{"id":301606,"date":"2025-08-07T00:55:11","date_gmt":"2025-08-07T00:55:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/301606\/"},"modified":"2025-08-07T00:55:11","modified_gmt":"2025-08-07T00:55:11","slug":"laccord-ue-etats-unis-sur-les-droits-de-douane-un-gout-amer-de-soumission-dans-une-europe-desunie-par-abdellah-ghali","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/301606\/","title":{"rendered":"L\u2019accord UE\u2013\u00c9tats-Unis sur les droits de douane : un go\u00fbt amer de soumission dans une Europe d\u00e9sunie [Par Abdellah Ghali]"},"content":{"rendered":"<p class=\"p1\"><b>Il y a des accords qui, malgr\u00e9 le vernis diplomatique, laissent une impression de recul strat\u00e9gique. Celui conclu entre l\u2019Union europ\u00e9enne et les \u00c9tats-Unis fin juillet 2025 sur les droits de douane en fait partie. Officiellement, il s\u2019agit d\u2019un compromis pragmatique \u00e9vitant une escalade commerciale<\/b><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-40024 lazyload\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Abdellah-Ghali--194x200.jpg.webp.webp\" alt=\"\" width=\"194\" height=\"200\"  data- style=\"--smush-placeholder-width: 194px; --smush-placeholder-aspect-ratio: 194\/200;\"\/>Abdellah Ghali<\/p>\n<p class=\"p1\">En r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est le reflet d\u2019un rapport de force asym\u00e9trique entre une Am\u00e9rique qui impose, et une Europe qui compose. Et derri\u00e8re les chiffres, c\u2019est une v\u00e9rit\u00e9 qui d\u00e9range : le Vieux Continent, fractur\u00e9 politiquement, reste structurellement contraint dans sa capacit\u00e9 \u00e0 peser sur la sc\u00e8ne \u00e9conomique mondiale.<\/p>\n<p>Un compromis sous pression : Washington dicte, Bruxelles plie<\/p>\n<p class=\"p1\">Tout dans la mise en sc\u00e8ne de cet accord indique une victoire am\u00e9ricaine. Les menaces de Donald Trump \u2013 allant jusqu\u2019\u00e0 des droits de douane de 30\u202f% sur les produits europ\u00e9ens \u2013 ont \u00e9t\u00e9 efficaces. R\u00e9sultat : un plafonnement certes \u00e0 15\u202f%, mais bien sup\u00e9rieur au niveau moyen ant\u00e9rieur de 4,8\u202f%. Et sur des secteurs cl\u00e9s comme l\u2019acier ou l\u2019aluminium, les droits de douane resteront fix\u00e9s \u00e0 50\u202f%, att\u00e9nu\u00e9s uniquement par un syst\u00e8me de quotas. L\u2019Europe ne signe donc pas un trait\u00e9 de libre-\u00e9change : elle signe une tr\u00eave tarifaire, sous conditions.<\/p>\n<p class=\"p1\">\u00c0 cela s\u2019ajoute une autre contrepartie majeure\u202f: un engagement europ\u00e9en \u00e0 acheter pour 750 milliards de dollars d\u2019\u00e9nergie am\u00e9ricaine, fossile en premier lieu et d\u2019ici 2028. Une mani\u00e8re pour Washington de s\u00e9curiser ses exportations, tout en renfor\u00e7ant la d\u00e9pendance \u00e9nerg\u00e9tique de ses alli\u00e9s et si elle peut tuer les ambitions europ\u00e9ennes de d\u00e9carbonation, pourquoi s\u2019en priver. L\u2019accord pr\u00e9voit \u00e9galement que les entreprises europ\u00e9ennes investiront jusqu\u2019\u00e0 600 milliards de dollars aux \u00c9tats-Unis d\u2019ici 2029. Autrement dit : plus de flux de capitaux vers l\u2019Am\u00e9rique, moins de marge pour une politique industrielle autonome en Europe. Une Europe pourtant qui cherche tant bien que mal, et selon les ambitions tr\u00e8s h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes des uns et des autres, \u00e0 se r\u00e9industrialiser et se r\u00e9armer, mais cela est un autre sujet.<\/p>\n<p>L\u2019Europe, une puissance \u00e9conomique sans colonne vert\u00e9brale politique<\/p>\n<p class=\"p1\">On aurait tort de croire que l\u2019UE est une victime passive. Elle dispose, sur le papier, d\u2019un poids \u00e9conomique comparable \u00e0 celui des \u00c9tats-Unis. Mais cette puissance est dilu\u00e9e par ses propres failles. Car ce qui a le plus pes\u00e9 dans cette n\u00e9gociation, ce n\u2019est pas tant la force am\u00e9ricaine que les divisions europ\u00e9ennes.