{"id":335637,"date":"2025-08-22T07:07:10","date_gmt":"2025-08-22T07:07:10","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/335637\/"},"modified":"2025-08-22T07:07:10","modified_gmt":"2025-08-22T07:07:10","slug":"rentree-litteraire-2025-avec-tu-cherches-quoi-adrien-le-bot-cartographie-les-desirs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/335637\/","title":{"rendered":"Rentr\u00e9e litt\u00e9raire 2025 : Avec \u201cTu cherches quoi ?\u201d, Adrien Le Bot cartographie les d\u00e9sirs"},"content":{"rendered":"<p>Dans son premier roman d\u2019une originalit\u00e9 folle, Adrien Le Bot donne la parole \u00e0 des hommes qui fr\u00e9quentent les lieux de drague gay. Rencontre avec l\u2019auteur en terre bretonne, o\u00f9 il vit.<\/p>\n<p>Adrien Le Bot est venu d\u2019assez loin (une\u00a0grosse centaine de kilom\u00e8tres) pour rallier en voiture le Finist\u00e8re extr\u00eame, o\u00f9 il a accept\u00e9 de nous rencontrer, depuis la\u00a0petite ville du Morbihan o\u00f9 il\u00a0habite. Un beau gar\u00e7on mince et d\u00e9ploy\u00e9, d\u2019une petite trentaine d\u2019ann\u00e9es, qui dans un\u00a0premier temps cache ses yeux verts derri\u00e8re des lunettes noires.<\/p>\n<p>Il dit que c\u2019est son premier entretien et qu\u2019il n\u2019aime pas les\u00a0choses trop formelles. Il est servi\u00a0: une petite librairie dudit Finist\u00e8re extr\u00eame sert de structure d\u2019accueil. Pour parler, mais d\u2019abord d\u00e9jeuner \u00e0\u00a0la\u00a0fra\u00eeche et au\u00a0calme, la librairie \u00e9tant aussi un caf\u00e9. La\u00a0gentille serveuse s\u2019emm\u00eale un peu les\u00a0pinceaux dans les\u00a0commandes et \u00e7a fait sourire Adrien Le\u00a0Bot, qui garantit que cette p\u00e9rip\u00e9tie n\u2019a \u00e0\u00a0ses yeux aucune importance.<\/p>\n<p>Et voil\u00e0 qu\u2019il nous apprend tout \u00e0\u00a0trac qu\u2019il n\u2019est pas du tout \u00e9crivain mais architecte, dipl\u00f4m\u00e9 de l\u2019\u00e9cole nationale sup\u00e9rieure d\u2019architecture de Nantes. Pourtant, il publie un livre. Quel rapport\u2009? Sa th\u00e8se de doctorat portait sur certains territoires clandestins de notre pays, et singuli\u00e8rement des lieux de drague en Bretagne. Ce travail a pris entre autres l\u2019allure d\u2019une bo\u00eete \u00e0 d\u00e9plier sous la forme d\u2019une combinatoire qui liait po\u00e9sie, th\u00e9\u00e2tre et litt\u00e9rature.<\/p>\n<p>\u201cIl s\u2019agissait pour moi d\u2019inventer des nouveaux outils de recherche du c\u00f4t\u00e9 des arts plastiques. Dans ce travail, l\u2019\u00e9criture n\u2019\u00e9tait pas majeure, presque un accident.\u201d Au\u00a0fil du\u00a0temps, l\u2019accident prend de plus en plus de place. Environ quatre\u00a0ans de recherches. \u201cJ\u2019ai consacr\u00e9 toute cette p\u00e9riode \u00e0\u00a0arpenter des lieux de drague, fr\u00e9quent\u00e9s par des hommes, autour de chez moi. Une zone famili\u00e8re. J\u2019essayais d\u2019\u00eatre le\u00a0plus pr\u00e8s possible d\u2019une posture intime, comme noy\u00e9 dans mes habitudes. Une recherche habit\u00e9e pour partager \u00e0\u00a0mon tour ce territoire.\u201d<\/p>\n<p>Le\u00a0r\u00e9sultat est un livre titr\u00e9 Tu cherches quoi\u2009?, qui a pris la\u00a0forme d\u2019une collection de verbatim, de t\u00e9moignages qui parlent d\u2019une autre fa\u00e7on d\u2019habiter le\u00a0monde et de s\u2019imaginer pour quelques heures qu\u2019on pourrait vivre autrement. Adrien\u00a0Le\u00a0Bot tique sur le mot \u201ct\u00e9moignage\u201d. \u201cCe n\u2019est pas de\u00a0la\u00a0sociologie. Ma m\u00e9thodologie pour r\u00e9colter des propos, plus cueillis que recueillis, comporte une part importante de fiction. C\u2019est\u00a0une galerie de personnages romanesques, et pour \u0153uvrer je me suis moi-m\u00eame invent\u00e9 des figures qui, je crois, troublent une\u00a0recherche qui sinon aurait vers\u00e9 dans l\u2019acad\u00e9misme.