{"id":307070,"date":"2025-08-09T10:02:22","date_gmt":"2025-08-09T10:02:22","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/307070\/"},"modified":"2025-08-09T10:02:22","modified_gmt":"2025-08-09T10:02:22","slug":"du-toit-du-monde-aux-cuisines-de-bordeaux-yeshi-phuntsok-livre-un-plat-de-resistance-tibetaine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/307070\/","title":{"rendered":"Du toit du monde aux cuisines de Bordeaux, Yeshi Phuntsok livre un plat de r\u00e9sistance tib\u00e9taine"},"content":{"rendered":"<p>Nich\u00e9e au carrefour de la rue du Mirail et de la rue Gratiolet, quartier Saint-Michel \u00e0 Bordeaux, l\u2019\u00e9choppe tenue par Yeshi Phuntsok se veut discr\u00e8te et sans pr\u00e9tention. Une sobre enseigne verte \u00e9meraude o\u00f9 figure un \u00ab\u00a0n\u0153ud infini\u00a0\u00bb, symbole de la spiritualit\u00e9 bouddhiste, et les mots \u00ab\u00a0Couleur Tibet\u00a0\u00bb, inscrits en fines lettres blanches.<\/p>\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab\u00a0J\u2019ai beaucoup travaill\u00e9 et \u00e9conomis\u00e9 pour ouvrir, le patron m\u2019a vendu pas cher\u2026 Apr\u00e8s, j\u2019ai tout fait : table, chaise, d\u00e9co\u2026\u00a0\u00bb raconte le commer\u00e7ant, dans la salle principale de son restaurant, orn\u00e9e de dizaines de bibelots chin\u00e9s en brocante, au milieu desquels tr\u00f4ne un portrait du Dala\u00ef-lama.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Affirmant parler couramment sept langues, le cuistot se d\u00e9crit comme un \u00ab\u00a0r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb ayant fait son temps. Pour Yeshi, la lutte du peuple tib\u00e9tain n\u2019est jamais bien loin : le quinquag\u00e9naire a longtemps \u00e9t\u00e9 actif dans les r\u00e9seaux de soutien \u00e0 la diaspora, partage des souvenirs de manifs et promeut sa culture natale sur son compte TikTok. Un engagement qu\u2019il prolonge aujourd\u2019hui dans sa fa\u00e7on d\u2019\u00eatre au monde et dans son gagne-pain.<\/p>\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab\u00a0Le commerce, c\u2019est la relation avec les gens : moi, j\u2019aime l\u2019honn\u00eatet\u00e9, l\u2019entraide, c\u2019est comme \u00e7a que j\u2019ai toujours travaill\u00e9\u00a0\u00bb, poursuit-il en sirotant un verre de th\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\t\tEnfance himalayenne<\/p>\n<p>Le commerce, c\u2019est un peu son passeport voyage. Des \u00ab\u00a0affaires\u00a0\u00bb, Yeshi en s\u00e8me de partout o\u00f9 il passe, des confins de l\u2019Asie \u00e0 Dharamsala, en Inde, aux ruelles sinueuses du vieux Bordeaux, en Gironde, o\u00f9 il s\u2019est install\u00e9 il y a pr\u00e8s de 18 ans. N\u00e9 le 4 d\u00e9cembre 1968, a\u00een\u00e9 d\u2019une fratrie de huit fr\u00e8res, Yeshi grandit dans le village de Yushu, \u00e0 4800 m\u00e8tres d\u2019altitude au milieu des hauts plateaux de l\u2019Himalaya, des sommets enneig\u00e9s et des yaks.