{"id":341757,"date":"2025-08-25T01:11:12","date_gmt":"2025-08-25T01:11:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/341757\/"},"modified":"2025-08-25T01:11:12","modified_gmt":"2025-08-25T01:11:12","slug":"draghi-reboots-europe-sauvons-leurope","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/341757\/","title":{"rendered":"Draghi reboots Europe &#8211; Sauvons l&rsquo;Europe"},"content":{"rendered":"<p style=\"padding-left: 40px;\">Apr\u00e8s l\u2019appel de Coimbra en mai, Mario Draghi intervenait ce 22 Ao\u00fbt \u00e0 Remini, dans le cadre du mouvement \u00ab Communion &amp; Lib\u00e9ration \u00bb. Alors que l\u2019avenir de la Pr\u00e9sidente de la Commission europ\u00e9enne interroge de plus en plus, ou que l\u2019on peine \u00e0 voir la marque d\u2019Antonio Costa sur le Conseil europ\u00e9en, l\u2019ancien Pr\u00e9sident de la BCE et Pr\u00e9sident du conseil italien continue d\u2019incarner une vision et une capacit\u00e9 \u00e0 faire unique. A l\u2019heure des temp\u00eates qui assi\u00e8gent l\u2019Union europ\u00e9enne, Mario Draghi s\u2019inscrit de plus en plus dans les pas des p\u00e8res fondateurs. Nous reproduisons ici une traduction de son appel \u00e0 transformer la construction europ\u00e9enne existante.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\n<p style=\"text-align: left;\">Pendant des ann\u00e9es, l\u2019Union europ\u00e9enne a cru que sa dimension \u00e9conomique, avec 450 millions de consommateurs, apporterait par elle-m\u00eame une puissance g\u00e9opolitique et un levier dans les relations commerciales internationales. On se souviendra de cette ann\u00e9e comme de l\u2019ann\u00e9e o\u00f9 cette illusion s\u2019est \u00e9vapor\u00e9e.<\/p>\n<p>Nous avons d\u00fb nous r\u00e9signer aux tarifs douaniers impos\u00e9s par notre plus grand partenaire commercial et alli\u00e9 de longue date, les \u00c9tats-Unis. Nous avons \u00e9galement \u00e9t\u00e9 pouss\u00e9s par ce m\u00eame alli\u00e9 \u00e0 augmenter nos d\u00e9penses militaires, une d\u00e9cision que nous aurions peut-\u00eatre d\u00fb prendre de toute fa\u00e7on \u2013 mais sous des formes et d\u2019une mani\u00e8re qui ne refl\u00e8tent probablement pas l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019Europe. Bien qu\u2019elle ait apport\u00e9 la plus grande contribution financi\u00e8re \u00e0 la guerre en Ukraine et bien qu\u2019elle ait le plus grand int\u00e9r\u00eat \u00e0 une paix juste, l\u2019Union europ\u00e9enne n\u2019a jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent jou\u00e9 qu\u2019un r\u00f4le assez marginal dans les n\u00e9gociations de paix.<\/p>\n<p>Pendant ce temps, la Chine a ouvertement soutenu l\u2019effort de guerre de la Russie tout en augmentant sa capacit\u00e9 industrielle afin d\u2019inonder l\u2019Europe d\u2019une production exc\u00e9dentaire, maintenant que l\u2019acc\u00e8s au march\u00e9 am\u00e9ricain est limit\u00e9 par de nouvelles barri\u00e8res impos\u00e9es par le Gouvernement des Etats-Unis.<\/p>\n<p>Les protestations europ\u00e9ennes ont eu peu d\u2019effet : la Chine a clairement indiqu\u00e9 qu\u2019elle ne consid\u00e9rait pas l\u2019Europe comme un partenaire \u00e9gal et utilise son contr\u00f4le sur les terres rares pour rendre notre d\u00e9pendance de plus en plus contraignante.<\/p>\n<p>L\u2019Europe est \u00e9galement rest\u00e9e les bras crois\u00e9s alors que les sites nucl\u00e9aires iraniens \u00e9taient bombard\u00e9s et que le massacre de Gaza s\u2019intensifiait. Ces \u00e9v\u00e9nements ont balay\u00e9 toute illusion selon laquelle l\u2019\u00e9conomie seule pouvait une assurer une forme de pouvoir g\u00e9opolitique. Il n\u2019est donc pas surprenant que le scepticisme \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019Europe ait atteint de nouveaux sommets. Mais il est important de se demander : \u00e0 quoi s\u2019adresse r\u00e9ellement ce scepticisme ?