{"id":278282,"date":"2025-07-27T22:16:17","date_gmt":"2025-07-27T22:16:17","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/278282\/"},"modified":"2025-07-27T22:16:17","modified_gmt":"2025-07-27T22:16:17","slug":"moi-cest-une-histoire-terrible-1-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/278282\/","title":{"rendered":"\u00ab Moi, c&rsquo;est une histoire terrible \u00bb (1\/3)"},"content":{"rendered":"<p>            Par<br \/>\n        <strong><br \/>\n            <a href=\"https:\/\/actu.fr\/auteur\/david-chapelle\" title=\"Consulter tous les articles de David Chapelle\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">David Chapelle<\/a><br \/>\n        <\/strong><\/p>\n<p>        Publi\u00e9 le<\/p>\n<p>            26 juil. 2025 \u00e0 7h30        <\/p>\n<p data-end=\"666\">Il avait d\u00e9j\u00e0 donn\u00e9 des toiles \u00e0 la Ville de Conches, Christian Ferr\u00e9 vient de faire un don de dix \u0153uvres grand format \u00e0 la Ville d\u2019\u00c9vreux. Le peintre est une l\u00e9gende, il est le p\u00e8re de la Maison des arts, celui de Fanny et David Ferr\u00e9, tous deux artistes. \u00c0 90 ans, il n\u2019est pas rang\u00e9 des pinceaux. Il a probablement racont\u00e9 sa vie romanesque mille fois, on le lui a demand\u00e9 de nous la raconter une mille et uni\u00e8me fois, en trois \u00e9pisodes. Comme si c\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re fois. Il s\u2019est livr\u00e9 avec beaucoup de sinc\u00e9rit\u00e9. De libert\u00e9.<\/p>\n<p>    <img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-large\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/537ac81ad3686477ac81ad3681b7acv-960x640.jpg\" alt=\"Christian Ferr\u00e9 dans son atelier\" width=\"960\" height=\"640\"\/><br \/>\n    Christian Ferr\u00e9 dans son atelier \u00a9David CHAPELLE<\/p>\n<p data-end=\"666\" class=\" wall-content\">Christian Ferr\u00e9 bataillait avec une toile lorsqu\u2019on a pouss\u00e9 la porte de son atelier, dans la vall\u00e9e du Rouloir. Un mercredi. Son poste de radio \u00e9tait branch\u00e9 sur <a href=\"https:\/\/www.radiofrance.fr\/francemusique\/podcasts\/les-essentiels\/variations-de-et-sur-mozart-don-giovanni-2748361\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">France Musique : des variations et une fugue de Mozart<\/a> emplissaient la pi\u00e8ce. Il nous a serr\u00e9 la main, nous laissant au passage une trace de peinture ocre jaune entre le pouce et l\u2019index. \u00ab Ben, mon histoire\u2026 Attendez, asseyez-vous. \u00bb On est rest\u00e9s debout, tout comme lui, pendant trois heures. \u00ab Mon histoire\u2026 Mon p\u00e8re \u00e9tait pharmacien, \u00e0 Chalonnes-sur-Loire, dans le Maine-et-Loire. Mais sa famille est originaire des Pyr\u00e9n\u00e9es. Mon grand-p\u00e8re \u00e9tait Argentin. Mon arri\u00e8re-grand-p\u00e8re a migr\u00e9 en Argentine au moment de la Commune, parce que <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Th%C3%A9ophile_Ferr%C3%A9\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Th\u00e9ophile Ferr\u00e9<\/a> \u00e9tait alors ministre de la