{"id":295512,"date":"2025-08-04T10:25:11","date_gmt":"2025-08-04T10:25:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/295512\/"},"modified":"2025-08-04T10:25:11","modified_gmt":"2025-08-04T10:25:11","slug":"suzanne-aubry-la-grande-quete","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/295512\/","title":{"rendered":"Suzanne Aubry, la grande qu\u00eate"},"content":{"rendered":"<p class=\"p-empty\">\u00a0<\/p>\n<p>Je ne me demande jamais ce qu\u2019est la litt\u00e9rature. Il y en a qui disent que c\u2019est le r\u00eave, la tendresse, une parole secr\u00e8te qui, tout \u00e0 coup, se d\u00e9voile. Mais les livres r\u00e9ussis ne d\u00e9voilent pas. Ils nous font vivre quelque chose. Ils ouvrent une porte. Ils nous embrassent. Nous, en tant que lecteurs, on entre, le c\u0153ur sur la main.<\/p>\n<p>J\u2019ouvre Tout ce qui reste (Editions Stank\u00e9, 2025) de Suzanne Aubry de cette mani\u00e8re, \u00e0 pas feutr\u00e9s, jusqu\u2019\u00e0 m\u2019y installer. C\u2019est un puzzle qu\u2019on rassemble page apr\u00e8s page. Nous sommes dans la Ville Blanche. La mort n\u2019existe pas. On ne laisse pas de trace. Les citoyens disparaissent, ou sont \u00e9radiqu\u00e9s. L\u2019hiver est \u00e9ternel. La solitude r\u00e8gne sur toutes les ombres. Dans ce coin de la terre, les livres, attention danger ! On les pr\u00eate en catimini, dans les biblioth\u00e8ques.<\/p>\n<p>Bettina, une fillette de onze ans, vit avec sa m\u00e8re, tr\u00e8s alcoolique, et son p\u00e8re. Ce dernier dispara\u00eet sans dire au revoir. Cette absence fait basculer sa vie dans le vide. Elle part \u00e0 sa recherche, mais ne le trouve pas. Elle grandit. Elle passe plus de quinze ans sans la moindre nouvelle de ce p\u00e8re. Elle vit dans le doute que sa m\u00e8re lui cache une v\u00e9rit\u00e9. Elle fait des r\u00eaves \u00e9tranges. Puis un jour, elle a un accident et commence \u00e0 avoir des troubles, des souvenirs de ce qu\u2019elle n\u2019a jamais v\u00e9cu. Dans ces souvenirs, sa m\u00e8re lui dit enfin la v\u00e9rit\u00e9. Est-ce que son p\u00e8re est mort\u00a0? Est-ce qu\u2019elle va le rencontrer\u00a0? C\u2019est d\u2019ailleurs ce doute qui provoque cet accident.<\/p>\n<p class=\"p-empty\">\u00a0<\/p>\n<p class=\"p-empty\">\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>C\u2019est une qu\u00eate de v\u00e9rit\u00e9 qui se cache dans chaque petite sc\u00e8ne, chaque phrase. On avance, on cherche, on d\u00e9couvre.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p class=\"p-empty\">\u00a0<\/p>\n<p>Il y a aussi Tatiana Lessikova, Madame Glinka, qui a quitt\u00e9 Moscou en 1939 et qui risque la prison quand elle pr\u00eate des livres. Son mari a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 par les hommes du NKVD. Le roman se d\u00e9ploie dans plusieurs espaces bien r\u00e9els, mais c\u2019est la Ville Blanche qui reste le centre imaginaire. Une ville fantomatique, silencieuse, hors du temps.\u00a0<\/p>\n<p>Le roman de Suzanne Aubry est tr\u00e8s psychologique. Elle entre dans la m\u00e9moire, la vie de ses personnages avec une aisance rare, un style vif ou se m\u00eale sensibilit\u00e9 et compassion. Qu\u2019est-ce que la m\u00e9moire a fait de nous ? Et l\u2019absence ? Comment affronter la vie dans ce qu\u2019elle a de plus simple, de plus complexe, de plus banal ? C\u2019est aussi une m\u00e9taphore sur l\u2019amour, la perte, la qu\u00eate d\u2019une voie. Est-ce que les gens qu\u2019on aime disparaissent vraiment ? Comment r\u00e9sister \u00e0 ce que la vie nous arrache ?<\/p>\n<p>C\u2019est une \u00e9criture tr\u00e8s po\u00e9tique, o\u00f9 les images et les m\u00e9taphores sont \u00e9clatantes de douceur. Fluide. Le plaisir de cette lecture r\u00e9side dans les dialogues. Elle ma\u00eetrise l\u2019art du dialogue. Il y a une tension, une co\u00efncidence, une intelligence.<\/p>\n<p class=\"p-empty\">\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>La narration est assez originale. Parfois, c\u2019est un \u00ab je \u00bb qui parle tout pr\u00e8s, qui confie ses blessures. Parfois, c\u2019est la troisi\u00e8me personne qui observe, qui raconte de loin. C\u2019est ce va-et-vient qui fait vivre cette histoire.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p class=\"p-empty\">\u00a0<\/p>\n<p>Pourquoi explorer ? Pour savoir ce qui reste apr\u00e8s l\u2019absence. Ce qui reste quand on a aim\u00e9, quand on a v\u00e9cu, quand on a perdu. Un r\u00e9cit sur la m\u00e9moire, le partage. C\u2019est le genre de roman qu\u2019on a envie de rouvrir chaque fois qu\u2019on le croise quelque part. Autant pour l\u2019histoire que pour le style.\u00a0<\/p>\n<p class=\"p-empty\">\u00a0<\/p>\n<p class=\"p-empty\">\u00a0<\/p>\n<p><img alt=\"Couverture du livre Tout ce qui reste\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-nimg=\"fill\" class=\"drupal__img align-center\" style=\"position:absolute;height:100%;width:100%;left:0;top:0;right:0;bottom:0;object-fit:cover;color:transparent\"   src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/1754303111_884_image\"\/><\/p>\n<p class=\"p-empty\">\u00a0<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Suzanne_Aubry\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\">Suzanne Aubry<\/a>, Tout ce qui reste,\u00a0Stank\u00e9, Qu\u00e9bec, 2025, 224 p<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"\u00a0 Je ne me demande jamais ce qu\u2019est la litt\u00e9rature. 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