{"id":325907,"date":"2025-08-18T00:03:17","date_gmt":"2025-08-18T00:03:17","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/325907\/"},"modified":"2025-08-18T00:03:17","modified_gmt":"2025-08-18T00:03:17","slug":"ecrire-quand-aimer-devient-survivre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/325907\/","title":{"rendered":"\u00e9crire quand aimer devient survivre"},"content":{"rendered":"<p>            <a href=\"https:\/\/unidivers.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/rebeka-warrior-toutes-les-vies.jpg\" data-caption=\"\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\"><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"lazy\" width=\"696\" height=\"698\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/rebeka-warrior-toutes-les-vies-696x698.jpg\"  data- alt=\"Rebeka Warrior Toutes les vies\"\/><\/p>\n<p><\/a><\/p>\n<p>Il y a des textes qui sentent l\u2019encre et le papier, et d\u2019autres qui sentent la sueur, le sang, les larmes et la cyprine.\u00a0Toutes les vies\u00a0(Stock, 20 ao\u00fbt 2025), premier roman de Rebeka Warrior, appartient \u00e0 cette seconde cat\u00e9gorie. C\u2019est un livre qu\u2019on lit avec les narines dilat\u00e9es, les tempes battantes, la gorge serr\u00e9e. Un livre qui nous oblige \u00e0 nous souvenir que la litt\u00e9rature n\u2019est pas faite pour d\u00e9corer nos \u00e9tag\u00e8res mais pour trembler, vivre, survivre.<\/p>\n<p>Rebeka Warrior raconte l\u2019amour incandescent et la mort brutale de Pauline, sa compagne fauch\u00e9e par un cancer du sein \u00e0 trente-six ans. \u00ab Je ne savais pas ce que \u00e7a faisait de perdre quelqu\u2019un de si proche. Je ne savais pas. C\u2019est comme perdre un bout de soi \u00bb, \u00e9crit-elle. Le livre met en mots ce basculement brutal : \u00ab d\u2019amante \u00e0 aidante \u00bb, puis \u00ab veuve \u00e0 trente-neuf ans \u00bb, seule face au tunnel des soins, des papiers, des h\u00f4pitaux. Chaque page restitue la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 vif : l\u2019odeur antiseptique des chambres, le go\u00fbt m\u00e9tallique apr\u00e8s la chimio, la p\u00e2leur d\u2019une peau qui s\u2019amincit sous la caresse. Mais aussi le parfum de la sueur dans un lit encore chaud, la chaleur d\u2019une nuque aim\u00e9e, la br\u00fblure des larmes retenues. C\u2019est la chair de l\u2019amour et la chair de la maladie, serr\u00e9es dans le m\u00eame poing.<\/p>\n<p>La langue est brute, cass\u00e9e, haletante. On lit comme on \u00e9coute un souffle qui s\u2019interrompt, reprend, repart. Rebeka Warrior \u00e9crit dans l\u2019urgence : phrases br\u00e8ves, listes, \u00e9clats de souvenirs, morceaux de journaux intimes. Elle convoque Sartre, Hesse, Guibert, Rousseau, \u00ab ces vieux philosophes cis, blancs et morts \u00bb dans lesquels, dit-elle avec ironie, elle se reconna\u00eet pourtant. On n\u2019est pas dans la litt\u00e9rature fa\u00e7onn\u00e9e : on est dans le corps-\u00e0-corps avec l\u2019indicible.<\/p>\n<p>Toutes les vies\u00a0est un roman lesbien. Pas par militantisme affich\u00e9, mais parce qu\u2019il inscrit enfin dans la langue l\u2019exp\u00e9rience d\u2019un amour entre femmes avec une intensit\u00e9 qu\u2019on ne peut plus taire. Rebeka Warrior ne travestit pas les pr\u00e9noms. Elle ne d\u00e9tourne pas l\u2019intime. Elle dit Pauline, elle dit leur lit, elle dit leur d\u00e9sir. Pour une g\u00e9n\u00e9ration de lectrices, cette parole a la force d\u2019un manifeste ; les amours de femmes ne sont pas en marge, elles sont au centre, \u00e9clatantes, indomptables. \u00ab Comme mes chansons, le livre est queer parce que je suis queer. Tout est politique donc je suis politique, mais je me revendique plus largement po\u00e9tesse \u00bb, confiait-elle r\u00e9cemment.<\/p>\n<p>Le roman ne s\u2019arr\u00eate pas au dernier souffle. Il plonge dans l\u2019apr\u00e8s : le soulagement honteux qui suit la fin d\u2019une trop longue agonie, le deuil impossible, la descente dans les gouffres de la d\u00e9pression. Rebeka Warrior d\u00e9crit l\u2019appel des drogues, la fuite en avant, la tentation de l\u2019effacement. Mais le texte, malgr\u00e9 sa noirceur, est travers\u00e9 de fulgurances : \u00e9clats d\u2019humour, instants de gr\u00e2ce, lueurs de spiritualit\u00e9. La m\u00e9ditation zen, les retraites silencieuses, l\u2019\u00e9criture comme discipline deviennent des gestes pour apprivoiser la douleur. \u00ab La vie est une chienne et tu dois la dresser \u00bb, \u00e9crit-elle avec une brutalit\u00e9 qui sonne comme un mantra.<\/p>\n<p>Certes, Toutes les vies n\u2019est pas exempt de maladresses stylistiques, notamment de tournures parfois maladroitement hach\u00e9es. Mais cette rugosit\u00e9 est aussi sa v\u00e9rit\u00e9. Loin d\u2019un roman polic\u00e9,\u00a0Toutes les vies\u00a0est un texte d\u2019instinct, d\u2019urgence, de survie.<\/p>\n<\/p>\n<p>Toutes les vies<\/p>\n<p>Rebeka Warrior<br \/>\u00c9ditions Stock, 288 p.<br \/>Parution : 20 ao\u00fbt 2025<br \/>Prix : 20,90 \u20ac<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Il y a des textes qui sentent l\u2019encre et le papier, et d\u2019autres qui sentent la sueur, le&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":325908,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1357],"tags":[1379,58,59,1011,27,1380],"class_list":{"0":"post-325907","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-livres","8":"tag-books","9":"tag-divertissement","10":"tag-entertainment","11":"tag-fr","12":"tag-france","13":"tag-livres"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/115046842646225575","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/325907","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=325907"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/325907\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/325908"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=325907"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=325907"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=325907"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}