{"id":289782,"date":"2025-08-01T20:08:16","date_gmt":"2025-08-01T20:08:16","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/289782\/"},"modified":"2025-08-01T20:08:16","modified_gmt":"2025-08-01T20:08:16","slug":"maladie-transition-depression-pourquoi-ces-internautes-se-racontent-sur-les-reseaux-sociaux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/289782\/","title":{"rendered":"Maladie, transition, d\u00e9pression: pourquoi ces internautes se racontent sur les r\u00e9seaux sociaux"},"content":{"rendered":"<p>Partager des morceaux de sa vie personnelle sur les plateformes de micro-blogging comme Twitter ou Bluesky est souvent mal vu. Certaines personnes parlent d&rsquo;exhibition et d&rsquo;\u00e9gocentrisme, \u00e9voquant des utilisateurs et utilisatrices entre n\u00e9vrose et inconscience, incapables de discerner ce qui rel\u00e8ve de l&rsquo;intime et du public. D&rsquo;autres mettent en garde contre des repr\u00e9sentations de soi fallacieuses, enjoliv\u00e9es, trompeuses. Engag\u00e9s dans une \u00abmise en sc\u00e8ne de [la] vie quotidienne\u00bb, <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/La_Mise_en_sc%C3%A8ne_de_la_vie_quotidienne\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\">selon l&rsquo;expression du sociologue Erving Goffman<\/a>, ces individus seraient en perp\u00e9tuelle repr\u00e9sentation.<\/p>\n<p>Mais si, effectivement, sur la sc\u00e8ne des r\u00e9seaux sociaux, les acteurs et actrices sont souvent cyniques, construisant minutieusement une fa\u00e7ade bien \u00e9loign\u00e9e de leur r\u00e9alit\u00e9, d&rsquo;autres font preuve d&rsquo;une v\u00e9ritable sinc\u00e9rit\u00e9, r\u00e9v\u00e9lant leur authenticit\u00e9, leur spontan\u00e9it\u00e9, sinon leur vuln\u00e9rabilit\u00e9.<\/p>\n<p>Parce que ces internautes prennent le contre-pied de l&rsquo;image lisse et proprette souvent attendue sur <a href=\"https:\/\/www.slate.fr\/dossier\/28559\/instagram\" class=\"tag-link\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Instagram<\/a> ou LinkedIn, d\u00e9voilant sans fard et publiquement des \u00e9l\u00e9ments relevant souvent de la vie priv\u00e9e et socialement stigmatis\u00e9s (maladie, difficult\u00e9s psychologiques, handicap, orientation sexuelle, questionnement et identit\u00e9 de genre\u2026), j&rsquo;ai souhait\u00e9 leur donner la parole pour comprendre leur d\u00e9marche et leurs motivations.<\/p>\n<p>        <img decoding=\"async\" alt=\"Abonnez-vous gratuitement \u00e0 la newsletter de Slate !\" loading=\"lazy\" class=\"ms-4 ms-md-0\" width=\"82\" height=\"82\" src=\"https:\/\/www.slate.fr\/assets\/newsletter-dd7c4ea7fb4ce45aacc56875521d4bde7ec4ba23f0a0ae088566df808b3a80c3.svg\"\/><br \/>\n        Abonnez-vous gratuitement \u00e0 la newsletter de Slate !Les articles sont s\u00e9lectionn\u00e9s pour vous, en fonction de vos centres d\u2019int\u00e9r\u00eat, tous les jours dans votre bo\u00eete mail.