{"id":340555,"date":"2025-08-24T12:11:11","date_gmt":"2025-08-24T12:11:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/340555\/"},"modified":"2025-08-24T12:11:11","modified_gmt":"2025-08-24T12:11:11","slug":"au-fond-je-cherche-limage-herve-di-rosa-noble-figure-de-lart-populaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/340555\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Au fond je cherche l\u2019image\u00a0\u00bb\u00a0: Herv\u00e9 Di Rosa, noble figure de l\u2019art populaire"},"content":{"rendered":"<p>\n                                                                Le S\u00e9tois, chantre des arts modestes et populaires, a investi le Mucem \u00e0 Marseille pour une exposition \u00e9v\u00e9nement. Rencontre avec un artiste majeur \u00e0 la pens\u00e9e pop-corn et l\u2019indocilit\u00e9 joyeuse qui, \u00e0 65 ans, cultive une libert\u00e9 espi\u00e8gle.\n                            <\/p>\n<p>Interviewer Herv\u00e9 Di Rosa c\u2019est un peu comme essayer de mettre le feu d\u2019artifice de la Saint-Louis dans une bo\u00eete \u00e0 chaussures. Tr\u00e8s vite, \u00e7a d\u00e9borde et \u00e7a part dans tous les sens. Depuis 65 ans, le S\u00e9tois affiche une pens\u00e9e pop-corn et une langue bien pendue, foisonnante comme ses \u0153uvres. Et comme un feu d\u2019artifice, il \u00e9blouit et p\u00e9tarade.<\/p>\n<p>C\u2019est dans le bureau du Miam (Mus\u00e9e des arts modestes) qu\u2019il a cr\u00e9\u00e9 il y a 25 ans \u00e0 S\u00e8te avec Bernard Belluc, et dont il est aujourd\u2019hui pr\u00e9sident, que l\u2019artiste nous re\u00e7oit, autour d\u2019une grande table pleine d\u2019un joyeux bazar. Il y fait une chaleur moite mais Di Rosa semble s\u2019en foutre royalement. Sourire de sale gosse, regard malicieux et cheveux blancs qui refusent de se tenir tranquilles, il est d\u00e9j\u00e0 en train de raconter le pourquoi du comment de sa table de d\u00e9sorientation qu\u2019il vient d\u2019inaugurer \u00e0 Frontignan. \u00ab\u00a0L\u2019id\u00e9e vient des anciennes tables d\u2019orientation qui servaient quand on faisait des balades. J\u2019y ai inscrit les 14 villages alentour. J\u2019aimerais bien faire une carte du m\u00eame genre sur toutes les \u0153uvres qu\u2019on peut voir autour. Moi, j\u2019aimais beaucoup me perdre avant. Avec le GPS c\u2019est plus possible. Aujourd\u2019hui, on a besoin de d\u00e9sorientation c\u2019est-\u00e0-dire de r\u00eaves, de s\u2019inventer des territoires. Il faut se laisser aller vers d\u2019autres cieux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ce fils d\u2019un immigr\u00e9 italien et d\u2019une Catalane a d\u2019ailleurs choisi l\u2019exil volontaire durant 15 ans, \u00e0 la fin des ann\u00e9es 80. Du Ghana au Cameroun, de la Bulgarie au Mexique, il a serr\u00e9 la pince \u00e0 des sculpteurs, des brodeuses, des peintres d\u2019enseignes ou des ma\u00eetres du vernis, accumulant les techniques. \u00c0 chaque pays un atelier, \u00e0 chaque rencontre une nouvelle mati\u00e8re \u00e0 tordre \u00e0 sa sauce. Pas par folklore mais par amour du faire. Chez Di Rosa, les voyages forment la gen\u00e8se. \u00ab\u00a0J\u2019avais besoin de d\u00e9couvrir des pratiques artisanales d\u2019un pays africain ou d\u2019Am\u00e9rique latine. J\u2019ai appris plein de techniques et fait plein d\u2019exp\u00e9rimentations\u2026 Au fond, je cherche l\u2019image\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Depuis dix ans, son nomadisme a vir\u00e9 \u00e0 la s\u00e9dentarisation au Portugal \u2013 jamais \u00e0 l\u2019immobilisme \u2013 charm\u00e9 par leur art de la c\u00e9ramique. \u00ab\u00a0D\u2019habitude je reste trois ou quatre ans mais l\u00e0 le projet c\u00e9ramique et le travail sur les volumes me plaisent tellement que je suis rest\u00e9.