Guerre. Louise Michel \u00e9tait amoureuse de lui. Mais Th\u00e9ophile Ferr\u00e9 \u00e9tait trop pr\u00e9occup\u00e9 par la politique. Il a \u00e9t\u00e9 fusill\u00e9 \u00e0 24\u00a0ans. Les Ferr\u00e9 sont partis \u00e0 ce moment-l\u00e0, parce qu\u2019ils avaient tr\u00e8s mauvaise presse. Les fils sont revenus en France pour faire la guerre de 14. Faut \u00eatre con, hein ! \u00bb plaisante-t-il. \u00ab Je ne m\u2019en vante pas. Voil\u00e0, c\u2019est tout \u00bb, conclut-il. Pas d\u2019artiste dans son arbre g\u00e9n\u00e9alogique ? \u00ab Mon arri\u00e8re-grand-p\u00e8re est parti en Argentine, \u00e0 Rosario exactement, comme photographe. C\u2019\u00e9tait l\u2019\u00e9poque de Nadar. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, on ne disait pas photographe, mais peintre, photographe, portraitiste. Parce que le portrait, c\u2019\u00e9tait la peinture. Et de la peinture \u00e0 la photo, on est pass\u00e9 au portrait. Mon p\u00e8re, lui, n\u2019\u00e9tait pas du tout artiste. Ni ma m\u00e8re. Moi, c\u2019est une histoire terrible. J\u2019ai fait neuf coll\u00e8ges. J\u2019en faisais deux par an. J\u2019\u00e9tais en r\u00e9bellion, nul et dyslexique \u00bb, r\u00e9sume-t-il. \u00ab Et je me battais \u00bb, ajoute-t-il. \u00ab Je me suis retrouv\u00e9 en maison de redressement. Je ne voulais rien faire. J\u2019\u00e9tais abominablement nul et tristement nul. Parce qu\u2019il n\u2019y a pas plus triste qu\u2019un mauvais \u00e9l\u00e8ve. Il est malheureux comme les pierres. Quand j\u2019\u00e9tais dans ma maison de caract\u00e9riels \u2013 on disait caract\u00e9riels parce qu\u2019on n\u2019osait pas dire maison de redressement, quoique c\u2019en \u00e9tait une \u2013 on avait tous un m\u00e9tier. Moi, mon m\u00e9tier, c\u2019\u00e9tait couper du bois pour la cuisine. J\u2019\u00e9tais b\u00fbcheron. D\u2019autres dessinaient, faisaient des maquettes, de la poterie. Moi, rien. Je n\u2019aimais rien. \u00bb<\/p>\n<blockquote class=\"ac-article-quote wall-content\">\n<p>On faisait des mar\u00e9es de 21\u00a0jours. J\u2019en ai fait deux. J\u2019en ai jamais autant chi\u00e9 de ma vie. Jamais.<\/p>\n<p>Christian Ferr\u00e9<\/p><\/blockquote>\n<p data-end=\"450\" class=\" wall-content\">Quel \u00e9tait l\u2019objet de sa r\u00e9bellion ? s\u2019enquiert-on. \u00ab Ma famille. Parce qu\u2019elle se d\u00e9barrassait de moi. C\u2019\u00e9taient des commer\u00e7ants, des bourgeois. Les enfants les emmerdaient. J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 Nantes. Ensuite, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 \u00e0 Thonon-les-Bains. On m\u2019envoyait aux quatre coins de la France. On me disait : \u2018On va te trouver un coll\u00e8ge, expr\u00e8s pour toi.