{"id":267080,"date":"2025-07-23T03:23:12","date_gmt":"2025-07-23T03:23:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/267080\/"},"modified":"2025-07-23T03:23:12","modified_gmt":"2025-07-23T03:23:12","slug":"quatorze-morts-des-dizaines-de-blesses-il-y-a-50-ans-la-tragedie-de-la-venus-des-iles-ii-qui-prit-feu-entre-toulon-et-porquerolles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/267080\/","title":{"rendered":"Quatorze morts, des dizaines de bless\u00e9s: il y a 50 ans, la trag\u00e9die de la V\u00e9nus des \u00eeles II qui prit feu entre Toulon et Porquerolles"},"content":{"rendered":"<p>Les larmes montent. Les mots sortent difficilement. Pour Jacqueline Schmidt, revenir aujourd\u2019hui sur ce qu\u2019elle a v\u00e9cu ce 23 juillet 1975, c\u2019est faire ressurgir des images bouleversantes qu\u2019elle a cherch\u00e9 \u00e0 enfouir une bonne partie de sa vie. La gorge nou\u00e9e, cette retrait\u00e9e toulonnaise l\u00e2che: \u00a0\u00bb Quand le navire a pris feu, je n\u2019ai pens\u00e9 \u00e0 rien d\u2019autre qu\u2019\u00e0 serrer tr\u00e8s fort ma fille de deux ans et demi dans mes bras, puis \u00e0 sauter \u00e0 l\u2019eau pour \u00e9chapper aux flammes\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il y a un demi-si\u00e8cle jour pour jour, Toulon connaissait l\u2019une de ses plus grandes catastrophes civiles de l\u2019apr\u00e8s-guerre. Partie du quai Stalingrad, la vedette maritime V\u00e9nus des \u00eeles II prenait feu accidentellement au large de Carqueiranne, alors qu\u2019elle faisait route vers Porquerolles. Malgr\u00e9 l\u2019intervention rapide des secours, quatorze passagers p\u00e9riront noy\u00e9s ou br\u00fbl\u00e9s. \u00c0 ce d\u00e9compte macabre, il faudra ajouter une quarantaine de bless\u00e9s graves, dont bon nombre d\u2019enfants. Jacqueline, elle, a eu plus de \u00ab\u00a0chance\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ce jour-l\u00e0, nous \u00e9tions onze de la famille \u00e0 prendre le bateau\u00a0\u00bb, raconte cette habitante du quartier Claret, \u00e0 Toulon. \u00ab\u00a0Certains venaient de Lorraine. On voulait leur montrer la r\u00e9gion. Je ne sais pas pourquoi, on est parti tr\u00e8s en retard. J\u2019ai eu un mauvais pressentiment. \u00c0 tel point que j\u2019ai dit: \u201cOn devrait rentrer \u00e0 la maison\u00a0\u00bb. Nous aurions mieux fait\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>La rupture d\u2019une durite de gasoil \u00e0 l\u2019origine de l\u2019incendie<\/p>\n<p>              <img ci-src=\"https:\/\/www.varmatin.com\/histoire\/protec\/DATA_ART_15950633-nMMz43ll.jpg?vh=acaf40&amp;ci_seal=d34ac95473\" alt=\"\"\/><br \/>\n        La veille de la trag\u00e9die, la V\u00e9nus des \u00eeles, d\u00e9barquant ses estivants heureux, sera photographi\u00e9e par un reporter de Var-matin \u00e0 son arriv\u00e9e \u00e0 Porquerolles.  <\/p>\n<p>La vedette de la soci\u00e9t\u00e9 Transrade, un joli navire blanc \u00e0 liser\u00e9 rouge de 32m\u00e8tres de long, appareille finalement \u00e0 9h30, ce mercredi ensoleill\u00e9. Elle est alors pleine d\u2019environ 350 touristes et locaux \u2013 bien plus qu\u2019elle ne devrait en contenir \u2013 partis passer une belle journ\u00e9e d\u2019\u00e9t\u00e9 sur la plus c\u00e9l\u00e8bre des \u00eeles d\u2019Or et ses plages de sable blanc. \u00c0 20 francs le ticket, c\u2019est le paradis \u00e0 bon march\u00e9. Sauf qu\u2019\u00e0 la sortie de la grande rade, une durite de gasoil rompt et r\u00e9pand son carburant sur le moteur bouillant.