\u201d\u00a0<\/p>\n<p>Quelles figures\u2009? \u201cLe\u00a0personnage du pisseur o\u00f9 le\u00a0sexe exhib\u00e9 sert d\u2019app\u00e2t. Le\u00a0personnage du petit jeune, un candide qui demande aux\u00a0\u2018anciens\u2019 les\u00a0coutumes des lieux de drague. Ou encore celui du\u00a0gar\u00e7on press\u00e9, qui passe par hasard, qui marche vite, qui\u00a0n\u2019a pas le\u00a0temps de s\u2019attarder. C\u2019est surtout cette c\u00e9l\u00e9rit\u00e9\u00a0que j\u2019ai voulu exprimer dans l\u2019\u00e9criture, aussi br\u00e8ve et concise qu\u2019une\u00a0rencontre fortuite.\u201d<\/p>\n<p>Ruralit\u00e9 \u00e9rotique<\/p>\n<p>On se demande si dans ces lieux de maraude, dont l\u2019auteur\u00a0affirme qu\u2019ils sont plus nombreux en France que les\u00a0supermarch\u00e9s ou les\u00a0McDo, il n\u2019a jamais eu peur. \u201cJ\u2019adore me promener la\u00a0nuit dans les\u00a0for\u00eats. Au\u00a0fil de mes rencontres, quand\u00a0\u00e7a devenait un peu limite ou, plus prosa\u00efquement, ennuyeux, je disais que j\u2019\u00e9tais chercheur. \u00c7a refermait instantan\u00e9ment toutes les\u00a0portes.\u201d<\/p>\n<p>Ces lieux de drague \u00e9tant tr\u00e8s majoritairement des\u00a0espaces d\u2019hommes entre eux, la\u00a0question se pose de leur \u201csp\u00e9cialisation\u201d. \u201cL\u2019homosexualit\u00e9\u00a0n\u2019est pas le\u00a0sujet de fond de\u00a0mon livre. Ce qui m\u2019int\u00e9resse, c\u2019est le\u00a0rapport au\u00a0territoire, l\u2019imaginaire qu\u2019on y d\u00e9veloppe fortuitement, les\u00a0strat\u00e9gies de d\u00e9ambulation qu\u2019on y d\u00e9ploie\u2009; c\u2019est une multiplicit\u00e9 o\u00f9 chaque facette change constamment de lumi\u00e8re \u2013\u00a0cela dit pour contrarier un\u00a0brin ce qu\u2019on appelle la \u2018gaytitude\u2019 qui nous coince entre deux\u00a0dogmatismes. <\/p>\n<p>D\u2019une part, celui des LGBTQIA+ manifestes, en tr\u00e8s grande partie forg\u00e9 sur un mod\u00e8le urbain \u2013\u00a0la\u00a0fiert\u00e9, l\u2019identit\u00e9 et tout le\u00a0tintouin marketing qui peut en d\u00e9couler\u00a0\u2013, et de l\u2019autre, un dogmatisme nettement plus r\u00e9pugnant, qui peu \u00e0\u00a0peu fait son nid dans les\u00a0discours d\u2019extr\u00eame droite, qui non seulement ne disqualifient presque plus les\u00a0gays mais en font des compagnons de\u00a0route sur le\u00a0th\u00e8me, que je n\u2019invente pas, de \u2018l\u2019homo-nationalisme\u2019. Entre ces deux p\u00f4les, j\u2019ai d\u00e9couvert une sorte de ruralit\u00e9 \u00e9rotique qui\u00a0s\u2019ancre dans la r\u00e9alit\u00e9 de pratiques nettement plus troubles et\u00a0fluides. J\u2019ai crois\u00e9 des hommes mari\u00e9s et p\u00e8res de famille, qui\u00a0venaient de classes sociales tr\u00e8s diff\u00e9rentes, en gros du prolo au\u00a0bourgeois.\u201d<\/p>\n<p>Avec une case vide majeure, les\u00a0femmes. \u201cPas\u00a0d\u2019accord. Dans tous ces r\u00e9cits, la\u00a0femme est partout et nulle part. Beaucoup d\u2019hommes rencontr\u00e9s m\u2019ont dit \u2018je viens ici pour chercher des nanas\u2019. Et ils tombent sur des hommes qui remplacent les femmes, jusqu\u2019\u00e0 se parer de leurs v\u00eatements ou sous-v\u00eatements. Autant dire une repr\u00e9sentation tr\u00e8s masculine de la\u00a0f\u00e9minit\u00e9, sur fond souvent d\u2019une mis\u00e8re sexuelle intense.