<\/p>\n<p>\u00c0 mon avis, il ne s\u2019agit pas d\u2019un scepticisme \u00e0 l\u2019\u00e9gard des valeurs sur lesquelles l\u2019Union europ\u00e9enne a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e : la d\u00e9mocratie, la paix, la libert\u00e9, l\u2019ind\u00e9pendance, la souverainet\u00e9, la prosp\u00e9rit\u00e9, l\u2019\u00e9quit\u00e9. M\u00eame ceux qui soutiennent que l\u2019Ukraine devrait se rendre aux exigences de la Russie n\u2019accepteraient jamais le m\u00eame sort pour leur propre pays ; eux aussi attachent de la valeur \u00e0 la libert\u00e9, \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance et \u00e0 la paix, m\u00eame si ce n\u2019est que pour eux-m\u00eames.<\/p>\n<p>Je pense plut\u00f4t que le scepticisme concerne la capacit\u00e9 de l\u2019Union \u00e0 d\u00e9fendre ces valeurs. C\u2019est en partie compr\u00e9hensible. Les mod\u00e8les d\u2019organisation politique, en particulier les mod\u00e8les supranationaux, \u00e9mergent au moins en partie pour r\u00e9soudre les probl\u00e8mes de leur temps. Lorsque ces probl\u00e8mes changent au point de rendre les structures existantes fragiles et vuln\u00e9rables, ces structures doivent elles-m\u00eames changer.<\/p>\n<p>L\u2019UE a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e parce que, dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, les mod\u00e8les pr\u00e9c\u00e9dents d\u2019organisation politique \u2013 les \u00c9tats-nations \u2013 avaient dans de nombreux pays totalement \u00e9chou\u00e9 \u00e0 d\u00e9fendre ces valeurs. De nombreuses d\u00e9mocraties avaient abandonn\u00e9 toutes les r\u00e8gles au profit de la force brute, et l\u2019Europe a plong\u00e9 dans la Seconde Guerre mondiale.<br \/>Il \u00e9tait donc presque naturel pour les Europ\u00e9ens de d\u00e9velopper une forme de d\u00e9fense collective de la d\u00e9mocratie et de la paix. L\u2019Union europ\u00e9enne \u00e9tait une \u00e9volution qui s\u2019attaquait au probl\u00e8me le plus urgent de l\u2019\u00e9poque : la tendance de l\u2019Europe \u00e0 glisser dans le conflit. Et il est intenable d\u2019affirmer que nous serions mieux sans elle.<\/p>\n<p>L\u2019Union a ensuite \u00e9volu\u00e9 \u00e0 nouveau dans les ann\u00e9es d\u2019apr\u00e8s-guerre, s\u2019adaptant progressivement \u00e0 la phase n\u00e9olib\u00e9rale entre les ann\u00e9es 1980 et le d\u00e9but des ann\u00e9es 2000. Cette p\u00e9riode a \u00e9t\u00e9 caract\u00e9ris\u00e9e par la foi dans le libre-\u00e9change et l\u2019ouverture des march\u00e9s, par un engagement commun envers les r\u00e8gles multilat\u00e9rales et par une r\u00e9duction consciente du pouvoir de l\u2019\u00c9tat, les \u00c9tats attribuant des t\u00e2ches et une autonomie \u00e0 des organismes ind\u00e9pendants.<\/p>\n<p>L\u2019Europe a prosp\u00e9r\u00e9 dans ce monde : elle a transform\u00e9 son march\u00e9 commun en march\u00e9 unique, est devenue un acteur cl\u00e9 de l\u2019Organisation mondiale du commerce et a cr\u00e9\u00e9 des autorit\u00e9s ind\u00e9pendantes charg\u00e9es de la concurrence et de la politique mon\u00e9taire. Mais ce monde a pris fin, et beaucoup de ses caract\u00e9ristiques ont disparu.<\/p>\n<p>Alors qu\u2019autrefois on comptait sur les march\u00e9s pour guider l\u2019\u00e9conomie, il existe aujourd\u2019hui des politiques industrielles de grande envergure. Alors qu\u2019il y avait autrefois le respect des r\u00e8gles, on use \u00e0 pr\u00e9sent de la force militaire et de la puissance \u00e9conomique pour prot\u00e9ger les int\u00e9r\u00eats nationaux. Alors qu\u2019autrefois l\u2019\u00c9tat voyait ses pouvoirs diminuer, aujourd\u2019hui tous les instruments sont employ\u00e9s au nom du Gouvernement.