{"id":274672,"date":"2025-07-26T07:30:14","date_gmt":"2025-07-26T07:30:14","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/274672\/"},"modified":"2025-07-26T07:30:14","modified_gmt":"2025-07-26T07:30:14","slug":"80-ans-de-nice-matin-jean-baptiste-suzzoni-le-seigneur-de-balagne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/274672\/","title":{"rendered":"80 ans de \u00ab\u00a0Nice-Matin\u00a0\u00bb : Jean-Baptiste Suzzoni, le seigneur de Balagne"},"content":{"rendered":"<p>Si Le Proven\u00e7al n\u2019avait pas omis de le citer parmi les coll\u00e9giens re\u00e7us au BEPC (1), le destin de Jean-Baptiste Suzzoni aurait \u00e9t\u00e9 tout autre. \u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait une affaire importante, plaide le patriarche au regard clair. Rends-toi compte\u2005: quand je suis entr\u00e9 en cours pr\u00e9paratoire \u00e0 Calenzana, je ne connaissais pas un mot de fran\u00e7ais. Dans mon village, \u00e0 Lavatoggio, on ne parlait que le corse\u2005! Alors, \u00eatre parvenu \u00e0 d\u00e9crocher ce dipl\u00f4me en fin de troisi\u00e8me, c\u2019\u00e9tait quelque chose\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ce jour de 1965, bless\u00e9 dans son amour-propre, l\u2019adolescent d\u00e9cide que le journal de Gaston Defferre, d\u00e9cid\u00e9ment, \u00ab\u00a0ne vaut rien\u00a0\u00bb. Il \u00e9crit au concurrent, Nice-Matin, pour offrir ses services.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je leur ai propos\u00e9 d\u2019assurer la correspondance de Lavatoggio\u2026 sans pr\u00e9ciser que je n\u2019avais que 16 ans, rigole l\u2019ancien journaliste. Le chef, Fran\u00e7ois Doncarli, m\u2019a pris \u00e0 l\u2019essai. J\u2019ai sign\u00e9 mon premier article quelque temps plus tard. J\u2019avais titr\u00e9 sur l\u2019absence d\u2019\u00e9clairage public \u00e0 Lavatoggio. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 accueilli par le maire et ses adjoints \u00e0 la descente du bus scolaire. Oh, ils n\u2019\u00e9taient pas contents\u2005! Mais je n\u2019avais \u00e9crit que la v\u00e9rit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait comme une drogue\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le test est jug\u00e9 concluant. Le p\u00e9rim\u00e8tre d\u2019intervention du jeune Jean-Baptiste s\u2019\u00e9largit bient\u00f4t \u00e0 L\u2019\u00cele-Rousse, \u00e0 Calvi, puis \u00e0 la totalit\u00e9 de la Balagne, au nord-ouest de la Corse.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Mon p\u00e8re, agriculteur, m\u2019accompagnait sur mes reportages, puisque je n\u2019avais naturellement ni permis de conduire, ni voiture, se souvient l\u2019insulaire. Il a eu l\u2019intelligence de comprendre que c\u2019\u00e9tait important pour moi. En fait, c\u2019\u00e9tait comme une drogue\u2005!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En 1973, Suzzoni est convoqu\u00e9 au si\u00e8ge du journal pour un \u2018\u2018stage d\u2019embauche\u2019\u2019. \u00ab\u00a0Sur l\u2019avenue Jean-M\u00e9decin, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 chaleureusement accueilli par les Corses de Nice, Andr\u00e9 Lucchesi, Roger-Louis Bianchini, Paul-Fran\u00e7ois Leonetti\u2026 J\u2019ai travaill\u00e9 avec G\u00e9rard Comboul (2), qui est devenu un ami. J\u2019en suis reparti avec un CDI et une mission\u2005: ouvrir une agence \u00e0 Calvi \u2013 o\u00f9, jusque-l\u00e0, il n\u2019y avait qu\u2019un photographe. J\u2019y suis rest\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 mon d\u00e9part \u00e0 la retraite, 35 ans plus tard\u2005!