\u00a0\u00bb\u00a0Le tout est de \u00ab\u00a0vivre et de s\u2019aventurer\u00a0\u00bb. \u00c7a sonne comme un slogan. Vivre, pour se nourrir de ses rencontres, de ses objets modestes, de ses mythologies populaires. S\u2019aventurer, c\u2019est refuser toutes les fronti\u00e8res entre les pays, entre les gens, entre les arts, faire sien tous les territoires. Ainsi Di Rosa habite-t-il le monde depuis qu\u2019il a quitt\u00e9 le modeste appartement familial flanqu\u00e9 sur le rocher s\u00e9tois. \u00ab\u00a0On habitait le sous-sol parce que ce sont des immeubles construits en pente. Quand j\u2019\u00e9tais petit j\u2019avais super honte, c\u2019\u00e9tait vraiment tr\u00e8s humiliant. Je voyais \u00e7a comme une esp\u00e8ce de grotte, sauf qu\u2019apr\u00e8s tu avais un balcon, et l\u00e0, tu voyais la mer, c\u2019\u00e9tait vraiment super. Au rez-de-chauss\u00e9e il y avait ma grand-m\u00e8re, au premier une tante et au second une autre tante. C\u2019\u00e9tait vraiment l\u2019immeuble de la famille Di Rosa. Et mon p\u00e8re \u00e9tait passionn\u00e9 de chasse. Il fabriquait des appelants, des faux oiseaux. Dans l\u2019exposition du Mucem, il y est mon p\u00e8re aussi, j\u2019en ai mis un \u00e0 lui.\u00a0\u00bb\u00a0Avant Marseille et le centre Pompidou \u00e0 Paris, l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente, avant la cons\u00e9cration et le statut, il y a eu au tout d\u00e9but, les beaux-arts de S\u00e8te qu\u2019il a fr\u00e9quent\u00e9s alors qu\u2019il avait 10 ans le mercredi apr\u00e8s-midi, avec un certain Robert Combas. \u00ab\u00a0J\u2019avais d\u00e9j\u00e0 un plan tout jeune. Je voulais b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une bourse pour les arts d\u00e9co de Paris\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Di Rosa d\u00e9barque dans la capitale dans les ann\u00e9es 70, \u00e9poque M\u00e9tal Hurlant. C\u2019est un punk joyeusement insolent et allergique aux codes. \u00ab\u00a0\u00c0 cette \u00e9poque, j\u2019ai cru que la BD \u00e9tait mon territoire\u00a0\u00bb. Alors qu\u2019il a 17 ans, Georges Wolinski accepte un de ses projets pour son magazine et lui lance\u00a0: \u00ab\u00a0je te prends tes planches mais ce sera la premi\u00e8re et la derni\u00e8re fois parce qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019histoires et c\u2019est mal dessin\u00e9. Et il me dit, par contre, va voir les galeries\u00a0\u00bb. Une le\u00e7on inaugurale et un coup de pied salutaire. La peinture sera son champ d\u2019action initial.<\/p>\n<p>L\u2019anti-snob de l\u2019art<\/p>\n<p>Avec ses copains des arts d\u00e9co, Robert Combas, Fran\u00e7ois Boisrond, R\u00e9mi Blanchard ils exposent, en 1981, leurs toiles intuitives, provocatrices, exub\u00e9rantes, entre dessin anim\u00e9 et arts populaires chez l\u2019artiste Ben qui baptise leur mouvement\u00a0: \u00ab\u00a0figuration libre\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Pour moi ce sont des \u0153uvres de jeunesse mais c\u2019\u00e9tait extr\u00eamement important qu\u2019elles arrivent \u00e0 ce moment-l\u00e0. On en avait marre de tous ces trucs conceptuels \u2013 Supports surfaces, la figuration narrative \u2013 qu\u2019aujourd\u2019hui j\u2019appr\u00e9cie. Finalement on est un des derniers mouvements artistiques\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le succ\u00e8s est venu assez vite, comme les rencontres. \u00ab\u00a0Gonfl\u00e9s \u00e0 bloc, en 83, on d\u00e9barque \u00e0 New York. Un critique d\u2019art Nicolas Moufar\u00e8ge tombe amoureux de mon travail ou de moi, j\u2019ai jamais su, il me dit, viens il y a un mec qui bombe, qui fait des trucs super. J\u2019arrive, c\u2019\u00e9tait Keith Haring\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0Il aime l\u2019\u00e9nergie de la grosse pomme et au d\u00e9tour d\u2019une nuit, serre la main de Diana Ross. \u00ab\u00a0J\u2019ai pas os\u00e9 l\u2019embrasser\u00a0\u00bb, se marre-t-il.