{"id":340671,"date":"2025-08-24T13:28:14","date_gmt":"2025-08-24T13:28:14","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/340671\/"},"modified":"2025-08-24T13:28:14","modified_gmt":"2025-08-24T13:28:14","slug":"eloge-du-cinema-fantastique-espagnol-et-de-la-censure-franquiste","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/340671\/","title":{"rendered":"\u00c9loge du cin\u00e9ma fantastique espagnol et de la censure franquiste\u00a0!"},"content":{"rendered":"<p>Blaise Pascal a eu ces mots\u00a0: \u00ab\u00a0Il n\u2019y a que deux sortes d\u2019hommes : les uns\u00a0justes,\u00a0qui se croient\u00a0p\u00e9cheurs ; les autres p\u00e9cheurs,\u00a0qui se croient justes.\u00a0\u00bb Cette maxime ouvre le g\u00e9n\u00e9rique d\u2019Une bougie pour le diable, d\u2019Eugenio Mart\u00edn, film espagnol sorti en 1973 et b\u00e9n\u00e9ficiant, d\u00e9sormais, d\u2019une <a href=\"https:\/\/laboutique.carlottafilms.com\/products\/coffret-terreur-iberique?_pos=1&amp;_sid=9a005a8e7&amp;_ss=r\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">superbe r\u00e9\u00e9dition en Blu-ray<\/a>. Et comme c\u2019est la f\u00eate, le tout est coupl\u00e9 avec un autre bijou d\u2019horreur ib\u00e9rique, Poup\u00e9e de sang (1977), de Carlos Puerto.<\/p>\n<p>La France a beau \u00eatre la nation cin\u00e9phile par excellence, le cin\u00e9ma populaire de l\u2019\u00e8re franquiste a rarement eu les honneurs des gazettes. Certes, de courageux \u00e9diteurs ind\u00e9pendants &#8211; Carlotta, en l\u2019occurrence, mais aussi Artus films &#8211; persistent \u00e0 exhumer les p\u00e9pites du genre. Alors, quid de cette Bougie pour le diable\u00a0? Deux s\u0153urs c\u00e9libataires, manifestement frustr\u00e9es du c\u00f4t\u00e9 sentimental, tiennent une pension de famille. Nous sommes en pleines vacances et le tourisme bat son plein, avec son lot de filles d\u00e9lur\u00e9es. Puis, l\u2019accident stupide, la cliente surprise en train de bronzer sur la terrasse de l\u2019\u00e9tablissement, vir\u00e9e par l\u2019escalier, qui glisse et se tue\u00a0: l\u2019accident tragique. Que faire du cadavre\u00a0? Le dissimuler, bien s\u00fbr, et n\u2019en rien dire \u00e0 la police. Ensuite, l\u2019engrenage fatal. Les amis de la d\u00e9funte qui viennent \u00e0 sa recherche et qu\u2019il faut bien faire dispara\u00eetre, histoire de maintenir l\u2019honneur de cette maison si bien tenue. D\u2019o\u00f9 les mots de Pascal mis en exergue.<\/p>\n<p>Les deux s\u0153urs qui se croient \u00ab\u00a0justes\u00a0\u00bb et deviennent \u00ab\u00a0p\u00e9cheresses\u00a0\u00bb, tout en s\u2019accusant de p\u00e9ch\u00e9s imaginaires\u00a0; m\u00eame si, pour l\u2019une d\u2019elles, ils n\u2019ont justement rien d\u2019imaginaire.<\/p>\n<\/p>\n<p>Un film authentiquement chr\u00e9tien ?<\/p>\n<p>Le fait que ce remarquable film, tourn\u00e9 de main de ma\u00eetre par l\u2019excellent Eugenio Mart\u00edn, ait \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9 en une Espagne dirig\u00e9e par Francisco Franco, alors que la censure cl\u00e9ricale \u00e9tait des plus v\u00e9tilleuses, peut laisser perplexe pour qui regarde les choses de loin. En effet, ce film est \u00e9minemment chr\u00e9tien en ce sens o\u00f9 il d\u00e9nonce celles qui entendent juger \u00e0 la place de Dieu, n\u2019accordant m\u00eame pas \u00e0 leur victime la mis\u00e9ricorde que les croyants sont en droit d\u2019attendre du Tout-Puissant. Bref, pour continuer de paraphraser Blaise Pascal, \u00ab\u00a0qui veut faire l\u2019ange fait la b\u00eate\u2026\u00a0\u00bb Certes, il y a ici de br\u00e8ves sc\u00e8nes de nudit\u00e9\u00a0; mais ces derni\u00e8res \u00e9taient r\u00e9serv\u00e9es \u00e0 la diffusion \u00e0 l\u2019international. L\u2019\u00c9glise le savait bien, mais laissait faire.