{"id":331051,"date":"2025-08-20T07:17:11","date_gmt":"2025-08-20T07:17:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/331051\/"},"modified":"2025-08-20T07:17:11","modified_gmt":"2025-08-20T07:17:11","slug":"le-reve-des-scientifiques-enfin-devenu-realite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/331051\/","title":{"rendered":"le r\u00eave des scientifiques enfin devenu r\u00e9alit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>L\u2019id\u00e9e de lire dans les pens\u00e9es est un concept qui a longtemps<strong> fascin\u00e9 les esprits les plus rationnels de nos civilisations<\/strong>.\u00a0Vers 375 av. J.-C., dans La R\u00e9publique, Platon imaginait d\u00e9j\u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 id\u00e9ale o\u00f9 les gardiens acc\u00e9daient \u00e0 une forme de v\u00e9rit\u00e9 int\u00e9rieure, par-del\u00e0 les mots. \u00c0 la fin du XVIII\u1d49 si\u00e8cle, le m\u00e9decin Franz Joseph Gall proposa une lecture physiologique de l\u2019esprit \u00e0 travers la phr\u00e9nologie, persuad\u00e9 que les bosses du cr\u00e2ne refl\u00e9taient les aptitudes mentales. Une th\u00e9orie qui fut rapidement discr\u00e9dit\u00e9e, mais r\u00e9v\u00e9latrice d\u2019un besoin irr\u00e9pressible de visualiser ce qui n\u2019\u00e9tait pas visible.<\/p>\n<p>\u00c0 partir des ann\u00e9es 1950, des chercheurs comme Warren McCulloch ou John von Neumann commenc\u00e8rent \u00e0 comparer <a href=\"https:\/\/www.presse-citron.net\/des-scientifiques-de-chez-google-ont-cartographie-le-cerveau-avec-une-precision-inegalee\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">le cerveau<\/a> humain \u00e0 une machine. Peu \u00e0 peu, l\u2019id\u00e9e de d\u00e9crypter la pens\u00e9e humaine quitta le domaine de la science-fiction et de la sp\u00e9culation pour devenir <strong>un v\u00e9ritable objet d\u2019\u00e9tude scientifique<\/strong>.<\/p>\n<p>Plus de 75 ans plus tard, ce vieux fantasme de l\u2019humanit\u00e9 s\u2019est concr\u00e9tis\u00e9. \u00c0 Stanford, une \u00e9quipe de neuroscientifiques est parvenue \u00e0 restituer sous forme de parole synth\u00e9tique des mots simplement imagin\u00e9s par des patients paralys\u00e9s, gr\u00e2ce \u00e0 une interface cerveau-ordinateur (comparable \u00e0 celles fabriqu\u00e9es par <a href=\"https:\/\/www.presse-citron.net\/comment-fonctionne-la-technologie-revolutionnaire-qui-se-cache-derriere-neuralink\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">l\u2019entreprise Neuralink<\/a>) entra\u00een\u00e9e \u00e0 reconna\u00eetre les sch\u00e9mas d\u2019activit\u00e9 neuronale associ\u00e9s \u00e0 la parole int\u00e9rieure. Leur \u00e9tude a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e le 14 ao\u00fbt dans <a href=\"https:\/\/www.cell.com\/cell\/fulltext\/S0092-8674(25)00681-6\" target=\"_blank\" rel=\"false noopener nofollow\">la revue<\/a> Cell\u00a0et repr\u00e9sente finalement le tout premier pas vers<strong> la restitution fid\u00e8le du langage\u2026 par la pens\u00e9e seule<\/strong>.<\/p>\n<p> D\u00e9coder le silence\u00a0: une IA transforme la pens\u00e9e en parole <\/p>\n<p>Jusqu\u2019\u00e0 l\u2019arriv\u00e9e de ces travaux, les seules interfaces capables de redonner une voix aux personnes priv\u00e9es de la parole exploitaient les signaux moteurs \u00e9mis par le cerveau<strong> lorsqu\u2019un patient tentait physiquement de parler<\/strong>. M\u00eame sans qu\u2019un son ne soit \u00e9mis par ce dernier. Cela impliquait n\u00e9cessairement de d\u00e9tecter les instructions envoy\u00e9es aux muscles de la bouche, de la langue ou des cordes vocales via le cortex moteur.