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Pendant plusieurs ann\u00e9es, Jean-Baptiste reste seul en poste. \u00ab\u00a0J\u2019\u00e9tais sur le pont 24\u2005heures sur 24, r\u00e9sume-t-il. En 1975, un accord d\u2019entreprise a accord\u00e9 un salaire \u2018\u2018maison\u2019\u2019 plus avantageux aux r\u00e9dacteurs qui acceptaient de travailler six jours sur sept pendant les trois mois d\u2019\u00e9t\u00e9. Quelque temps plus tard, G\u00e9rard Comboul est venu passer une semaine chez moi. Il s\u2019est aper\u00e7u que je ne b\u00e9n\u00e9ficiais pas de cet accord, alors que je bossais sept jours sur sept\u2005! Je ne touchais pas davantage les primes de cong\u00e9s\u2026 puisque je ne prenais jamais de vacances. Il a fait le n\u00e9cessaire pour que j\u2019obtienne mon d\u00fb. J\u2019ai appris, ce jour-l\u00e0, qu\u2019il ne fallait pas n\u00e9gliger les contingences administratives.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Un courrier mena\u00e7ant du FLNC<\/p>\n<p>Celui que l\u2019on surnomme bient\u00f4t le \u00ab\u00a0Seigneur de Balagne\u00a0\u00bb se lie d\u2019amiti\u00e9 avec Pierre Pasquini, ancien r\u00e9sistant, maire de L\u2019\u00cele-Rousse de 1971 \u00e0 2001. \u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait compliqu\u00e9, parce qu\u2019il avait des rapports fluctuants avec le patron du journal. Tant\u00f4t il fallait mettre Pasquini en valeur, tant\u00f4t j\u2019avais interdiction de le citer. Cela me mettait souvent dans des positions d\u00e9licates\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 partir du milieu des ann\u00e9es soixante-dix, Jean-Baptiste Suzzoni doit faire face au regain de la violence et des attentats dans l\u2019\u00eele. \u00ab\u00a0Un jour, j\u2019ai re\u00e7u un courrier mena\u00e7ant du FLNC (3). Comme je savais tr\u00e8s bien qui me l\u2019avait envoy\u00e9, je suis all\u00e9 trouver ces personnes et j\u2019ai r\u00e9gl\u00e9 le probl\u00e8me. Par la suite, plusieurs agences de Corse-Matin ont \u00e9t\u00e9 plastiqu\u00e9es. Mais personne ne s\u2019en est pris aux journalistes eux-m\u00eames. L\u2019important \u00e9tait de savoir dire les choses sans jeter inutilement de l\u2019huile sur le feu.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La guerre des boutons est finie\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le journaliste apprend aussi \u00e0 g\u00e9rer des contraintes plus mat\u00e9rielles\u2005: \u00ab\u00a0Avant l\u2019informatique, il fallait se d\u00e9brouiller pour faire parvenir les textes et les photos \u00e0 Nice. Plus souvent qu\u2019\u00e0 mon tour, j\u2019ai d\u00fb courir pour attraper l\u2019avion qui d\u00e9collait de Calvi. Une fois, j\u2019ai d\u00e9boul\u00e9 sur la piste pour confier l\u2019enveloppe au pilote in extremis en la glissant par le hublot\u2005! Si on faisait \u00e7a aujourd\u2019hui, on finirait en cabane, hein\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>D\u00e9l\u00e9gu\u00e9 syndical dans les ann\u00e9es quatre-vingt-dix, il se retrouve aux premi\u00e8res loges \u00e0 un moment cl\u00e9 de l\u2019histoire de Corse-Matin.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait le jour des obs\u00e8ques de G\u00e9rard Bavastro (4). Avec mon ami Antoine Feracci, chef d\u2019agence de Corte, je me suis retrouv\u00e9 dans une grande salle o\u00f9 si\u00e9geaient le nouveau pr\u00e9sident-directeur g\u00e9n\u00e9ral, Michel Comboul, et tout le staff du Groupe Lagard\u00e8re qui venait de racheter le journal.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il ose poser la question qui f\u00e2che\u2005: les \u00e9ditions corses du Proven\u00e7al et de Nice-Matin vont-elle fusionner\u2005? Jean-Luc Lagard\u00e8re r\u00e9pond sans d\u00e9tour\u2005: \u00ab\u00a0Oui. La guerre des boutons est finie\u2005!