{"id":326911,"date":"2025-08-18T11:01:12","date_gmt":"2025-08-18T11:01:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/326911\/"},"modified":"2025-08-18T11:01:12","modified_gmt":"2025-08-18T11:01:12","slug":"un-roman-glacant-et-necessaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/326911\/","title":{"rendered":"un roman gla\u00e7ant et n\u00e9cessaire"},"content":{"rendered":"<p><strong>Le Book Club de We Culte\/Rentr\u00e9e litt\u00e9raire 2025<\/strong>. Dans son nouveau roman <strong>\u00ab\u00a0P\u00e8re patrie\u00a0\u00bb<\/strong>,<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Thierry_Beinstingel\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"> <strong>Thierry Beinstingel<\/strong><\/a><strong> <\/strong>s\u2019aventure dans la fable politique. Autour de Joska, un vieillard v\u00e9n\u00e9r\u00e9, surveill\u00e9 et trahi et son fils Tibor, arriv\u00e9 au pouvoir en s\u2019appuyant sur l\u2019image du h\u00e9ros paternel, il d\u00e9cortique les m\u00e9canismes de l\u2019autorit\u00e9, parle de la filiation et des fractures du pouvoir. Gla\u00e7ant et n\u00e9cessaire\u00a0!<\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0P\u00e8re patrie\u00a0\u00bb : \u00c0 l\u2019heure o\u00f9 les d\u00e9mocraties chancellent et o\u00f9 les r\u00e9cits se font de plus en plus simplistes, Thierry Beinstingel choisit la fable dense, la parabole lente et gla\u00e7ante<\/strong><\/p>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"188\" height=\"300\" src=\"data:image\/svg+xml,%3Csvg%20xmlns=\" http:=\"\" alt=\"\" class=\"wp-image-48026\" style=\"width:276px;height:auto\" data-lazy-src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/pere-patrie.webp.webp\"\/>\u00ab\u00a0P\u00e8re patrie\u00a0\u00bb de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Thierry_Beinstingel\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><strong>Thierry Beinstingel<\/strong><\/a><strong> <\/strong>: un roman sur la folie du pouvoir : gla\u00e7ant et n\u00e9cessaire <\/p>\n<p>Il est l\u00e0, dans un fauteuil us\u00e9, dans un silence que seul brise le bruissement d\u2019un ska\u00ef fatigu\u00e9. Il s\u2019appelle Joska. Quatre-vingt-seize ans au compteur, la t\u00eate lourde et la m\u00e9moire vacillante. Pour s\u2019occuper de lui, il a Dolores, une ling\u00e8re, une cuisini\u00e8re, un jardinier, un secr\u00e9taire, quelques femmes de m\u00e9nage et des soldats pour le garder. L\u2019ancien h\u00e9ros de guerre n\u2019a plus grand-chose d\u2019un mythe. <\/p>\n<p>Sa l\u00e9gende tient d\u00e9sormais dans un uniforme d\u00e9cor\u00e9 et dans la propagande que son fils, Tibor, chef de l\u2019\u00c9tat, entretient \u00e0 coups de cam\u00e9ras de surveillance et d\u2019images pieuses. Car Joska n\u2019est plus un p\u00e8re, ni m\u00eame un homme\u202f: il est devenu un symbole. Il avait huit ans quand il s\u2019est retrouv\u00e9 au c\u0153ur des combats de la Seconde guerre mondiale et r\u00e9ussira \u2013 dans des circonstances tr\u00e8s particuli\u00e8res \u2013 \u00e0 s\u2019en sortir. Un sauvetage que tient du miracle et va le propulser h\u00e9ros national. Adul\u00e9 et soutenu par le pouvoir, il voit son aura grandir. Et comme un bonheur n\u2019arrive jamais seul, il fait la rencontre d\u2019Anke, la femme de sa vie.<\/p>\n<p>\u00ab Cette p\u00e9riode faste est \u00e0 son comble lorsque Anke met au monde son premier enfant le 15 juillet 1948, un fils pr\u00e9nomm\u00e9 Tibor. Elle a vingt-quatre ans et Joska est dans sa vingt-deuxi\u00e8me ann\u00e9e. Tibor sera rapidement confi\u00e9 \u00e0 une nourrice, l\u00e0 encore, cadeau du pr\u00e9sident \u00bb. Cinq ans plus tard une petite s\u0153ur baptis\u00e9e Pelaja et tr\u00e8s vite surnomm\u00e9e Peli vient agrandir le cercle familial. C\u2019est alors que deux drames surviennent, la mort de Peli et de sa m\u00e8re, entra\u00eenant Joska dans un \u00ab tunnel noir \u00bb.<\/p>\n<p>Soixante ans plus tard, des \u00e9l\u00e9ments \u00e9pars surgissent \u00ab\u00a0visions, odeurs, bruits ou paroles, gestes et h\u00e9sitations. Cela survient sans crier gare, sans qu\u2019il cherche \u00e0 convoquer ces sensations. (\u2026) \u00c7a le laisse toujours dans un \u00e9tat de d\u00e9tresse incroyable, dont la manifestation premi\u00e8re est une fatigue immense, l\u2019impression que sa t\u00eate est la boule d\u2019un bilboquet, tenue par un jongleur invisible et habile, r\u00e9ussissant chaque fois \u00e0 enfoncer la sph\u00e8re, chaque fois plus violemment sur la tige, semblable \u00e0 une pointe qui traverse son c\u0153ur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 Lena, la fille de Dolores, qui a pris la rel\u00e8ve durant la convalescence de sa m\u00e8re, et s\u2019est prise d\u2019affection pout le vieil homme, il a trouv\u00e9 une interlocutrice attentive. En attendant des nouvelles de son mari, parti au front pour une guerre aussi floue que lointaine, elle partage ses craintes avec Joska. Car quelque chose ne tourne pas rond dans le royaume de Tibor. L\u2019autorit\u00e9, le culte, la parano\u00efa semblent avoir atteint un point de non-retour.