{"id":323825,"date":"2025-08-17T00:00:14","date_gmt":"2025-08-17T00:00:14","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/323825\/"},"modified":"2025-08-17T00:00:14","modified_gmt":"2025-08-17T00:00:14","slug":"le-mudlarking-ou-comment-les-londoniens-decouvrent-leur-passe-sur-les-rives-de-la-tamise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/323825\/","title":{"rendered":"Le \u00abmudlarking\u00bb, ou comment les Londoniens d\u00e9couvrent leur pass\u00e9 sur les rives de la Tamise"},"content":{"rendered":"<p>\n                                                Deux fois par jour, la mar\u00e9e d\u00e9voile les rives de la Tamise, permettant \u00e0 des dizaines de Londoniens de venir ratisser les plages \u00e0 la recherche de vestiges arch\u00e9ologiques. Ces trouvailles, fortement r\u00e9gul\u00e9es par la ville, permettent de reconstruire, collaborativement, l&rsquo;histoire de la capitale britannique.\u00a0\u00a0                    <\/p>\n<p>Les cloches de la cath\u00e9drale Saint-Paul de Londres retentissent au loin. Les touristes font la queue devant la Tate Modern, mus\u00e9e situ\u00e9 sur la rive oppos\u00e9e. La mar\u00e9e atteindra son point le plus bas dans une demi-heure. Alors, Carolina se fraie un chemin sur la plage de galets de Cannon Street, dot\u00e9e de gants en latex et de bottes imperm\u00e9ables. \u00ab\u00a0Ici, c&rsquo;est un endroit tr\u00e8s sp\u00e9cial, s&rsquo;enthousiasme-t-elle, on peut trouver des restes tr\u00e8s anciens, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque romaine, mais on n&rsquo;a pas le droit de creuser.\u00a0\u00bb\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>Ce matin-l\u00e0, ils sont une poign\u00e9e arm\u00e9s, comme elle, d&rsquo;un petit seau en plastique, \u00e0 ratisser du regard la rive de Tamise. Leur passion\u00a0: le \u00ab\u00a0mudlarking\u00a0\u00bb, un mot intraduisible qui d\u00e9crit les fouilles arch\u00e9ologiques entreprises par ces Londoniens amateurs sur les bords de leur fleuve.<\/p>\n<p>En quelques minutes, Carolina a d\u00e9j\u00e0 ramass\u00e9 quelques tr\u00e9sors\u00a0: \u00ab\u00a0Voyez, un fragment de c\u00e9ramique bleue ici, s\u00fbrement un vase. \u00c7a, c&rsquo;est un bout d&rsquo;os, du temps o\u00f9 les bouchers jetaient leurs carcasses dans la Tamise&#8230; Et l\u00e0, un morceau de pipe, mais je ne vais pas le prendre.\u00a0\u00bb Il faut dire que <strong><a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.londonmuseum.org.uk\/collections\/v\/object-777695\/clay-pipe-tobacco-pipe\/\" rel=\"noopener\">ces longs tubes d&rsquo;argile<\/a><\/strong>, parfois accompagn\u00e9s d&rsquo;une chambre \u00e0 tabac enti\u00e8re, sont trop communs pour repr\u00e9senter un quelconque int\u00e9r\u00eat pour les mudlarkers exp\u00e9riment\u00e9s.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p> Le frisson de la d\u00e9couverte\u00a0 <\/p>\n<p>Londonienne d&rsquo;adoption depuis 20 ans, Carolina s&rsquo;int\u00e9resse particuli\u00e8rement aux fossiles. Sur son t\u00e9l\u00e9phone, elle fait d\u00e9filer les photos d&rsquo;oursins fossilis\u00e9s trouv\u00e9s pr\u00e8s de chez elle, au sud-est de la capitale.\u00a0\u00c0 deux pas, une autre chercheuse, Emma, s&rsquo;\u00e9merveille d&rsquo;un \u00e9clat de c\u00e9ramique romaine&#8230; Apr\u00e8s tout, la \u00ab\u00a0City\u00a0\u00bb de Londres a \u00e9t\u00e9 construite sur les fronti\u00e8res de Londinium, fond\u00e9e au premier si\u00e8cle. Emma s&#8217;empresse de prendre une photo pour la partager sur son compte\u00a0<a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.instagram.com\/licencedtolark\/\" rel=\"noopener\"><strong>Instagram<\/strong><\/a>\u00a0:\u202f\u00ab\u00a0Je viens ici parce qu&rsquo;on trouve surtout des vestiges de l&rsquo;\u00e9poque Tudor. J&rsquo;adore trouver des pi\u00e8ces qui datent du r\u00e8gne de Henri VIII ou d&rsquo;Elizabeth Ire&#8230; Je frissonne quand je pense que je suis la premi\u00e8re personne \u00e0 la toucher depuis des si\u00e8cles.