<\/p>\n<p>L\u2019Europe est mal \u00e9quip\u00e9e dans un monde o\u00f9 , plut\u00f4t que l\u2019efficacit\u00e9, la g\u00e9o\u00e9conomie, la s\u00e9curit\u00e9 et la stabilit\u00e9 des sources d\u2019approvisionnement fa\u00e7onnent les relations commerciales internationales. Notre organisation politique doit s\u2019adapter aux exigences existentielles de son \u00e9poque : nous, Europ\u00e9ens, devons parvenir \u00e0 un consensus sur ce que cela emporte.<\/p>\n<p>Il est clair que le d\u00e9mant\u00e8lement de l\u2019int\u00e9gration europ\u00e9enne pour revenir \u00e0 la souverainet\u00e9 nationale ne ferait que nous exposer davantage \u00e0 la volont\u00e9 des grandes puissances.<br \/>Mais il est tout aussi vrai que, pour d\u00e9fendre l\u2019Europe contre le scepticisme croissant, nous ne devons pas chercher \u00e0 projeter les r\u00e9alisations pass\u00e9es dans l\u2019avenir dans lequel nous sommes sur le point d\u2019entrer\u00a0: les succ\u00e8s que nous avons remport\u00e9s au cours des d\u00e9cennies pr\u00e9c\u00e9dentes \u00e9taient en r\u00e9alit\u00e9 des r\u00e9ponses aux d\u00e9fis sp\u00e9cifiques de leur \u00e9poque, et ils nous disent peu de choses sur notre capacit\u00e9 \u00e0 relever les d\u00e9fis qui nous attendent aujourd\u2019hui. Reconna\u00eetre que la force \u00e9conomique est une condition n\u00e9cessaire mais non suffisante \u00e0 la force g\u00e9opolitique permet de d\u00e9clencher enfin une v\u00e9ritable r\u00e9flexion politique sur le futur de l\u2019Union.<\/p>\n<p>Nous pouvons trouver confort dans le fait que l\u2019Union europ\u00e9enne a \u00e9t\u00e9 capable de changer par le pass\u00e9. Mais s\u2019adapter \u00e0 l\u2019ordre n\u00e9olib\u00e9ral \u00e9tait, en comparaison, une t\u00e2che relativement facile. L\u2019objectif principal \u00e9tait alors d\u2019ouvrir les march\u00e9s et de limiter l\u2019intervention de l\u2019\u00c9tat. L\u2019Union Europ\u00e9enne pouvait agir essentiellement en tant que r\u00e9gulateur et arbitre, esquivant ainsi le probl\u00e8me plus ardu de l\u2019int\u00e9gration politique.<\/p>\n<p>Pour faire face aux d\u00e9fis du jour, l\u2019Union europ\u00e9enne doit se transformer d\u2019un spectateur \u2013 ou au mieux d\u2019un second r\u00f4le \u2013 en un protagoniste. L\u2019\u00e9volution de son organisation politique est \u00e9galement indissociable de sa capacit\u00e9 \u00e0 atteindre ses objectifs \u00e9conomiques et strat\u00e9giques. Et les r\u00e9formes \u00e9conomiques restent une condition n\u00e9cessaire de cette prise de conscience. Pr\u00e8s de quatre-vingts ans apr\u00e8s la fin de la Seconde Guerre mondiale, la d\u00e9fense collective de la d\u00e9mocratie est consid\u00e9r\u00e9e comme acquise par des g\u00e9n\u00e9rations qui n\u2019ont pas de m\u00e9moire de cette \u00e9poque. Leur engagement en faveur de la construction politique europ\u00e9enne d\u00e9pend en grande partie de sa capacit\u00e9 \u00e0 offrir \u00e0 ses citoyens des perspectives d\u2019avenir, y compris la croissance \u00e9conomique qui en Europe a \u00e9t\u00e9 bien inf\u00e9rieure \u00e0 celle du reste du monde au cours des trente derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Le Rapport sur la comp\u00e9titivit\u00e9 europ\u00e9enne a identifi\u00e9 de nombreux domaines dans lesquels l\u2019Europe perd du terrain et o\u00f9 les r\u00e9formes sont les plus urgentes. Mais un th\u00e8me revient \u00e0 l\u2019ensemble de ses recommandations : la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019exploiter pleinement la dimension europ\u00e9enne dans deux directions.