{"id":336864,"date":"2025-08-22T19:28:12","date_gmt":"2025-08-22T19:28:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/336864\/"},"modified":"2025-08-22T19:28:12","modified_gmt":"2025-08-22T19:28:12","slug":"le-sel-ca-conserve-et-puis-mon-petit-verre-de-vin-midi-et-soir-a-94-ans-leon-doderot-raconte-sa-vie-de-pecheur-au-brusc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/336864\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Le sel, \u00e7a conserve, et puis mon petit verre de vin, midi et soir&#8230;\u00a0\u00bb: \u00e0 94 ans, L\u00e9on Doderot raconte sa vie de p\u00eacheur au Brusc"},"content":{"rendered":"<p data-start=\"196\" data-end=\"410\">L\u00e9on Doderot est n\u00e9 dans la maison o\u00f9 il vit encore. Ou presque : la demeure familiale fut d\u00e9truite par les Allemands pendant la guerre. \u00ab\u00a0Mais qu\u2019importe, ce sont eux qui ont pay\u00e9 la reconstruction\u00a0\u00bb, glisse-t-il.<\/p>\n<p data-start=\"412\" data-end=\"1000\">L\u2019histoire commence \u00e0 la fin du XVIIIe si\u00e8cle, quand son arri\u00e8re-arri\u00e8re-grand-p\u00e8re, venu d\u2019Italie, s\u2019installe au Brusc pour sa mer poissonneuse. Depuis, de p\u00e8re en fils, chacun a repris les filets. L\u00e9on ne fait pas exception. \u00c0 14 ans d\u00e9j\u00e0, il embarque, en attendant l\u2019\u00e2ge l\u00e9gal pour travailler \u00e0 plein temps. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, le Brusc vivait au rythme des prises. \u00ab\u00a0Il y avait une cinquantaine de p\u00eacheurs, et chacun poss\u00e9dait plusieurs bateaux\u00a0\u00bb, raconte-t-il. \u00ab\u00a0Dans le port, les rares plaisanciers se comptaient sur les doigts d\u2019une main. La mer \u00e9tait une \u00e9conomie, une vie, une fiert\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>              <img ci-src=\"https:\/\/www.varmatin.com\/temoignage\/71d167baa5a8665d129d16v_01217660-mLZkdULY.png?vh=e50a18&amp;ci_seal=3189710762\" alt=\"\"\/><br \/>\n        En 1987, L\u00e9on Doderot, ami proche de Bernard Herrero, lui lan\u00e7a un d\u00e9fi dans les vestiaires: \u00ab\u00a0Si tu gagnes la coupe de France, tu viens manger la bouillabaisse de ma femme.\u00a0\u00bb Quelques semaines plus tard, apr\u00e8s le titre du RCT, ce n\u2019est pas un invit\u00e9 qui d\u00e9barqua mais toute l\u2019\u00e9quipe. <strong>Photo DR.<\/strong> <\/p>\n<p data-start=\"412\" data-end=\"1000\">Une tonne de sardines dans les filets<\/p>\n<p data-start=\"1049\" data-end=\"1512\">Son plus grand souvenir? Un 5 janvier de mistral. Avec un ami, il remonte une tonne de sardines dans ses filets. Le bateau, charg\u00e9 \u00e0 ras de l\u2019eau, laissait se perdre une partie des poissons dans le roulis, happ\u00e9e par la mer. Mais \u00e0 quai, l\u2019\u00e9quipe s\u2019est mise \u00e0 l\u2019ouvrage: de 9h \u00e0 17h, ils ont d\u00e9maillot\u00e9 sans rel\u00e2che, \u00e9paul\u00e9s par d\u2019autres p\u00eacheurs venus pr\u00eater main-forte. Tout fut vendu \u00e0 0,70 centime d\u2019ancien franc. \u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait un joli pactole\u00a0\u00bb, sourit L\u00e9on.<\/p>\n<p data-start=\"1514\" data-end=\"2042\">\u201cLes fonds \u00e9taient pleins de poissons, des sardines bien charnues. On avait tant de choix que, quand on prenait des poulpes, on les rejetait. Personne n\u2019en voulait! On les faisait parfois griller pour app\u00e2ter les congres et les mur\u00e8nes. On jetait des caisses et des caisses&#8230; et maintenant \u00e7a se vend \u00e0 prix d\u2019or. Un truc de pieds-noirs, peut-\u00eatre?\u201d\u00a0\u201cAujourd\u2019hui, il n\u2019y a plus grand-chose\u201d, soupire L\u00e9on. \u201cSans plancton, les poissons n\u2019ont plus de quoi manger. La seule p\u00eache qui marche encore, c\u2019est celle du fond.