<\/p>\n<p>Di Rosa c\u2019est l\u2019anti-snob de l\u2019art. \u00ab\u00a0Bon, apr\u00e8s \u00eatre entr\u00e9 \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie des Beaux-Arts, avoir expos\u00e9 \u00e0 Pompidou, j\u2019ai du mal \u00e0 dire que je suis pas snob\u00a0\u00bb. Une chose est s\u00fbre, chez lui, pas de frime conceptuelle, \u00ab\u00a0pas d\u2019\u00e9conomie sp\u00e9culative\u00a0\u00bb. Et puis \u00ab\u00a0il y a la mal\u00e9diction du sud, c\u2019est-\u00e0-dire quand tu n\u2019es pas un artiste de Paris, tu es un peu mis de c\u00f4t\u00e9\u00a0\u00bb, \u00e7a aide peut-\u00eatre aussi \u00e0 ne pas prendre la grosse t\u00eate. \u00ab\u00a0Il est g\u00e9n\u00e9reux, ouvert et curieux\u00a0\u00bb, ajoute en passant du tac au tac Francoise Adambsaum, la directrice du Miam.<\/p>\n<p>Di Rosa est d\u00e9finitivement un artiste singulier\u00a0; h\u00e9raut de la joie de vivre et chantre de l\u2019art modeste\u00a0: \u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas un mouvement ni une notion mais un regard sur des objets qui ne servent \u00e0 rien, produits dans les conditions les plus affreuses du capitalisme qui arrivent \u00e0 contenir de la po\u00e9sie, de la magie. Parfois, l\u2019art, la cr\u00e9ation peut \u00eatre au fond de la poubelle\u00a0\u00bb. Tiens, en ce moment, il \u00ab\u00a0r\u00eave de faire un mus\u00e9e du plastique pour sensibiliser les gens.\u00a0\u00bb\u00a0\u00c9colo Di Rosa et \u00ab\u00a0\u00e9minemment politique. Mais attention, je ne fais pas des \u0153uvres \u00e0 message.\u00a0\u00bb\u00a0Ce qui les relie toutes entre elles c\u2019est l\u2019humour. \u00ab\u00a0Il y a comme une transmission d\u2019\u00e9nergies positives.\u00a0\u00bb\u00a0Ceci dit, il y a peu, quelqu\u2019un loin du monde artistique lui a lanc\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0vos peintures sont angoiss\u00e9es\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Parfois, la v\u00e9rit\u00e9 sort de la bouche d\u2019un n\u00e9ophyte\u00a0\u00bb, rit-il. On se prend alors \u00e0 penser autrement ses personnages cyclopes aux immenses bouches, toutes dents dehors, enchev\u00eatr\u00e9s.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Le S\u00e9tois, chantre des arts modestes et populaires, a investi le Mucem \u00e0 Marseille pour une exposition \u00e9v\u00e9nement.&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":340556,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1358],"tags":[1348,1384,1385,1386,58,59,1011,27],"class_list":{"0":"post-340555","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-arts-et-design","8":"tag-arts","9":"tag-arts-and-design","10":"tag-arts-et-design","11":"tag-design","12":"tag-divertissement","13":"tag-entertainment","14":"tag-fr","15":"tag-france"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/115083679126974099","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/340555","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=340555"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/340555\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/340556"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=340555"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=340555"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=340555"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}