<\/p>\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab\u00a0On avait environ 600 b\u00eates. J\u2019\u00e9tais jeune, mais je savais d\u00e9j\u00e0 traire, faire le fromage\u2026 L\u00e0-bas, tu as tout : les b\u00eates, le lait, la viande, la laine. C\u2019est comme \u00e7a qu\u2019on vivait\u00a0\u00bb, se souvient-il. <\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le froid, la hauteur, des chevaux\u2026 Le restaurateur narre un mode de vie qui se transmet dans sa famille de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration : \u00ab\u00a0On montait dans les montagnes, et on restait l\u00e0-haut avec les troupeaux pendant des semaines. Chaque hiver, on tuait des animaux. Pas pour tuer, pour vivre. Pour nourrir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mais sa vie s\u2019est aussi d\u00e9roul\u00e9e sous l\u2019ombre pesante de la r\u00e9pression chinoise. Le village de Yeshi est tomb\u00e9 sous le contr\u00f4le de P\u00e9kin en 1958, dix ans avant sa naissance. Arrestations massives, ex\u00e9cutions, exils forc\u00e9s\u2026 Une p\u00e9riode qu\u2019il n\u2019a pas connue, mais qui a marqu\u00e9 son enfance au fer rouge \u2014 la sienne et celle des siens.<\/p>\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab\u00a0Mes parents me l\u2019ont racont\u00e9. C\u2019\u00e9tait une grande famille de quinze personnes. Il n\u2019en restait que trois, tous les autres sont morts\u00a0\u00bb, raconte-t-il d\u2019une voix calme.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\t\tUne vie monacale<\/p>\n<p>Il \u00e9voque la famine qui touche alors les Tib\u00e9tains, les emprisonnements politiques et l\u2019usage de la torture. Malgr\u00e9 la douleur, la r\u00e9sistance ne s\u2019est jamais \u00e9teinte. <\/p>\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab\u00a0Le cousin de mon p\u00e8re \u00e9tait un guerrier. Il a combattu les Chinois pendant quinze ans en se cachant dans les montagnes. L\u2019altitude, le terrain\u2026 nous, les Tib\u00e9tains, on ma\u00eetrise mieux cet environnement\u00a0\u00bb, confie Yeshi avec une certaine fiert\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 l\u2019aube de sa vie d\u2019adulte, Yeshi passe des champs au monast\u00e8re bouddhiste. \u00ab\u00a0J\u2019ai \u00e9t\u00e9 moine pendant huit ans, c\u2019est des valeurs transmises par la famille que j\u2019avais envie de suivre\u00a0\u00bb, relate-t-il. \u00c0 ce moment, la Chine desserre son emprise sur la r\u00e9gion, apr\u00e8s la mort de Mao Zedong en 1976 et l\u2019arriv\u00e9e de Deng Xiaoping. Les monast\u00e8res rouvrent, port\u00e9s par une tol\u00e9rance encore fragile envers la pratique bouddhiste. Des prisonniers politiques sont lib\u00e9r\u00e9s\u2026 Mais les cicatrices restent vives. \u00ab\u00a0Ils torturaient, ils tuaient : ils y prenaient m\u00eame du plaisir\u00a0\u00bb, appuie Yeshi.<\/p>\n<p>Le jeune homme participe alors \u00e0 la reconstruction du monast\u00e8re et officie en cuisine pour nourrir les moines. Dans une autonomie relative, les Tib\u00e9tains commencent \u00e0 percevoir \u00ab\u00a0un peu plus de richesses, comme la viande qu\u2019ils produisent et dont ils peuvent conserver une part plus importante\u00a0\u00bb. La r\u00e9pression elle, continue encore aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"792\" height=\"594\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/yeshi-phuntsuk-3-792x594.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-165163\"  \/> Page de menu du restaurant tib\u00e9tain Yangtse Jhong \u00e0 Bordeaux, o\u00f9 Yeshi exprime son attachement \u00e0 la culture tib\u00e9taine et \u00e0 la libert\u00e9 de son peuple. Photo\u00a0: SC\/Rue89 Bordeaux<\/p>\n<p> \u00ab\u00a0Jusqu\u2019\u00e0 28 ans, je ne connaissais m\u00eame pas la carte du monde\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>De Tian\u2019anmen, la r\u00e9volte \u00e0 P\u00e9kin mat\u00e9e par le r\u00e9gime en 1989, au soul\u00e8vement hongkongais de 2019, le restaurateur trace un fil d\u2019espoir qui transcende les peuples : \u00ab\u00a0Certains Chinois viennent me dire qu\u2019ils me soutiennent ici, en France !