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Des heurts et des malheurs\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Une fusion, donc, mais au profit de qui\u2005? \u00ab\u00a0Comme Nice-Matin avait absorb\u00e9 Var-matin, il avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vu de faire l\u2019inverse chez nous\u2005: c\u2019est La Corse qui devait prendre la direction du titre\u2005! Le petit allait manger le gros\u2026 C\u2019\u00e9tait une aberration \u00e9conomique. S\u2019ils persistaient dans cette id\u00e9e folle, je leur ai pr\u00e9dit des heurts et des malheurs\u2005!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ainsi na\u00eet une fronde insulaire qui, en quelques mois, retourne la situation. En 1999, Corse-Matin est le seul quotidien vendu sur l\u2019\u00eele\u2026 et Jean-Baptiste Suzzoni est bombard\u00e9 directeur r\u00e9gional adjoint. \u00ab\u00a0L\u2019homme qui a r\u00e9ussi sa vie est celui qui est pay\u00e9 pour faire ce qu\u2019il aime, glisse-t-il en clignant de l\u2019\u0153il. Eh bien, j\u2019ai eu cette chance.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la fin de sa carri\u00e8re, en 2008, le septuag\u00e9naire est \u00e9lu adjoint au maire de Lavatoggio. Sur la place de son village natal, il sourit chaque fois que son regard accroche la lumi\u00e8re des r\u00e9verb\u00e8res. Ceux-l\u00e0 m\u00eames qui ont \u00e9t\u00e9 install\u00e9s apr\u00e8s un article r\u00e9dig\u00e9 par un adolescent opini\u00e2tre, il y a plus de soixante ans.<\/p>\n<p>1. Brevet d\u2019\u00e9tudes du premier cycle, examen que l\u2019on passait en fin de classe de troisi\u00e8me.<br \/>&#13;<br \/>\n2. Fils de Raymond Comboul, cofondateur de Nice-Matin, et fr\u00e8re de Michel Comboul p.-d.g. de 1998 \u00e0 2008.<br \/>&#13;<br \/>\n3. Front de lib\u00e9ration nationale de la Corse, un groupe arm\u00e9 fond\u00e9 en 1976.<br \/>&#13;<br \/>\n4. Fils du cofondateur de Nice-Matin, G\u00e9rard Bavastro est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 des suites d\u2019un cancer le 15 mars 1998 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 51 ans.<\/p>\n<p>              <img ci-src=\"https:\/\/www.nicematin.com\/histoire\/JB+Suzzoni+2-BpwH7MUC.jpg?vh=505640&amp;ci_seal=3e3487075f\" alt=\"\"\/><br \/>\n        Derni\u00e8re carte de correspondant avant la professionnalisation. <strong>Repro L. P..<\/strong> <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Si Le Proven\u00e7al n\u2019avait pas omis de le citer parmi les coll\u00e9giens re\u00e7us au BEPC (1), le destin&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":274673,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2819],"tags":[1111,11,11130,251,1777,674,1011,27,937,500,12,2401,882,25],"class_list":{"0":"post-274672","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-nice","8":"tag-actu","9":"tag-actualites","10":"tag-belle-histoire","11":"tag-culture","12":"tag-eu","13":"tag-europe","14":"tag-fr","15":"tag-france","16":"tag-histoire","17":"tag-medias","18":"tag-news","19":"tag-nice","20":"tag-provence-alpes-cote-dazur","21":"tag-republique-francaise"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/114918367098465938","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/274672","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=274672"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/274672\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/274673"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=274672"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=274672"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=274672"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}