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e9poque, cette censure se r\u00e9sumait aux marottes des clercs du temps\u00a0: pas de nudit\u00e9, f\u00e9minine comme masculine, et hors de question de montrer l\u2019adult\u00e8re sous un jour favorable. On notera qu\u2019avec le Code Hays aux USA, dame Anastasie \u00e9tait tout aussi maniaque en la mati\u00e8re, d\u2019o\u00f9 ces \u00e9poux dormant alors dans des lits jumeaux\u00a0; ce qui n\u2019est gu\u00e8re pratique pour un \u00e9ventuel rapprochement charnel, \u00e0 moins de faire sa petite affaire sur la moquette et entre deux plumards.<\/p>\n<p>Les Rolling Stones et la censure cl\u00e9ricale\u2026<\/p>\n<p>Pour le reste, les cur\u00e9s n\u2019\u00e9taient gu\u00e8re regardants. La preuve en est le fameux album, Sticky Fingers, des Rolling Stones, publi\u00e9 en 1971. La pochette originale, sign\u00e9e Andy Warhol, consiste en un plan serr\u00e9 sur une entrejambe recouverte d\u2019un jean, mais qui laisse deviner un membre masculin en position triomphante. Pour l\u2019\u00c9glise espagnole, c\u2019est non possumus. Mais elle ne s\u2019oppose pas \u00e0 la sortie du disque, pour peu qu\u2019on en modifie la pochette. R\u00e9sultat\u00a0? Trois doigts manifestement sectionn\u00e9s par un s\u00e9cateur, visible au premier plan, et sortant d\u2019une bo\u00eete de conserve emplie de sang. Les sticky fingers (\u00ab doigts collants \u00bb) le sont tout autant, mais sans la moindre connotation sexuelle. Le bon go\u00fbt n\u2019y a s\u00fbrement rien gagn\u00e9\u00a0; mais l\u2019honneur \u00e9tait sauf.<\/p>\n<p>Cette censure \u00e9tait donc parfaitement contournable et les cin\u00e9astes galopins de l\u2019\u00e9poque ne s\u2019en sont pas priv\u00e9s, tant il \u00e9tait facile de berner des censeurs tout \u00e0 leurs obsessions puritaines. Dans ses <a href=\"https:\/\/www.amazon.fr\/Jess-Franco-Memoires-lOncle\/dp\/2363200276\/ref=sr_1_14?__mk_fr_FR=%C3%85M%C3%85%C5%BD%C3%95%C3%91&amp;crid=3PJB0VK1E1781&amp;dib=eyJ2IjoiMSJ9.r1250xLJUbXmgbjW4fIQ7FICf-VCSJmfj6g632kdTlPRG1FqnEY4NL81ip2N4knRerMYt--UHzPhQ_wzSfvP5ZWE8jlw7JqHSinRl4bMzumuMHzf-Ty7lw40i75ke6VAkZFBEpgWWi_eT02m-W-z1WjPxTeSyU_SK7WMrevGrMUevQp-KkA5IsokWLE_M2U5G3jjJC2bZZgtMCxwRJ9iWGlO8XopgY3PlTHPkDPh7xM.L11AkxRM5Eri-WII6JFSrYhxOXAT0V1Nt7L8gYst1-Q&amp;dib_tag=se&amp;keywords=%22jess+franco%22&amp;qid=1755794925&amp;s=books&amp;sprefix=jess+franco%22%2Cstripbooks%2C74&amp;sr=1-14\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">m\u00e9moires<\/a>, le r\u00e9alisateur Jes\u00fas Franco, habitu\u00e9 \u00e0 composer avec les inconv\u00e9nients de son temps, aurait plut\u00f4t tendance \u00e0 relativiser \u00ab l\u2019enfer \u00bb franquiste, expliquant que les interdits \u00e9taient si basiques qu\u2019il \u00e9tait ais\u00e9 de les contourner. Paradoxalement, il fut longtemps aid\u00e9 dans sa carri\u00e8re par l\u2019un des pontes de l\u2019industrie cin\u00e9matographique locale. Lequel, phalangiste, donc socialiste \u00e0 tendance fascisante, l\u2019encourageait plut\u00f4t \u00e0 bousculer les tabous religieux. Comme quoi&#8230;<\/p>\n<p>Un franquisme des plus accommodants\u2026<\/p>\n<p>De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la barri\u00e8re politique, Jacinto Molina, plus connu sous le pseudonyme de Paul Naschy, \u00e9tait, lui, fervent