<\/p>\n<p>Premier \u00e9l\u00e9ment \u00e0 noter: l&rsquo;usage des <a href=\"https:\/\/www.slate.fr\/dossier\/2107\/reseaux-sociaux\" class=\"tag-link\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">r\u00e9seaux sociaux<\/a> semble \u00eatre arriv\u00e9 \u00e0 un stade de maturit\u00e9. Ces internautes sinc\u00e8res ne sont pas dupes, se montrent responsables et font preuve de r\u00e9flexivit\u00e9, ce qui passe par exemple par le fait de s\u00e9lectionner les informations qui seront partag\u00e9es. Il ne s&rsquo;agit pas l\u00e0 de feindre ou de dissimuler pour se montrer sous un jour meilleur, mais plut\u00f4t de se prot\u00e9ger d&rsquo;\u00e9ventuelles intrusions et d&rsquo;\u00e9viter d&rsquo;exposer de tierces personnes contre leur gr\u00e9.<\/p>\n<p>\u00abSi je parle de moi, notamment de ma sant\u00e9 mentale, je m&rsquo;abstiens d\u00e8s que cela touche \u00e0 mes relations amoureuses ou amicales, car si m&rsquo;exposer est mon choix, il n&rsquo;est pas forc\u00e9ment celui des autres\u00bb, r\u00e9v\u00e8le Lucie. \u00abJe raconte des \u00e9v\u00e9nements qui m&rsquo;arrivent, mais rien d&rsquo;intime sur ma vie avec mon \u00e9pouse et mes enfants, sur qui nous sommes, et rien qui ne permette de remonter jusqu&rsquo;\u00e0 nous\u00bb, commente S\u00e9bastien. Ce type de propos t\u00e9moigne d&rsquo;une capacit\u00e9 \u00e0 comprendre le public et \u00e0 s&rsquo;adapter \u00e0 lui: \u00abJe suis capable d&rsquo;\u00e9valuer si les gens \u00e0 qui je m&rsquo;adresse sont en mesure de comprendre ou non ce que je partage\u00bb, estime Cristelle.<\/p>\n<p>L&rsquo;intime comme lien<\/p>\n<p>Pour autant, ces pros du partage manifestent clairement une volont\u00e9 de s&rsquo;affranchir de la performance esth\u00e9tique souvent associ\u00e9e \u00e0 certains r\u00e9seaux, pour cr\u00e9er un lien horizontal et d\u00e9sesth\u00e9tiser leur v\u00e9cu. \u00abC&rsquo;est important pour moi de casser le c\u00f4t\u00e9 tr\u00e8s glossy d&rsquo;Instagram et d&rsquo;\u00eatre une sorte de contre-exemple en rapportant quelque chose de r\u00e9el\u00bb, explique Manon, qui parle ouvertement de ses difficult\u00e9s <a href=\"https:\/\/www.slate.fr\/dossier\/401\/psychologie\" class=\"tag-link\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">psychologiques<\/a> ainsi que de son identit\u00e9 de femme trans.<\/p>\n<p>\u00abJ&rsquo;essaie d&rsquo;\u00eatre la repr\u00e9sentation que j&rsquo;aimerais avoir, pouvoir montrer ce qui est socialement consid\u00e9r\u00e9 comme path\u00e9tique comme \u00e9tant en r\u00e9alit\u00e9 parfaitement normal\u00bb, expose de son c\u00f4t\u00e9 Cl\u00e9mence, qui se livre, sur Bluesky comme en stream, sur sa <a href=\"https:\/\/www.slate.fr\/dossier\/18241\/sante-mentale\" class=\"tag-link\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">sant\u00e9 mentale<\/a>.<\/p>\n<blockquote><p>L&rsquo;un des objectifs affich\u00e9s est de se d\u00e9marquer de la performance esth\u00e9tique souvent associ\u00e9e \u00e0 certains r\u00e9seaux, pour banaliser le v\u00e9cu et surtout cr\u00e9er un lien horizontal.<\/p><\/blockquote>\n<p>Ce faisant, ces internautes cr\u00e9ent du lien avec d&rsquo;autres qui vivent des exp\u00e9riences analogues. \u00abPour moi, ce qui est important dans un r\u00e9seau social, c&rsquo;est justement l&rsquo;aspect social\u00bb, poursuit Manon. \u00abOn est l\u00e0 pour partager des choses de l&rsquo;intime. Instagram, o\u00f9 tout est beau, m&rsquo;angoisse. Je privil\u00e9gie Bluesky, o\u00f9 l&rsquo;on parle \u00e0 de vrais gens qui ont de vrais probl\u00e8mes, qui ont des hauts et des bas. C&rsquo;est la d\u00e9prime, mais c&rsquo;est la d\u00e9prime ensemble\u00bb, ajoute-t-elle.