<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019un membre d\u2019\u00e9quipage d\u00e9cide d\u2019ouvrir le panneau de la salle des machines pour voir d\u2019o\u00f9 provient la fum\u00e9e, les flammes s\u2019\u00e9l\u00e8vent. \u00ab\u00a0Je revois mon fr\u00e8re crier \u201cFermez cette trappe\u00a0\u00bb. Mais c\u2019\u00e9tait trop tard \u00bb, se souvient Jacqueline. En l\u2019espace de trois minutes, le bateau s\u2019embrase comme un fagot de bois sec. La terreur s\u2019empare du bord. C\u2019est le sauve-qui-peut. La plupart des passagers, souvent d\u00e9munis de brassi\u00e8res, se jettent \u00e0 l\u2019eau. D\u2019autres se retrouvent coinc\u00e9s au milieu du brasier.<\/p>\n<p>Des gens partout dans l\u2019eau<\/p>\n<p>              <img ci-src=\"https:\/\/www.varmatin.com\/histoire\/protec\/DATA_ART_15950631-TgN6H1ua.jpg?vh=d90e65&amp;ci_seal=2bbdd2ff33\" alt=\"\"\/><br \/>\n        Quelques minutes apr\u00e8s le drame, des grappes humaines, immortalis\u00e9es depuis un h\u00e9licopt\u00e8re de l\u2019arm\u00e9e, s\u2019accrochent aux radeaux de sauvetage. Photos archives  Var-matin <\/p>\n<p>C\u2019est le cas de Thierry Babin, tout juste 4 ans. Neveu de Jacqueline Schmidt, il fait partie du \u00ab\u00a0convoi\u00a0\u00bb familial, auquel ne se sont pas joints ses parents, retenus par ailleurs. Dans la panique qui gagne le pont, Thierry se retrouve esseul\u00e9, comme il le confie aujourd\u2019hui. \u00ab\u00a0Mon oncle me disait de plonger mais le bastingage \u00e9tait tr\u00e8s haut. Et je ne savais pas nager. J\u2019avais des habits en nylon \u2013 c\u2019\u00e9tait \u00e0 la mode. Ils ont litt\u00e9ralement fondu sur ma peau. J\u2019ai fini par monter sur la banquette et r\u00e9ussir \u00e0 me jeter \u00e0 la mer. Une dame qui a vu que je me d\u00e9battais a eu le r\u00e9flexe de m\u2019aider \u00e0 m\u2019agripper \u00e0 quelque chose qui flottait\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e9poque, Jean-Christophe Hacault, lui, est un matelot de seize ans. \u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait ma premi\u00e8re sortie en mer sur le Lilas, un dragueur de mines\u00a0\u00bb, explique-t-il, la voix bris\u00e9e par l\u2019\u00e9motion. \u00ab\u00a0On a aper\u00e7u un grand panache noir en quittant la rade. M\u00eame si on \u00e9tait en rodage, le pacha a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019y aller moteurs \u00e0 fond. Sur zone, nous avons d\u00e9couvert la V\u00e9nus des \u00eeles en feu. Il y avait des gens de partout dans l\u2019eau, qui criaient. Et plein de petites embarcations de plaisance qui tentaient de les r\u00e9cup\u00e9rer.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Des enfants nagent de toutes leurs forces. Des personnes \u00e2g\u00e9es coulent \u00e0 pic. Certains se battent pour s\u2019accrocher \u00e0 des radeaux de fortune. \u00ab\u00a0Je me revois tirer quelqu\u2019un pour grimper sur un canot. Sa peau est partie en lambeaux\u2026\u00a0\u00bb murmure Jacqueline, en baissant les yeux. Les t\u00e9moignages d\u00e9criront aussi un homme qui flambe comme une torche apr\u00e8s avoir jet\u00e9 ses deux fils \u00e0 l\u2019eau. Ou un malheureux, parvenu \u00e0 se faire h\u00e9litreuiller, qui finira pourtant par chuter d\u2019une hauteur fatale. Les cadavres flottent sur l\u2019azur de la M\u00e9diterran\u00e9e.