\u2019 Et c\u2019\u00e9tait de pire en pire. Ma jeunesse, il n\u2019y a pas pire. Il n\u2019y a pas pire. \u00bb Il marque une pause. \u00ab C\u2019est pour \u00e7a que, quand on parle de d\u00e9linquance, je me rebelle encore. Parce que j\u2019\u00e9tais un d\u00e9linquant. Mais un d\u00e9linquant, ce n\u2019est pas vrai, il n\u2019est pas heureux. En plus, mes parents \u00e9taient tr\u00e8s cathos. Moi, j\u2019\u00e9tais anti-cathos. Et je le suis toujours. Pour moi, la pire des choses, c\u2019est les cur\u00e9s. J\u2019\u00e9tais dyslexique. J\u2019avais \u00e9norm\u00e9ment de mal \u00e0 lire. Et on me mettait dans des coll\u00e8ges o\u00f9 il fallait aller \u00e0 la messe tous les matins. En latin. Moi, je parlais \u00e0 peine fran\u00e7ais. En tout cas, je faisais des fautes d\u2019orthographe \u00e0 tous les mots. J\u2019\u00e9tais dans un petit s\u00e9minaire o\u00f9 on commen\u00e7ait le grec et le latin en sixi\u00e8me. J\u2019\u00e9tais forc\u00e9ment rebelle. Forc\u00e9ment. J\u2019\u00e9tais humili\u00e9 tout le temps. Mon fr\u00e8re et ma s\u0153ur, c\u2019\u00e9tait pareil. Ils s\u2019en sont bien sortis. Lui est antiquaire, elle est pu\u00e9ricultrice. Mais ils n\u2019\u00e9taient pas bons non plus. \u00c7a a \u00e9t\u00e9 effrayant. Mais moi, c\u2019\u00e9tait le pire. Mon fr\u00e8re a rev\u00eatu le costume bourgeois de la famille. Moi, non. Pour sortir de ma maison de redressement, il fallait un contrat de travail. La plupart y restaient jusqu\u2019\u00e0 17\u00a0ans pour s\u2019engager en Indochine ou en Cor\u00e9e. Moi, j\u2019avais 15\u00a0ans. Trop jeune. Mais je voulais sortir. \u00bb Aurait-il pu aller jusque-l\u00e0 pour en sortir ? \u00ab Oui, \u00e0 17\u00a0ans. Mais j\u2019\u00e9tais un fou. Je voulais me battre tout le temps. \u00c7a me fait mal de raconter \u00e7a. C\u2019est tellement vrai. J\u2019ai tellement d\u00e9rouill\u00e9\u2026 Pour sortir, je me suis engag\u00e9. J\u2019ai pris une inscription maritime. Et je suis mont\u00e9 sur un bateau. J\u2019ai fait la grande p\u00eache. Je partais de La\u00a0Rochelle, l\u00e0 o\u00f9 mes parents vivaient. Quand les Ferr\u00e9 sont partis et revenus d\u2019Argentine, c\u2019\u00e9tait de La\u00a0Rochelle. J\u2019allais \u00e0 Terre-Neuve, en Islande. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, la p\u00eache, c\u2019\u00e9tait la grande p\u00eache. On faisait des mar\u00e9es de 21\u00a0jours. J\u2019en ai fait deux. J\u2019en ai jamais autant chi\u00e9 de ma vie. Jamais. Les marins me d\u00e9testaient. Ils ne pouvaient pas me blairer. J\u2019\u00e9tais un fils de bourgeois. Ils disaient : \u2018Qu\u2019est-ce que tu fous l\u00e0 ? Soit t\u2019es trop con pour faire des \u00e9tudes \u2013 ce qui \u00e9tait vrai \u2013 soit t\u2019es l\u00e0 pour le folklore.\u2019 La seule chose qui faisait qu\u2019ils me respectaient, c\u2019est que j\u2019avais pas le mal de mer. Alors que certains marins, eux, l\u2019avaient. Moi, rien. \u00bb<\/p>\n<blockquote class=\"ac-article-quote wall-content\">\n<p>En l\u2019espace de trois mois, alors que je n\u2019avais jamais dessin\u00e9 de ma vie, je suis devenu un fou de dessin.