soutien du r\u00e9gime en place, m\u00eame si revendiquant son amiti\u00e9 pour Jes\u00fas Franco, estimant comme lui que cette censure \u00e9tait finalement pour le moins stimulante en termes cr\u00e9atifs. D\u2019ailleurs, on remarquera que le cin\u00e9ma espagnol le plus int\u00e9ressant \u2013\u00a0et parfois le plus transgressif\u00a0\u2013 connut son heure de gloire sous le r\u00e8gne du Caudillo. C\u2019est \u00e0 cette \u00e9poque que Luis Bu\u00f1uel, jouant en permanence avec cette censure, conna\u00eet son heure de gloire. En 1976, un an apr\u00e8s la mort de l\u2019homme fort espagnol, ce cin\u00e9aste met un terme \u00e0 sa carri\u00e8re. Comme quoi, \u00e0 leur fa\u00e7on, l\u2019un ne pouvait manifestement pas vivre sans l\u2019autre. En 1961, Franco permet le tournage de Viridiana en Espagne, tout en acceptant que ce film repr\u00e9sente son pays au Festival de Cannes, avant d\u2019ensuite interdire sa diffusion dans la P\u00e9ninsule, suite \u00e0 une interpr\u00e9tation toute personnelle de la C\u00e8ne ayant caus\u00e9 un grand scandale. Il n\u2019emp\u00eache que Franco respectait le talent de Bu\u00f1uel.<\/p>\n<p>Et apr\u00e8s\u00a0? Rien, surtout en mati\u00e8re transgressive. Le cin\u00e9ma populaire, le plus dou\u00e9 pour se jouer de la censure, a disparu. Reste Pedro Almod\u00f3var, cin\u00e9aste bourgeois par excellence\u00a0; soit du cin\u00e9ma pour Les Inrockuptibles et T\u00e9l\u00e9rama. Et puis, \u00e0 y mieux r\u00e9fl\u00e9chir, et ce, d\u2019une censure \u00e0 l\u2019autre, celle qui s\u2019exerce en France sur le monde artistique est finalement bien plus cauteleuse et, au bout du compte, v\u00e9n\u00e9neuse. Sa grande ruse, emprunt\u00e9e au Diable, consistant \u00e0 faire croire qu\u2019elle n\u2019existe pas.<\/p>\n<p>D\u00e9finitivement, il n\u2019y a pas photo\u00a0: la censure, c\u2019\u00e9tait mieux avant\u00a0!<\/p>\n<p>                    <a href=\"#\" rel=\"nofollow\" onclick=\"window.print(); pfTrackEvent('\u00c9loge du cin\u00e9ma fantastique espagnol et de la censure franquiste\u00a0!'); return false;\" title=\"Printer Friendly, PDF &amp; Email\"><br \/>\n                    <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/printfriendly-icon-sm.png\" alt=\"Print Friendly, PDF &amp; Email\" class=\"pf-button-img\" style=\"width: 17px;height: 17px;\"\/>Imprimer, enregistrer en PDF cet article<br \/>\n                    <\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Blaise Pascal a eu ces mots\u00a0: \u00ab\u00a0Il n\u2019y a que deux sortes d\u2019hommes : les uns\u00a0justes,\u00a0qui se croient\u00a0p\u00e9cheurs&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":340672,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1354],"tags":[58,59,1346,1011,27,1360],"class_list":{"0":"post-340671","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-films","8":"tag-divertissement","9":"tag-entertainment","10":"tag-films","11":"tag-fr","12":"tag-france","13":"tag-movies"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/115083981956747967","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/340671","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=340671"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/340671\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/340672"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=340671"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=340671"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=340671"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}