<\/p>\n<p>L\u2019humanit\u00e9 au milieu de l\u2019horreur<\/p>\n<p>              <img ci-src=\"https:\/\/www.varmatin.com\/histoire\/protec\/DATA_ART_15950628-F2suAhsG.jpg?vh=73e812&amp;ci_seal=783d16d63b\" alt=\"\"\/><br \/>\n        Photo archives var-matin <\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je sortais du quart machine quand je suis arriv\u00e9 sur le pont \u00e0 tribord. J\u2019ai vu un gamin en d\u00e9tresse \u00e0 vingt m\u00e8tres, poursuit Jean-Christophe Hacault, qui a racont\u00e9 cette sc\u00e8ne dans un livre(1). Le commandant avait donn\u00e9 l\u2019ordre de rester \u00e0 bord. Moi, je n\u2019ai pas r\u00e9fl\u00e9chi: par instinct plus que par courage, j\u2019ai saut\u00e9 \u00e0 l\u2019eau. Et j\u2019ai remont\u00e9 ce minot, le dos en feu \u00e0 cause du gasoil, qui devait avoir 13 ou 14 ans.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019horreur est partout, l\u2019humanit\u00e9 aussi. Recueillis par des dizaines de bateaux civils et militaires, dont l\u2019imposant escorteur d\u2019escadre La Galissonni\u00e8re qui man\u0153uvrait dans les parages, les rescap\u00e9s, p\u00e9tris d\u2019angoisse, sont d\u00e9barqu\u00e9s, pour nombre d\u2019entre eux, au port de Toulon. L\u00e0, c\u2019est dans une ambiance post-apocalyptique remplie de gyrophares, de sir\u00e8nes et de cris que les bless\u00e9s plus ou moins graves sont pris en charge par les secours.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0On m\u2019a envoy\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de La Timone, \u00e0 Marseille, o\u00f9 j\u2019ai pass\u00e9 quatre mois au onzi\u00e8me \u00e9tage\u00a0\u00bb, reprend Thierry Babin. \u00ab\u00a0J\u2019avais plus de 50% de la surface du corps qui avait br\u00fbl\u00e9 au troisi\u00e8me degr\u00e9. On a dit \u00e0 mes parents que je ne survivrais sans doute pas. Je suis tomb\u00e9 dans le coma plusieurs semaines, ma m\u00e8re \u00e0 mon chevet. Pendant les deux ann\u00e9es qui ont suivi, j\u2019ai d\u00fb subir tellement de greffes\u2026 Une bonne vingtaine d\u2019interventions chirurgicales au total\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C\u2019est mon corps qui me rappelle le drame\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Thierry Babin n\u2019est ni plus ni moins qu\u2019un \u00ab\u00a0miracul\u00e9\u00a0\u00bb, comme le qualifiera un m\u00e9decin. Il n\u2019en gardera toutefois \u00ab\u00a0aucun traumatisme psychologique\u00a0\u00bb, jure-t-il, mentionnant \u00e0 peine les quolibets cruels des autres enfants pendant sa scolarit\u00e9. \u00ab\u00a0On m\u2019a longtemps appel\u00e9 \u201cle cram\u00e9\u00a0\u00bb, c\u2019est vrai\u2026 Mais au final, gr\u00e2ce \u00e0 Dieu, j\u2019\u00e9tais si jeune quand l\u2019accident s\u2019est produit que je n\u2019ai presque pas de souvenirs. C\u2019est mon corps, de la t\u00eate aux pieds, qui me rappelle chaque jour la V\u00e9nus des \u00eeles. \u00bb L\u2019homme, 54 ans d\u00e9sormais, a fond\u00e9 une famille. \u00c0 l\u2019aise sur les flots, il a m\u00eame servi pendant longtemps dans la Marine.<\/p>\n<p>Jacqueline Schmidt, elle, fuira toute sa vie l\u2019immensit\u00e9 de la mer, tout comme la foule. \u00ab\u00a0Apr\u00e8s avoir vu le film Titanic au cin\u00e9ma, j\u2019ai fait une crise d\u2019urticaire. Je reste hant\u00e9e par ces images de gens qui sautent du bateau et qui tombent les uns sur les autres. C\u2019est encore difficile pour moi de parler de tout \u00e7a. Et, non, je n\u2019ai jamais remis un pied sur l\u2019\u00eele de Porquerolles.