{"id":265013,"date":"2025-07-22T06:44:10","date_gmt":"2025-07-22T06:44:10","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/265013\/"},"modified":"2025-07-22T06:44:10","modified_gmt":"2025-07-22T06:44:10","slug":"reportage-un-general-de-bonaparte-le-fils-de-carlos-spencer-entretien-exclusif-avec-vern-cotter","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/265013\/","title":{"rendered":"Reportage &#8211; Un g\u00e9n\u00e9ral de Bonaparte, le fils de Carlos Spencer&#8230; Entretien exclusif avec Vern Cotter"},"content":{"rendered":"<p>\n                Depuis deux saisons, l\u2019ancien coach de Clemront et Montpellier a pris en mains le destin de la franchise des Blues, en Super Rugby. Mardi matin, Vern Cotter nous a ouvert son bureau d\u2019Epsom, dans la banlieue d\u2019Auckland. L\u00e0-bas, il a parl\u00e9 du fils de Carlos Spencer, de Beauden Barrett, des All Blacks, de Clermont et m\u00eame d\u2019un g\u00e9n\u00e9ral de Bonaparte\u2026\n            <\/p>\n<p>C\u2019est un bureau qui ne paie pas de mine, planqu\u00e9 quelque part \u00e0 Epsom, en proche banlieue d\u2019Auckland. Un rideau beige y filtre une lumi\u00e8re chiche, comme pour rappeler que le Pacifique peut aussi avoir ses jours d\u2019ombre. Il n\u2019y a rien de too much. Rien d\u2019ostentatoire. Un lieu fonctionnel, \u00e0 l\u2019image de l\u2019homme qu\u2019il abrite. Vern Cotter nous y re\u00e7oit d\u2019ailleurs comme on accueille un vieux pote, avec cette sobri\u00e9t\u00e9 rugueuse des types qui ont vu le monde et n\u2019en tirent plus vanit\u00e9. Car son histoire, c\u2019est celle d\u2019un homme qui parle fran\u00e7ais en le chantant l\u00e9g\u00e8rement, celle d\u2019un N\u00e9o-Z\u00e9landais qui n\u2019a jamais vraiment cess\u00e9 de partir : de la r\u00e9gion de Bay of Plenty (Baie de l\u2019Abondance en fran\u00e7ais) \u00e0 Lourdes, de Clermont aux Fidji, de l\u2019\u00c9cosse \u00e0 Te Puke\u2026<\/p>\n<p>Pour le voir, nous \u00e9tions arriv\u00e9s t\u00f4t, ce matin-l\u00e0. Et dans les couloirs du QG des Blues, on a d\u2019abord crois\u00e9 une silhouette identifiable, surmont\u00e9e d\u2019un panache argent\u00e9 : John Hart. Le nom claque encore comme un \u00e9cho dans les trav\u00e9es de Twickenham. En 1999, Hart \u00e9tait le s\u00e9lectionneur des All Blacks, jusqu\u2019\u00e0 ce que la France, dans un moment de folie sublime, les renverse : apr\u00e8s cette fameuse \u00e9limination, les supporters n\u00e9o-z\u00e9landais n\u2019ont pas seulement conspu\u00e9 leur \u00e9quipe ; ils se sont acharn\u00e9s sur \u00ab\u00a0Holmes DG\u00a0\u00bb, son cheval pur-sang. \u00c0 Christchurch, lors d\u2019une course de trot, des fans d\u00e9sabus\u00e9s, ivres et un peu cons, avouons-le, ont donc crach\u00e9 sur le pauvre animal. Depuis lors, John Hart n\u2019a plus jamais entra\u00een\u00e9.<\/p>\n<p>Il a aujourd\u2019hui 79 ans et si\u00e8ge au comit\u00e9 directeur de la franchise d\u2019Auckland. Cotter, lui, a suivi une tout autre trajectoire. Une route sinueuse, souvent heureuse et parfois, moins. Notre pr\u00e9sence \u00e0 Epsom lui rappelant probablement ses \u00e9t\u00e9s fran\u00e7ais, il a d\u2019abord souri en se versant un expresso dans une t\u00e2che \u00e9br\u00e9ch\u00e9e. \u00ab\u00a0Quand j\u2019ai d\u00e9barqu\u00e9 chez vous dans les ann\u00e9es 90, les caf\u00e9s \u00e9taient tellement serr\u00e9s que le sucre flottait dessus, comme une bou\u00e9e. C\u2019\u00e9tait costaud, ouais\u2026\u00a0\u00bb Puis, comme pour resituer son personnage, il a soudainement chang\u00e9 d\u2019\u00e9poque et lanc\u00e9 : \u00ab\u00a0En 2020, on a quitt\u00e9 Montpellier, avec ma femme et mes enfants. Nous nous sommes install\u00e9s \u00e0 la ferme, \u00e0 Te Puke.\u00a0\u00bb Parmi les rangs d\u2019avocatiers et les souvenirs d\u2019enfance, il partageait son temps entre le domaine familial et les Fidji, dont il \u00e9tait alors le s\u00e9lectionneur : \u00ab\u00a0Je faisais des allers-retours entre Te Puke et Nadi, \u00e0 l\u2019\u00e9poque. L\u00e0-bas, je vivais \u00e0 Fantasy Island, l\u2019un des plus beaux endroits de l\u2019archipel. Mais pour tout vous dire, c\u2019\u00e9tait \u00e0 la fois merveilleux et complexe.