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re est le march\u00e9 int\u00e9rieur. L\u2019Acte Unique a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9 il y a pr\u00e8s de quarante ans, mais d\u2019importants obstacles au commerce en Europe subsistent. Leur suppression aurait un impact substantiel sur la croissance de l\u2019Europe. Le Fonds Mon\u00e9taire International a calcul\u00e9 que, si nos barri\u00e8res internes \u00e9taient r\u00e9duites au niveau du march\u00e9 am\u00e9ricain, la productivit\u00e9 du travail dans l\u2019Union Europ\u00e9enne pourrait s\u2019accro\u00eetre d\u2019environ 7 % en sept ans. Consid\u00e9rez qu\u2019au cours des sept derni\u00e8res ann\u00e9es, la croissance totale de la productivit\u00e9 dans notre pays [l\u2019Italie] n\u2019a \u00e9t\u00e9 que de 2 %.<\/p>\n<p>Le co\u00fbt de ces barri\u00e8res est d\u00e9j\u00e0 visible. Les \u00c9tats europ\u00e9ens se lancent dans une entreprise militaire massive, avec 2 000 milliards d\u2019euros, dont un quart en Allemagne, de d\u00e9penses de d\u00e9fense suppl\u00e9mentaires pr\u00e9vues d\u2019ici 2031. Pourtant, nous avons des barri\u00e8res internes \u00e9quivalentes \u00e0 un droit de douane de 64 % sur les machines et de 95 % sur les m\u00e9taux.<\/p>\n<p>Il en r\u00e9sulte un ralentissement des appels d\u2019offres, un rench\u00e9rissement des co\u00fbts et une augmentation des achats aupr\u00e8s de fournisseurs non europ\u00e9ens sans m\u00eame nos propres \u00e9conomies : tout cela en raison des obstacles que nous nous imposons \u00e0 nous-m\u00eames.<br \/>La deuxi\u00e8me dimension est la technologie. Un point est d\u00e9sormais clair dans la mani\u00e8re dont \u00e9volue l\u2019\u00e9conomie mondiale\u00a0: aucun pays qui aspire \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9 et \u00e0 la souverainet\u00e9 ne peut se permettre d\u2019\u00eatre exclu des technologies critiques. Les \u00c9tats-Unis et la Chine utilisent ouvertement leur contr\u00f4le sur les ressources et les technologies strat\u00e9giques pour obtenir des concessions dans d\u2019autres domaines\u00a0: toute d\u00e9pendance excessive est devenue incompatible avec la souverainet\u00e9 sur notre propre avenir.<\/p>\n<p>Aucun pays europ\u00e9en ne dispose \u00e0 lui seul des ressources n\u00e9cessaires pour d\u00e9velopper les capacit\u00e9s industrielles n\u00e9cessaires au d\u00e9veloppement de ces technologies. L\u2019industrie des semi-conducteurs illustre bien ce d\u00e9fi. Les puces sont essentielles \u00e0 la transformation num\u00e9rique en cours, mais les usines pour les produire n\u00e9cessitent des investissements massifs.<\/p>\n<p>Aux \u00c9tats-Unis, les investissements publics et priv\u00e9s sont concentr\u00e9s sur un petit nombre de grandes usines, avec des projets allant de 30 \u00e0 65 milliards de dollars. En Europe, en revanche, la plupart des d\u00e9penses sont effectu\u00e9es au niveau national, essentiellement par le biais d\u2019aides d\u2019\u00c9tat. Les projets sont beaucoup plus petits, g\u00e9n\u00e9ralement entre 2 et 3 milliards d\u2019euros, et dispers\u00e9s \u00e0 travers nos pays avec des priorit\u00e9s divergentes.<\/p>\n<p>La Cour des comptes europ\u00e9enne a d\u00e9j\u00e0 averti qu\u2019il est peu probable que l\u2019UE atteigne son objectif d\u2019augmenter sa part de march\u00e9 mondial dans ce secteur \u00e0 20 % d\u2019ici 2030, contre moins de 10 % aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Ainsi, qu\u2019il s\u2019agisse de la dimension du march\u00e9 int\u00e9rieur ou de la technologie, revenons au point fondamental : pour atteindre ces objectifs, l\u2019Union Europ\u00e9enne doit prendre le chemin de nouvelles formes d\u2019int\u00e9gration.