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Quant \u00e0 Jean-Christophe Hacault, il fut puni par sa hi\u00e9rarchie pour avoir d\u00e9sob\u00e9i au moment de l\u2019op\u00e9ration de sauvetage! \u00ab\u00a0Dix tours de consigne pour abandon de poste\u00a0\u00bb, grince-t-il. \u00ab\u00a0Bon, apr\u00e8s m\u2019avoir bl\u00e2m\u00e9, l\u2019amiral m\u2019a tout de m\u00eame f\u00e9licit\u00e9 en priv\u00e9. \u00a0\u00bb Son regret: il n\u2019a plus revu le gar\u00e7on \u00e0 qui il a sauv\u00e9 la vie. \u00ab\u00a0J\u2019aurais bien aim\u00e9 avoir des nouvelles du gamin\u2026\u00a0\u00bb. n<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>1. Les aventures extraordinaires de La Fouine \u2013 Les Toiles de mer \u00e9ditions (2024)<\/p>\n<p>              <img ci-src=\"https:\/\/www.varmatin.com\/histoire\/protec\/DATA_ART_15950630-7GHkkyJ9.jpg?vh=6282ab&amp;ci_seal=3e6bcbdc92\" alt=\"\"\/><br \/>\n        Jacqueline Schmidt et son neveu Thierry Babin \u00e9taient pr\u00e9sents sur la V\u00e9nus des \u00eeles II le jour du drame. Ils ont racont\u00e9 leurs souvenirs \u00e0 Var-matin.&#13;<br \/>\n <strong>Photo Mathieu Dalaine.<\/strong> <\/p>\n<p>            Une trag\u00e9die \u00e0 causes multiples<\/p>\n<p>Le lendemain du drame, le journal Var-matin R\u00e9publique titre \u00ab Le bateau \u00e9tait surcharg\u00e9 \u00bb comme premi\u00e8re tentative d\u2019explication \u00e0 l\u2019horreur qui s\u2019est abattue sur Toulon. Apr\u00e8s recoupements, le journaliste conclut que 407 passagers se trouvaient \u00e0 bord, au lieu des 274 officiellement d\u00e9clar\u00e9s\u2026 alors que la V\u00e9nus des \u00eeles II n\u2019est pas cens\u00e9e embarquer plus de 300 clients. Plus tard, la gendarmerie maritime effectuera un d\u00e9compte d\u00e9finitif \u00e0 346 personnes. Toujours trop.<\/p>\n<p>Toutefois, il n\u2019y aurait pas eu de surchauffe des machines et l\u00e0 n\u2019est pas la seule raison du bilan humain particuli\u00e8rement lourd. L\u2019ancien pompier toulonnais Albert Meuvret a men\u00e9 l\u2019enqu\u00eate, dont il livre ses conclusions dans son ouvrage Incendies \u00e0 Toulon. \u00ab Cet accident dramatique va r\u00e9sulter de l\u2019addition de facteurs d\u00e9favorables \u00bb, pose-t-il. \u00ab Chacun pris \u00e0 part n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 bien grave mais, lorsqu\u2019ils se conjuguent, la catastrophe est au bout. \u00bb<\/p>\n<p><strong>Une embarcation robuste construite \u00e0 La Seyne<\/strong><\/p>\n<p>Trop vieux le bateau ? Non : construit seulement cinq ans auparavant \u00e0 La Seyne, la vedette est une embarcation robuste, \u00e9quip\u00e9e de surcro\u00eet d\u2019un moteur b\u00e2bord chang\u00e9 deux semaines plus t\u00f4t. Les moyens de secours contre le feu sont \u00e9galement conformes \u00e0 la r\u00e9glementation. Du moins le croit-on. Pour preuve : le 12 juin, la Commission de s\u00e9curit\u00e9 des affaires maritimes inspecte la V\u00e9nus des \u00eeles et ne rel\u00e8ve aucune anomalie.<\/p>\n<p>Mais Albert Meuvret rappelle n\u00e9anmoins que le 23 juillet 1975 au matin, le navire conna\u00eet \u00ab un petit souci \u00e9lectrique avec un de ses moteurs, qu\u2019il a fallu faire r\u00e9parer par un prompt aller-retour \u00e0 La Seyne \u00bb. Il a en outre \u00e9t\u00e9 av\u00e9r\u00e9 que le syst\u00e8me d\u2019alarme n\u2019a pas fonctionn\u00e9 au moment o\u00f9 se d\u00e9clenche le sinistre. Et que l\u2019\u00e9quipage, en sous-effectif ce jour-l\u00e0, n\u2019a pas su organiser l\u2019\u00e9vacuation des passagers.