{"id":338052,"date":"2025-08-23T08:07:13","date_gmt":"2025-08-23T08:07:13","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/338052\/"},"modified":"2025-08-23T08:07:13","modified_gmt":"2025-08-23T08:07:13","slug":"80-ans-de-nice-matin-photographes-de-presse-les-damnes-du-hors-sac","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/338052\/","title":{"rendered":"80 ans de \u00ab\u00a0Nice-Matin\u00a0\u00bb : photographes de presse, les damn\u00e9s du \u2018\u2018hors-sac\u2019\u2019"},"content":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Sais-tu ce que signifie le mot photographie\u2005?\u00a0\u00bb La question reste en l\u2019air, le temps pour l\u2019auditeur de mobiliser ses rudiments de grec\u2005: \u00ab\u00a0Euh\u2026 \u00c9crire la lumi\u00e8re\u2005?\u00a0\u00bb Philippe Arnassan hoche la t\u00eate. \u00ab\u00a0Exactement. Le photographe de presse, c\u2019est celui qui raconte une histoire en sculptant la lumi\u00e8re. C\u2019est un m\u00e9tier \u00e0 part enti\u00e8re.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Pr\u00e9cision n\u00e9cessaire\u2005: les photographes de Nice-Matin sont d\u2019abord des journalistes. M\u00eame ceux qui, comme Raoul Liboj, l\u00e9gende du stade du Ray, \u00e9taient \u00ab\u00a0tr\u00e8s mal \u00e0 l\u2019aise \u00e0 l\u2019\u00e9crit\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait un personnage extravagant, se souvient Frantz Bouton, chef adjoint du service photos. Lorsque je l\u2019ai connu, il y a 36 ans, il travaillait encore au Rolleiflex 6&#215;6 (1)\u2005! C\u2019\u00e9tait une grande gueule et un grand pro, le seul qui pouvait se permettre d\u2019arriver au journal avec une casquette Mickey sans que le patron ne fasse une remarque.\u00a0\u00bb\u00a0Un ma\u00eetre de l\u2019image vivante, comme Gilbert Pressenda, Roland Gal, Gilbert Casties, Raph Gatti et tant d\u2019autres qui, pendant quarante ans, ont jongl\u00e9 avec les m\u00eames contraintes.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0On courait tout le temps\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\u00c9videmment, on travaillait en argentique, explique Philippe Arnassan, ancien photographe \u00e0 Saint-Rapha\u00ebl. Nous devions g\u00e9rer trois param\u00e8tres\u2005: un nombre de clich\u00e9s limit\u00e9, un temps de d\u00e9veloppement peu compressible et l\u2019obligation de transmettre nos images jusqu\u2019au centre d\u2019impression ni\u00e7ois.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Pas question, alors, de multiplier les vues sur un reportage. \u00ab\u00a0Avec des rouleaux de 12, 24 ou 36 poses, et quinze \u00e0 vingt rendez-vous par jour, on faisait huit \u00e0 dix photos maximum par sujet, pr\u00e9cise-t-il. C\u2019\u00e9tait un rythme \u00e9puisant\u2005; on courait tout le temps. Quand on rentrait \u00e0 l\u2019agence, on passait au labo, on s\u00e9chait nos films \u00e0 toute vitesse, on tirait les \u00e9preuves noir et blanc, puis on les glissait dans le \u2018\u2018hors-sac\u2019\u2019 pour Nice.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cette enveloppe en papier marron a donn\u00e9 des cauchemars \u00e0 tous les professionnels de Nice-Matin. En fonction de la situation g\u00e9ographique des agences, plus ou moins \u00e9loign\u00e9es du si\u00e8ge, les horaires de d\u00e9part variaient. Certains plis \u00e9taient confi\u00e9s \u00e0 la SNCF, d\u2019autres aux transporteurs routiers. En Corse, il ne fallait pas manquer les avions qui d\u00e9collaient d\u2019Ajaccio, de Bastia et de Calvi pour la capitale azur\u00e9enne.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait la meilleure des \u00e9coles, assure Frantz Bouton. Elle apprenait \u00e0 travailler vite en allant \u00e0 l\u2019essentiel. Parfois, on devait faire trois reportages, dans trois lieux diff\u00e9rents, en moins de soixante minutes. Il fallait \u00eatre efficace\u2026 et ne pas se tromper en pr\u00e9parant son bo\u00eetier. Jusqu\u2019\u00e0 la fin des ann\u00e9es quatre-vingt-dix, la majorit\u00e9 des pages du journal \u00e9taient imprim\u00e9es en noir et blanc. On n\u2019utilisait la pellicule couleur qu\u2019exceptionnellement. Gare \u00e0 celui qui m\u00e9sestimait l\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019un reportage finalement promu \u00e0 la \u2018\u2018Une\u2019\u2019 !\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Certains d\u00e9veloppaient les films avec du jus de chaussette\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Tous les \u00ab\u00a0hors-sacs\u00a0\u00bb arrivaient, route de Grenoble, au laboratoire photos.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0J\u2019y ai fait mes d\u00e9buts en 1989, souligne Frantz Bouton. On y d\u00e9veloppait \u00e9galement les \u2018\u2018p\u00e9loches\u2019\u2019 adress\u00e9es par les professionnels ni\u00e7ois et par les correspondants. Les n\u00e9gatifs \u00e9taient positionn\u00e9s sur une table lumineuse, o\u00f9 les chefs de service faisaient leur s\u00e9lection. Nous nous chargions ensuite des tirages. Un gros travail de correction \u00e9tait parfois n\u00e9cessaire. Dans certains bureaux, les journalistes d\u00e9veloppaient les films avec du jus de chaussette et des bains \u00e0 temp\u00e9ratures variables. Notre boulot, c\u2019\u00e9tait de rendre tout \u00e7a publiable.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ce syst\u00e8me perdure jusqu\u2019au milieu des ann\u00e9es quatre-vingt-dix.