{"id":308656,"date":"2025-08-10T03:58:26","date_gmt":"2025-08-10T03:58:26","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/308656\/"},"modified":"2025-08-10T03:58:26","modified_gmt":"2025-08-10T03:58:26","slug":"80-ans-de-nice-matin-jean-marc-raffaelli-couteau-suisse-insulaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/308656\/","title":{"rendered":"80 ans de \u00ab\u00a0Nice-Matin\u00a0\u00bb : Jean-Marc Raffaelli, couteau suisse insulaire"},"content":{"rendered":"<p>La m\u00e9moire de Jean-Marc Raffaelli cabote \u00e0 mi-chemin entre l\u2019\u00eele aux tr\u00e9sors et la caverne d\u2019Ali Baba. On y croise cinq pr\u00e9sidents de la R\u00e9publique, plusieurs \u00e9crivains, des chanteurs po\u00e8tes et des grappes d\u2019artistes l\u00e9gendaires. \u00ab\u00a0J\u2019ai une bonne \u00e9toile\u00a0\u00bb, plaisante le journaliste bastiais. Pas anodin dans un m\u00e9tier o\u00f9 le manque de chance est assimil\u00e9 \u00e0 une faute professionnelle.<\/p>\n<p>Son premier \u00ab\u00a0coup de pot\u00a0\u00bb, en 1980, a \u00e9t\u00e9 d\u2019\u00eatre\u2026 remerci\u00e9 par Le Proven\u00e7al qui l\u2019employait comme pigiste. \u00ab\u00a0Corse-Matin m\u2019a imm\u00e9diatement sollicit\u00e9, sourit-il. Pendant un an, j\u2019ai travaill\u00e9 sous un pseudonyme \u2013 Jean Paoli \u2013, car les deux journaux avaient sign\u00e9 un accord de non-d\u00e9bauchage. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 professionnalis\u00e9 en octobre 1982 apr\u00e8s un stage \u00e0 Nice. Pressenti pour Grasse, j\u2019ai finalement \u00e9t\u00e9 mut\u00e9 \u00e0 Bastia\u2005! Ouf\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Rapidement, une \u00e9vidence s\u2019impose\u2005: le r\u00e9dacteur est une \u00ab\u00a0plume\u00a0\u00bb. Une qualit\u00e9 que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 relativise\u2005: \u00ab\u00a0\u00c9crire, c\u2019est la seule chose que je sache faire\u2005! Dans la vraie vie, je ne suis pas capable de changer une ampoule.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le jeune homme se forme au hasard de ses rencontres. En 1981, il couvre la r\u00e9ouverture de l\u2019op\u00e9ra de Bastia. \u00ab\u00a0J\u2019ai assist\u00e9 aux r\u00e9p\u00e9titions de La Traviata de Verdi. Je n\u2019y connaissais rien, mais j\u2019ai ador\u00e9 \u00e7a\u2005! Je suis devenu un v\u00e9ritable amateur d\u2019art lyrique.\u00a0\u00bb Au point de caler ses cong\u00e9s en fonction de la programmation de la Scala et de l\u2019Op\u00e9ra Garnier.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Un petit territoire qui a toujours attir\u00e9 les grands talents\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00c9clectique, Jean-Marc Raffaelli se passionne aussi pour le foot et la politique. \u00ab\u00a0En 1977, lorsque Fran\u00e7ois \u2018\u2018Fanfan\u2019\u2019 F\u00e9lix a marqu\u00e9 le but qui a qualifi\u00e9 Bastia pour les 16e de finale de la Coupe d\u2019Europe, j\u2019ai fait un malaise, confesse-t-il. J\u2019ai v\u00e9cu des \u00e9motions inoubliables dans les stades, mais aussi des drames comme l\u2019effondrement de la tribune \u00e0 Furiani.