<\/p>\n<p class=\"p1\">La France a parl\u00e9 d\u2019un \u201cchantage\u201d et d\u2019un \u201cpr\u00e9c\u00e9dent dangereux\u201d. L\u2019Allemagne, inqui\u00e8te pour son industrie automobile, a d\u00e9nonc\u00e9 des distorsions de concurrence insupportables. Mais au-del\u00e0 des postures, aucun des deux n\u2019a pu, ni voulu, bloquer l\u2019accord. Car en mati\u00e8re commerciale, la comp\u00e9tence appartient \u00e0 la Commission. Et celle-ci, isol\u00e9e, sans mandat politique clair, a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 n\u00e9gocier la survie des entreprises europ\u00e9ennes plut\u00f4t que l\u2019affrontement et les droits punitifs de 30, 50 ou 100% comme Washington aime afficher selon ses aquintances du moment.<\/p>\n<p class=\"p1\">C\u2019est cette d\u00e9sunion qui fait mal. Car face \u00e0 une Am\u00e9rique unie, qui parle d\u2019une seule voix et lave son linge sale en famille. L\u2019Europe s\u2019enlise dans des dynamiques nationales, des pr\u00e9occupations \u00e9lectorales \u00e0 court terme et des arbitrages internes souvent influenc\u00e9s par des int\u00e9r\u00eats sectoriels puissants. Bruxelles, dans ce contexte, n\u2019a pas r\u00e9ussi \u00e0 articuler une r\u00e9ponse strat\u00e9gique coh\u00e9rente face \u00e0 la pression exerc\u00e9e par Washington. Plus encore, elle a \u00e9vit\u00e9 l\u2019\u00e9preuve de force. Faute de disposer des leviers pour imposer un rapport d\u2019\u00e9gal \u00e0 \u00e9gal, elle a choisi l\u2019accommodement, laissant le champ libre \u00e0 la logique du plus fort.<\/p>\n<p>Le retour brutal de la realpolitik commerciale<\/p>\n<p class=\"p1\">Avec Trump, les r\u00e8gles du jeu sont claires : l\u2019Am\u00e9rique d\u2019abord, les autres ensuite. Mais il serait na\u00eff de croire que ce bras de fer est une parenth\u00e8se personnelle. L\u2019administration Biden n\u2019avait pas supprim\u00e9 les taxes h\u00e9rit\u00e9es du premier mandat Trump. Et si une continuit\u00e9 s\u2019est impos\u00e9e, c\u2019est parce que les \u00c9tats-Unis ne croient plus au multilat\u00e9ralisme na\u00eff. Ils veulent du concret\u202f: des ventes, des emplois, des investissements. Ils veulent des \u201cgagnants\u201d am\u00e9ricains.<\/p>\n<p class=\"p1\">Dans ce contexte, l\u2019Europe appara\u00eet comme une puissance vieillissante, plus soucieuse de maintenir l\u2019ordre commercial h\u00e9rit\u00e9 que de le remodeler. Son attachement \u00e0 l\u2019OMC, \u00e0 la r\u00e9gulation, aux normes, sonne creux face \u00e0 une Am\u00e9rique qui impose unilat\u00e9ralement ses int\u00e9r\u00eats. Et le plus inqui\u00e9tant est que cette approche fonctionne : les menaces tarifaires produisent des r\u00e9sultats, les partenaires plient, les march\u00e9s restent ouverts.<\/p>\n<p>Un accord r\u00e9v\u00e9lateur de d\u00e9pendances multiples<\/p>\n<p class=\"p1\">La faiblesse europ\u00e9enne n\u2019est pas seulement commerciale. Elle est aussi g\u00e9opolitique. L\u2019Europe ne peut pas se permettre une rupture avec Washington alors qu\u2019elle d\u00e9pend encore massivement de l\u2019OTAN pour sa s\u00e9curit\u00e9, et des \u00c9tats-Unis pour ses approvisionnements \u00e9nerg\u00e9tiques depuis la guerre en Ukraine. \u00c0 cela s\u2019ajoute une industrie militaire sous-dot\u00e9e, une fragmentation institutionnelle chronique et une absence de leadership strat\u00e9gique.<\/p>\n<p class=\"p1\">Cet accord douanier est donc moins une faute qu\u2019un sympt\u00f4me. Le sympt\u00f4me d\u2019une Europe incapable de poser des lignes rouges claires, car elle n\u2019a pas encore tranch\u00e9 entre sa volont\u00e9 d\u2019autonomie et sa peur de l\u2019isolement. Un accord de plus qui acte un recul de souverainet\u00e9 au nom d\u2019un \u201cpragmatisme\u201d qui ressemble de plus en plus \u00e0 une r\u00e9signation.