<\/p>\n<p>Christian Ferr\u00e9<\/p><\/blockquote>\n<p data-end=\"366\" class=\" wall-content\">\u00ab Ils ont trouv\u00e9 une bo\u00eete de Nautamine sous mon oreiller. Et l\u00e0, tout s\u2019est \u00e9croul\u00e9. Je n\u2019en avais jamais pris, c\u2019est mon p\u00e8re qui me l\u2019avait gliss\u00e9e dans mes affaires, au cas o\u00f9 je serais malade. Je suis pass\u00e9 pour un imposteur. C\u2019\u00e9tait pendant les grandes vacances. J\u2019ai fait juillet, ao\u00fbt, et m\u00eame septembre. \u00c0 la rentr\u00e9e, je devais aller \u00e0 Saint-Gilles-Croix-de-Vie, \u00e0 l\u2019\u00e9cole de p\u00eache. Et l\u00e0, c\u2019\u00e9tait fini. Je ne voulais plus. Alors on m\u2019a remis au coll\u00e8ge. J\u2019\u00e9tais en troisi\u00e8me. J\u2019avais 15 ou 16\u00a0ans, j\u2019avais deux ou trois ans de retard. Je devais ensuite entrer \u00e0 l\u2019\u00c9cole de maistrance, l\u2019\u00e9cole des mousses. Et l\u00e0, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 me poser des questions. Je me disais : c\u2019est pas possible, la marine, j\u2019en veux pas. Mon p\u00e8re a dit : \u2018On va le mettre clerc de notaire.\u2019 Les cours \u00e9taient \u00e0 8\u00a0heures le matin et \u00e0 18\u00a0heures le soir. C\u2019\u00e9taient des cours pour des gens qui travaillaient d\u00e9j\u00e0. Du coup, j\u2019avais toute la journ\u00e9e \u00e0 moi. Et je faisais le con. J\u2019avais fini par avoir une aura, une r\u00e9putation de voyou. Et \u00e7a, c\u2019est recherch\u00e9. \u00bb Il sourit. \u00ab Et c\u2019est l\u00e0 que\u2026 Ma m\u00e8re trouvait que\u2026 J\u2019avais du go\u00fbt pour mettre ses rideaux dans le salon. Alors elle a dit : \u00ab\u00a0Pourquoi pas ? On va l\u2019envoyer aux Beaux-Arts.\u00a0\u00bb Et ils m\u2019y ont inscrit. Je suis rentr\u00e9 aux Beaux-Arts. Et l\u00e0\u2026 \u00e7a a \u00e9t\u00e9 incroyable. C\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re fois que je voyais des filles de pr\u00e8s. J\u2019avais tous les d\u00e9fauts, mais courir apr\u00e8s les filles, \u00e7a ne m\u2019\u00e9tait m\u00eame pas venu \u00e0 l\u2019id\u00e9e. \u00bb Il reconna\u00eet : \u00ab J\u2019en avais peur. Et je me retrouve l\u00e0, avec des filles marrantes, sympas et tout. J\u2019\u00e9tais heureux. Et en trois mois, alors que je n\u2019avais jamais dessin\u00e9 de ma vie \u2013 jamais ! Mon fr\u00e8re dessinait, tout le monde dessinait, mais pas moi \u2013 je suis devenu un fou de dessin. C\u2019\u00e9tait extraordinaire. J\u2019ai eu, \u00e0 ce moment-l\u00e0, une soif de culture absolument dingue. C\u2019\u00e9tait une ambiance\u2026 \u00bb Il marque un temps. \u00ab Apr\u00e8s, il y a eu ma femme, Maryvonne. Je l\u2019ai connue \u00e0 18\u00a0ans. J\u2019\u00e9tais rentr\u00e9 aux Beaux-Arts \u00e0 17. Et je suis devenu tr\u00e8s bon. J\u2019ai pass\u00e9 tous mes dipl\u00f4mes. Je suis devenu prof, au lyc\u00e9e d\u2019\u00c9tat. Je n\u2019avais m\u00eame pas mon bac. \u00bb Comment est-il arriv\u00e9 \u00e0 \u00c9vreux ?, lui demande-t-on. \u00ab C\u2019est une dr\u00f4le d\u2019histoire, l\u00e0 encore. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, c\u2019\u00e9tait la guerre d\u2019Alg\u00e9rie. Moi, j\u2019\u00e9tais un fana de l\u2019Alg\u00e9rie. Et je suis parti en vacances\u2026 en Alg\u00e9rie. Mais pour travailler. \u00bb<\/p>\n<p data-end=\"565\" class=\" wall-content\">\u00ab En 1955, pendant la guerre, j\u2019\u00e9tais en Alg\u00e9rie. J\u2019y \u00e9tais all\u00e9 avec Concordia, un organisme facho, pro-Alg\u00e9rie fran\u00e7aise. C\u2019\u00e9tait l\u2019\u00e9poque de Jacques Soustelle. Arriv\u00e9 l\u00e0-bas, j\u2019ai quitt\u00e9 Concordia. J\u2019ai rejoint le Service civil international, un truc gaucho, avec des \u00e9tudiants alg\u00e9riens, pour construire des maisons. J\u2019ai fait les fondations de maisons \u00e0 El Biar. \u00bb Il pr\u00e9cise : \u00ab Je parle de l\u2019Alg\u00e9rie parce qu\u2019il y a eu les accords d\u2019\u00c9vian, et un personnage : Robert Buron, ministre des Transports. Sa femme \u00e9tait une grande amie de ma m\u00e8re. Encore des bourgeois. Toujours les bourgeois\u2026 Ce sont eux qui m\u2019ont fait rencontrer un gars d\u2019\u00c9vreux, G\u00e9rard Vincent. Il \u00e9tait sculpteur. Je l\u2019ai rencontr\u00e9 \u00e0 Paris. Le p\u00e8re de G\u00e9rard Vincent \u00e9tait journaliste. C\u2019est lui qui a lanc\u00e9 Buron en politique. Moi, j\u2019avais fini mes \u00e9tudes aux Beaux-Arts. J\u2019avais mon dipl\u00f4me, j\u2019\u00e9tais bon. Il fallait me trouver un boulot. Ma m\u00e8re me met en relation avec Madame Buron, qui \u00e9tait amie avec G\u00e9rard Vincent, avec Jean Zabukovec, et tous ceux qui organisaient une biennale \u00e0 Conches-en-Ouche. Zabukovec, je me suis entendu \u00e0 peu pr\u00e8s avec lui\u2026 Jusqu\u2019au moment o\u00f9 on s\u2019est f\u00e2ch\u00e9s. J\u2019en avais marre d\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0son pauvre\u00a0\u00bb. \u00bb Il nuance aussit\u00f4t : \u00ab Non\u2026 Il \u00e9tait gentil. On s\u2019est revus avant qu\u2019il meure, en 2012. On s\u2019est bien entendus. G\u00e9rard Vincent, non. Je me suis jamais entendu avec lui. J\u2019ai pris sa place. Il \u00e9tait prof de dessin au centre d\u2019apprentissage \u2013 \u00e7a ne s\u2019appelle plus comme \u00e7a maintenant, c\u2019est un coll\u00e8ge d\u2019enseignement technique. Il \u00e9tait prof. Puis il a \u00e9t\u00e9 rappel\u00e9 en Alg\u00e9rie, pour rejoindre Massu. \u00bb Il ajoute, en insistant : \u00ab Parce que tout \u00e7a, c\u2019est toujours la bonne droite. Il \u00e9tait lieutenant. Il est reparti un an refaire la guerre en Alg\u00e9rie. Moi, je connaissais. J\u2019y avais \u00e9t\u00e9. J\u2019avais vu\u2026 Je savais que les parachutistes, l\u00e0-bas, c\u2019\u00e9tait l\u2019horreur. \u00bb Il conclut, ferme : \u00ab Alors, quand il est revenu\u2026 Je ne voulais plus le voir. G\u00e9rard Vincent, il est mort en faisant des cr\u00eapes pour ses enfants\u2026 \u00bb<\/p>\n<blockquote class=\"ac-article-quote wall-content\">\n<p>Je me suis int\u00e9ress\u00e9 aux \u00e9l\u00e8ves les plus d\u00e9rang\u00e9s, les plus voyous<\/p>\n<p>Christian Ferr\u00e9<\/p><\/blockquote>\n<p data-end=\"413\" class=\" wall-content\">\u00ab Je me suis int\u00e9ress\u00e9 aux \u00e9l\u00e8ves les plus d\u00e9rang\u00e9s, les plus voyous \u00bb, explique-t-il. \u00ab Parce que je me mettais vraiment \u00e0 leur place. Je me disais : Putain, j\u2019\u00e9tais