{"id":308318,"date":"2025-08-09T23:34:32","date_gmt":"2025-08-09T23:34:32","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/308318\/"},"modified":"2025-08-09T23:34:32","modified_gmt":"2025-08-09T23:34:32","slug":"desindustrialisation-et-montee-de-lextreme-droite-lallemagne-au-bord-de-la-crise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/308318\/","title":{"rendered":"D\u00e9sindustrialisation et mont\u00e9e de l\u2019extr\u00eame droite\u00a0: l\u2019Allemagne au bord de la crise\u00a0?"},"content":{"rendered":"<p class=\"has-primary-color has-text-color has-link-color wp-elements-491319d202de63146fbe3c3749a71e65\"><strong>La fin de l\u2019\u00e9t\u00e9 a vu s\u2019encha\u00eener une s\u00e9rie de difficult\u00e9s pour l\u2019Allemagne. Dans un premier temps, \u00a0le chancelier Olaf Scholz a annonc\u00e9 un gel de l\u2019aide militaire \u00e0 l\u2019Ukraine afin de r\u00e9aliser des \u00e9conomies. Ensuite, les r\u00e9sultats des \u00e9lections r\u00e9gionales tenues d\u00e9but septembre sont venus fragiliser la coalition gouvernementale. Dans les L\u00e4nder de Saxe et de Thuringe, outre le naufrage \u00e9lectoral de la coalition, c\u2019est surtout la progression nette de la formation d\u2019extr\u00eame-droite Alternative pour l\u2019Allemagne (AfD) qui marque un tournant. Elle arrive m\u00eame \u00e0 la premi\u00e8re place en Thuringe, ce qui n\u2019\u00e9tait jamais arriv\u00e9 depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Un autre tabou a enfin \u00e9t\u00e9 bris\u00e9 avec l\u2019annonce par le g\u00e9ant automobile Volkswagen, moteur de l\u2019\u00e9conomie germanique, de potentielles fermetures d\u2019usine. L\u2019Allemagne, leader politique et \u00e9conomique de l\u2019Union europ\u00e9enne, appara\u00eet donc particuli\u00e8rement d\u00e9stabilis\u00e9e. \u00a0Au point de vaciller\u00a0? Le point avec Jacques-Pierre Gougeon, professeur des universit\u00e9s et directeur de recherche \u00e0 l\u2019IRIS, auteur de \u00ab\u00a0L\u2019Allemagne, un enjeu pour l\u2019Europe\u00a0\u00bb (Eyrolles, 2024)<\/strong><\/p>\n<p class=\"is-style-question\"><strong>Volkswagen et d\u2019autres grands groupes ont annonc\u00e9 la possibilit\u00e9 de fermeture d\u2019usines en Allemagne. Quelles sont les causes de cette crise ? L\u2019Allemagne risque-t-elle de perdre son statut de centre n\u00e9vralgique de l\u2019industrie europ\u00e9enne ?<\/strong> <\/p>\n<p>L\u2019annonce par la direction de Volkswagen de la possible fermeture de sites du groupe sur le sol allemand a \u00e9t\u00e9 un v\u00e9ritable un coup de semonce outre-Rhin, m\u00eame si la d\u00e9cision n\u2019est pas encore d\u00e9finitivement adopt\u00e9e, les syndicats \u2013 tr\u00e8s puissants du fait du syst\u00e8me de cogestion \u2013 ayant indiqu\u00e9 vouloir s\u2019y opposer. L\u2019annonce de ce pilier de l\u2019industrie allemande est d\u2019autant plus symptomatique que l\u2019industrie automobile incarne la puissance industrielle de l\u2019Allemagne, le secteur repr\u00e9sentant \u00e0 lui seul 4,7% du PIB, 16% des exportations, 48% de la recherche industrielle du pays. Si Volkswagen souffre toujours en termes d\u2019image des suites du\u00a0scandale de la fraude sur les \u00e9missions des moteurs diesel, la situation actuelle du groupe industriel est r\u00e9v\u00e9lateur des difficult\u00e9s que connaissent certains pans de l\u2019\u00e9conomie allemande. L\u2019industrie, \u00a0qui repr\u00e9sente 21% du PIB (contre 11% pour la France), est en premi\u00e8re ligne \u00a0a subi une explosion du co\u00fbt de l\u2019\u00e9nergie (et en cons\u00e9quence des co\u00fbts de production) et est surexpos\u00e9e aux al\u00e9as et revirements de la situation internationale. Par ailleurs, l\u2019Allemagne est l\u2019une des \u00e9conomies les plus ouvertes au monde et m\u00eame la plus ouverte des pays du G7. La place du commerce