\u00a0\u00bb rapporte-t-il. Autant d\u2019\u00e9lans fraternels qui continuent de nourrir une confiance in\u00e9branlable envers autrui \u2014 f\u00fbt-il per\u00e7u comme un ennemi existentiel dans son pays d\u2019origine. Un fil qu\u2019il emporte avec lui vers l\u2019Inde, sur les sentiers de l\u2019exil.<\/p>\n<p>Pouss\u00e9 par la soif de d\u00e9couvrir le monde, Yeshi quitte le Tibet au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990. \u00ab\u00a0J\u2019ai travers\u00e9 le N\u00e9pal jusqu\u2019en Inde, je me suis mis \u00e0 lire pour apprendre : jusqu\u2019\u00e0 28 ans, je ne connaissais m\u00eame pas la carte du monde !\u00a0\u00bb se souvient-il. Il lit, feuillette, s\u2019\u00e9merveille. Entre les pages, le jeune homme d\u00e9couvre les pays, les cultures, les langues\u2026 et les monuments, comme le Machu Picchu ou le mont Fuji, qu\u2019il \u00e9voque les yeux brillants. \u00ab\u00a0Pendant six mois, j\u2019ai \u00e9tudi\u00e9 l\u2019anglais. Juste assez pour pouvoir me d\u00e9brouiller et \u00e9changer avec les habitants.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Soutien aux exil\u00e9s<\/p>\n<p>\u00c0 Dharamsala, ville indienne refuge du gouvernement tib\u00e9tain en exil, l\u2019aventurier fonde une association pour aider ses compatriotes \u00e0 s\u2019ins\u00e9rer. Pendant les quatre premi\u00e8res ann\u00e9es, dans la rue et au fil des rencontres, il apprend l\u2019hindi, la langue locale, et jongle entre petits boulots et vente sur les march\u00e9s.<\/p>\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab\u00a0Il y avait des Am\u00e9ricains qui m\u2019achetaient des bijoux, des antiquit\u00e9s\u2026 Ensuite, je faisais le guide pour les touristes, ce qui me permettait de gagner pas mal d\u2019argent rapidement\u00a0\u00bb, raconte-t-il. \u00ab\u00a0Mais tout \u00e7a, c\u2019\u00e9tait surtout pour soutenir mon association tib\u00e9taine\u00a0\u00bb, pr\u00e9cise Yeshi, ajoutant que l\u2019argent, pour lui, n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 une fin en soi.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le temps passe, jusqu\u2019\u00e0 sa rencontre avec Anne, une Fran\u00e7aise originaire de Bretagne, alors de passage en Inde, et dont il tombe amoureux. Une connexion naturelle, \u00e9vidente, se tisse entre eux. \u00ab\u00a0J\u2019avais vraiment envie de vivre avec elle, de la suivre.\u00a0\u00bb Ils se marient \u00e0 Goa, sur les berges de la mer d\u2019Arabie et commencent \u00e0 esquisser des projets de vie. Le temps de pr\u00e9parer leur grand d\u00e9part vers la France, et l\u2019arriv\u00e9e sur la c\u00f4te bretonne.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"792\" height=\"528\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/yeshi-phuntsuk-2-792x528.