<\/p>\n<p>\u00abJ&rsquo;essaie de mettre en \u0153uvre des principes qui me semblent importants: la simplicit\u00e9 et la normalisation de l&rsquo;expression personnelle, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de parler des choses positives ou n\u00e9gatives\u00bb, compl\u00e8te Cristelle.<\/p>\n<p>L&rsquo;un des objectifs affich\u00e9s est de se d\u00e9marquer de la performance esth\u00e9tique souvent associ\u00e9e \u00e0 certains r\u00e9seaux, pour banaliser le v\u00e9cu et surtout cr\u00e9er un lien horizontal. Nombreuses sont les personnes qui disent avoir nou\u00e9 des amiti\u00e9s ou des <a href=\"https:\/\/www.slate.fr\/dossier\/253\/amour\" class=\"tag-link\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">amours<\/a> en ligne, lesquelles finissent parfois par se d\u00e9velopper hors ligne. \u00abEn partageant, en connectant avec des gens sur la m\u00eame longueur d&rsquo;onde, j&rsquo;ai fait des rencontres. J&rsquo;ai m\u00eame \u00e9t\u00e9 en couple. Je trouve que c&rsquo;est l&rsquo;une des choses les plus belles que permettent les r\u00e9seaux sociaux\u00bb, raconte Manon.<\/p>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, Didier, qui parle ouvertement de sa sant\u00e9 mentale, expose une vocation <a href=\"https:\/\/www.slate.fr\/dossier\/23491\/communaute\" class=\"tag-link\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">communautaire<\/a>: \u00abJ&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 me confier sur Twitter et j&rsquo;ai trouv\u00e9 une communaut\u00e9 \u201cd\u00e9pressive\u201d qui ne juge pas. On se soutient les uns les autres et on se dit de tenir bon.\u00bb<\/p>\n<p>L&rsquo;espace public num\u00e9rique comme lieu de vie<\/p>\n<p>De fait, la vie en ligne n&rsquo;est pas \u00e0 proprement parler virtuelle. Elle est bien actuelle, r\u00e9elle, \u00e0 d\u00e9faut d&rsquo;\u00eatre physique. D&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;importance d&rsquo;\u00eatre vrai dans ce que l&rsquo;on dit de soi et de rechercher des interactions align\u00e9es avec cette sinc\u00e9rit\u00e9. \u00abC&rsquo;est tr\u00e8s satisfaisant pour moi que les gens me disent que je suis IRL [\u201cin real life\u201d, dans la vraie vie, ndlr] comme je suis en ligne. Cela montre que je suis transparente en ligne sur qui je suis et cela participe \u00e0 une forme de validation\u00bb, explique Manon.<\/p>\n<p>Il ne s&rsquo;agit ainsi pas de s&rsquo;exposer, mais d&rsquo;habiter un espace. \u00abPour moi, les r\u00e9seaux sont des lieux. Je partage parce que \u00e7a m&rsquo;est naturel de le faire dans mon lieu de vie, avec des voisins, des coll\u00e8gues, des connaissances. Je reporte un comportement qui me serait naturel IRL\u00bb, explique Cristelle.<\/p>\n<blockquote><p>Partager sa vie sur les r\u00e9seaux sociaux peut avoir une valeur de \u00abtechnique de soi\u00bb, pour reprendre l&rsquo;expression de Michel Foucault.