\u00a0\u00bb\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>Carolina conna\u00eet bien cette excitation\u00a0: \u00ab\u00a0On trouve de tout, c&rsquo;est vraiment une mani\u00e8re de reconstruire l&rsquo;histoire de Londres.\u00a0\u00bb Et justement, parce qu&rsquo;on trouve de tout et de toutes les \u00e9poques, il a fallu r\u00e9guler la pratique. \u00ab\u00a0Il faut un <strong><a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/pla.co.uk\/thames-foreshore-permits\" rel=\"noopener\">permis<\/a><\/strong> pour mudlarker\u00a0\u00bb, explique Carolina, pour qui l&rsquo;attente a dur\u00e9 plusieurs mois. Seuls 4\u00a0000 Londoniens sont accr\u00e9dit\u00e9s en m\u00eame temps, et la liste d&rsquo;attente d\u00e9passe les 10\u00a0000 noms&#8230; Les agents de la Port of London Authority (PLA) contr\u00f4lent de temps en temps. \u00ab\u00a0Il n&rsquo;y a pas de formation, mais on doit s&rsquo;engager \u00e0 respecter les diff\u00e9rentes zones, et \u00e0 d\u00e9clarer ce qu&rsquo;on trouve si l&rsquo;objet date d&rsquo;il y a plus de 300 ans\u00a0\u00bb, poursuit Carolina.<\/p>\n<p>Si la trouvaille pr\u00e9sente un int\u00e9r\u00eat arch\u00e9ologique, elle se retrouve sur le bureau de Stuart Wyatt, officier des trouvailles aupr\u00e8s du Programme d&rsquo;antiquit\u00e9s mobile (PAS). Le chercheur l&rsquo;examine, tente de reconstituer l&rsquo;histoire de l&rsquo;art\u00e9fact puis le restitue au mudlarker ou recommande la transmission aux institutions culturelles&#8230; Le processus prend environ cinq mois.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p> Une exposition pour mettre en valeur ces tr\u00e9sors du fleuve&#8230; et leur face sombre\u00a0 <\/p>\n<p>Cette ann\u00e9e, pour la premi\u00e8re fois, un mus\u00e9e londonien a pr\u00eat\u00e9 ses \u00e9tag\u00e8res aux plus belles trouvailles. En quelques mois, plusieurs milliers de curieux ont franchi les portes de <a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=eMNuuQT7elg&amp;embeds_referring_euri=https:\/\/www.londonmuseum.org.uk\/&amp;source_ve_path=MjM4NTE\" rel=\"noopener\"><strong>Secrets of the Thames<\/strong>,<\/a> l&rsquo;exposition du Museum of London Docklands.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Nous avons des objets qui refl\u00e8tent l&rsquo;histoire portuaire de Londres, comme ce cadran solaire dont les deux parties ont \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9es \u00e0 huit ans d&rsquo;intervalle, d\u00e9taille James Stewart, guide intarissable sur l&rsquo;exposition. Beaucoup de bijoux, quelques couteaux de l&rsquo;\u00e9poque Tudor&#8230; La vase a permis de conserver le bois et le cuir du manche.\u00a0\u00bb Dans une armoire, un \u0153il de verre des ann\u00e9es 1920, frappant de r\u00e9alisme\u00a0; dans une autre, les m\u00e9dailles remport\u00e9es par le tennisman Peter Fleming \u00e0 Wimbledon et jet\u00e9es dans la Tamise par un cambrioleur&#8230;\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>Le guide s&rsquo;arr\u00eate devant une vitrine consacr\u00e9e \u00e0 l&rsquo;histoire coloniale de la capitale britannique, et pointe du doigt le visage d&rsquo;un homme africain sculpt\u00e9 dans une pipe :\u00a0\u00ab\u202fDans l&rsquo;Empire, on commercialisait du tabac, du sucre, dont la production d\u00e9pendait de l&rsquo;esclavage. Des objets comme cette pipe sont typiques des repr\u00e9sentations du XVIIIe si\u00e8cle, d\u00e9shumanisantes, comme pour justifier l&rsquo;esclavage.