{"id":265028,"date":"2025-07-22T06:53:10","date_gmt":"2025-07-22T06:53:10","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/265028\/"},"modified":"2025-07-22T06:53:10","modified_gmt":"2025-07-22T06:53:10","slug":"badaq-de-carlos-bardem-bestiaire-contre-lempire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/265028\/","title":{"rendered":"\u00abBadaq\u00bb de Carlos Bardem : bestiaire contre l\u2019empire"},"content":{"rendered":"<p>Bien s\u00fbr, il y a l\u2019aventure exotique de Badaq, un rhinoc\u00e9ros femelle convoy\u00e9 au XVIe\u00a0si\u00e8cle d\u2019une petite \u00eele de l\u2019oc\u00e9an Indien jusqu\u2019\u00e0 <a href=\"https:\/\/www.lejdd.fr\/Tags\/Espagne\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\">Madrid<\/a>. Mais Carlos Bardem se saisit de ce confetti dans la mythologie espagnole pour interroger la violence et la domination de l\u2019homme sur la nature. Dans ce roman choral o\u00f9 l\u2019homme se fait b\u00eate et l\u2019animal se fait conscience, Bardem donne voix \u00e0 tous, Indiens goguenards, religieux mis\u00e9ricordieux, capitaine cruel, et \u00e0 Badaq elle-m\u00eame\u00a0: une lucidit\u00e9 animale, qui observe avec stup\u00e9faction l\u2019absurdit\u00e9 humaine.<\/p>\n<p>Le r\u00e9cit, foisonnant, \u00e9voque tour \u00e0 tour le fanatisme, la soif de pouvoir, la qu\u00eate de justice de marins r\u00e9volt\u00e9s. Refusant le pittoresque du roman historique, l\u2019auteur convoque le pass\u00e9 pour interroger notre pr\u00e9sent \u2013\u00a0et ses \u00e9go\u00efsmes persistants. Par sa langue charnelle et son humour noir,\u00a0Badaq\u00a0r\u00e9fute les certitudes et convoque le doute. Au gr\u00e9 d\u2019une visite des Collections royales, nous avons \u00e9voqu\u00e9 cette fresque, engag\u00e9e sans dogmatisme, humaniste sans ang\u00e9lisme.<\/p>\n<p><strong>Le JDD. Votre roman donne la parole \u00e0 une rhinoc\u00e9ros. Pourquoi\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>C.B.<\/strong> Je voulais comprendre la fracture qui nous oppose \u00e0 la nature. J\u2019aurais pu \u00e9crire un roman contemporain sur notre monde consum\u00e9riste, mais l\u2019histoire de Badaq me fascinait depuis l\u2019enfance. J\u2019ai choisi une voix animale pour que Badaq soit, par son bon sens, le miroir d\u2019une humanit\u00e9 monstrueuse. Dans son regard, toute conqu\u00eate est un pillage l\u00e9gitim\u00e9\u00a0a posteriori.<\/p>\n<p><strong>La critique vaut-elle pour aujourd\u2019hui\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>    La suite apr\u00e8s cette publicit\u00e9<\/p>\n<p>\u00c9videmment.<a href=\"https:\/\/www.lejdd.fr\/dossiers\/moyen-orient\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\"> Le Moyen-Orient<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.lejdd.fr\/Tags\/Ukraine\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\">l\u2019Ukraine<\/a>, les interventions imp\u00e9rialistes modernes reproduisent ces logiques. Mon roman parle du XVIe\u00a0si\u00e8cle, mais c\u2019est notre pr\u00e9sent qui m\u2019obs\u00e8de. Cependant, on \u00e9crit pour comprendre, pas pour expliquer, c\u2019est la diff\u00e9rence fondamentale entre litt\u00e9rature et propagande\u00a0: je donne raison \u00e0 des personnages qui n\u2019ont rien \u00e0 voir avec moi, au lecteur de juger. C\u2019est aussi ce qui fait la diff\u00e9rence entre la litt\u00e9rature, qui donne des doutes, et l\u2019histoire, qui donne des conclusions.<\/p>\n<blockquote class=\"exergue\">\n<p>La D\u00e9claration des droits de l\u2019homme est n\u00e9e \u00e0 Auschwitz<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le roman historique comme cabinet de curiosit\u00e9s ne m\u2019int\u00e9resse pas\u00a0: j\u2019\u00e9cris sur le monde dans lequel je vis. \u00c7a me permet de voir combien chaque avanc\u00e9e suit une trag\u00e9die\u00a0: la D\u00e9claration des droits de l\u2019homme est n\u00e9e \u00e0 <a href=\"https:\/\/www.lejdd.fr\/Societe\/80-ans-apres-la-liberation-dauschwitz-une-commemoration-historique-sous-haute-tension-154292\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\">Auschwitz<\/a>. Cette alternance entre barbarie et sursauts humanistes rythme notre histoire. C\u2019est pourquoi il y a toujours une place pour l\u2019espoir\u00a0: le pessimisme est une posture confortable mais st\u00e9rile. L\u2019espoir, lui, pousse \u00e0 agir.<\/p>\n<p><strong>Certaines sc\u00e8nes sont d\u2019une violence extr\u00eame. Pourquoi ce choix\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Je refuse de masquer l\u2019horreur. Si je raconte une atrocit\u00e9, je la montre jusqu\u2019au bout. Sinon, on anesth\u00e9sie la conscience du lecteur. La violence, dans\u00a0Badaq, n\u2019est jamais gratuite\u00a0: elle exprime des rapports de domination.<\/p>\n<p><strong>Vous \u00eates aussi acteur et sc\u00e9nariste. Cela influence-t-il votre \u00e9criture\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Compl\u00e8tement. Mon m\u00e9tier d\u2019acteur m\u2019aide \u00e0 incarner des personnages, \u00e0 leur donner chair. Mais quand j\u2019\u00e9cris, je ne pense pas au cin\u00e9ma.\u00a0Badaq\u00a0est inadaptable\u00a0: trop abondant et trop litt\u00e9raire. Je pr\u00e9f\u00e8re faire confiance au lecteur pour tirer lui-m\u00eame sur les fils et pour projeter mentalement le r\u00e9cit.<\/p>\n<p><strong>Badaq, Carlos Bardem, Le Cherche-Midi, 368 pages, 22,50 euros.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Bien s\u00fbr, il y a l\u2019aventure exotique de Badaq, un rhinoc\u00e9ros femelle convoy\u00e9 au XVIe\u00a0si\u00e8cle d\u2019une petite \u00eele&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":265029,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1357],"tags":[1379,58,59,1011,27,1380],"class_list":{"0":"post-265028","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-livres","8":"tag-books","9":"tag-divertissement","10":"tag-entertainment","11":"tag-fr","12":"tag-france","13":"tag-livres"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/114895572517513243","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/265028","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=265028"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/265028\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/265029"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=265028"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=265028"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=265028"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}