{"id":275440,"date":"2025-07-26T15:13:18","date_gmt":"2025-07-26T15:13:18","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/275440\/"},"modified":"2025-07-26T15:13:18","modified_gmt":"2025-07-26T15:13:18","slug":"le-sejour-meconnu-du-grand-peintre-japonais-foujita-dans-la-vallee-de-la-vezere-pendant-la-grande-guerre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/275440\/","title":{"rendered":"le s\u00e9jour m\u00e9connu du grand peintre japonais Foujita dans la vall\u00e9e de la V\u00e9z\u00e8re pendant la Grande Guerre"},"content":{"rendered":"<p>L\u00e9g\u00e8rement floue, la photo en noir et blanc montre deux hommes dans une rivi\u00e8re. L\u2019eau, qui arrive presque jusqu\u2019\u00e0 leurs genoux, les oblige \u00e0 relever leurs tuniques. Un clich\u00e9 tout sauf banal. Dat\u00e9 de 1915, il repr\u00e9sente deux hommes de nationalit\u00e9 japonaise qui se rafra\u00eechissent dans la V\u00e9z\u00e8re, au c\u0153ur du P\u00e9rigord noir, entre Les Eyzies et Montignac.<\/p>\n<p>        <img decoding=\"async\" id=\"25073545\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/4-foujita-et-kawashima-se-baignent-dans-la-ve-ze-re-e-te-1915.jpg\" alt=\"Foujita et Kawashima se baignent dans la V\u00e9z\u00e8re durant l\u2019e\u0301te\u0301 1915.\" itemprop=\"contentURL\"\/><\/p>\n<p>    Foujita et Kawashima se baignent dans la V\u00e9z\u00e8re durant l\u2019e\u0301te\u0301 1915.<\/p>\n<p>\u00a9 Archives Sylvie\u00a0Buisson, ACRB, Paris 2025<\/p>\n<p>Presque tomb\u00e9e dans l\u2019oubli, cette illustration comme d\u2019autres de cette p\u00e9riode sont conserv\u00e9es dans <a href=\"https:\/\/www.akita-museum-of-art.jp\/contents\/contents_show.php?contents_id=201\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\">un mus\u00e9e \u00e0 Akita<\/a>, dans le nord du Japon. Un espace en partie consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019\u0153uvre de l\u2019homme qui appara\u00eet \u00e0 gauche sur la photo\u00a0: Fujita Tsuguharu (1886-1968), plus connu sous le seul patronyme de Foujita. L\u2019un des plus c\u00e9l\u00e8bres artistes de l\u2019\u00c9cole de Paris, parfois pr\u00e9sent\u00e9 comme le plus grand peintre japonais du XXe\u00a0si\u00e8cle.<\/p>\n<blockquote><p>Reconnu pour ses repr\u00e9sentations de nus et ses figures de chats, il a s\u00e9duit le Paris des Ann\u00e9es folles et ses contemporains <\/p><\/blockquote>\n<p>Artiste aux multiples facettes op\u00e9rant une forme de synth\u00e8se entre Orient et Occident, reconnu pour ses repr\u00e9sentations de nus et ses figures de chats, il a s\u00e9duit le Paris des Ann\u00e9es folles et ses contemporains comme Picasso, Modigliani, Soutine, avec lesquels il a v\u00e9cu une vie de boh\u00e8me \u00e0 Montparnasse.<\/p>\n<p>Pourquoi la vall\u00e9e de la V\u00e9z\u00e8re<\/p>\n<p>Qu\u2019est-il venu faire, en pleine Premi\u00e8re Guerre mondiale, dans ce coin recul\u00e9 de Dordogne, avec son ami Kawashima Riichiro (1886-1971), lui aussi regard\u00e9 comme un peintre majeur japonais\u00a0?