{"id":323115,"date":"2025-08-16T15:11:17","date_gmt":"2025-08-16T15:11:17","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/323115\/"},"modified":"2025-08-16T15:11:17","modified_gmt":"2025-08-16T15:11:17","slug":"apres-chien-51-laurent-gaude-rallume-la-lumiere-dans-le-deuxieme-volet-dune-dystopie-qui-dit-le-monde-daujourdhui","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/323115\/","title":{"rendered":"apr\u00e8s \u00ab\u00a0Chien\u00a051\u00a0\u00bb, Laurent Gaud\u00e9 rallume la lumi\u00e8re dans le deuxi\u00e8me volet d&rsquo;une dystopie qui dit le monde d&rsquo;aujourd&rsquo;hui"},"content":{"rendered":"<p>\n  La solitude, l&rsquo;exil, la violence, mais aussi cette fois l&rsquo;espoir, sont au programme de \u00ab\u00a0Zem\u00a0\u00bb, le deuxi\u00e8me volet de ce diptyque dans lequel Laurent\u00a0Gaud\u00e9 marie avec habilet\u00e9 les ingr\u00e9dients du polar et de la science-fiction, pour mieux nous faire entendre un message d&rsquo;alerte sur notre pr\u00e9sent.\n<\/p>\n<p>Malheureux qui, comme Sparak, a fait un horrible voyage. Apr\u00e8s trente\u00a0ans d&rsquo;exil, comme Ulysse en son temps, le h\u00e9ros de cette dystopie racont\u00e9e par Laurent Gaud\u00e9 rentre \u00e0 la maison, sans savoir ce qui l&rsquo;attend, mais avec l&rsquo;espoir de retrouver son H\u00e9l\u00e8ne. Zem, deuxi\u00e8me opus du diptyque entam\u00e9 avec Chien\u00a051 (Actes Sud, 2022), para\u00eet mercredi\u00a020\u00a0ao\u00fbt aux \u00e9ditions Actes\u00a0Sud.<\/p>\n<p>En refermant Chien 51, on avait quitt\u00e9 Zem Sparak, policier de la zone\u00a03 de Magnapole, en route pour son dernier voyage. Il avait d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;en finir avec une surdose d&rsquo;Okios, cette drogue qui lui permettait de retourner en pens\u00e9e chez lui, \u00e0 Ath\u00e8nes, son paradis perdu. Trois\u00a0ans ont pass\u00e9 depuis que Salia, sa partenaire, l&rsquo;a sauv\u00e9 de cette overdose.<\/p>\n<p>Ce sauvetage contre sa volont\u00e9 a eu raison de leur amiti\u00e9. Chacun est reparti de son c\u00f4t\u00e9. Sparak a repris le fil de sa \u00ab\u00a0triste vie\u00a0\u00bb. Il a quitt\u00e9 la police pour devenir le garde du corps de Barsok, l&rsquo;homme politique ambitieux au service de GoldTex, la multinationale qui dirige le pays. Des \u00ab\u00a0Grands travaux\u00a0\u00bb et de grands projets sont \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre. \u00ab\u00a0\u00c7a va \u00eatre \u00e9norme\u00a0\u00bb, assure Barsok.<\/p>\n<p>Salia, toujours dans les rangs de la police, tente de dig\u00e9rer le traumatisme qu&rsquo;elle a subi trois\u00a0ans plus t\u00f4t. Alors que se pr\u00e9pare la f\u00eate qui doit c\u00e9l\u00e9brer la fin des Grands travaux, un \u00e9v\u00e9nement dramatique vient r\u00e9unir ces deux \u00e2mes fracass\u00e9es. Cette enqu\u00eate les conduit aux portes d&rsquo;un enfer, imagin\u00e9 par GoldTex pour combler les besoins en \u00e9nergie de Magnapole, pendant les d\u00e9cennies \u00e0 venir. Cette nouvelle aventure ram\u00e8nera aussi Sparak chez lui, en Gr\u00e8ce, quitt\u00e9e il y a trente\u00a0ans apr\u00e8s avoir trahi la cause et ses fr\u00e8res d&rsquo;armes.