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La possibilit\u00e9 de scanner les documents a \u00e9t\u00e9 une premi\u00e8re avanc\u00e9e, note Philippe Arnassan. Certes, nous disposions d\u2019un belin (2) qui permettait de transmettre les photos en noir et blanc. Mais le r\u00e9sultat \u00e9tait m\u00e9diocre. On s\u2019en contentait pour les pages d\u2019informations nationales, mais c\u2019\u00e9tait rageant de voir nos images d\u00e9grad\u00e9es. Le scan, en revanche, permettait de conserver la qualit\u00e9 du fichier original. En trois clics, c\u2019\u00e9tait dans le syst\u00e8me\u2005! Et fini, la peur de rater le train.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La r\u00e9volution num\u00e9rique<\/p>\n<p>Ce progr\u00e8s annonce une v\u00e9ritable r\u00e9volution\u2005: la photo num\u00e9rique. Au tournant du si\u00e8cle, les chasseurs d\u2019images de Nice-Matin sont tous \u00e9quip\u00e9s de bo\u00eetiers Canon T30. La prise en main est difficile. Les photographes se plaignent, notamment, d\u2019un temps de d\u00e9clenchement trop long. \u00ab\u00a0Mais ces d\u00e9sagr\u00e9ments ont \u00e9t\u00e9 rapidement corrig\u00e9s, souligne Frantz Bouton. Chacun a pris la mesure du confort apport\u00e9 par cette nouvelle technologie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Plus de film \u00e0 d\u00e9velopper\u2005; les anciens labos sont supprim\u00e9s. Pour la premi\u00e8re fois, il est possible de contr\u00f4ler l\u2019image sur l\u2019\u00e9cran du bo\u00eetier \u2013 et de la refaire aussit\u00f4t si on l\u2019estime perfectible. La photographie entre dans l\u2019\u00e8re de l\u2019instantan\u00e9it\u00e9, au moment o\u00f9 Internet tisse sa toile.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le seul point noir, observe Fran\u00e7ois Vignola, chef du service photo, c\u2019est que le num\u00e9rique a entra\u00een\u00e9 un certain rel\u00e2chement. Certains de nos jeunes confr\u00e8res sont moins rigoureux sur le cadrage et la qualit\u00e9 technique, convaincus qu\u2019on peut \u2018\u2018rattraper la sauce\u2019\u2019 en postproduction. Ils multiplient les prises, parce qu\u2019ils ont perdu l\u2019habitude de r\u00e9fl\u00e9chir avant d\u2019appuyer. Parfois, \u00e0 cause de cela, on perd presque autant de temps qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque de l\u2019argentique\u2005! Un comble\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Plus significativement, les professionnels se trouvent d\u00e9sormais en concurrence avec plusieurs millions de photographes amateurs, smartphone en main, \u00e0 l\u2019aff\u00fbt du moindre \u00e9v\u00e9nement \u00e0 poster sur leurs r\u00e9seaux sociaux.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C\u2019est notre d\u00e9fi pour l\u2019avenir, sourit Fran\u00e7ois Vignola. Prouver que la photo d\u2019actualit\u00e9 \u2013 celle qui donne \u00e0 voir, celle qui parle aux tripes aussi bien qu\u2019\u00e0 la raison \u2013 n\u2019est pas \u00e0 la port\u00e9e de n\u2019importe qui.\u00a0\u00bb\u00a0Et continuer ainsi, quatre-vingts ans apr\u00e8s, \u00e0 raconter des histoires en sculptant la lumi\u00e8re.<\/p>\n<p>1. Cet appareil reflex bi-objectif, produit en Allemagne \u00e0 partir de 1929, a \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0le\u00a0\u00bb bo\u00eetier embl\u00e9matique des photographes de presse jusqu\u2019aux ann\u00e9es soixante-dix. Il a \u00e9t\u00e9 fabriqu\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990.<br \/>&#13;<br \/>\n2. Le b\u00e9linographe, du nom de son inventeur \u00c9douard Belin, est un appareil de transmission \u00e0 distance de photographies par circuit t\u00e9l\u00e9phonique ou par radio. Invent\u00e9 en 1913, il a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 pendant plus de 80 ans.<\/p>\n<p>              <img ci-src=\"https:\/\/www.nicematin.com\/histoire\/Damn%C3%A9s+du+hors-sac+5-QPrwJjUZ.jpg?vh=e55cc9&amp;ci_seal=b39ba3491e\" alt=\"\"\/><br \/>\n        En 2001, les photographes azur\u00e9ens et corses de \u00ab\u00a0Nice-Matin\u00a0\u00bb sont \u00e9quip\u00e9s de bo\u00eetiers num\u00e9riques. <strong>Photo DR.<\/strong> <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"\u00ab\u00a0Sais-tu ce que signifie le mot photographie\u2005?\u00a0\u00bb La question reste en l\u2019air, le temps pour l\u2019auditeur de mobiliser&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":338053,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2819],"tags":[1111,11,251,1777,674,1011,27,937,500,12,2401,882,25],"class_list":{"0":"post-338052","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-nice","8":"tag-actu","9":"tag-actualites","10":"tag-culture","11":"tag-eu","12":"tag-europe","13":"tag-fr","14":"tag-france","15":"tag-histoire","16":"tag-medias","17":"tag-news","18":"tag-nice","19":"tag-provence-alpes-cote-dazur","20":"tag-republique-francaise"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/115077057353297411","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/338052","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=338052"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/338052\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/338053"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=338052"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=338052"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=338052"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}