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-165162\"  \/> Le Yumbu Lhakhang, plus ancien temple tib\u00e9tain, est reproduit en maquette par Yuri, <a href=\"https:\/\/rue89bordeaux.com\/2024\/12\/yuri-sdf-batisseur-dincroyables-maquettes-cours-victor-hugo-a-bordeaux\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener nofollow\">sans-abri et cr\u00e9ateur d\u2019incroyables miniatures<\/a>, expos\u00e9e au restaurant \u00ab\u00a0Couleur Tibet\u00a0\u00bb. Photo\u00a0: SC\/Rue89 Bordeaux<\/p>\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab\u00a0Avant, je gagnais bien ma vie, je vivais confortablement. En France, je suis arriv\u00e9 comme un enfant de six ans. J\u2019ai appris les chiffres, comment dire bonjour\u2026 C\u2019\u00e9tait difficile\u00a0\u00bb, raconte Yeshi. <\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Quand il d\u00e9barque \u00e0 Carnac, en 2003, le Tib\u00e9tain est en effet compl\u00e8tement d\u00e9pays\u00e9. M\u00eame l\u2019amour qui l\u2019avait pouss\u00e9 \u00e0 traverser les continents finit par s\u2019effacer, jusqu\u2019\u00e0 dispara\u00eetre apr\u00e8s trois ans d\u2019idylle. Il ne lui reste alors que lui-m\u00eame et une culture qu\u2019il d\u00e9couvre \u00e0 peine. <\/p>\n<p>Une cuisine encens\u00e9e<\/p>\n<p>Mais un nouvel amour se profile. \u00ab\u00a0Baudelaire, Victor Hugo : c\u2019est magnifique, cette litt\u00e9rature. Tu lis, tu r\u00e9fl\u00e9chis !\u00a0\u00bb s\u2019enthousiasme Yeshi, \u00e9pris de la po\u00e9sie romantique du XIXe si\u00e8cle. \u00c0 cette \u00e9poque, il gagne sa vie comme ma\u00e7on, d\u2019abord en Bretagne, puis \u00e0 Bordeaux ensuite.<\/p>\n<p>La restauration, il y vient comme un prolongement naturel de sa vie de commer\u00e7ant itin\u00e9rant : en 2012, il ouvre un premier restaurant \u00e0 Bordeaux, revendu en 2017, puis une boutique de v\u00eatements tib\u00e9tains \u00e0 Bergerac, en Gironde, jusqu\u2019en 2019. <\/p>\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab\u00a0Apr\u00e8s j\u2019ai travaill\u00e9 de gauche \u00e0 droite, dans des restaurants \u00e0 Bordeaux, \u00e0 Arcachon\u2026 Jusqu\u2019\u00e0 ouvrir le restaurant que je tiens depuis bient\u00f4t deux ans, avec ma partenaire, Sona, qui est elle aussi tib\u00e9taine.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le succ\u00e8s est au rendez-vous pour l\u2019\u00e9choppe qui peut accueillir jusqu\u2019\u00e0 cinquante couverts. Sur les sites de r\u00e9servation en ligne, la cuisine de Yeshi est encens\u00e9e par les clients, venus d\u00e9couvrir ses plats traditionnels. \u00c0 la carte, on retrouve les grands classiques tib\u00e9tains : momos vapeur farcis de viande ou de l\u00e9gumes, soupes copieuses comme le thenthuk \u2014 un bouillon aux nouilles tir\u00e9es \u00e0 la main \u2014, ou encore des currys longuement mijot\u00e9s, \u00e0 l\u2019image du langsha kari (b\u0153uf aux \u00e9pices douces) et du ja sha katsa (poulet \u00e9pic\u00e9). Le tout \u00e0 des prix plus que corrects \u2013 moins de 20 euros le menu complet.<\/p>\n<p>Les Pyr\u00e9n\u00e9es \u00e0 d\u00e9faut du Tibet<\/p>\n<p>Dans la cuisine de Yeshi, un bout de Tibet continue ainsi de r\u00e9sister. Sur les murs de sa cantine, dans les pages de ses menus, il s\u00e8me po\u00e8mes et cartes d\u2019un pays vol\u00e9 \u00e0 son peuple. Presque 30 ans apr\u00e8s son d\u00e9part, il n\u2019a jamais pu revoir la cime des montagnes de son enfance.<\/p>\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab\u00a0Je ne peux pas y retourner. Un ami qui travaille dans l\u2019administration m\u2019avait envoy\u00e9 une invitation en 2015\u2026 Mais je ne l\u2019ai jamais re\u00e7ue. Je suis s\u00fbr que c\u2019est le gouvernement chinois qui l\u2019a bloqu\u00e9e\u00a0\u00bb, explique-t-il.