<\/p>\n<blockquote><p>\u00c0 court de moyens financiers, \u00ab\u00a0Foujita ne peut pas renter au Japon, c\u2019est trop risqu\u00e9\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Historienne d\u2019art, biographe de Foujita et autrice du \u00ab<a href=\"https:\/\/foujita.org\/catalogue-general\/\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\">\u00a0Catalogue g\u00e9n\u00e9ral raisonn\u00e9\u00a0<\/a>\u00bb de son \u0153uvre, Sylvie Buisson explique que ce \u00ab\u00a0personnage rocambolesque\u00a0\u00bb est issu d\u2019une famille aristocratique japonaise, avec un p\u00e8re g\u00e9n\u00e9ral. Dipl\u00f4m\u00e9 de l\u2019\u00c9cole des beaux-arts de Tokyo et d\u00e9j\u00e0 attir\u00e9 par l\u2019art occidental, il entame une carri\u00e8re classique mais r\u00eave depuis des ann\u00e9es de rejoindre Paris, capitale des avant-gardes. Apr\u00e8s l\u2019avoir retenu, son p\u00e8re acc\u00e8de \u00e0 sa requ\u00eate. Non sans avoir auparavant consult\u00e9 la repr\u00e9sentation diplomatique fran\u00e7aise au Japon afin qu\u2019elle lui d\u00e9signe une personne de confiance pour convoyer le jeune homme.<\/p>\n<p>Le comte Alphonse Claret de Fleurieu (1870-1926) est choisi. \u00ab\u00a0Personnalit\u00e9 souvent venue au Japon\u00a0\u00bb, <a href=\"https:\/\/www.sudouest.fr\/dordogne\/perigueux-voyagez-a-travers-le-monde-avec-le-perigourdin-alphonse-claret-de-fleurieu-4130968.php\" target=\"_blank\" rel=\"follow nofollow noopener\">cet explorateur p\u00e9rigourdin<\/a>, n\u00e9 \u00e0 Tursac, dans la vall\u00e9e de la V\u00e9z\u00e8re, poss\u00e9dait le ch\u00e2teau de Marzac. Foujita est \u00ab\u00a0plac\u00e9 sous sa garde bienveillante\u00a0\u00bb durant les quarante-cinq jours de travers\u00e9e jusqu\u2019au port de Marseille en 1913.<\/p>\n<p>        <img decoding=\"async\" id=\"25073556\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/2-le-comte-alphonse-de-fleurieu-au-cha-teau-de-marzac-avec-ses-serviteurs-nov-1915.jpeg\" alt=\"Le comte Alphonse de Fleurieu avec ses serviteurs, novembre 1915. Dessin de Foujita.\" itemprop=\"contentURL\"\/><\/p>\n<p>    Le comte Alphonse de Fleurieu avec ses serviteurs, novembre 1915. Dessin de Foujita.<\/p>\n<p>\u00a9 Archives Sylvie\u00a0Buisson, ACRB, Paris 2025<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0On a d\u2019abord pens\u00e9 que Foujita \u00e9tait pass\u00e9 dans le P\u00e9rigord en 1913, mais c\u2019est faux, reprend Sylvie Buisson. Foujita s\u2019installe \u00e0 Paris et se retrouve au c\u0153ur des avant-gardes artistiques \u00ab\u00a0qui l\u2019ont happ\u00e9\u00a0\u00bb.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Avec son meilleur ami, Kawashima, il ach\u00e8te un terrain \u00e0 Montfermeil, pr\u00e8s de Paris. Son ami lui fait d\u00e9couvrir l\u2019acad\u00e9mie de danse d\u2019Isadora Duncan, qui puise aux sources de l\u2019Antiquit\u00e9. La Grande Guerre stoppe leur entrain, leur maison sur ce terrain est d\u00e9truite. \u00c0 court de moyens financiers, \u00ab\u00a0Foujita ne [peut] pas renter au Japon, c\u2019[est] trop risqu\u00e9\u00a0\u00bb, pose Sylvie Buisson.<\/p>\n<p>Accompagn\u00e9s de deux servantes en kimono<\/p>\n<p>D\u00e9s\u0153uvr\u00e9, l\u2019artiste fait alors appel \u00e0 son mentor, le comte de Fleurieu. C\u2019est ainsi qu\u2019il arrive dans la vall\u00e9e de la V\u00e9z\u00e8re en juin 1915, avec Kawashima \u00ab\u00a0et deux servantes japonaises en kimono, qui n\u2019\u00e9taient pas leurs petites amies\u00a0\u00bb. Une venue et des tenues qui d\u00e9tonnent dans le paysage rural de l\u2019\u00e9poque, d\u2019autant que Foujita dansait en toge la pyrrhique (une danse grecque religieuse et martiale) et se baignait nu dans la V\u00e9z\u00e8re, ce qui a pu \u00ab\u00a0cr\u00e9er un peu d\u2019\u00e9moi\u00a0\u00bb, sourit Sylvie Buisson.