<\/p>\n<p>Nous avons des moyens de le faire : par exemple avec le \u00ab 28e r\u00e9gime \u00bb op\u00e9rant au-dessus du niveau national [il s\u2019agit de la proposition de cr\u00e9er un r\u00e9gime juridique europ\u00e9en concurrent des r\u00e9gimes nationaux pour lequel les entreprises pourraient opter, ce qui permettrait de contourner les probl\u00e8mes d\u2019harmonisation], ou avec des accords sur des projets d\u2019int\u00e9r\u00eat europ\u00e9en commun et leur cofinancement, condition essentielle pour atteindre le seuil d\u2019autosuffisance sur le plan technologique et \u00e9conomique.<\/p>\n<p>Il y a quelques ann\u00e9es \u00e0 cette m\u00eame rencontre, je r\u00e9p\u00e9tais qu\u2019il existe des bonnes et des mauvaises dettes. La mauvaise dette finance la consommation actuelle en laissant le fardeau aux g\u00e9n\u00e9rations futures. La bonne dette sert \u00e0 financer les investissements dans les priorit\u00e9s strat\u00e9giques et dans l\u2019augmentation de la productivit\u00e9. Elle g\u00e9n\u00e8re la croissance qui servira \u00e0 son remboursement. Aujourd\u2019hui, dans certains secteurs, une bonne dette n\u2019est plus possible au niveau national car les investissements r\u00e9alis\u00e9s isol\u00e9ment ne peuvent pas atteindre la dimension n\u00e9cessaire pour stimuler la productivit\u00e9 et justifier la dette.<\/p>\n<p>Seules des formes de dette commune peuvent soutenir des projets europ\u00e9ens de grande ampleur, que des efforts nationaux fragment\u00e9s ne pourront pas mettre en \u0153uvre.<br \/>Ceci est valable\u00a0: pour la d\u00e9fense, en particulier pour la recherche et le d\u00e9veloppement\u00a0; pour l\u2019\u00e9nergie, avec les investissements n\u00e9cessaires dans les r\u00e9seaux et les infrastructures europ\u00e9ens\u00a0; pour les technologies de rupture, un domaine o\u00f9 les risques sont tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9s mais o\u00f9 les succ\u00e8s potentiels sont cruciaux pour transformer nos \u00e9conomies.<\/p>\n<p>Le scepticisme nous aide \u00e0 voir \u00e0 travers le brouillard de la rh\u00e9torique, mais nous avons aussi besoin d\u2019espoir de changement et de confiance en notre capacit\u00e9 \u00e0 y parvenir.<br \/>Vous avez tous grandi dans une Europe o\u00f9 les \u00c9tats-nations ont perdu de leur importance relative. Vous avez grandi en tant qu\u2019Europ\u00e9ens dans un monde o\u00f9 il est naturel de voyager, de travailler et d\u2019\u00e9tudier dans d\u2019autres pays. Beaucoup d\u2019entre vous acceptent d\u2019\u00eatre \u00e0 la fois italiens et europ\u00e9ens ; beaucoup d\u2019entre vous reconnaissent que l\u2019Europe permet aux petits pays d\u2019atteindre ensemble des objectifs qu\u2019ils ne pourraient jamais atteindre seuls, surtout dans un monde domin\u00e9 par des superpuissances comme les \u00c9tats-Unis et la Chine. Il est donc naturel d\u2019esp\u00e9rer le renouveau de l\u2019Europe.<\/p>\n<p>Nous avons \u00e9galement vu, au fil des ans, que l\u2019Union Europ\u00e9enne a \u00e9t\u00e9 capable de s\u2019adapter dans des situations d\u2019urgence, parfois au-del\u00e0 de toutes les attentes.<br \/>Nous avons r\u00e9ussi \u00e0 briser des tabous historiques tels que la dette commune dans le cadre du programme Next Generation EU et \u00e0 nous entraider pendant la pand\u00e9mie. Nous avons men\u00e9, en un temps record, une vaste campagne de vaccination. Nous avons fait preuve d\u2019une unit\u00e9 et d\u2019une participation sans pr\u00e9c\u00e9dent dans notre r\u00e9ponse \u00e0 l\u2019invasion de l\u2019Ukraine par la Russie.<\/p>\n<p>Mais il s\u2019agissait de r\u00e9ponses \u00e0 des situations d\u2019urgence. Le d\u00e9fi est maintenant d\u2019agir avec la m\u00eame d\u00e9termination en temps ordinaire, alors que nous sommes confront\u00e9s aux nouvelles formes du monde dans lequel nous entrons. C\u2019est un monde qui nous regarde sans sympathie, qui n\u2019attend pas apr\u00e8s la lenteur de nos rites d\u00e9cisionnels communautaires de d\u00e9cision pour imposer sa force. C\u2019est un monde qui exige une rupture dans nos objectifs, nos calendriers et nos m\u00e9thodes de travail. La pr\u00e9sence de cinq chefs d\u2019\u00c9tat europ\u00e9ens et des pr\u00e9sidents de la Commission europ\u00e9enne et du Conseil lors de la derni\u00e8re r\u00e9union de la Maison Blanche a \u00e9t\u00e9 une manifestation d\u2019unit\u00e9 qui signifie plus pour les citoyens que d\u2019innombrables rassemblements \u00e0 Bruxelles.