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au Tibet, Yeshi n\u2019a plus aucune famille. Alors il se tourne vers d\u2019autres sommets: plusieurs fois par an, il quitte Bordeaux pour Bagn\u00e8res-de-Luchon, dans les Pyr\u00e9n\u00e9es, o\u00f9 une villa entour\u00e9e de for\u00eats lui offre un semblant de son altitude natale. \u00ab\u00a0C\u2019est l\u00e0 que je me ressource. \u00c7a me rappelle le Tibet : dans la montagne, je retrouve le calme. J\u2019ai besoin de \u00e7a.\u00a0\u00bb \u00c0 des milliers de kilom\u00e8tres de son pays d\u2019origine, Yeshi semble avoir retrouv\u00e9 un bout de son sanctuaire perdu. Sa terre de c\u0153ur, elle, ne l\u2019a jamais vraiment quitt\u00e9.<\/p>\n<p>Pour aller plus loin : petite histoire du Tibet<\/p>\n<p>Le Tibet est une r\u00e9gion d\u2019Asie centrale, marqu\u00e9e par ses hauts plateaux et une <a href=\"https:\/\/books.openedition.org\/iheid\/946?lang=fr\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener nofollow\">culture mill\u00e9naire<\/a> ancr\u00e9e dans le bouddhisme. Pendant des si\u00e8cles, ce territoire a conserv\u00e9 une large autonomie, m\u00ealant traditions religieuses, modes de vie collectifs et lien intime \u00e0 la nature. Aux XVIIe et XVIIIe si\u00e8cles, le Tibet conna\u00eet son \u00ab <a href=\"https:\/\/lesbelleslettresblog.com\/2019\/09\/18\/lage-dor-du-tibet-deux-siecles-foisonnants\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener nofollow\">deuxi\u00e8me \u00e2ge d\u2019or<\/a> \u00bb : le pouvoir des <a href=\"https:\/\/www.radiofrance.fr\/franceculture\/l-histoire-des-dalai-lamas-1-4-l-implantation-du-bouddhisme-au-tibet-2662811\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener nofollow\">Dala\u00ef-lamas<\/a> s\u2019y stabilise, le pays conna\u00eet alors une p\u00e9riode d\u2019essor religieux, culturel et intellectuel.<\/p>\n<p>Mais le Tibet bascule au XXe si\u00e8cle. En 1950, l\u2019arm\u00e9e chinoise envahit la r\u00e9gion, imposant un contr\u00f4le autoritaire sous pr\u00e9texte d\u2019int\u00e9gration nationale.La culture tib\u00e9taine et ses pratiques religieuses sont alors <a href=\"https:\/\/www.senat.fr\/ga\/ga50\/ga50.html#:~:text=Selon%20des%20chiffres%20commun%C3%A9ment%20admis,000%20%C3%A0%2010%20000%20morts.\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener nofollow\">s\u00e9v\u00e8rement r\u00e9prim\u00e9es<\/a> : arrestations massives, exils forc\u00e9s, destruction de monast\u00e8res\u2026 Ces crimes de guerre suscitent une forte r\u00e9sistance, \u00e0 la fois arm\u00e9e et pacifique. En 1959, le Dala\u00ef-lama installe un gouvernement en exil en Inde.<\/p>\n<p>La m\u00eame ann\u00e9e, une <a href=\"https:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2008\/04\/VERNEREY\/15790\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener nofollow\">insurrection<\/a> anti-chinoise et anticommuniste \u00e9clate le 10 mars \u00e0 Lhassa, la capitale du Tibet. Ce soul\u00e8vement est violemment r\u00e9prim\u00e9 pendant trois jours et trois nuits. Environ 20 000 Tib\u00e9tains affrontent 40 000 soldats de l\u2019arm\u00e9e chinoise : 4 000 Tib\u00e9tains sont faits prisonniers et entre 2 000 et 10 000 sont tu\u00e9s, selon les estimations.