<\/p><\/blockquote>\n<p>Pour certaines personnes isol\u00e9es, du fait de leur \u00e9tat de sant\u00e9, de ruptures familiales ou de <a href=\"https:\/\/www.slate.fr\/dossier\/60261\/discriminations\" class=\"tag-link\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">discriminations<\/a> subies, ces espaces sont un moyen de r\u00e9tablir des formes de sociabilit\u00e9. \u00abJe pense que le manque de lien social IRL m&rsquo;am\u00e8ne \u00e0 partager beaucoup. Je parle un peu de tout, parfois c&rsquo;est tr\u00e8s s\u00e9rieux, parfois non, et souvent c&rsquo;est aussi pour avoir des r\u00e9ponses \u00e0 des questions que, dans une autre dimension, j&rsquo;aurais s\u00fbrement pos\u00e9es \u00e0 des gens de ma famille, sur des petites choses du quotidien\u00bb, explique Alex.<\/p>\n<p>Il ajoute: \u00abJe me rends bien compte que les personnes proches de leur famille ou m\u00eame de leurs amis IRL vont plut\u00f4t leur demander comment sauver cette plante, faire telle d\u00e9marche, un nom de dentiste ou autre, au lieu de poser la question sur un r\u00e9seau. Je pense sinc\u00e8rement que les gens les moins pr\u00e9sents en ligne socialisent plus \u201cIRL\u201d, et r\u00e9ciproquement.\u00bb<\/p>\n<p>Se dire pour se construire: reconstruction, l\u00e9gitimation, estime<\/p>\n<p>Partager sa vie sur les r\u00e9seaux sociaux peut avoir une valeur de \u00abtechnique de soi\u00bb, <a href=\"https:\/\/shs.cairn.info\/vocabulaire-des-histoires-de-vie-et-de-la-recherch--9782749265018-page-388?lang=fr\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\">pour reprendre l&rsquo;expression de Michel Foucault<\/a>, \u00e0 l&rsquo;instar par exemple d&rsquo;une lettre \u00e0 un ami. Sans dire que le micro-blogging a une vertu th\u00e9rapeutique, il permet n\u00e9anmoins de poser des mots sur des v\u00e9cus difficiles ou complexes.<\/p>\n<p>S\u00e9bastien, \u00e0 qui les m\u00e9decins avaient diagnostiqu\u00e9 une <a href=\"https:\/\/www.slate.fr\/dossier\/13415\/tumeur\" class=\"tag-link\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">tumeur<\/a> au cerveau, explique: \u00abJe voulais partager ce que je vivais, ext\u00e9rioriser les choses.\u00bb Gwendoline confirme cet aspect: \u00abJe parle de ma transition ouvertement (et de ses impacts sur ma vie familiale), de mon amour pour mon ch\u00e9ri et de ma vie pro. C&rsquo;est souvent une forme d&rsquo;exutoire.\u00bb<\/p>\n<p>Et lorsque l&rsquo;on partage des choses positives, c&rsquo;est aussi une revanche sur un <a href=\"https:\/\/www.slate.fr\/dossier\/28787\/passe\" class=\"tag-link\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">pass\u00e9<\/a> douloureux: \u00abQuand je vis un truc chouette, c&rsquo;est ma victoire sur le pass\u00e9, alors je le dis peut-\u00eatre plus fort que d&rsquo;autres\u00bb, signale Armelle, qui partage beaucoup sur l&rsquo;inceste dont elle a \u00e9t\u00e9 victime et sur la d\u00e9pression qu&rsquo;elle a v\u00e9cue.<\/p>\n<blockquote><p>Il existe un plaisir assum\u00e9 \u00e0 recevoir des likes et des retours positifs qui t\u00e9moignent d&rsquo;une reconnaissance tant intellectuelle qu&rsquo;\u00e9motionnelle.<\/p><\/blockquote>\n<p>Il s&rsquo;agit aussi souvent d&rsquo;une forme de r\u00e9appropriation de soi, comme l&rsquo;explique Gwendoline: \u00abJe poste aussi des photos de moi. Je pense que cela correspond \u00e0 un besoin d&rsquo;appropriation ou de r\u00e9appropriation de mon corps, que j&rsquo;ai d\u00e9test\u00e9 pendant si longtemps.\u00bb Elle ajoute que cela lui permet de se sentir \u00abplus l\u00e9gitime\u00bb. En effet, il existe souvent dans le partage un besoin de validation sociale et de sentir que les autres nous comprennent.