<\/p>\n<p>        <img decoding=\"async\" id=\"25123407\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/capture-de-cran-2025-07-03-a-17-20-14.jpg\" alt=\"Foujita dansant la pyrrhique \u00e0 Marzac.\" itemprop=\"contentURL\"\/><\/p>\n<p>    Foujita dansant la pyrrhique \u00e0 Marzac.<\/p>\n<p>Image communiqu\u00e9e par Sylvie\u00a0Buisson\/Fonds du Mus\u00e9e Hirano, Akita (Japon)<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, le jeune homme \u00e2g\u00e9 de 28\u00a0ans ne s\u2019est pas pr\u00eat\u00e9 \u00e0 une vie oisive\u00a0: il a offert ses services au comte de Fleurieu, qui l\u2019emploie comme travailleur agricole sur ses m\u00e9tairies. Une parenth\u00e8se dans la vie de l\u2019artiste. \u00ab\u00a0Il s\u2019est tout de suite adapt\u00e9 \u00e0 ce contexte en raison de sa bonne \u00e9ducation\u00a0\u00bb, glisse Sylvie Buisson. <\/p>\n<p>La petite communaut\u00e9 japonaise n\u2019est pas log\u00e9e dans le ch\u00e2teau de Marzac parmi \u00ab\u00a0cette famille noble, tr\u00e8s mondaine\u00a0\u00bb, mais \u00e0 quelques kilom\u00e8tres, dans la maison forte de Reignac, \u00ab\u00a0ch\u00e2teau-falaise\u00a0\u00bb du XIVe\u00a0si\u00e8cle dans la commune de Tursac. Un b\u00e2timent inscrit aux monuments historiques en 1964 et ouvert au public depuis 2006 seulement.<\/p>\n<p>        <img decoding=\"async\" id=\"25073641\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/1-1915-foujita-vue-de-reignac-cha-teau-troglodyte-huile-sur-toile.jpg\" alt=\"Huile sur toile de Foujita repr\u00e9sentant la maison forte de Reignac, 1915.\" itemprop=\"contentURL\"\/><\/p>\n<p>    Huile sur toile de Foujita repr\u00e9sentant la maison forte de Reignac, 1915.<\/p>\n<p>\u00a9 Archives Sylvie\u00a0Buisson, ACRB, Paris 2025<\/p>\n<p>        <img decoding=\"async\" id=\"25098346\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/infog-valleedelavezere.jpg\" itemprop=\"contentURL\"\/><\/p>\n<p>    Rest\u00e9 seul, Foujita est l\u2019invit\u00e9 du comte<\/p>\n<p>Dans ce site troglodytique inconfortable, Kawashima prend froid. Son \u00e9tat de sant\u00e9 pr\u00e9caire l\u2019oblige \u00e0 rentrer \u00e0 Paris d\u00e8s l\u2019automne 1915 avec les deux servantes. Foujita emm\u00e9nage alors au ch\u00e2teau de Marzac, \u00e0 l\u2019invitation du comte, un c\u00e9libataire endurci qu\u2019il a dessin\u00e9 avec ses serviteurs. En guise de clin d\u2019\u0153il, les propri\u00e9taires actuels de la b\u00e2tisse, Catherine et Jacques Guyot, ont lanc\u00e9 pour la saison 2025 un escape game intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Le tableau perdu de Foujita\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>        <img decoding=\"async\" id=\"25123309\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/1915-marzac-chateau.jpg\" alt=\"Une carte postale du ch\u00e2teau de Marzac envoy\u00e9e au Japon sur laquelle Foujita a \u00e9crit en japonais.\" itemprop=\"contentURL\"\/><\/p>\n<p>    Une carte postale du ch\u00e2teau de Marzac envoy\u00e9e au Japon sur laquelle Foujita a \u00e9crit en japonais.