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, la r\u00e9sistance tib\u00e9taine demeure vive malgr\u00e9 une r\u00e9pression violente orchestr\u00e9e par P\u00e9kin. La diaspora tib\u00e9taine, dispers\u00e9e \u00e0 travers le monde, continue de porter la m\u00e9moire d\u2019un pays et d\u2019un peuple toujours opprim\u00e9. De nombreuses ONG (<a href=\"https:\/\/www.hrw.org\/fr\/news\/2025\/04\/14\/torture-pour-avoir-utilise-les-telecommunications-au-tibet\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener nofollow\">Human Rights Watch<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.amnesty.org\/en\/location\/asia-and-the-pacific\/east-asia\/china\/report-china\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener nofollow\">Amnesty International<\/a>, <a href=\"https:\/\/savetibet.org\/why-tibet\/human-rights\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener nofollow\">International Campaign for Tibet<\/a>) ainsi que l\u2019ONU continuent, quant \u00e0 elles, de d\u00e9noncer les violations des droits humains par la Chine au Tibet, document\u00e9es dans de nombreux rapports d\u2019enqu\u00eate.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"792\" height=\"528\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/43288310034-d41d99df7e-k-792x528.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-167671\"  \/> Vue du lac Yamdrok et de ses champs en terrasses dans la r\u00e9gion tib\u00e9taine, photographi\u00e9e en 2010. Photo\u00a0: Jack.L\/Flickr<\/p>\n<p>Rue89 Bordeaux a besoin de vos dons<\/p>\n<p>Mille mercis \u00e0 nos 131 donateurs ! Gr\u00e2ce \u00e0 vous, nous avons atteint notre objectif initial de 10\u202f000\u202f\u20ac. Ce soutien va nous permettre de renflouer notre tr\u00e9sorerie, apr\u00e8s le d\u00e9sengagement en 2025 d\u2019un annonceur important \u2013 Bordeaux M\u00e9tropole \u2013 et de r\u00e9gler nos factures en attente.<br \/>Cependant, la cagnotte reste ouverte jusqu\u2019\u00e0 fin septembre afin de vous laisser l\u2019occasion de continuer \u00e0 soutenir votre m\u00e9dia ind\u00e9pendant. Chaque don est d\u00e9ductible des imp\u00f4ts \u00e0 hauteur de 66\u202f%. En recevoir davantage nous permettra de consolider nos finances, d\u2019envisager une rentr\u00e9e sereine, et surtout, d\u2019enrichir nos contenus et de renforcer notre r\u00e9daction.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Nich\u00e9e au carrefour de la rue du Mirail et de la rue Gratiolet, quartier Saint-Michel \u00e0 Bordeaux, l\u2019\u00e9choppe&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":307071,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2817],"tags":[1111,11,1997,902,251,1777,674,1011,27,12,2219,2495,25,36008],"class_list":{"0":"post-307070","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-bordeaux","8":"tag-actu","9":"tag-actualites","10":"tag-bordeaux","11":"tag-cuisine","12":"tag-culture","13":"tag-eu","14":"tag-europe","15":"tag-fr","16":"tag-france","17":"tag-news","18":"tag-nouvelle-aquitaine","19":"tag-refugies","20":"tag-republique-francaise","21":"tag-tibet"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/114998237444504264","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/307070","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=307070"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/307070\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/307071"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=307070"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=307070"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=307070"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}