ext\u00e9rieur est perceptible par son poids dans la richesse nationale, soit 67%. Or, cette d\u00e9pendance extr\u00eame \u00e0 l\u2019\u00e9gard du monde ext\u00e9rieur qui constitue g\u00e9n\u00e9ralement une force s\u2019av\u00e8re aussi aussi \u00eatre une fragilit\u00e9, au moment ou de grands pays, comme les \u00c9tats-Unis, deuxi\u00e8me partenaire commercial de l\u2019Allemagne, recourent de plus en plus \u00e0 des mesures protectionnistes. Dans le cas de l\u2019industrie automobile, la d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la Chine, premier partenaire commercial de l\u2019Allemagne, se r\u00e9v\u00e8le probl\u00e9matique lorsque celle-ci a de fortes \u00ab\u00a0sur-capacit\u00e9s\u00a0\u00bb encourag\u00e9es par des subventions d\u2019\u00c9tat, alors m\u00eame \u2013 et c\u2019est bien le dilemme \u2013 que Volkswagen r\u00e9alise 37% de son chiffre d\u2019affaires en Chine et BMW 32%. Cette imbrication pouss\u00e9e des deux \u00e9conomies a m\u00eame \u00e9t\u00e9 d\u00e9nonc\u00e9e par des certains industriels eux-m\u00eames. Avec le temps, la Chine est devenue la grande concurrente de l\u2019Allemagne sur des secteurs communs\u00a0: l\u2019automobile, la construction de machines, l\u2019\u00e9lectronique et la chimie. Avec la double crise de la pand\u00e9mie de Covid-19 et de la guerre en Ukraine, l\u2019Allemagne s\u2019interroge sur son mod\u00e8le \u00e9conomique jusqu\u2019ici fond\u00e9 sur l\u2019importation des mati\u00e8res premi\u00e8res \u00e0 bon march\u00e9 et l\u2019exportation de biens \u00e0 haute valeur ajout\u00e9e. N\u00e9anmoins, la structure de l\u2019\u00e9conomie allemande demeure une force quasi unique en Europe du point de vue de la puissance industrielle, du tissu dense de solides et nombreuses petites et moyennes entreprises et du haut degr\u00e9 d\u2019innovation.<\/p>\n<p class=\"is-style-question\"><strong>Le score historique du parti d\u2019extr\u00eame droite\u00a0Alternative f\u00fcr Deutschland\u00a0(AfD) et la d\u00e9b\u00e2cle des partis gouvernementaux dans deux provinces de l\u2019ancienne Allemagne de l\u2019Est, la Thuringe et la Saxe, sont-ils li\u00e9s aux difficult\u00e9s \u00e9conomiques du pays ? Quels sont les enjeux qui dominent les d\u00e9bats politiques outre-Rhin ? <\/strong><\/p>\n<p>usqu\u2019alors le meilleur score de l\u2019Alternative pour l\u2019Allemagne (AfD) avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 en 2019, en Saxe, \u00e0 hauteur de 27,7% des suffrages. Cette fois-ci, ce parti a effectivement atteint des r\u00e9sultats impressionnants, avec 32,8% en Thuringe et 30,6% en Saxe. Dans le premier cas, l\u2019AfD est m\u00eame le premier parti suivi par la CDU avec 23,6%. C\u2019est la premi\u00e8re fois dans l\u2019histoire allemande depuis 1949 qu\u2019un parti qualifi\u00e9 \u00ab\u00a0d\u2019extr\u00eame droite\u00a0\u00bb par l\u2019Office de protection de la Constitution arrive en t\u00eate d\u2019une \u00e9lection. Parall\u00e8lement, les partis au gouvernement s\u2019effondrent, respectivement en Thuringe et en Saxe 6,1% et 7,3 % pour les sociaux-d\u00e9mocrates par exemple. Les lib\u00e9raux n\u2019ont m\u00eame plus de repr\u00e9sentants au sein de ces parlements r\u00e9gionaux. Certes, aucun autre parti n\u2019envisage de former une coalition avec l\u2019AfD mais cette implantation \u00e0 haut niveau de ce parti inqui\u00e8te, d\u2019autant plus que l\u2019analyse du profil des \u00e9lecteurs de l\u2019AfD indique qu\u2019ils sont de plus en plus nombreux \u00e0 voter non plus seulement par d\u00e9ception mais par conviction. En 2014, ils \u00e9taient, aux m\u00eames scrutins, 37% \u00e0 voter AfD par conviction, en 2024, ils \u00e9taient 52%. De m\u00eame, l\u2019AfD est class\u00e9e pour ces scrutins en premi\u00e8re place concernant la comp\u00e9tence en mati\u00e8re d\u2019immigration, de d\u00e9fense des