\u00a0\u00bb La pipe, qui reprend les st\u00e9r\u00e9otypes de l&rsquo;\u00e9poque, a \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9e aux c\u00f4t\u00e9s de cauris, un coquillage utilis\u00e9 comme monnaie en Afrique de l&rsquo;Ouest, ramen\u00e9 en larges quantit\u00e9s par les marchands coloniaux.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>Les <strong><a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.wickedwilliam.com\/an-account-of-peggy-jones-the-london-mudlark\/\" rel=\"noopener\">premiers mudlarkers<\/a><\/strong>, \u00e0 l&rsquo;aube du XIXe si\u00e8cle, peignaient les rives de la Tamise \u00e0 la recherche de morceaux de charbon, de cordes, de m\u00e9taux\u00a0: \u00ab\u00a0Des choses qu&rsquo;ils pouvaient revendre pour survivre dans le Londres de l&rsquo;\u00e9poque\u202fvictorienne\u00a0\u00bb, bien loin de ces nouveaux mudlarkers en qu\u00eate d&rsquo;un frisson de d\u00e9couvertes&#8230; Mais la survie de la pratique a permis de compl\u00e9ter le tableau d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s riche de l&rsquo;histoire de la capitale, selon James Stewart\u00a0: \u00ab\u00a0Tellement de gens mudlarkent aujourd&rsquo;hui. Les objets qu&rsquo;ils trouvent et l&rsquo;endroit o\u00f9 ils les trouvent permettent de comprendre \u00e0 quoi ressemblait la vie de nos anc\u00eatres, plus encore qu&rsquo;un livre ou qu&rsquo;un tableau puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;objets du quotidien.\u00a0\u00bb\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>M\u00eame s&rsquo;il ne repr\u00e9sente qu&rsquo;une goutte d&rsquo;eau (3%) des d\u00e9couvertes arch\u00e9ologiques nationales, le mudlarking fournit chaque ann\u00e9e <a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/finds.org.uk\/documents\/annualreports\/2023.pdf\" rel=\"noopener\"><strong>2<\/strong>\u00a0<strong>000 tr\u00e9sors potentiels<\/strong><\/a> aux institutions culturelles.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p class=\"a-read-more\">\u00c0 lire aussi<a target=\"_self\" href=\"https:\/\/www.rfi.fr\/fr\/podcasts\/les-murs-du-monde\/20230825-royaume-uni-la-pr\u00e9servation-du-mur-d-hadrien\" class=\"a-read-more__link\" rel=\"noopener\">Royaume-Uni: la pr\u00e9servation du mur d&rsquo;Hadrien<\/a><\/p>\n<p>                <script async src=\"\/\/www.instagram.com\/embed.js\"><\/script><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Deux fois par jour, la mar\u00e9e d\u00e9voile les rives de la Tamise, permettant \u00e0 des dizaines de Londoniens&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":323826,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1588],"tags":[11,730,1777,674,12,2436,473,1853,1851,1850,1852],"class_list":{"0":"post-323825","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-royaume-uni","8":"tag-actualites","9":"tag-archeologie","10":"tag-eu","11":"tag-europe","12":"tag-news","13":"tag-reportage-international","14":"tag-royaume-uni","15":"tag-royaume-uni-de-grande-bretagne-et-dirlande-du-nord","16":"tag-uk","17":"tag-united-kingdom","18":"tag-united-kingdom-of-great-britain-and-northern-ireland"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/115041168487526031","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/323825","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=323825"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/323825\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/323826"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=323825"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=323825"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=323825"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}