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Thierry_Beinstingel\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Thierry Beinstingel <\/a>d\u00e9ploie ce r\u00e9cit dans un d\u00e9cor imaginaire mais \u00e9trangement familier. Ce pays d\u2019Europe centrale o\u00f9 le pouvoir bascule lentement dans la folie pourrait \u00eatre n\u2019importe lequel. L\u2019essentiel n\u2019est pas l\u00e0. L\u2019essentiel est dans le lien qui se d\u00e9fait entre un p\u00e8re et son fils, dans cette trag\u00e9die muette o\u00f9 l\u2019amour filial devient instrument de pouvoir, et la m\u00e9moire, mati\u00e8re \u00e0 propagande.<\/p>\n<p>Le roman repose sur une tension lente, retenue. Joska se l\u00e8ve, avance, glisse, tombe, se redresse. Chaque geste devient combat, chaque effort une r\u00e9sistance minuscule. L\u2019\u00e2ge, ici, n\u2019est pas mis\u00e9rable\u202f: il est digne. Joska, s\u2019il n\u2019a plus la force d\u2019agir, garde celle de penser. Il se souvient d\u2019un cheval tenu par un licol, du souffle des naseaux sur son \u00e9paule. Il lit Cic\u00e9ron, De la R\u00e9publique, Des lois, pendant que son fils gouverne par la peur. <\/p>\n<p>Mais c\u2019est surtout dans le regard qu\u2019il porte sur Lena \u2013 et sur le tatouage de Louise Michel, puis sur celui, grotesque et mena\u00e7ant, d\u2019une sir\u00e8ne arm\u00e9e d\u2019une dague \u2013 que l\u2019on sent son vacillement. L\u2019Histoire, les id\u00e9aux, la violence\u202f: tout se confond dans ce corps vieilli.<\/p>\n<p>Ici, pas de r\u00e9volte spectaculaire. Juste un glissement. Un \u00e9touffement. Un soup\u00e7on qui prend corps. Le soldat qui ne regarde pas l\u2019\u00e9cran au moment crucial. Et cette vieille maison, transform\u00e9e en prison dor\u00e9e, o\u00f9 l\u2019on fume sous un puits de lumi\u00e8re.<\/p>\n<p>Ce roman parle du pouvoir, bien s\u00fbr, mais aussi du corps, de ce qu\u2019il reste quand tout vacille. Il parle de la vieillesse comme ultime champ de bataille. Il parle des silences paternels, de l\u2019aveuglement, de ce moment o\u00f9 un p\u00e8re comprend que son fils est devenu un tyran. Il parle, enfin, de ce que l\u2019on transmet malgr\u00e9 soi. Et c\u2019est sans doute l\u00e0 que P\u00e8re patrie frappe le plus fort.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019heure o\u00f9 les d\u00e9mocraties chancellent et o\u00f9 les r\u00e9cits se font de plus en plus simplistes, Thierry Beinstingel choisit la fable dense, la parabole lente et gla\u00e7ante. Il dit peu, mais il dit juste. Et dans cette langue contenue, dans cette atmosph\u00e8re presque feutr\u00e9e, r\u00e9sonne une inqui\u00e9tude sourde, obstin\u00e9e, qui nous suit longtemps apr\u00e8s la derni\u00e8re page.<\/p>\n<p><strong>Henri-Charles Dahlem<\/strong><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"872\" height=\"1024\" src=\"data:image\/svg+xml,%3Csvg%20xmlns=\" http:=\"\" alt=\"Henri-Charles Dahlem\" class=\"wp-image-47007\" style=\"width:115px;height:auto\" data-lazy-src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Henri-Charles-Dahlem-872x1024.jpg\"\/><\/p>\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>Retrouvez cet article ainsi que l\u2019ensemble des chroniques litt\u00e9raires de Henri-Charles Dahlem sur le site<\/strong>\u00a0<strong><a href=\"https:\/\/collectiondelivres.wordpress.com\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Collection de livres<\/a><\/strong><\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>\u00c0 propos de l\u2019auteur<\/strong><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"432\" src=\"data:image\/svg+xml,%3Csvg%20xmlns=\" http:=\"\" alt=\"\" class=\"wp-image-48022\" style=\"width:496px;height:auto\" data-lazy- data-lazy- data-lazy-src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/beinstingel_thierry_dr.webp.webp\"\/>Thierry Beinstingel \u00a9 Photo DR<\/p>\n<p>\u00c9crivain reconnu pour ses explorations du monde du travail et des enjeux soci\u00e9taux,\u00a0<a href=\"https:\/\/www.feuillesderoute.net\/bio2.htm\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Thierry Beinstingel<\/a>\u00a0est l\u2019auteur de nombreux romans.\u00a0Ils d\u00e9sertent\u00a0(2012) lui a valu le Prix Eug\u00e8ne Dabit du roman populiste ainsi que le Prix Jean Amila-Meckert. \u00c0 travers ses \u0153uvres, il interroge les tensions sociales et politiques de nos soci\u00e9t\u00e9s contemporaines. (Source : \u00c9ditions Fayard)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Le Book Club de We Culte\/Rentr\u00e9e litt\u00e9raire 2025. 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