{"id":262300,"date":"2025-07-21T01:29:18","date_gmt":"2025-07-21T01:29:18","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/262300\/"},"modified":"2025-07-21T01:29:18","modified_gmt":"2025-07-21T01:29:18","slug":"critiqueslibres-com-le-vent-suivi-de-cette-nuit-la-jean-pierre-abraham","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/262300\/","title":{"rendered":"critiquesLibres.com : Le vent: Suivi de : Cette nuit-l\u00e0 Jean-Pierre Abraham"},"content":{"rendered":"<p>\n                      L&rsquo;art de l&rsquo;errance \u00e0 la rencontre des choses<\/p>\n<p class=\"critic\">\n                \u00ab\u00a0Le vent\u00a0\u00bb est le court r\u00e9cit de journ\u00e9es d\u2019errance dans un paysage maritime. Le texte, assez court et d\u00e9coup\u00e9 en nombreux petits chapitres, est suivi d\u2019une \u00ab Cette nuit-l\u00e0 \u00bb, qui d\u00e9voile en quelques pages la gen\u00e8se de son \u00e9criture. Il s\u2019agit en fait d\u2019un texte de jeunesse, que Jean-Pierre Abraham \u00e9crivit quand il avait 19 ans (\u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 il ne songeait pas encore \u00e0 devenir gardien de phare). Alors qu\u2019il \u00e9tait \u00e9tudiant \u00e0 Paris, il arriva trop tard \u00e0 Montparnasse et rata le train du d\u00e9part en vacances : il prit un autre train, un peu hasard, le premier qui partait vers l\u2019ouest et s\u2019arr\u00eatait au Mans. De l\u00e0, il prit un autre train, une vieille micheline, qui faisait halte \u00e0 toutes les gares. Pendant son voyage, il commen\u00e7a \u00e0 lire \u00ab La chronique fabuleuse \u00bb d\u2019Andr\u00e9 Dh\u00f4tel qui venait de para\u00eetre, et le monde en fut transfigur\u00e9. Abraham se sentit boulevers\u00e9 par le surgissement d\u2019un autre monde qui, \u00e9manant du monde r\u00e9el, venait s\u2019y superposer et le rendait soudain merveilleux. Cette sublimation \u00e9tait contagieuse car Abraham ressentit que les paysages de campagne, o\u00f9 circulait son train, devenaient \u00e0 leur tour fabuleux comme si tout lieu et toute personne \u00e9taient porteuses de beaut\u00e9 et de myst\u00e8re\u2026 Peu de temps apr\u00e8s, J-P Abraham \u00e9crivit, en une nuit d\u2019exaltation \u00e0 la fin des vacances, le texte du \u00ab Vent \u00bb, qui lui fut inspir\u00e9 par sa lecture de Dh\u00f4tel, \u00e9crivain qui l\u2019\u00e9branla comme d\u2019autres \u00e9crivains et po\u00e8tes de son \u00e2ge furent \u00e9branl\u00e9s par Rimbaud.<\/p>\n<p>Je n\u2019ai pas lu Dh\u00f4tel et ne peux donc juger cette filiation sentimentale. En revanche, le texte du \u00ab Vent \u00bb m\u2019a fait songer \u00e0 Rimbaud et ses marches dans la campagne ardennaise, et \u00e0 Julien Gracq, notamment \u00e0 la presqu\u2019\u00eele. De quoi s\u2019agit-il ? De marches errantes, presque sans but, aimant\u00e9es par l\u2019appel d\u2019un bosquet d\u2019arbres, d\u2019un \u00e9clat sur la mer, d\u2019un relief du terrain ou d\u2019une ruine singuli\u00e8re. Le narrateur semble un jeune homme solitaire, peut-\u00eatre adolescent. Il lui arrive de faire des rencontres, d\u2019\u00e9changer quelques mots mais c\u2019est le silence qui domine, et la contemplation d\u2019un paysage toujours changeant, qui semble \u00e0 chaque instant se renouveler, comme en cet extrait que j\u2019ai recopi\u00e9 au hasard (incipit du chapitre XVI mais chacun de la trentaine des chapitres \u00e9pouse ce style). <br \/>&#13;<br \/>\n<br \/>&#13;<br \/>\nPuis je remontai jusqu\u2019au fond de la rivi\u00e8re, \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 elle disparaissait sous les arbres. Elle se resserrait brusquement, formant une anse large que je d\u00e9couvris en sortant des broussailles. Le ciel \u00e9tait tr\u00e8s p\u00e2le, et la lumi\u00e8re tourment\u00e9e par le vent. Sans aucun doute une grande clart\u00e9 baignait la gr\u00e8ve, mais rien ne brillait. Une vaste plaine de vase grise et verte s\u2019\u00e9tendait devant la rivi\u00e8re, et sur l\u2019autre rive \u00e9tait dress\u00e9e la masse des arbres sombres, tr\u00e8s