\u201d<\/p>\n<p data-start=\"1514\" data-end=\"2042\">D\u00e9mailloter les filets, un geste ancestral<\/p>\n<p data-start=\"2096\" data-end=\"2498\">Le m\u00e9tier a chang\u00e9, les outils aussi. Autrefois, c\u2019\u00e9tait tout un rituel. Les filets devaient \u00eatre sortis de l\u2019eau, \u00e9tendus au soleil pour s\u00e9cher, puis, tous les quinze jours, on les plongeait dans de grandes marmites o\u00f9 bouillait l\u2019\u00e9corce de pin. La r\u00e9sine p\u00e9n\u00e9trait les fibres et formait une protection naturelle contre l\u2019usure du sel et de la mer. Une odeur de for\u00eat se m\u00ealait alors \u00e0 celle du large.<\/p>\n<p data-start=\"2500\" data-end=\"2790\">L\u00e9on a pris sa retraite lorsque Mitterrand est arriv\u00e9 au pouvoir. Mais chaque \u00e9t\u00e9, il reprenait la mer, vendant encore ses prises comme autrefois. Plus tard, il se contenta d\u2019aider les autres, jusqu\u2019\u00e0 ses 92 ans, assis devant sa maison \u00e0 d\u00e9mailloter les filets, fid\u00e8le \u00e0 ce geste ancestral.<\/p>\n<p data-start=\"2792\" data-end=\"3158\">Aujourd\u2019hui, \u00e0 94 ans, il a d\u00fb poser les mains, vaincu par l\u2019arthrose. Mais son humour, lui, reste intact. \u00c0 qui lui demande le secret de sa long\u00e9vit\u00e9, il r\u00e9pond sans h\u00e9siter:\u00a0\u00ab\u00a0Comme pour les anchois! Le sel, \u00e7a conserve!\u00a0\u00bb\u00a0Avant d\u2019ajouter: \u00ab\u00a0Et puis mon petit verre de vin, midi et soir peut-\u00eatre&#8230; Vous ne voudriez quand m\u00eame pas que je mange \u00e0 l\u2019eau?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>              <img ci-src=\"https:\/\/www.varmatin.com\/temoignage\/b5c97ca4a5a8679c9bdc97v_01217657-UsU3pRR6-version-2189b8-ZluzMqOf.jpg?vh=8a89e7&amp;ci_seal=66a2bbee45\" alt=\"\"\/><br \/>\n        Mimi Doderot aux fourneaux, en pleine pr\u00e9paration de sa c\u00e9l\u00e8bre bouillabaisse pour r\u00e9galer toute la bande du RCT de Bernard Herrero.  <strong>Photo DR.<\/strong> <\/p>\n<p>            Mimi, 40 ans \u00e0 vendre le go\u00fbt de la mer<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La mer, c\u2019est une belle vie\u00a0\u00bb, affirme Mimi Doderot. Derri\u00e8re cette phrase simple se cache tout un monde, celui des femmes de p\u00eacheurs qui, dans l\u2019ombre des hommes partis au large, ont fa\u00e7onn\u00e9 \u00e0 leur mani\u00e8re l\u2019histoire d\u2019un village et le souvenir d\u2019une \u00e9poque.<\/p>\n<p>Mimi se souvient encore de Berthe, la grand-m\u00e8re de son mari L\u00e9on. Une silhouette famili\u00e8re des rues du Brusc, que l\u2019on voyait chaque matin pousser sa brouette charg\u00e9e de poissons. Elle partait loin dans les terres, frappant aux portes pour proposer la p\u00eache du jour. Toujours \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, une balance, outil modeste mais essentiel, que Mimi a pr\u00e9cieusement conserv\u00e9. Quand L\u00e9on a pris la suite, les temps avaient chang\u00e9. Le camion de Toulon emportait d\u00e8s l\u2019aube le plus gros de la p\u00eache, et, bient\u00f4t, les premiers r\u00e9frig\u00e9rateurs ont boulevers\u00e9 les habitudes. Deux poissonneries ouvrirent au Brusc. Mais vendre aux poissonniers signifiait c\u00e9der son travail \u00e0 moiti\u00e9 prix. Alors, Mimi choisit une autre voie : celle du lien direct avec les habitants.<\/p>\n<p>Pendant quarante ans, elle sillonna les quartiers voisins avec sa voiture, proposant ses poissons du jour. \u00ab C\u2019\u00e9taient des ann\u00e9es tr\u00e8s heureuses \u00bb, confie-t-elle. L\u2019histoire s\u2019est poursuivie sur le quai de la Prud\u2019homie, quand sa fille a ouvert Le Casse-Dalle. L\u00e0, c\u2019est en cuisine que la tradition s\u2019est exprim\u00e9e, autour de la soupe de poisson et des moules, comme un prolongement naturel du travail des hommes en mer.<\/p>\n<p>Avec L\u00e9on, Mimi a partag\u00e9 une vie simple et solide, rythm\u00e9e par la p\u00eache et par le rugby, les deux passions ind\u00e9tr\u00f4nables de son mari. Elle en rit aujourd\u2019hui : \u00ab J\u2019ai eu une vie heureuse, il a \u00e9t\u00e9 un bon mari et un bon p\u00e8re&#8230; mais \u00e0 part la p\u00eache et le rugby, y a rien d\u2019autre qui l\u2019int\u00e9resse ! \u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"L\u00e9on Doderot est n\u00e9 dans la maison o\u00f9 il vit encore. 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