<\/p>\n<p>De plus, les lances d\u2019incendie du navire ont \u00e9t\u00e9 inop\u00e9rantes. La pompe avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9samorc\u00e9e et tournait \u00e0 vide sans aucune utilit\u00e9. Le maintien d\u2019une cuve \u00ab fuyarde \u00bb aurait aussi provoqu\u00e9 un suintement dans le compartiment des machines, pr\u00e9disposant un embrasement soudain et g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p><strong>Heureusement, la mer \u00e9tait d\u2019huile ce jour-l\u00e0<\/strong><\/p>\n<p>Au rang des facteurs aggravants, Albert Meuvret pointe un ph\u00e9nom\u00e8ne tant inattendu que terrifiant, qui s\u2019est produit lorsque la fournaise a commenc\u00e9 \u00e0 ronger l\u2019int\u00e9rieur du navire. \u00ab Avec la chaleur des fum\u00e9es montantes qui s\u2019engouffrent dans le roof, du plastique fondu s\u2019est mis \u00e0 couler en gouttelettes enflamm\u00e9es sur les passagers \u00bb, d\u00e9crypte-t-il. \u00ab Ce plastique, qui sera responsable des br\u00fblures, provient des emballages transparents des gilets de sauvetage, positionn\u00e9s dans des filets au plafond, au-dessus des t\u00eates \u00bb.<\/p>\n<p>En revanche, le nombre de victimes aurait sans doute \u00e9t\u00e9 plus \u00e9lev\u00e9 encore si la mer n\u2019avait \u00e9t\u00e9 d\u2019huile ce jour-l\u00e0, qui plus est particuli\u00e8rement chaude pour la saison. Les multiples plaisanciers pr\u00e9sents dans la zone \u2013 premiers \u00e0 intervenir au moment du drame \u2013 et la mise en \u0153uvre des grands moyens de secours par la Marine nationale, \u00e0 quelques encablures de son port d\u2018attache, ont par ailleurs \u00e9t\u00e9 une aide pr\u00e9cieuse.<\/p>\n<p>            Un proc\u00e8s six ans plus tard<\/p>\n<p>Dans les premi\u00e8res heures apr\u00e8s la trag\u00e9die, une information judiciaire est ouverte par le parquet de Toulon pour homicide involontaire. L\u2019\u00e9pave, qui repose par 58 m\u00e8tres de fond \u00e0 1,2 kilom\u00e8tre des c\u00f4tes de Carqueiranne, est plusieurs fois visit\u00e9e par les plongeurs de l\u2019inspection maritime.<\/p>\n<p>Au c\u0153ur de l\u2019\u00e9t\u00e9, il est finalement d\u00e9cid\u00e9 de renflouer les deux moteurs et leurs circuits \u00e9lectriques. Les d\u00e9bris de la coque seront eux aussi sortis de l\u2019eau et examin\u00e9s.<\/p>\n<p>Retard\u00e9e par de longs d\u00e9lais d\u2019expertises, l\u2019enqu\u00eate mettra finalement en \u00e9vidence de graves anomalies et n\u00e9gligences, tant en ce qui concerne les r\u00e8gles de navigation auxquelles \u00e9tait soumis le b\u00e2timent que les moyens de lutte contre l\u2019incendie et de sauvetage. Six ans apr\u00e8s les faits, un proc\u00e8s a lieu pour juger les fautifs.<\/p>\n<p>Six personnes comparaissent, ce 21 avril 1981, devant le tribunal correctionnel de Toulon : propri\u00e9taires ou armateurs de la V\u00e9nus des \u00eeles II, ainsi que le patron de la vedette surcharg\u00e9e et le m\u00e9canicien, qui se trouvait sur la passerelle au moment du drame au lieu d\u2019\u0153uvrer en salle des machines. Trente-six familles de victimes se sont constitu\u00e9es partie civile. \u00ab C\u2019est le proc\u00e8s de la n\u00e9gligence, de l\u2019impr\u00e9voyance, de l\u2019insouciance et de la fuite devant les responsabilit\u00e9s \u00bb, estime dans son r\u00e9quisitoire le procureur de la R\u00e9publique, M. Daniel.<\/p>\n<p>Quatre personnes seront finalement condamn\u00e9es \u00e0 dix-huit mois de prison avec sursis, dont les armateurs et le capitaine de la vedette surcharg\u00e9e. Le patron se serait par exemple montr\u00e9 incapable d\u2019organiser le sauvetage, dont les moyens \u2013 tels les gilets, mal r\u00e9partis et difficilement accessibles \u2013 n\u2019ont pu \u00eatre utilis\u00e9s enti\u00e8rement et rapidement.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Les larmes montent. Les mots sortent difficilement. 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