int\u00e9r\u00eats est-allemands et dans le domaine de la politique sociale. M\u00eame si la convergence \u00e9conomique et sociale entre les deux parties de l\u2019Allemagne a progress\u00e9 avec par exemple un PIB par habitant \u00e0 l\u2019Est de 79,5% par rapport au niveau de l\u2019Ouest (contre 32% en 1991) et un revenu disponible de 85% par rapport au niveau de l\u2019Ouest (contre 37% en 1991), un malaise persiste. Ainsi, 63% des Allemands de l\u2019Est consid\u00e8rent toujours qu\u2019ils sont trait\u00e9s comme des \u00ab\u00a0citoyens de seconde classe\u00a0\u00bb. Un \u00e9l\u00e9ment alimente ce sentiment\u00a0: alors que les Allemands de l\u2019Est repr\u00e9sentent 19,5 % de l\u2019ensemble de la population allemande, ils n\u2019occupent dans l\u2019administration f\u00e9d\u00e9rale, de la justice, des m\u00e9dias, du monde universitaire\/scientifique et du monde \u00e9conomique que 2% des emplois sup\u00e9rieurs et 6% des emplois de direction. Le m\u00e9contentement g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 l\u2019\u00e9gard du gouvernement a bien s\u00fbr \u00e9galement jou\u00e9 un r\u00f4le, constamment tiraill\u00e9 publiquement sur les grands sujets comme la transition \u00e9nerg\u00e9tique, le financement de la politique sociale et les orientations budg\u00e9taires, sujets qui continueront de dominer le d\u00e9bat jusqu\u2019aux prochaines \u00e9lections f\u00e9d\u00e9rales de septembre 2025. Le soutien \u00e0 l\u2019Ukraine divise \u00e9galement.<\/p>\n<p class=\"is-style-question\"><strong>Alors que Berlin a d\u00e9j\u00e0 annonc\u00e9 le gel de l\u2019aide militaire \u00e0 Kyiv, la dynamique politique de l\u2019AfD peut-elle influencer la politique allemande vis-\u00e0-vis de la guerre en Ukraine ? <\/strong><\/p>\n<p>L\u2019annonce par le chancelier d\u2019une r\u00e9duction de l\u2019aide \u00e0 l\u2019Ukraine en 2025 n\u2019est pas sans lien avec les \u00e9lections r\u00e9gionales qui viennent de se d\u00e9rouler, m\u00eame si le d\u00e9bat en Allemagne d\u00e9passe les clivages g\u00e9ographiques et traverse l\u2019ensemble des partis politiques, notamment ceux de gauche, parti social-d\u00e9mocrate en t\u00eate. Il n\u2019en demeure pas moins qu\u2019une diff\u00e9rence d\u2019appr\u00e9ciation existe entre l\u2019Ouest et l\u2019Est. En effet, si 54% des Allemands de l\u2019Ouest approuvent la livraison d\u2019armes lourdes \u00e0 l\u2019Ukraine, seulement 32% des Allemands de l\u2019Est partagent cette opinion, les plus faibles taux d\u2019approbation se trouvant \u00e0 l\u2019AfD et chez la gauche radicale de Sahra Wagenknecht qui a \u00e9galement r\u00e9alis\u00e9 de bons scores lors des derniers scrutins r\u00e9gionaux \u00e9voqu\u00e9s. Par v\u00e9cu, par culture ou par \u00e9ducation, le rapport \u00e0 la Russie en Allemagne orientale a \u00e9t\u00e9 et est toujours essentiel, parfois m\u00eame fraternel, alors que la notion d\u2019Occident appara\u00eet comme trop rattach\u00e9e aux \u00c9tats-Unis (sans parler de l\u2019OTAN). Le chancelier ne parvient pas \u00e0 imposer l\u2019image qu\u2019il voulait donner de lui-m\u00eame, celle de \u00ab\u00a0chancelier de la paix\u00a0\u00bb. L\u00e0 aussi, le d\u00e9bat se poursuivra jusqu\u2019aux \u00e9lections f\u00e9d\u00e9rales de septembre 2025, d\u2019autant que le soutien \u00e0 la livraison de mat\u00e9riel militaire \u00e0 l\u2019Ukraine a recul\u00e9 de 10 points en deux ans et celui \u00e0 l\u2019adh\u00e9sion de l\u2019Ukraine \u00e0 l\u2019Union europ\u00e9enne de 16 points. Certains sujets se d\u00e9tachent d\u00e9j\u00e0 pour les prochaines grandes \u00e9ch\u00e9ances \u00e9lectorales.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"La fin de l\u2019\u00e9t\u00e9 a vu s\u2019encha\u00eener une s\u00e9rie de difficult\u00e9s pour l\u2019Allemagne. 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