<\/p>\n<p>\u00abJe crois que je recherche davantage de la part des autres de la compr\u00e9hension plut\u00f4t que de la compassion. Je suis beaucoup plus touch\u00e9e quand on saisit la complexit\u00e9 de ce que je vis, plut\u00f4t que lorsqu&rsquo;on en pr\u00e9sume la gravit\u00e9 avec une compassion exag\u00e9r\u00e9e\u00bb, explique Cristelle.<\/p>\n<p>De fait, beaucoup expliquent que ce n&rsquo;est pas du <a href=\"https:\/\/www.slate.fr\/dossier\/11735\/soutien\" class=\"tag-link\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">soutien<\/a> direct qui est recherch\u00e9: \u00ab\u00c7a me perturbe toujours quand on vient me demander en message priv\u00e9 si je vais bien. Je n&rsquo;ai pas besoin qu&rsquo;on me console, je ne partage pas ma vie parce que je souhaite \u00eatre aid\u00e9e. L&#8217;emoji c\u00e2lin est ma N\u00e9m\u00e9sis\u00bb, expose ainsi Manon.<\/p>\n<p>En revanche, il existe un <a href=\"https:\/\/www.slate.fr\/dossier\/7563\/plaisir\" class=\"tag-link\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">plaisir<\/a> assum\u00e9 \u00e0 recevoir des likes et des retours positifs qui t\u00e9moignent d&rsquo;une reconnaissance tant intellectuelle qu&rsquo;\u00e9motionnelle. \u00abQuand je partage sur des id\u00e9es re\u00e7ues sur l&rsquo;inceste qui me mettent en col\u00e8re, c&rsquo;est gratifiant d&rsquo;avoir des r\u00e9actions positives de personnes concern\u00e9es ou de pros. Et quand je fais des blagues et qu&rsquo;elles marchent, je suis contente\u00bb, souligne Armelle.<\/p>\n<p>Informer, d\u00e9mystifier, militer<\/p>\n<p>Mais on ne partage pas des contenus intimes uniquement pour soi. Parler de soi sur les r\u00e9seaux sociaux, c&rsquo;est aussi faire savoir, cr\u00e9er du commun et rompre l&rsquo;<a href=\"https:\/\/www.slate.fr\/dossier\/12899\/isolement\" class=\"tag-link\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">isolement<\/a> des autres. La sinc\u00e9rit\u00e9 devient alors une forme d&rsquo;action sociale efficace. \u00ab\u00c0 des moments o\u00f9 ce n&rsquo;\u00e9tait pas facile pour moi, o\u00f9 je me cherchais, o\u00f9 je ne comprenais pas ce qui m&rsquo;arrivait, lire le v\u00e9cu des autres a \u00e9t\u00e9 d&rsquo;un grand secours. Je sais que \u00e7a marche, je veux aider aussi\u00bb, raconte Lucie. Cl\u00e9mence confirme cette volont\u00e9: \u00abJe veux d\u00e9sacraliser certains sujets, dans l&rsquo;espoir que mes casseroles de vie puissent servir \u00e0 d&rsquo;autres.\u00bb<\/p>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, S\u00e9bastien raconte: \u00abQuand le diagnostic m&rsquo;est tomb\u00e9 dessus, je ne connaissais personne qui avait la m\u00eame pathologie. Pourtant, il y a \u00e9videmment d&rsquo;autres malades avec la m\u00eame chose, le m\u00eame parcours, et c&rsquo;est important pour moi de les aider, d&rsquo;autant que je suis la preuve vivante que les traitements fonctionnent et qu&rsquo;il faut garder espoir.\u00bb<\/p>\n<blockquote><p>Les personnes trans qui parlent ouvertement de leur v\u00e9cu se positionnent \u00e9galement dans une forme de militantisme.