\u201d<\/p>\n<p>Explorer sa nature<\/p>\n<p>Dans le dispositif des lieux de drague, le plein air est-il un \u00e9l\u00e9ment important\u2009? \u201cFondamental\u2009! Le\u00a0rapport \u00e0\u00a0la\u00a0nature, au\u00a0vent, aux\u00a0arbres, aux\u00a0animaux qui s\u2019affairent la\u00a0nuit, des oiseaux, des sangliers. Il y a des dragueurs noctambules qui viennent avec leur chien. Certes comme pr\u00e9texte pour s\u2019absenter \u2013\u00a0faire pisser le\u00a0clebs\u00a0\u2013, mais aussi pour fomenter un duo homme-animal. J\u2019ai\u00a0connu un type qui vocalisait avec son chien. Dans la\u00a0nature, on\u00a0explore sa propre nature, on tisse un lien entre la\u00a0topographie d\u2019un lieu et la\u00a0g\u00e9ographie de ses d\u00e9sirs. Moi-m\u00eame, il\u00a0a fallu que\u00a0j\u2019adapte mon emploi du temps \u2013\u00a0boulot, courses au\u00a0supermarch\u00e9, soir\u00e9es entre amis\u00a0\u2013 pour y int\u00e9grer mes \u00e9chapp\u00e9es nocturnes. J\u2019y\u00a0pensais tout le\u00a0temps. \u2018Tiens, la nuit est belle, et si avant de rentrer chez moi, je faisais un petit crochet\u2026\u2019\u201d<\/p>\n<p>Adrien Le Bot \u00e9tant le\u00a0narrateur des autres, se sent-il plus qualifi\u00e9\u2009? \u201cMon but n\u2019est pas de faire parler des gens qui ne parlent pas ou d\u2019\u00eatre leur porte-parole. D\u2019o\u00f9 la relative mise en fiction de\u00a0leurs propos. Je me sens comme le\u00a0cartographe de leurs pulsions, le\u00a0metteur en sc\u00e8ne de leurs personnages, plus que le biographe de\u00a0leur personne.\u201d Il nous vient \u00e0\u00a0cet \u00e9gard que Tu cherches quoi\u2009? pourrait devenir une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n<p>Au fait, pourquoi ce\u00a0titre\u2009? \u201cC\u2019est la\u00a0premi\u00e8re question qu\u2019on me posait lors de mes\u00a0rencontres. C\u2019est une question un peu innocente. On cherche, je\u00a0cherche, quelque chose, mais quoi\u2009? C\u2019est aussi une question dont j\u2019aimerais qu\u2019elle se retourne vers mon lectorat. Qu\u2019est-ce qui alimente votre curiosit\u00e9\u2009? Qu\u2019est-ce qui vous d\u00e9range dans toutes ces\u00a0histoires, qu\u2019est-ce qui vous fait r\u00eaver\u2009? C\u2019est un r\u00e9cit en\u00a0marge. La\u00a0marge, disait Godard, c\u2019est ce qui fait tenir les pages d\u2019un livre.\u201d<\/p>\n<p><strong>Tu cherches quoi ? d\u2019Adrien Le Bot (Allia\/\u201cPetite Collection\u201d), 128 p., 10\u2009<\/strong>\u20ac<strong>. En librairie le 22 ao\u00fbt.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Dans son premier roman d\u2019une originalit\u00e9 folle, Adrien Le Bot donne la parole \u00e0 des hommes qui fr\u00e9quentent&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":335638,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1357],"tags":[1379,8716,58,59,1011,27,1380],"class_list":{"0":"post-335637","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-livres","8":"tag-books","9":"tag-cafeyn","10":"tag-divertissement","11":"tag-entertainment","12":"tag-fr","13":"tag-france","14":"tag-livres"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/115071159122929878","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/335637","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=335637"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/335637\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/335638"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=335637"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=335637"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=335637"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}