<\/p>\n<p>Image communiqu\u00e9e par Sylvie\u00a0Buisson\/Fonds du Mus\u00e9e Hirano, Akita (Japon)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>        <img decoding=\"async\" id=\"25073820\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/img-20250421-115053.jpg\" alt=\"Le ch\u00e2teau de Marzac aujourd\u2019hui avec sa propri\u00e9taire Catherine Guyot.\" itemprop=\"contentURL\"\/><\/p>\n<p>    Le ch\u00e2teau de Marzac aujourd\u2019hui avec sa propri\u00e9taire Catherine Guyot.<\/p>\n<p>David Briand<\/p>\n<p>Abandonnant les travaux des champs, l\u2019artiste peint alors une dizaine de tableaux repr\u00e9sentant la maison forte de Reignac ou les salons du ch\u00e2teau. Des huiles sur toile \u00ab\u00a0dans un style tr\u00e8s acad\u00e9mique, qui ne sont pas des \u0153uvres de premier plan\u00a0\u00bb mais qui t\u00e9moignent de cette exp\u00e9rience qui s\u2019est achev\u00e9e en f\u00e9vrier 1916, quand Foujita regagne Paris puis Londres.<\/p>\n<p>        <img decoding=\"async\" id=\"25123313\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/capture-de-cran-2025-07-03-a-17-18-41.jpg\" alt=\"L\u2019un des salons du ch\u00e2teau de Marzac dessin\u00e9 par Foujita.\" itemprop=\"contentURL\"\/><\/p>\n<p>    L\u2019un des salons du ch\u00e2teau de Marzac dessin\u00e9 par Foujita.<\/p>\n<p>Collection priv\u00e9e, descendance Claret de Fleurieu\/archives Sylvie\u00a0Buisson<\/p>\n<p>Un an apr\u00e8s, en 1917, le succ\u00e8s arrive. Foujita devient ensuite l\u2019un des peintres stars du Paris des Ann\u00e9es folles (1920-1929). C\u2019est une autre histoire qui d\u00e9bute.<\/p>\n<p>        <img decoding=\"async\" id=\"23910232\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/000-1mr108.jpg\" alt=\"Joseph Foret, Jean Rostand, Jean Cocteau et Foujita en 1961 \u00e0 Paris.\" itemprop=\"contentURL\"\/><\/p>\n<p>    Joseph Foret, Jean Rostand, Jean Cocteau et Foujita en 1961 \u00e0 Paris.<\/p>\n<p>AFP<\/p>\n<p>    Un second s\u00e9jour en 1939<br \/>\nFoujita est revenu, \u00e0 la veille de la Seconde Guerre mondiale, dans le P\u00e9rigord noir, avec sa derni\u00e8re \u00e9pouse Kimiyo. \u00ab\u00a0Il a pris plaisir \u00e0 l\u2019emmener dans tous les endroits qu\u2019il a aim\u00e9s. C\u2019\u00e9tait une sorte de p\u00e8lerinage\u00a0\u00bb, rembobine Sylvie Buisson. Accompagn\u00e9 de son ami le peintre Genichiro Inokuma et de l\u2019\u00e9pouse de ce dernier, le couple s\u00e9journe dans un h\u00f4tel des Eyzies. Il n\u2019existe pas de preuve que Foujita a visit\u00e9 des grottes orn\u00e9es en 1915 ou 1939, mais Sylvie Buisson ne voit pas \u00ab\u00a0pourquoi il n\u2019y serait pas all\u00e9\u00a0\u00bb. Sobrement intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Les Eyzies\u00a0\u00bb, une huile sur toile t\u00e9moigne de son passage. <a href=\"https:\/\/musees-reims.fr\/oeuvre\/les-eyzies\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\">Conserv\u00e9e au mus\u00e9e des Beaux-Arts de Reims,<\/a> la peinture reproduit la vue dont b\u00e9n\u00e9ficiaient les quatre amis depuis leur lieu de s\u00e9jour.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"L\u00e9g\u00e8rement floue, la photo en noir et blanc montre deux hommes dans une rivi\u00e8re. 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