\u2005\u00bb<\/p>\n<p>Les souvenirs se bousculent. Il encha\u00eene\u2005: \u00ab\u00a0La politique, c\u2019est venu progressivement. J\u2019ai eu le privil\u00e8ge d\u2019interviewer nos cinq derniers chefs d\u2019\u00c9tat. Le premier, Fran\u00e7ois Mitterrand, c\u2019\u00e9tait en 1983\u2005; j\u2019avais 25 ans\u2005! Avec Nicolas Sarkozy, une relation particuli\u00e8re s\u2019\u00e9tait nou\u00e9e. Il avait accept\u00e9 de me recevoir le 7 juillet 2003, au lendemain du r\u00e9f\u00e9rendum perdu sur le nouveau statut de l\u2019\u00eele.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Sur son visage poupin, le sourire s\u2019\u00e9largit. Des stars\u2005? Le reporter insulaire en a crois\u00e9 des centaines. \u00ab\u00a0La Corse est un tout petit territoire qui a toujours attir\u00e9 les grands talents, r\u00e9sume-t-il. Ma chance, c\u2019est qu\u2019ici, ils sont souvent plus disponibles qu\u2019ailleurs.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Et il raconte\u2026 Jacques Dutronc, \u00ab\u00a0qui ne t\u2019autorisait pas \u00e0 poser la moindre question tant que tu n\u2019avais pas descendu une bouteille de champagne\u00a0\u00bb. Guillaume Depardieu, \u00ab\u00a0rencontr\u00e9 un an avant sa mort. Sa copine venait de le quitter\u2005; il \u00e9tait en pleine d\u00e9pression. Je n\u2019ai pas pu repartir avant l\u2019arriv\u00e9e de sa s\u0153ur Julie.\u00a0\u00bb Claude Berri, \u00ab\u00a0qui n\u2019arr\u00eatait pas de se plaindre du r\u00e9alisateur de La Reine Margot incapable de tenir son budget. Il disait\u2005: \u2018\u2018Ch\u00e9reau, il porte vraiment bien son nom\u2005!\u2019\u2019\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01\u2005500 casse-couilles \u00e0 g\u00e9rer\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il \u00e9voque \u00e9galement Jean d\u2019Ormesson (\u00ab\u00a0Il disait que j\u2019\u00e9tais son intervieweur pr\u00e9f\u00e9r\u00e9\u00a0\u00bb), Georges Moustaki (\u00ab\u00a0On a discut\u00e9 \u00e0 Erbalunga de 23\u2005heures \u00e0 5\u2005heures du matin\u00a0\u00bb), Claude Nougaro (\u00ab\u00a0Intarissable sur le vieux-port de Bastia\u00a0\u00bb), L\u00e9o Ferr\u00e9 (\u00ab\u00a0Un seigneur en Toscane\u00a0\u00bb).<br \/>&#13;<br \/>\nEt puis, tant d\u2019autres reportages, sans nom qui claque sur l\u2019affiche, mais avec des \u00ab\u00a0castings incroyables\u00a0\u00bb. Il hoche la t\u00eate\u2005: \u00ab\u00a0Les \u00e9lections municipales \u00e9taient des p\u00e9riodes hallucinantes. On suivait la campagne dans nos 360 communes, ce qui faisait 1\u2005500 casse-couilles \u00e0 g\u00e9rer. On \u00e9tait accabl\u00e9s de coups de fil, on croulait sous les demandes\u2005! Un \u00e9lu de village m\u2019a envoy\u00e9 lui-m\u00eame son interview enti\u00e8rement r\u00e9dig\u00e9e. La premi\u00e8re question qu\u2019il se posait, c\u2019\u00e9tait\u2005: \u2018\u2018Comment expliquez-vous que votre bilan soit aussi bon\u2005?\u2019\u2019 Il a fallu lui expliquer\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Raffaelli n\u2019\u00e9lude pas les tensions li\u00e9es au \u00ab\u00a0contexte particulier\u00a0\u00bb de l\u2019\u00eele. \u00ab\u00a0Dans les ann\u00e9es quatre-vingt et quatre-vingt-dix, on assistait le soir \u00e0 une conf\u00e9rence clandestine et, le lendemain, on \u00e9tait plac\u00e9s en garde-\u00e0-vue\u2005! Plusieurs agences ont \u00e9t\u00e9 plastiqu\u00e9es. Parfois, il fallait louvoyer\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Comme dans la BD de P\u00e9tillon, L\u2019Enqu\u00eate corse\u2005: savoir \u00e0 qui poser les questions, mais surtout \u00e0 qui ne pas les poser.