<\/p><\/blockquote>\n<p>Pour beaucoup, cela rev\u00eat de surcroit une dimension politique et <a href=\"https:\/\/www.slate.fr\/dossier\/37277\/militantisme\" class=\"tag-link\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">militante<\/a>. \u00abJe poste parfois sur ma sant\u00e9 mentale. Un jour, je parlerai aussi publiquement de mon statut s\u00e9rologique\u00a0\u2013je vis avec le VIH, mais je ne suis pas encore pr\u00eat. Je veux dire \u00e0 ceux qui ont honte parce qu&rsquo;ils connaissent les m\u00eames probl\u00e9matiques que moi de ne pas se cacher. C&rsquo;est un moyen de combattre la haine, car elle est partout\u00bb, expose Didier, qui ajoute: \u00abJ&rsquo;\u00e9voque aussi mes probl\u00e8mes de fertilit\u00e9: c&rsquo;est faire un pied de nez aux injonctions de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;\u00eatre un m\u00e2le reproducteur, alors qu&rsquo;il y a d&rsquo;autres moyens d&rsquo;\u00eatre parent et de transmettre.\u00bb<\/p>\n<p>Dans un contexte social de forte transphobie et de d\u00e9sinformation massive sur la <a href=\"https:\/\/www.slate.fr\/dossier\/85561\/transidentite\" class=\"tag-link\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">transidentit\u00e9<\/a>, les personnes trans qui parlent ouvertement de leur v\u00e9cu se positionnent \u00e9galement dans une forme de militantisme: \u00abJe partage des choses parfois tr\u00e8s intimes pour que les autres (principalement les personnes cisgenres) voient ce que l&rsquo;on vit, mais aussi pour montrer aux gens concern\u00e9s qu&rsquo;il est possible de transitionner tardivement\u00bb, signale Gwendoline.<\/p>\n<p>Les risques du jeu social: surexposition, malentendus, harc\u00e8lement<\/p>\n<p>Reste que le jeu social peut pr\u00e9senter des risques inattendus, au-del\u00e0 des cyberviolences et d&rsquo;\u00e9ventuelles cons\u00e9quences hors des espaces num\u00e9riques. Quelques <a href=\"https:\/\/www.slate.fr\/dossier\/15733\/internautes\" class=\"tag-link\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">internautes<\/a> t\u00e9moignent d&rsquo;un malaise face \u00e0 une glamourisation du malheur. \u00abLorsque j&rsquo;ai annonc\u00e9 que j&rsquo;avais un cancer, mon nombre d&rsquo;abonn\u00e9s a grimp\u00e9 en fl\u00e8che. C&rsquo;\u00e9tait tr\u00e8s perturbant, comme si ma maladie me rendait plus int\u00e9ressante\u00bb, rapporte Val\u00e9rie. Il y a aussi le risque d&rsquo;une forme de rupture de cadre, d&rsquo;un d\u00e9bordement d&rsquo;un public qui devient plus familier que pr\u00e9vu.<\/p>\n<p>\u00abParfois, des gens que je connais \u00e0 peine me parlent de d\u00e9tails de ma vie priv\u00e9e. C&rsquo;est tr\u00e8s \u00e9trange \u00e0 vivre\u00bb, raconte Manon. De son c\u00f4t\u00e9, Camille \u00e9voque des situations <a href=\"https:\/\/weekend.levif.be\/societe\/psycho\/trauma-dumping-quand-proches-prennent-deversoir\/\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\">de \u00abtrauma dumping\u00bb<\/a>: \u00ab\u00catre en live, film\u00e9, et recevoir dans le tchat un t\u00e9moignage d&rsquo;une personne en pleine crise suicidaire est quelque chose de tr\u00e8s complexe; il est difficile de savoir exactement comment r\u00e9agir.\u00bb<\/p>\n<p>Mais de ces risques, les personnes interrog\u00e9es sont pleinement conscientes, ajustant r\u00e9guli\u00e8rement leur pratique en fonction, sans pour autant perdre de cette sinc\u00e9rit\u00e9 qui rel\u00e8ve pour la plupart d&rsquo;une vraie <a href=\"https:\/\/www.slate.fr\/dossier\/2359\/philosophie\" class=\"tag-link\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">philosophie<\/a>.