comme \u00e7a. \u00bb D\u2019une certaine mani\u00e8re, il \u00e9tait devenu la main qu\u2019on ne lui avait jamais tendue. \u00ab Personne ne m\u2019a aid\u00e9 \u00bb, conc\u00e8de-t-il. Puis il se reprend : \u00ab Si, j\u2019ai eu des copains extraordinaires. L\u2019un d\u2019eux, \u00c9tienne R\u00e8que, m\u2019a envoy\u00e9 chez Alexandre Alexeieff. Il avait fait un film, Une nuit sur le mont Chauve, avec des t\u00eates d\u2019\u00e9pingle. J\u2019avais travaill\u00e9 avec \u00c9tienne pendant six mois. J\u2019ai arr\u00eat\u00e9, parce que j\u2019\u00e9tais incapable de travailler avec d\u2019autres. \u00bb Il sourit, puis devient plus grave. \u00ab \u00c9tienne m\u2019a dit : \u00ab\u00a0Tu as fait six ans de Beaux-Arts, et tu ne sais pas dessiner. Tu es incapable de nommer une main sans \u00e9motion. Essaye de d\u00e9crire une main anatomique, sans y mettre ton ego.\u00a0\u00bb \u00bb Il marque une pause. \u00ab J\u2019ai trouv\u00e9 \u00e7a terrible. Pour moi, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 un des plus grands enseignements. Il m\u2019a appris \u00e0 dire les choses sans rajouter du romantisme. C\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que Vincent est venu me chercher \u00e0 l\u2019h\u00f4tel. Il m\u2019a dit : \u00ab\u00a0Si tu veux, je t\u2019emm\u00e8ne tout de suite \u00e0 \u00c9vreux. Et tu d\u00e9marres en octobre.\u00a0\u00bb On \u00e9tait en septembre. Et c\u2019est ce qui s\u2019est pass\u00e9. \u00bb \u00c0 quel moment s\u2019est-il install\u00e9 dans cet atelier o\u00f9 il est toujours, aujourd\u2019hui encore ? Et sa maison, un peu plus loin ? \u00ab \u00c0 cette \u00e9poque-l\u00e0. Parce que Conches venait d\u2019ouvrir un CES, qui \u00e9tait jumel\u00e9 avec le lyc\u00e9e d\u2019\u00c9tat d\u2019\u00c9vreux. Moi, j\u2019ai tout de suite saut\u00e9 sur l\u2019occasion pour obtenir un poste l\u00e0-bas. \u00bb Puis il encha\u00eene : \u00ab Il y a aussi un autre homme, extraordinaire, qui m\u2019a rep\u00e9r\u00e9 : Andr\u00e9 Mallart. Il \u00e9tait directeur du nouveau th\u00e9\u00e2tre de Caen. Avant lui, il y avait eu Jo Tr\u00e9hard. Mallart m\u2019a pris comme d\u00e9corateur, puis comme sc\u00e9nographe. Il \u00e9tait conseiller technique et p\u00e9dagogique en art th\u00e9\u00e2tral. Et son alter ego en peinture, je l\u2019avais eu comme prof aux Beaux-Arts d\u2019Angers. \u00bb Il sourit. \u00ab J\u2019ai rencontr\u00e9 des gens extraordinaires. Je suis arriv\u00e9 \u00e0 Conches. Et la maison que j\u2019ai aujourd\u2019hui, elle date de cette \u00e9poque, 1963. Je m\u2019y suis install\u00e9. \u00bb \u00c0 vie ? Pour six mois, un an ? \u00ab Non\u2026 Parce qu\u2019au d\u00e9part, je voulais \u00eatre \u00e0 Paris. Et je me suis dit : il n\u2019y a pas mieux qu\u2019ici. Je suis \u00e0 cent bornes de Paris. Si je veux y aller toutes les semaines, je peux. Et c\u2019est ce que j\u2019ai fait. \u00bb Il conclut simplement : \u00ab J\u2019ai commenc\u00e9 ma vie l\u00e0. Et elle est toujours l\u00e0. Voil\u00e0. C\u2019est \u00e7a, mon histoire. \u00bb<\/p>\n<p data-end=\"379\" class=\" wall-content\">Il va avoir des enfants. On s\u2019\u00e9tonne qu\u2019avec une histoire pareille, il ait eu envie d\u2019en avoir, et surtout, qu\u2019il ait r\u00e9ussi \u00e0 les \u00e9lever.