<\/p>\n<p>Pouvoir aux mains de multinationales sans scrupules, exploitation des plus faibles au profit des pays riches, intelligence artificielle, hausse des temp\u00e9ratures, pollution, d\u00f4me climatique, ensemencement des nuages, chasse aux icebergs\u2026 Cette soci\u00e9t\u00e9 du futur qu&rsquo;imagine Laurent Gaud\u00e9 dans le deuxi\u00e8me volet de sa dystopie ressemble \u00e0 s&rsquo;y m\u00e9prendre \u00e0 une version peaufin\u00e9e de notre monde contemporain.<\/p>\n<p>\u00c0 travers cette dystopie, ce sont bien les d\u00e9rives des soci\u00e9t\u00e9s occidentales que Laurent Gaud\u00e9 nous donne \u00e0 lire. \u00ab\u00a0Zem ne fait que tout r\u00e9unir, tout concentrer pour nous tendre un miroir d\u00e9formant et \u2013\u00a0je l&rsquo;esp\u00e8re\u00a0\u2013 nous alerter\u00a0\u00bb, souligne cet \u00e9crivain, po\u00e8te, dramaturge qui ne cesse de se r\u00e9inventer en exp\u00e9rimentant diverses formes de litt\u00e9rature pour \u00e9clairer notre pr\u00e9sent.<\/p>\n<p>Du pr\u00e9sent ou du pass\u00e9, Laurent Gaud\u00e9 s&rsquo;en est souvent empar\u00e9 pour nourrir son \u0153uvre. En 2006, dans Eldorado, il se penche sur le sort des migrants. <a href=\"https:\/\/www.franceinfo.fr\/culture\/livres\/essais-histoire\/a-lire-en-urgence-nous-l-europe-de-laurent-gaude_3455075.html\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Danser les ombres, son hommage lyrique \u00e0 la terre d&rsquo;Ha\u00efti<\/a>, est publi\u00e9 cinq\u00a0ans apr\u00e8s le s\u00e9isme qui avait frapp\u00e9 le pays en 2010. <a href=\"https:\/\/www.franceinfo.fr\/culture\/livres\/essais-histoire\/a-lire-en-urgence-nous-l-europe-de-laurent-gaude_3455075.html\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Nous l&rsquo;Europe, banquet des peuples<\/a>, est un cri d&rsquo;alarme publi\u00e9 en 2019, \u00e0 la veille des \u00e9lections europ\u00e9ennes emport\u00e9es en France par le RN. Son \u0153uvre th\u00e9\u00e2trale est, elle aussi, travers\u00e9e par l&rsquo;actualit\u00e9, comme r\u00e9cemment <a href=\"https:\/\/www.franceinfo.fr\/culture\/spectacles\/theatre\/terrasses-au-theatre-de-la-colline-laurent-gaude-fait-revivre-les-victimes-des-attentats-de-novembre-2015_6570620.html\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Terrasses ou notre long baiser si longtemps retard\u00e9<\/a>, donn\u00e9 en 2024 au th\u00e9\u00e2tre de la Coline, \u00e0 Paris, un texte qui redonne la parole aux victimes des attentats du 13\u00a0novembre.<\/p>\n<p>Tandis que Chien 51, dont l&rsquo;adaptation au cin\u00e9ma par C\u00e9dric Jimenez sortira le 15\u00a0octobre, d\u00e9crivait un monde sombre et sans espoir, Zem ouvre ici une br\u00e8che vers une lumi\u00e8re possible. Une r\u00e9sistance, une opportunit\u00e9 de retour \u00e0 la raison, apr\u00e8s que la folie s&rsquo;est empar\u00e9e des humains. Zem se \u00ab\u00a0d\u00e9barrasse de la honte\u00a0\u00bb, retrouve sa terre, son histoire (qui se confond, au pied de Delphes, \u00e0 celle d&rsquo;une humanit\u00e9 civilis\u00e9e), son d\u00e9sir de r\u00e9sistance, et peut-\u00eatre, m\u00eame, son nom. Faut-il \u00ab\u00a0renommer le monde\u00a0? Reprendre les vieux noms\u00a0\u00bb, faut-il \u00ab\u00a0tout effacer\u00a0?\u00a0\u00bb, s\u2019interroge Laurent Gaud\u00e9 par la voix de son h\u00e9ros.<\/p>\n<p>On se questionne avec lui sur l&rsquo;opportunit\u00e9 de r\u00e9inventer le monde, et l&rsquo;on en vient \u00e0 souhaiter, en refermant ce livre, que ce diptyque se transforme en triptyque afin de nous donner la chance de voir \u00e9clore les graines d&rsquo;espoir sem\u00e9es \u00e0 la fin de Zem.