<\/p>\n<p>____________________________________________<\/p>\n<p>Cet article est mon dernier pour Slate.fr, du moins pour l&rsquo;instant. Je m&rsquo;appr\u00eate \u00e0 m&rsquo;investir dans de nouveaux projets qui ne me laisseront plus le temps de poursuivre cette aventure. Et je ne vous cache pas que je pars avec un pincement au c\u0153ur.<\/p>\n<p>Pendant plus de cinq ans, j&rsquo;ai \u00e9crit pour Slate.fr. Cinq ann\u00e9es d&rsquo;articles\u00a0\u2013plus de 400!\u2013 autour de la <a href=\"https:\/\/www.slate.fr\/sante\/\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\">sant\u00e9<\/a>, des <a href=\"https:\/\/www.slate.fr\/dossier\/1319\/sexualite\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\">sexualit\u00e9s<\/a> et de nos mani\u00e8res de vivre ensemble. Cinq ann\u00e9es qui m&rsquo;ont permis de grandir, d&rsquo;apprendre, de me forger une voix. Cinq ann\u00e9es qui m&rsquo;ont profond\u00e9ment marqu\u00e9\u00b7e, \u00e0 la fois professionnellement et personnellement.<\/p>\n<p>Je suis reconnaissant\u00b7e envers Christophe et H\u00e9l\u00e8ne pour leur confiance, pour la libert\u00e9 qu&rsquo;ils m&rsquo;ont offerte, pour leur regard attentif et exigeant. Gr\u00e2ce \u00e0 eux, j&rsquo;ai pu aborder des sujets tr\u00e8s vari\u00e9s, parfois intimes, souvent complexes\u00a0\u2013et parfois compl\u00e8tement de niche!\u2013 avec honn\u00eatet\u00e9 et nuance.<\/p>\n<p>Je pense aussi aux secr\u00e9taires de r\u00e9daction\u00a0\u2013Diane, \u00c9mile, Louis ou Thomas\u2013 dont le travail est souvent invisible, mais sans qui les textes ne seraient jamais ce qu&rsquo;ils sont. Leur vigilance, leur pr\u00e9cision, leur exigence ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9cieuses.<\/p>\n<p>Et puis, il y a vous. Les experts et expertes qui ont apport\u00e9 leur \u00e9clairage. Les lecteurs et lectrices, les personnes qui ont t\u00e9moign\u00e9, qui m&rsquo;ont confi\u00e9 un morceau de leur histoire. Vous m&rsquo;avez souvent boulevers\u00e9\u00b7e.<br \/>Alors merci. Merci pour tout. Et \u00e0 bient\u00f4t.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Partager des morceaux de sa vie personnelle sur les plateformes de micro-blogging comme Twitter ou Bluesky est souvent&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":289783,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[10],"tags":[1011,27,72,71],"class_list":{"0":"post-289782","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-sante","8":"tag-fr","9":"tag-france","10":"tag-health","11":"tag-sante"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/114955321724834779","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/289782","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=289782"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/289782\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/289783"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=289782"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=289782"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=289782"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}