\u00a0Il intervient aussit\u00f4t : \u00ab Si, si, j\u2019en voulais. J\u2019avais une femme qui \u00e9tait la meilleure \u00e9l\u00e8ve de tous. \u00c0 tous ses concours, elle \u00e9tait premi\u00e8re. Oui, j\u2019\u00e9tais amoureux. \u00bb Un peu plus t\u00f4t, il avait gliss\u00e9 : \u00ab Je n\u2019ai qu\u2019une vie contradictoire. J\u2019ai fait mon service militaire \u00e0 Angers, la ville o\u00f9 j\u2019avais fait les Beaux-Arts. Je devais faire 28\u00a0mois, j\u2019en ai fait 24 parce que j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 deux enfants. On m\u2019a mis tout de suite dans le service psychologique. Je faisais des affiches. Engagez-vous, l\u2019arm\u00e9e c\u2019est baisant, quoi ! \u00bb Il \u00e9clate de rire. \u00ab C\u2019est incroyable. J\u2019ai encore ces affiches-l\u00e0. Je les ai gard\u00e9es. Quand j\u2019allais dans les gendarmeries, je voyais mes affiches. Elles n\u2019\u00e9taient pas sign\u00e9es, mais c\u2019\u00e9tait moi qui les avais faites. \u00bb Lui, l\u2019ancien voyou. Et ses enfants ? \u00ab Ils dessinaient sans arr\u00eat \u00bb, se souvient-il. \u00ab Les trois. L\u2019a\u00een\u00e9, c\u2019\u00e9tait un fou furieux de BD. Mais d\u2019ailleurs, eux tous, ils \u00e9taient dans la BD. Moi, je n\u2019ai jamais \u00e9t\u00e9 BD. Mais eux, ils dessinaient d\u00e9j\u00e0 comme des dingues. David a boss\u00e9 avec des grands noms. Fanny aussi a rencontr\u00e9 des pointures. Elle ne fait plus de BD, elle fait de la sculpture. Je n\u2019ose pas le dire, mais il y a un c\u00f4t\u00e9 BD dans ses personnages. Elle sculpte comme si ses personnages \u00e9taient vivants. Comme dans la BD : elle raconte une histoire. Ce n\u2019est pas de la sculpture de volume. C\u2019est du modelage. D\u2019ailleurs, oui, c\u2019est du modelage. L\u2019autre est architecte. C\u2019\u00e9tait un fana de m\u00e9canique, un fana de construction. Il a d\u2019abord fait l\u2019\u00e9cole Boulle. Il a magnifiquement r\u00e9ussi. Ensuite, il a fait l\u2019\u00e9cole d\u2019archi. Et puis il est devenu architecte. \u00bb Il soupire, avec une pointe d\u2019ironie : \u00ab Et c\u2019est l\u00e0 que \u00e7a s\u2019est cors\u00e9. Parce qu\u2019il n\u2019a pas construit\u2026 ou tr\u00e8s peu. C\u2019est Fanny qui gagnait le mieux sa vie. David, il a gagn\u00e9 aussi, mais il a \u00e9t\u00e9 sociocu, comme son p\u00e8re \u00bb, plaisante-t-il. On songe \u00e0 ses parents. Comment ont-ils v\u00e9cu sa m\u00e9tamorphose, lui, l\u2019\u00e9l\u00e8ve en r\u00e9bellion, devenu professeur, artiste, p\u00e8re de famille ? \u00ab Ils \u00e9taient heureux, oui. Ah oui \u00bb, confirme-t-il, sans h\u00e9siter. Puis il sourit : \u00ab Ma m\u00e8re, elle dit que c\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 elle. Les rideaux, ses relations\u2026 \u00bb<\/p>\n<blockquote class=\"ac-article-quote wall-content\">\n<p>Tout de suite, j\u2019\u00e9tais un mordu de peinture.