explique Charles Monti. En 1963, j\u2019\u00e9tais encore au coll\u00e8ge lorsque j\u2019ai \u00e9crit pour me plaindre de la couverture d\u00e9ficiente du rugby. L\u2019adjoint au chef des Sports, Ren\u00e9 Cipriani, m\u2019a r\u00e9pondu en me proposant de m\u2019en charger moi-m\u00eame. C\u2019est comme \u00e7a que j\u2019ai r\u00e9dig\u00e9 mes premiers papiers.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cette m\u00e9thode permet de quadriller l\u2019\u00eele avec des \u00ab\u00a0gens du cru\u00a0\u00bb \u2013 pas forc\u00e9ment de grandes plumes, mais des personnes impliqu\u00e9es sur leur territoire et parfaitement inform\u00e9es.<\/p>\n<p>Le r\u00e9veil de l\u2019identit\u00e9 insulaire<\/p>\n<p>La prise en consid\u00e9ration des sp\u00e9cificit\u00e9s locales est un autre atout majeur du titre. \u00c0 cette \u00e9poque, les vendeurs ambulants font le tour des villages pour fournir les produits de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9. Ils portent aussi le journal que les clients ach\u00e8tent, machinalement, avec le pain, les \u0153ufs et le lait.<\/p>\n<p>Le quotidien surfe aussi, plus subtilement, sur le r\u00e9veil de l\u2019identit\u00e9 insulaire. Peu de temps apr\u00e8s les \u00e9v\u00e9nements d\u2019Al\u00e9ria (1), consid\u00e9r\u00e9s comme l\u2019acte fondateur de la renaissance du mouvement nationaliste, Nice-Matin Corse change discr\u00e8tement de nom et devient Corse-Matin. En quelques ann\u00e9es, ces choix strat\u00e9giques permettent au quotidien de s\u2019imposer face \u00e0 la concurrence. Non sans susciter des grincements de dents.<\/p>\n<p>Gaston Defferre fait partie des personnalit\u00e9s que ce succ\u00e8s agace. Le maire socialiste de Marseille, \u00e9galement propri\u00e9taire du Proven\u00e7al, n\u2019accepte pas que l\u2019\u00e9dition insulaire de son journal \u2013 La Corse \u2013 se vende quatre \u00e0 cinq fois moins que celle des \u00ab\u00a0Ni\u00e7ois\u00a0\u00bb. \u00c0 plusieurs reprises, il mobilise ses troupes pour conqu\u00e9rir des parts de march\u00e9. Cette guerre conna\u00eet plusieurs \u00e9pisodes, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ultime assaut men\u00e9 en 1989 par Jean-Ren\u00e9 Laplayne. Le journaliste marseillais, n\u00e9 Jean-Dominique Chiocca, d\u00e9ploie des moyens consid\u00e9rables pour rameuter les lecteurs. Sans succ\u00e8s.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Si nous avions un ratage&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il y avait une vraie diff\u00e9rence de qualit\u00e9, se rengorge Antoine Feracci, chef d\u2019agence \u00e0 Corte pendant trente ans. Nice-Matin \u00e9tait plus complet, mieux organis\u00e9, imprim\u00e9 sur du meilleur papier. Nous avions aussi la possibilit\u00e9 de boucler plus tard, ce qui nous permettait de traiter plus efficacement les faits divers.\u2005\u00bb<\/p>\n<p>Sur le terrain, la course \u00e0 l\u2019info est f\u00e9roce. \u00ab\u00a0Tous les matins, on se pr\u00e9cipitait sur Le Proven\u00e7al, se souvient Lucie Mignucci, secr\u00e9taire \u00e0 Ajaccio. Malheur \u00e0 nous si nous avions un ratage\u2005! Heureusement, \u00e7a n\u2019arrivait pas souvent\u2026\u2005\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\u00c7a n\u2019emp\u00eachait pas de nouer des liens d\u2019amiti\u00e9, insiste Jean-Marc Raffaelli, reporter \u00e0 Bastia. J\u2019ai pass\u00e9 plus de temps avec Jean-Paul Cappuri, qui jouait dans l\u2019\u00e9quipe adverse, qu\u2019avec ma propre compagne\u2005! On buvait des coups ensemble. Mais sur le terrain, c\u2019\u00e9tait chacun pour soi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Cela restait cordial, souligne Charles-Louis Seatelli, futur directeur d\u00e9partemental adjoint de Nice-Matin, en poste \u00e0 Bastia au d\u00e9but des ann\u00e9es quatre-vingt-dix. Lorsqu\u2019une agence \u00e9tait perquisitionn\u00e9e par la police, apr\u00e8s une conf\u00e9rence de presse clandestine, on pr\u00e9venait les coll\u00e8gues que les cond\u00e9s n\u2019allaient pas tarder \u00e0 d\u00e9barquer chez eux. Et ils faisaient pareil.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le choc de la fusion<\/p>\n<p>Apr\u00e8s le rachat de Nice-Matin par le Groupe Lagard\u00e8re, en 1998, l\u2019annonce de la fusion des deux titres est un choc. \u00ab\u00a0D\u2019autant que le projet de d\u00e9part \u00e9tait que Corse-Matin disparaisse, absorb\u00e9 par La Corse, s\u2019\u00e9trangle Antoine Feracci. D\u00e8s que la chose a \u00e9t\u00e9 connue, nous avons form\u00e9 un collectif de protestation \u2013 U Culletivu \u2013 dont j\u2019ai pris la pr\u00e9sidence. \u00c7a a \u00e9t\u00e9 une p\u00e9riode p\u00e9nible. Mais finalement, la logique \u00e9conomique a pr\u00e9valu. La Corse est devenu un suppl\u00e9ment hebdomadaire de Corse-Matin, avant de dispara\u00eetre quelques ann\u00e9es plus tard.