<\/p>\n<p>Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, une grande partie de l\u2019adaptation est venue du secteur priv\u00e9, qui a fait preuve de r\u00e9silience malgr\u00e9 la grande instabilit\u00e9 des nouvelles relations commerciales. Les entreprises europ\u00e9ennes adoptent les technologies num\u00e9riques de nouvelle g\u00e9n\u00e9ration, y compris l\u2019intelligence artificielle, \u00e0 un rythme comparable \u00e0 celui des \u00c9tats-Unis. Et l\u2019importante base manufacturi\u00e8re europ\u00e9enne permet de r\u00e9pondre \u00e0 une demande croissante par plus de production interne.<\/p>\n<p>Ce qui est \u00e0 la tra\u00eene, c\u2019est le secteur public o\u00f9 des changements d\u00e9cisifs sont les plus n\u00e9cessaires.<\/p>\n<p>Les gouvernements doivent d\u00e9finir les secteurs \u00e0 privil\u00e9gier pour la politique industrielle. Ils doivent supprimer les obstacles inutiles et revoir les structures d\u2019autorisation dans le secteur de l\u2019\u00e9nergie. Ils doivent se mettre d\u2019accord sur la mani\u00e8re de financer les investissements gigantesques n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019avenir, estim\u00e9s \u00e0 environ 1,2 trillion d\u2019euros par an. Et ils doivent concevoir une politique commerciale adapt\u00e9e \u00e0 un monde qui abandonne les r\u00e8gles multilat\u00e9rales.<\/p>\n<p>En bref, ils doivent retrouver l\u2019unit\u00e9 d\u2019action \u2013 et ils doivent le faire non pas lorsque les circonstances sont devenues insoutenables, mais maintenant, alors que nous avons encore le pouvoir de fa\u00e7onner notre avenir.<\/p>\n<p>Nous pouvons changer la trajectoire de notre continent. Transformez votre scepticisme en action, faites entendre votre voix. L\u2019Union europ\u00e9enne est avant tout un m\u00e9canisme permettant d\u2019atteindre les objectifs partag\u00e9s par ses citoyens. C\u2019est notre meilleure chance d\u2019un avenir de paix, de s\u00e9curit\u00e9 et d\u2019ind\u00e9pendance : c\u2019est une d\u00e9mocratie, et c\u2019est nous, vous, ses citoyens, les Europ\u00e9ens, qui d\u00e9cidons de ses priorit\u00e9s.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Apr\u00e8s l\u2019appel de Coimbra en mai, Mario Draghi intervenait ce 22 Ao\u00fbt \u00e0 Remini, dans le cadre du&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":341758,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1586],"tags":[11,7756,47824,1777,674,1011,27,17912,12,47825,47826,25],"class_list":{"0":"post-341757","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-europe","8":"tag-actualites","9":"tag-democratie","10":"tag-dette-commune","11":"tag-eu","12":"tag-europe","13":"tag-fr","14":"tag-france","15":"tag-mario-draghi","16":"tag-news","17":"tag-politique-industrielle","18":"tag-reboot-europe","19":"tag-republique-francaise"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/115086746462536984","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/341757","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=341757"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/341757\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/341758"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=341757"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=341757"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=341757"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}