<\/p>\n<p>D\u2019une carri\u00e8re qui l\u2019a conduit jusqu\u2019\u00e0 la r\u00e9daction en chef adjointe, dans les ann\u00e9es 2010, le journaliste conserve des brass\u00e9es d\u2019\u00e9changes privil\u00e9gi\u00e9s. \u00ab\u00a0Pour faire ce m\u00e9tier, il faut aimer les gens\u00a0\u00bb, glisse-t-il comme une \u00e9vidence. Et savoir se laisser guider par sa bonne \u00e9toile\u2026<\/p>\n<p>            \u00ab\u00a0Furiani ne m\u2019a pas vaccin\u00e9 du foot\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le 5 mai 1992, Jean-Marc Raffaelli se trouve dans la tribune de presse du stade de Furiani. \u00ab\u00a0Nous \u00e9tions tout en haut, pr\u00e9cise-t-il. Comme il commen\u00e7ait \u00e0 pleuvoir, on nous avait mis des parasols pour prot\u00e9ger nos ordinateurs.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il se souvient de tout. De la structure qui bascule. Du fracas. Des cris. Des sir\u00e8nes. Des brancards. Du malheur qui se r\u00e9pand dans la nuit.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0J\u2019\u00e9tais pris au pi\u00e8ge, raconte le reporter. Les gens qui fuyaient me marchaient dessus. Un m\u00e9decin m\u2019a piqu\u00e9 le pied pour savoir si j\u2019\u00e9tais paralys\u00e9. Finalement, on m\u2019a \u00e9vacu\u00e9 sur un panneau publicitaire de la distillerie L.N. Matt\u00e9i, avant de me transporter \u00e0 l\u2019h\u00f4pital dans un camion \u00e0 pizza r\u00e9quisitionn\u00e9. Mais je n\u2019allais pas me plaindre\u2005; juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi, il y avait deux morts.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Soign\u00e9 sur le continent \u2013 \u00e0 Vallauris, Mougins et Hy\u00e8res \u2013, le journaliste passe douze mois en r\u00e9\u00e9ducation. \u00ab\u00a0Tous les jours, le patron du journal t\u00e9l\u00e9phonait pour prendre de mes nouvelles. Au centre h\u00e9liomarin, j\u2019ai vu passer Charles Aznavour qui visitait les lieux pour son beau-fr\u00e8re, le compositeur Georges Garvarentz. Il s\u2019en est souvenu lorsque je l\u2019ai revu \u00e0 Paris, douze ans plus tard.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ce drame ne l\u2019a \u00ab\u00a0pas vaccin\u00e9\u00a0\u00bb du foot\u2005: \u00ab\u00a0Je suis revenu au stade avec des b\u00e9quilles.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Tout comme Charles Monti, alors responsable des pages Sports : \u00ab\u00a0La veille, le 4 mai, j\u2019avais re\u00e7u ma mutation \u00e0 Nice, effective \u00e0 compter du 1er juin. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 pendant seize mois. \u00c0 mon retour, il n\u2019\u00e9tait plus question de quitter l\u2019\u00eele. \u00c7a a \u00e9t\u00e9 le seul point positif de cette sombre affaire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>              <img ci-src=\"https:\/\/www.nicematin.com\/histoire\/Jean-Marc+Raffaelli+2-dCWsEqs8.jpg?vh=5c8ca6&amp;ci_seal=38173b4d8e\" alt=\"\"\/><br \/>\n        La catastrophe de Furiani, lors de la demi-finale de la Coupe de France opposant le SC Bastia \u00e0 l\u2019Olympique de Marseille, a caus\u00e9 la mort de 18 personnes et bless\u00e9 2.357 spectateurs.  <strong>Photo AFP.<\/strong> <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"La m\u00e9moire de Jean-Marc Raffaelli cabote \u00e0 mi-chemin entre l\u2019\u00eele aux tr\u00e9sors et la caverne d\u2019Ali Baba. 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