<\/p>\n<p>Dans cette \u00e9tude, quatre patients lourdement paralys\u00e9s ; atteints de scl\u00e9rose lat\u00e9rale amyotrophique (SLA) ou victimes d\u2019un AVC du tronc c\u00e9r\u00e9bral ; ont \u00e9t\u00e9 <strong>capables de communiquer sans faire le moindre effort moteur<\/strong>. Comment\u00a0? Gr\u00e2ce \u00e0 un r\u00e9seau d\u2019\u00e9lectrodes qu\u2019on leur a implant\u00e9 dans le cortex moteur, la r\u00e9gion du cerveau qui contr\u00f4le la parole. Les implants utilis\u00e9s sont issus d\u2019un consortium baptis\u00e9 BrainGate, un programme de recherche collaboratif r\u00e9unissant plusieurs universit\u00e9s et h\u00f4pitaux am\u00e9ricains sp\u00e9cialis\u00e9s dans les interfaces cerveau-machine.<\/p>\n<p>Ces \u00e9lectrodes ont permis de capter directement l\u2019activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale li\u00e9e \u00e0 la parole int\u00e9rieure, <strong>les mots form\u00e9s mentalement par les quatre patients<\/strong>, sans qu\u2019ils n\u2019aient \u00e0 bouger ou \u00e0 tenter de prononcer quoi que ce soit.<\/p>\n<p>Une fois les \u00e9lectrodes implant\u00e9es, les chercheurs ont enregistr\u00e9 l\u2019activit\u00e9 neuronale lorsque les participants tentaient de parler ou imaginaient simplement des mots. Ils ont ensuite entra\u00een\u00e9 une intelligence artificielle \u00e0 rep\u00e9rer les sch\u00e9mas associ\u00e9s \u00e0 chaque phon\u00e8me (les plus petites unit\u00e9s sonores du langage, comme \u00ab\u00a0ba\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0ka\u00a0\u00bb). En combinant ces \u00e9l\u00e9ments, <strong>le syst\u00e8me a r\u00e9ussi \u00e0 reconstruire des phrases enti\u00e8res<\/strong>.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 l\u2019intensit\u00e9 plus faible des signaux neuronaux g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par la parole int\u00e9rieure par rapport \u00e0 ceux produits lors d\u2019une tentative de parole, les mod\u00e8les d\u2019IA ont r\u00e9ussi \u00e0 identifier suffisamment de motifs c\u00e9r\u00e9braux distincts pour reconstituer des phrases. Le syst\u00e8me a ainsi atteint <strong>un taux de reconnaissance correct des mots allant jusqu\u2019\u00e0 74\u00a0%<\/strong> en temps r\u00e9el\u00a0!<\/p>\n<p> Une technologie puissante, mais intrusive par nature <\/p>\n<p>Cette r\u00e9ussite sur quatre patients est porteuse d\u2019espoir pour les millions de personnes dans le monde concern\u00e9es par des maladies invalidantes les privant de parole, c\u2019est indubitable. Elle s\u2019accompagne n\u00e9anmoins d\u2019autres questions, qui versent tant du c\u00f4t\u00e9 d<strong>e l\u2019\u00e9thique que de la philosophie<\/strong>. Que se passe-t-il si l\u2019interface enregistre des pens\u00e9es que l\u2019utilisateur ne voulait pas formuler\u00a0? Peut-on r\u00e9ellement se projeter dans un monde futur dans lequel la fronti\u00e8re entre la pens\u00e9e et la parole est dissolue\u00a0?<\/p>\n<p>Lors des essais men\u00e9s \u00e0 Stanford, l\u2019interface a parfois d\u00e9tect\u00e9 des mots ou des chiffres que les participants n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 explicitement invit\u00e9s \u00e0 imaginer, comme lorsqu\u2019ils comptaient mentalement des formes \u00e0 l\u2019\u00e9cran. Des pens\u00e9es \u00ab\u00a0parasites\u00a0\u00bb qui remontaient \u00e0 la surface ; <strong>un ph\u00e9nom\u00e8ne que les chercheurs n\u2019ont pas encore bien compris<\/strong>, mais qu\u2019ils ont souhait\u00e9 endiguer directement.<\/p>\n<p>Pour pr\u00e9venir toute lecture de pens\u00e9es que l\u2019utilisateur n\u2019a pas l\u2019intention d\u2019exprimer, les chercheurs ont ainsi con\u00e7u un syst\u00e8me de \u00ab\u00a0cadenassage mental\u00a0\u00bb. Le dispositif est bloqu\u00e9 et reste inactif tant que la personne<strong> n\u2019a pas d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment pens\u00e9 \u00e0 une phrase<\/strong>, utilis\u00e9e comme une esp\u00e8ce de mot de passe.