<\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0Zem\u00a0\u00bb de Laurent Gaud\u00e9, \u00e9ditions Actes\u00a0Sud, 288\u00a0pages, 22\u00a0euros<\/strong><\/p>\n<p>    <img decoding=\"async\" class=\"cms-media-image lazyload\" alt=\"Couverture du roman \" zem=\"\" de=\"\" laurent=\"\" gaud=\"\" publi=\"\" le=\"\" aux=\"\" actes=\"\" sud.=\"\" sud=\"\" width=\"720\" height=\"1358.4\" data- src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/couv-zem-687e4f2df1b7e837725775.jpg\"\/><\/p>\n<p>      Couverture du roman \u00ab\u00a0Zem\u00a0\u00bb de Laurent Gaud\u00e9, publi\u00e9 le 20\u00a0ao\u00fbt\u00a02025 aux \u00e9ditions Actes Sud. (EDITIONS ACTES SUD)<\/p>\n<p><strong>Extrait :<\/strong> \u00ab\u00a0Dire \u00e0 ces pentes, ces roches, ce silence caress\u00e9 par le vent, que Magnapole ne l&rsquo;a pas terrass\u00e9, que d&rsquo;autres comme lui reviendront bient\u00f4t, qu&rsquo;un combat commence, trente\u00a0ans plus tard, qu&rsquo;ils ne le gagneront peut-\u00eatre pas, pas tout de suite, mais qu&rsquo;au moins, ils ne c\u00e8dent pas le monde \u00e0 la grande bouche du malheur. Zem regarde la vall\u00e9e en contrebas. Un vent doux la parcourt. \u00c0 ses pieds, de gauche \u00e0 droite, jusqu&rsquo;\u00e0 la mer, s&rsquo;\u00e9tend un oc\u00e9an d&rsquo;oliviers comme une coul\u00e9e verte. Elle fr\u00e9mit avec la m\u00eame gr\u00e2ce depuis des si\u00e8cles. Les noms de GoldTex ou de Magnapole ne signifient rien ici. La montagne entend peut-\u00eatre le bruit des hommes, leurs cris, leurs luttes, mais elle sait qu&rsquo;ils ne sont pas \u00e0 son \u00e9chelle, qu&rsquo;elle survivra \u00e0 leur agitation. \u00ab\u00a0Je suis de retour\u00a0\u00bb, murmure Zem. Il ferme les yeux puis les rouvre. Il sait que Delphes le sent. Le myst\u00e8re l&rsquo;entoure. C&rsquo;est beau. Rien n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 sali. Rien n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 creus\u00e9, for\u00e9, am\u00e9nag\u00e9, parce qu&rsquo;il n&rsquo;y a rien ici, que l&rsquo;esprit. Et de cela, ils ne savent que faire.\u00a0\u00bb (page\u00a0263)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"La solitude, l&rsquo;exil, la violence, mais aussi cette fois l&rsquo;espoir, sont au programme de \u00ab\u00a0Zem\u00a0\u00bb, le deuxi\u00e8me volet&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":323116,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1354],"tags":[58,59,1346,1011,27,1360],"class_list":{"0":"post-323115","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-films","8":"tag-divertissement","9":"tag-entertainment","10":"tag-films","11":"tag-fr","12":"tag-france","13":"tag-movies"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/115039088804244526","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/323115","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=323115"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/323115\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/323116"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=323115"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=323115"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=323115"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}