<\/p>\n<p>Un compromis \u00e0 court terme, une d\u00e9faite \u00e0 long terme<\/p>\n<p class=\"p1\">L\u2019accord UE\u2013\u00c9tats-Unis sur les droits de douane n\u2019est pas une capitulation. Mais c\u2019est une d\u00e9monstration de faiblesse. Une illustration de ce que produit l\u2019absence d\u2019unit\u00e9, de vision, et de colonne vert\u00e9brale strat\u00e9gique. Il sauve la fa\u00e7ade du commerce transatlantique, au prix d\u2019un alignement implicite sur les int\u00e9r\u00eats am\u00e9ricains. Une Europe plus souveraine, plus strat\u00e9gique, aurait pu imposer un autre r\u00e9cit. Ce jour-l\u00e0, ce ne fut pas le cas.<\/p>\n<p class=\"p1\">Ce qui m\u2019a sans doute le plus frapp\u00e9, c\u2019est l\u2019indiff\u00e9rence avec laquelle l\u2019Europe semble aujourd\u2019hui accepter de mettre en sc\u00e8ne sa propre marginalisation. Non contente d\u2019avoir sign\u00e9 un accord d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9 sur le fond, elle en a valid\u00e9 la forme en s\u2019invitant, docilement, dans le d\u00e9cor de la toute-puissance am\u00e9ricaine. C\u2019est Ursula Von Der Leyen qui a travers\u00e9 l\u2019Atlantique pour rencontrer Donald Trump, et non l\u2019inverse. Le rendez-vous s\u2019est tenu dans l\u2019un des \u00e9tablissements priv\u00e9s du pr\u00e9sident am\u00e9ricain, un golf luxueux o\u00f9 la dimension protocolaire a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9e par une mise en sc\u00e8ne soigneusement calibr\u00e9e pour flatter l\u2019\u00e9go de l\u2019h\u00f4te. La pr\u00e9sidente de la Commission n\u2019a eu droit qu\u2019\u00e0 quelques minutes d\u2019entretien, avant de livrer une d\u00e9claration publique reprenant \u00e0 la lettre les formules de Trump : \u00abA big deal. A huge deal.\u00bb<\/p>\n<p class=\"p1\">En mati\u00e8re de symbolique politique et de communication, le message \u00e9tait limpide : Washington impose, Bruxelles s\u2019aligne. Tout, dans cette s\u00e9quence, a \u00e9t\u00e9 orchestr\u00e9 par la Maison-Blanche. L\u2019Europe n\u2019a pas seulement c\u00e9d\u00e9 sur le fond, elle s\u2019est rendue complice d\u2019une chor\u00e9graphie o\u00f9 elle n\u2019avait qu\u2019un r\u00f4le secondaire, celui d\u2019un partenaire affaibli mimant l\u2019enthousiasme. Von Der Leyen, en se pr\u00eatant \u00e0 cette mascarade, a act\u00e9 un recul de leadership qui d\u00e9passe largement le seul champ commercial.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"p1\"><b>Bio express <\/b><\/p>\n<p class=\"p1\"><b>Abdellah Ghali<\/b><\/p>\n<p class=\"p1\">Expert en relations internationales et g\u00e9opolitique, Abdellah Ghali poss\u00e8de vingt ans d\u2019exp\u00e9rience consacr\u00e9s \u00e0 l\u2019analyse strat\u00e9gique des enjeux majeurs, notamment au Moyen-Orient, en Afrique et en M\u00e9diterran\u00e9e occidentale.<\/p>\n<p class=\"p1\">Form\u00e9 \u00e0 Sciences Po Paris, dipl\u00f4m\u00e9 de HEC et certifi\u00e9 par la Harvard Kennedy School, Abdellah Ghali allie expertise en strat\u00e9gie publique et diplomatie \u00e9conomique. Multilingue, Abdellah Ghali adopte une approche engag\u00e9e, rigoureuse et parfois provocante pour d\u00e9crypter les grandes transformations internationales.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p> Par <strong><a href=\"https:\/\/afrimag.net\/author\/la-redaction\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">La r\u00e9daction<\/a><\/strong>, Comit\u00e9 \u00c9ditorial &#8211; Casablanca<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Il y a des accords qui, malgr\u00e9 le vernis diplomatique, laissent une impression de recul strat\u00e9gique. 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