\u00a0\u00bb Complexe, parce qu\u2019aux Fidji, le rugby est depuis toujours entre les mains d\u2019une junte militaire. Il est un jouet politique que se passent les diff\u00e9rents g\u00e9n\u00e9raux, au gr\u00e9 des coups d\u2019\u00c9tat. Cotter n\u2019a pas tenu. Il a claqu\u00e9 la porte et la Nouvelle-Z\u00e9lande, elle, n\u2019a pas attendu : elle l\u2019a appel\u00e9. Et il est revenu.<\/p>\n<p>Cotter : \u00ab\u00a0Vous allez bient\u00f4t d\u00e9couvrir le fils de Carlos Spencer\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Lui qui n\u2019avait plus entra\u00een\u00e9 au pays depuis 2006, date \u00e0 laquelle il avait quitt\u00e9 Bay of Plenty pour rejoindre Clermont, s\u2019est aussit\u00f4t retrouv\u00e9 propuls\u00e9 \u00e0 la t\u00eate des Blues, une franchise en souffrance avant qu\u2019il n\u2019y d\u00e9barque. Le r\u00e9sultat ne s\u2019est pas fait attendre : un titre de Super Rugby la premi\u00e8re ann\u00e9e ; une demi-finale la saison suivante. \u00ab\u00a0En arrivant, poursuit-il, j\u2019ai recentr\u00e9 les Blues sur certaines priorit\u00e9s, dont le combat d\u2019avants. Les Crusaders avaient remport\u00e9 les sept derniers titres en jouant \u00e0 l\u2019europ\u00e9enne : conqu\u00eate, d\u00e9fense, jeu au pied. Pourquoi n\u2019aurait-on pas pu faire la m\u00eame chose ? Le Super Rugby a chang\u00e9, vous savez : c\u2019est beaucoup plus vertical, plus frontal que par le pass\u00e9.\u00a0\u00bb Et puis Auckland, c\u2019est surtout chez lui. \u00ab\u00a0J\u2019y suis n\u00e9, oui. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, mes parents vivaient sur l\u2019\u00eele de Motuihe, non loin d\u2019ici. Moi, je suis arriv\u00e9 un mois avant le terme. En panique, maman est all\u00e9e taper \u00e0 la porte d\u2019une base militaire implant\u00e9e sur l\u2019\u00eele. Les soldats l\u2019ont transport\u00e9e d\u2019urgence en bateau, vers l\u2019h\u00f4pital de Devonport, une banlieue de la ville. Le jeune Cotter a d\u00e9barqu\u00e9 comme \u00e7a, sans pr\u00e9venir.\u00a0\u00bb Il se marre.<\/p>\n<p>Il sait qui il est, d\u2019o\u00f9 il vient. \u00c7a l\u2019aide, d\u2019ailleurs, au moment d\u2019exposer les foss\u00e9s culturels entre son pays natal et cette France qu\u2019il aime tant. \u00ab\u00a0Le titre de Clermont (2010), on l\u2019a f\u00eat\u00e9 pendant deux semaines. Jour et nuit. Ici, c\u2019\u00e9tait vraiment diff\u00e9rent : apr\u00e8s le troph\u00e9e de 2024, on a bu du champagne entre nous mais le lundi matin, tous les joueurs avaient d\u00e9j\u00e0 quitt\u00e9 le club pour rejoindre les All Blacks, les Maoris et leurs s\u00e9lections respectives\u2026 Parce que fin juin, ici, la saison commence \u00e0 peine.\u00a0\u00bb Et puis, sur son \u00eele, il y a la pression du march\u00e9. Le Top 14, les clubs japonais, la NRL australienne : autant de forces centrifuges qui affaiblissent les effectifs. \u00ab\u00a0On perd des joueurs importants chaque saison. Cette ann\u00e9e, Mark Tele\u2019a (ailier, Japon), Ricky Riccitelli (Montpellier), Harry Plummer (Clermont) nous ont, par exemple, tous quitt\u00e9s. Les plus agressifs sur le march\u00e9 des transferts sont les clubs du XIII australien : ils attaquent \u00e0 coups de millions d\u2019euros pour identifier puis recruter des jeunes potentiels n\u00e9o-z\u00e9landais. On ne peut pas lutter.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Alors, les Blues s\u2019accrochent \u00e0 leur matrice : la formation. \u00ab\u00a0On s\u2019appuie sur un \u00e9norme vivier. Bient\u00f4t, vous allez d\u2019ailleurs d\u00e9couvrir Payton Spencer, le fils de Carlos. Il fait 1,95 m et joue arri\u00e8re. Il sort du 7, est tr\u00e8s dou\u00e9 et selon moi, ne tardera pas \u00e0 porter le maillot noir.\u00a0\u00bb Mais les Blues qui partent en Europe, alors ? \u00ab\u00a0Riccitelli, c\u2019est du solide : il est fort sur tout ce qui est important pour un talonneur, soit le lancer en touche et la m\u00eal\u00e9e ferm\u00e9e. Plummer, lui, a un jeu au pied long ph\u00e9nom\u00e9nal. Il est aussi un tr\u00e8s bon buteur. Ce n\u2019est pas un facteur X \u00e0 la Beauden Barrett mais c\u2019est un super joueur. Clermont a eu du nez.