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La greffe entre les concurrents d\u2019hier est parfois difficile. Certains lecteurs ne s\u2019y retrouvent pas tout \u00e0 fait. Mais sous la pr\u00e9sidence de Michel Comboul, le journal affiche toujours une sant\u00e9 insolente. Avec plus de 45\u2005000 exemplaires vendus chaque jour, Corse-Matin demeure l\u2019un des titres les plus rentables de la presse fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Ce qui n\u2019emp\u00eache par le quotidien de conna\u00eetre, en mai 2006, la gr\u00e8ve la plus longue de son histoire. En raison d\u2019un conflit opposant la direction de Nice-Matin aux porteurs de sa filiale Publinice, le titre est absent des kiosques pendant cinq semaines. \u00ab\u00a0Dans les villages isol\u00e9s, \u00e7a a pes\u00e9 sur le moral des personnes \u00e2g\u00e9es, grince le photographe cortenais Jeannot Filippi. Pour elles, \u00a0\u00bbu ghjurnale\u00a0\u00bb constituait souvent leur seul lien avec le reste de l\u2019\u00eele.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Un mois plus tard, Corse-Matin change de format \u2013 il passe du tablo\u00efd au berlinois \u2013 et rompt le cordon ombilical avec le continent. Le quotidien est d\u00e9sormais imprim\u00e9 sur le site de Bastia-Poretta. \u00ab\u00a0Je n\u2019y \u00e9tais pas favorable, s\u2019agace Lucie Mignucci. C\u2019\u00e9tait une fa\u00e7on de prendre nos distances avec le si\u00e8ge du journal. Je ne voyais pas cela comme un progr\u00e8s.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>D\u2019autres, comme Charles Monti, applaudissent des deux mains\u2005: \u00ab\u00a0Enfin, nous n\u2019\u00e9tions plus tributaires des al\u00e9as du trafic a\u00e9rien, dont nous avions p\u00e2ti si souvent\u2005! J\u2019\u00e9tais enchant\u00e9\u2005!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La derni\u00e8re page de l\u2019histoire commune de Nice-Matin et de Corse-Matin s\u2019\u00e9crit en 2014. La mort dans l\u2019\u00e2me, les salari\u00e9s azur\u00e9ens et varois se r\u00e9signent \u00e0 c\u00e9der leur branche insulaire \u00e0 Bernard Tapie pour financer leur projet de reprise. De nombreux journalistes en profitent pour quitter le navire, au terme d\u2019un voyage, sans escale et presque sans nuage, qui a dur\u00e9 67 ans.<\/p>\n<p>1. Les 21 et 22 ao\u00fbt 1975, des militants de l\u2019Action r\u00e9gionaliste corse occupent une cave viticole tenue par un pied-noir. La r\u00e9ponse muscl\u00e9e du gouvernement fran\u00e7ais est \u00e0 l\u2019origine de violentes \u00e9meutes en Corse, notamment \u00e0 Bastia.<\/p>\n<p>              <img ci-src=\"https:\/\/www.nicematin.com\/histoire\/Dans+les+pas+feutr%C3%A9s+2%C2%A0-sMz78eZs.jpg?ci_seal=a7a86c706e\" alt=\"\"\/><br \/>\n        Charles Monti avec le premier num\u00e9ro de \u00ab Corse-Matin \u00bb imprim\u00e9 \u00e0 Bastia-Poretta.  <strong>Photo Lionel Paoli.<\/strong> <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Si les rapports des journalistes maralpins avec leurs \u00ab\u00a0voisins varois\u00a0\u00bb furent parfois rugueux, teint\u00e9s de m\u00e9fiance r\u00e9ciproque, ce&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":258346,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2819],"tags":[1111,11,11130,251,1777,674,1011,27,937,500,12,2401,882,25],"class_list":{"0":"post-258345","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-nice","8":"tag-actu","9":"tag-actualites","10":"tag-belle-histoire","11":"tag-culture","12":"tag-eu","13":"tag-europe","14":"tag-fr","15":"tag-france","16":"tag-histoire","17":"tag-medias","18":"tag-news","19":"tag-nice","20":"tag-provence-alpes-cote-dazur","21":"tag-republique-francaise"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/114878848871773063","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/258345","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=258345"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/258345\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/258346"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=258345"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=258345"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=258345"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}