<\/p>\n<p>Dans l\u2019exp\u00e9rience, cette phrase \u00e9tait \u00ab\u00a0chitty chitty bang bang\u00a0\u00bb. Tant que celle-ci n\u2019\u00e9tait pas mentalement prononc\u00e9e, le syst\u00e8me refusait de d\u00e9coder les pens\u00e9es internes. Cette solution <strong>s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e efficace dans 98\u00a0% des cas<\/strong>, emp\u00eachant l\u2019interface d\u2019interpr\u00e9ter des pens\u00e9es non intentionnelles.<\/p>\n<p>L\u2019objectif de ces chercheurs n\u2019est heureusement pas de lire dans les pens\u00e9es, mais bien de <strong>redonner une voix \u00e0 ceux qui n\u2019en ont plus<\/strong>. \u00ab\u00a0Ce travail donne un v\u00e9ritable espoir que les interfaces cerveau-ordinateur puissent un jour restaurer une communication aussi fluide, naturelle et confortable qu\u2019une conversation orale\u00a0\u00bb, estime Frank Willett, neuroscientifique et professeur adjoint de neurochirurgie \u00e0 Stanford, co-auteur de l\u2019\u00e9tude. Cette r\u00e9alit\u00e9 n\u2019est certainement pas pour demain, <strong>nous devrons encore attendre bien des ann\u00e9es<\/strong> avant que ce genre de technologie se d\u00e9mocratise, mais, cette avanc\u00e9e, bien que balbutiante, <strong>nous prouve d\u00e9j\u00e0 que c\u2019est r\u00e9alisable<\/strong>.<\/p>\n<ul class=\"tldr\">\n<li>Des chercheurs de Stanford ont r\u00e9ussi \u00e0 interpr\u00e9ter des mots imagin\u00e9s par des personnes paralys\u00e9es en analysant leur activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale.<\/li>\n<li>L\u2019exp\u00e9rience repose sur un implant dans le cerveau et une IA entra\u00een\u00e9e \u00e0 identifier les sons mentaux form\u00e9s int\u00e9rieurement.<\/li>\n<li>Un syst\u00e8me de s\u00e9curit\u00e9 emp\u00eache toute lecture non souhait\u00e9e, mais soul\u00e8ve d\u00e9j\u00e0 des questions \u00e9thiques majeures.<\/li>\n<\/ul>\n<blockquote>\n<p class=\"text-base text-neutral-700 dark:text-neutral-300\">\ud83d\udccd Pour ne manquer aucune actualit\u00e9 de Presse-citron, suivez-nous sur <a href=\"https:\/\/news.google.com\/publications\/CAAqBggKMIPiNTC70wU?hl=fr&amp;gl=FR&amp;ceid=FR%3Afr\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\">Google Actualit\u00e9s<\/a> et <a href=\"https:\/\/whatsapp.com\/channel\/0029VaCkGuz4NViitBXbEr0b\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\">WhatsApp<\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"L\u2019id\u00e9e de lire dans les pens\u00e9es est un concept qui a longtemps fascin\u00e9 les esprits les plus rationnels&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":331052,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[10],"tags":[231,1011,27,72,224,71,43],"class_list":{"0":"post-331051","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-sante","8":"tag-cerveau","9":"tag-fr","10":"tag-france","11":"tag-health","12":"tag-medecine","13":"tag-sante","14":"tag-science"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/115059873838418318","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/331051","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=331051"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/331051\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/331052"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=331051"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=331051"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=331051"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}