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>De Grouchy, son glorieux a\u00efeul<\/p>\n<p>Du rugby, Vern a tout vu, tout connu. Il a jou\u00e9 en Italie, puis en France. Il a entra\u00een\u00e9 Clermont, Montpellier. Il fut s\u00e9lectionneur de l\u2019\u00c9cosse, des Fidji, de la Roumanie et aujourd\u2019hui, il m\u00e8ne les Blues, une des meilleures franchises de Super Rugby. \u00ab\u00a0J\u2019ai tout aim\u00e9, dit-il simplement. J\u2019ai pris le meilleur de chaque exp\u00e9rience.\u00a0\u00bb Mais les Blacks, alors ? Resteront-ils \u00e0 jamais un regret ? \u00ab\u00a0Quand il a fallu nommer un successeur \u00e0 Graham Henry en 2011, on m\u2019a fait entrer dans le jeu mais selon moi, le tour \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 jou\u00e9 : Steve Hansen devait prendre le poste, c\u2019\u00e9tait \u00e9crit \u00e0 l\u2019avance. Tout \u00e7a n\u2019\u00e9tait qu\u2019une illusion de d\u00e9mocratie, en fait.\u00a0\u00bb Il en rit, aujourd\u2019hui. Mais on devine que \u00e7a n\u2019a pas toujours \u00e9t\u00e9 le cas. Alors, Vern fronce les sourcils et repousse l\u2019id\u00e9e d\u2019un revers de la main, comme si elle s\u2019\u00e9tait dress\u00e9e devant lui en chair et en os et qu\u2019il ne voulait plus en entendre parler.<\/p>\n<p>Au moment de le quitter, on lui a souffl\u00e9 la question que l\u2019on gardait pour la fin : se laisserait-il un jour tenter par un dernier shoot d\u2019adr\u00e9naline, en France ? Apr\u00e8s tout, Cotter n\u2019a peut-\u00eatre pas grandi en Gaule mais sa langue, si bien dompt\u00e9e, le met \u00e0 l\u2019abri du boxon qu\u2019a pu conna\u00eetre Stuart Lancaster au Racing 92, par exemple. \u00c0 cette id\u00e9e, il esquisse un sourire et ne dit non \u00e0 rien. Finir sa carri\u00e8re dans l\u2019Hexagone aurait, apr\u00e8s tout, pour lui, une port\u00e9e symbolique : \u00ab\u00a0Mon pr\u00e9nom, Vern, est la contraction de Vernon, une ville de l\u2019Eure. Mes a\u00efeuls fran\u00e7ais ont vraisemblablement quitt\u00e9 la France au XVIIIe si\u00e8cle. Ils voulaient vivre libres, sur une terre o\u00f9 il y avait tout \u00e0 \u00e9crire. Ils s\u2019appelaient De Grouchy mais avec le temps, la particule a disparu.\u00a0\u00bb La particule mais pas la r\u00e9putation, Emmanuel de Grouchy \u00e9tant toujours connu chez nous comme l\u2019un des plus puissants g\u00e9n\u00e9raux de Napol\u00e9on Bonaparte. \u00ab\u00a0C\u2019est ma maman, Barbara, qui m\u2019a racont\u00e9 tout \u00e7a. \u00c0 mes 20 ans, elle m\u2019a amen\u00e9 au ch\u00e2teau de Versailles et l\u00e0-bas, elle s\u2019est arr\u00eat\u00e9e devant l\u2019immense portrait d\u2019un homme en tenue militaire. Elle m\u2019a dit : \u00ab\u00a0C\u2019est ton arri\u00e8re-arri\u00e8re-arri\u00e8re-arri\u00e8re-grand-p\u00e8re, Vern.\u00a0\u00bb Je n\u2019ai jamais oubli\u00e9 ce moment\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Depuis deux saisons, l\u2019ancien coach de Clemront et Montpellier a pris en mains le destin de la franchise&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":265014,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1416],"tags":[1011,27,479,1468,60],"class_list":{"0":"post-265013","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-rugby","8":"tag-fr","9":"tag-france","10":"tag-rugby","11":"tag-rugby-football","12":"tag-sports"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/114895537011636963","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/265013","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=265013"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/265013\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/265014"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=265013"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=265013"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=265013"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}