proches. Au-del\u00e0, le ciel \u00e9tait net, et les lointains se dessinaient avec une extr\u00eame pr\u00e9cision. Dans l\u2019enfilade des pins, j\u2019aper\u00e7us le groupe de maisons autour du pyl\u00f4ne, la baraque sur la terrasse, les fils \u00e9lectriques qui enjambaient la rivi\u00e8re et rejoignaient un autre pyl\u00f4ne, derri\u00e8re les arbres. L\u2019arri\u00e8re de l\u2019\u00eele apparaissait au-dessus de l\u2018eau. C\u2019\u00e9tait une pointe entour\u00e9e d\u2019un haut mur. Et sur les collines d\u2019en face, non loin du bosquet, je d\u00e9couvris un bois de pins clairsem\u00e9s qui cachaient \u00e0 peine le ciel. <br \/>&#13;<br \/>\n<br \/>&#13;<br \/>\nL\u2019\u00e9criture de Jean-Pierre Abraham est tr\u00e8s descriptive, presque picturale, d\u00e9crivant le tableau du ciel, de la mer et des arbres comme rendus vivants par les variations de la lumi\u00e8re et par le vent. L\u2019\u00e9criture est tr\u00e8s minutieuse, attach\u00e9e aux d\u00e9tails visuels et sensoriels, comme un peintre figuratif attentif \u00e0 rendre toutes les nuances de couleurs et textures, mais elle n\u2019est pas r\u00e9aliste au sens strict (et cette irr\u00e9alit\u00e9 culmine vers la fin du r\u00e9cit, o\u00f9 le narrateur s\u2019endormant sur la plage se retrouve \u2013 sans s\u2019en \u00e9mouvoir &#8211; aupr\u00e8s d\u2019une arm\u00e9e m\u00e9di\u00e9vale bivouaquant avant la bataille). Tout le paysage semble se d\u00e9voiler et se r\u00e9v\u00e9ler aux regards du narrateur, qui est curieux du moindre chemin. On est d\u2019ailleurs parfois surpris qu\u2019il soit surpris de d\u00e9couvrir tel ou tel \u00e9l\u00e9ment d\u2019un paysage qui devrait lui \u00eatre familier. Mais qui est ce narrateur ? Il remonte l\u2019estuaire du fleuve avec une plate, qu\u2019on lui a pr\u00eat\u00e9e, ou marche dans des chemins escarp\u00e9s et envahis de ronces, saute par-dessus les murs, dort sous un hangar ou sur des bateaux \u00e0 l\u2019ancre : est-il vagabond ? un vacancier de passage dans le pays ? Peu importe, et cela ne sera pas dit. Toujours est-il qu\u2019il semble insensible \u00e0 la fatigue ou \u00e0 la faim et que nul ne semble s\u2019inqui\u00e9ter de ses errances ou s\u2019\u00e9tonner de sa pr\u00e9sence. Il est l\u00e0, simplement pr\u00e9sent, aussi naturellement qu\u2019un arbre ou un nuage, et marche pour aller \u00e0 la rencontre de l\u2019ailleurs enfoui dans l\u2019imm\u00e9diatet\u00e9 pr\u00e9sente : <br \/>&#13;<br \/>\n<br \/>&#13;<br \/>\nJ\u2019ai choisi mon heure pour ne rencontrer personne. Car si l\u2019on me questionnait, que pourrais-je r\u00e9pondre ? Je vais simplement me promener dans la campagne et tout peut arriver. Au milieu de ces bois et de ces plaines d\u00e9sertes se cachent peut-\u00eatre des paysages lumineux, et les horizons que l\u2019on imagine depuis toujours. Il est agr\u00e9able de marcher avec ce simple espoir.<br \/>&#13;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"L&rsquo;art de l&rsquo;errance \u00e0 la rencontre des choses \u00ab\u00a0Le vent\u00a0\u00bb est le court r\u00e9cit de journ\u00e9es d\u2019errance dans&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":262301,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1357],"tags":[1379,58,59,1011,27,1380],"class_list":{"0":"post-262300","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-livres","8":"tag-books","9":"tag-divertissement","10":"tag-entertainment","11":"tag-fr","12":"tag-france","13":"tag-livres"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/114888636082100206","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/262300","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=262300"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/262300\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/262301"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=262300"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=262300"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=262300"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}