<\/p>\n<p>Christian Ferr\u00e9<\/p><\/blockquote>\n<p data-end=\"405\" class=\" wall-content\">\u00ab Il y a eu un autre personnage extraordinaire \u00bb, poursuit-il. \u00ab Jean-Michel Arnold. Le type qui a boss\u00e9 la moiti\u00e9 de sa vie avec Henri Langlois, le fondateur de la Cin\u00e9math\u00e8que fran\u00e7aise. \u00c7a a \u00e9t\u00e9 notre grand copain, \u00e0 ma femme et \u00e0 moi. Il est mort il y a deux ans. Il a \u00e9t\u00e9 directeur de la Cin\u00e9math\u00e8que \u00e0 Alger. Parce que lui aussi, il \u00e9tait pour le FLN. Alors bien s\u00fbr, c\u2019est comme \u00e7a que je l\u2019ai connu. Moi, j\u2019avais \u00e9t\u00e9 en Alg\u00e9rie soutenir le FLN. \u00bb On s\u2019\u00e9tonne : jusque-l\u00e0, il n\u2019a jamais vraiment parl\u00e9 de son art. \u00c0 quel moment commence-t-il \u00e0 peindre pour lui-m\u00eame ? \u00ab D\u00e8s que je suis arriv\u00e9 aux Beaux-Arts, j\u2019ai peint. J\u2019ai peint, je n\u2019ai pas arr\u00eat\u00e9. L\u00e0, j\u2019ai fait une donation \u00e0 Conches. Il y a beaucoup de peintures qui datent de ces ann\u00e9es-l\u00e0 : 62, 63\u2026 J\u2019ai m\u00eame un portrait de 57. Tout de suite, j\u2019\u00e9tais un mordu de peinture. \u00bb<\/p>\n<p>Dans la seconde partie, la semaine prochaine, Christian Ferr\u00e9 parlera de sa peinture, de la naissance de la Maison des arts.<\/p>\n<p class=\" wall-content\">Suivez toute l\u2019actualit\u00e9 de vos villes et m\u00e9dias favoris en vous inscrivant \u00e0 <a href=\"https:\/\/moncompte.actu.fr\" title=\"D\u00e9couvez Mon Actu\" rel=\"nofollow noopener\" data-trk=\"{&quot;cta&quot;:{&quot;action&quot;:&quot;https:\\\/\\\/moncompte.actu.fr&quot;,&quot;category&quot;:&quot;mon compte&quot;,&quot;from&quot;:&quot;article footer&quot;,&quot;name&quot;:&quot;Mon actu&quot;,&quot;type&quot;:&quot;cta&quot;}}\" target=\"_blank\">Mon Actu<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Par David Chapelle Publi\u00e9 le 26 juil. 2025 \u00e0 7h30 Il avait d\u00e9j\u00e0 donn\u00e9 des toiles \u00e0 la&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":278283,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1358],"tags":[1348,1384,1385,1386,58,59,1011,27,1652],"class_list":{"0":"post-278282","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-arts-et-design","8":"tag-arts","9":"tag-arts-and-design","10":"tag-arts-et-design","11":"tag-design","12":"tag-divertissement","13":"tag-entertainment","14":"tag-fr","15":"tag-france","16":"tag-loisirs-culture"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/114927513380895153","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/278282","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=278282"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/278282\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/278283"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=278282"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=278282"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=278282"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}