{"id":351412,"date":"2025-08-29T04:49:31","date_gmt":"2025-08-29T04:49:31","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/351412\/"},"modified":"2025-08-29T04:49:31","modified_gmt":"2025-08-29T04:49:31","slug":"des-fantomes-au-cinema-france-culture","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/351412\/","title":{"rendered":"Des fant\u00f4mes au cin\u00e9ma | France Culture"},"content":{"rendered":"<p class=\"PopSlotParagraph qg-tx2 qg-xtra-lh svelte-1r0pyek\">Ce matin, deux films de fant\u00f4mes, sortis hier en salles. Le premier est allemand, sign\u00e9 Christian Petzold, il s\u2019appelle Miroirs no 3, le second est tha\u00eflandais, il avait connu un beau succ\u00e8s au festival de Cannes, s\u2019intitule Fant\u00f4me utile, et c\u2019est un film de Ratchapoom Boonbunchachoke (oui). Deux films apparemment tr\u00e8s diff\u00e9rents, mais qui parlent de choses et de gens hant\u00e9s, deux films hant\u00e9s eux-m\u00eames par des pr\u00e9sences communes, et parfois assez surprenantes, \u00e9tant donn\u00e9 leurs origines et esth\u00e9tiques contrast\u00e9es.<\/p>\n<p class=\"PopSlotParagraph qg-tx2 qg-xtra-lh svelte-1r0pyek\">Miroirs no 3 est le neuvi\u00e8me long-m\u00e9trage de Christian Petzold, qui retrouve sa grammaire d\u00e9licate et tr\u00e8s \u00e9l\u00e9gante dans un film lent et \u00e9trange. On y suit une jeune pianiste \u00e0 l\u2019\u00e2me sombre, qui, d\u00e8s les premi\u00e8res minutes du film, a un accident de voiture dans lequel son petit ami est tu\u00e9 sur le coup. Recueillie sur le bord de la route par une femme plus \u00e2g\u00e9e, solitaire, et un peu inqui\u00e9tante, elle d\u00e9cide de prolonger son s\u00e9jour chez elle \u00e0 la campagne le temps d\u2019un \u00e9t\u00e9, et apprend, au fur et \u00e0 mesure et non sans heurts, l\u2019histoire douloureuse de cette femme, de sa famille et du piano qui tr\u00f4ne, apparemment injou\u00e9, dans la maison. Le film d\u00e9termine tr\u00e8s lentement les r\u00e9cits et les relations qui se nouent\u00a0; la mort flotte partout, parfois presque comme une pr\u00e9sence surnaturelle, et on se demande longtemps si un des personnages ne serait pas mort\u00a0: la jeune h\u00e9ro\u00efne, qu\u2019on d\u00e9couvre dans les premi\u00e8res minutes, dangereusement pench\u00e9e au-dessus d\u2019un pont, cette femme \u00e2g\u00e9e qui surgit dans le champ comme une apparition un peu sorci\u00e8re, ou encore une troisi\u00e8me pr\u00e9sence dans la maison, qui fait dysfonctionner les objets, et qui semble la hanter.<\/p>\n<p class=\"PopSlotParagraph qg-tx2 qg-xtra-lh svelte-1r0pyek\">Ce qui hante, dans\u00a0Fant\u00f4me utile, ce sont les morts qui ne veulent pas qu\u2019on renonce \u00e0 leur souvenir\u00a0: parce qu\u2019ils sont partis trop t\u00f4t, ou parce qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 injustement supprim\u00e9s. On est loin de Petzold dans ce film un peu foufou, aux r\u00e9cits imbriqu\u00e9s et \u00e0 l\u2019esth\u00e9tique un peu pop, dans lequel des morts reviennent hanter les vivants pour les aimer ou pour les harceler, sous la forme d\u2019appareils \u00e9lectrom\u00e9nagers. Ainsi d\u2019un ouvrier en col\u00e8re qui r\u00e9guli\u00e8rement perturbe la bonne marche de son ancienne usine en prenant le contr\u00f4le d\u2019une cha\u00eene de montage, ou alors une tr\u00e8s jeune femme morte en couches, qui revient aimer son mari veuf sous la forme d\u2019un ravissant aspirateur rouge, aux usages particuli\u00e8rement \u00e9rotiques. Le film commence comme une com\u00e9die fantasque, mais s\u2019ach\u00e8ve dans une sorte de carnage au sens tr\u00e8s politique\u00a0: les fant\u00f4mes devenant le signe de la r\u00e9sistance \u00e0 la domination sociale et \u00e0 la violence d\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p> Miroir magique<\/p>\n<p class=\"PopSlotParagraph qg-tx2 qg-xtra-lh svelte-1r0pyek\">Entre la com\u00e9die potache asiatique et le drame de Petzold, existe apparemment un grand \u00e9cart,\u00a0mais ce qui est dr\u00f4le, c\u2019est la mani\u00e8re dont se contaminent en quelque sorte ces deux films totalement dissemblables qui sortent en m\u00eame temps. Ils parlent tous les deux de l\u2019ambivalence profonde du fant\u00f4me, un \u00eatre double-face \u00e0 la fois malfaisant, bienveillant et n\u00e9cessaire. Le caract\u00e8re fantastique y est trait\u00e9 diff\u00e9remment, mais finalement dans un m\u00eame esprit\u00a0: d\u2019un c\u00f4t\u00e9, le surnaturel flotte dans un r\u00e9gime r\u00e9aliste, et dans le film tha\u00eflandais, c\u2019est le r\u00e9alisme social qui grignote le film de genre. Chez Petzold la pr\u00e9sence \u00e9trange se glisse aussi dans toute une s\u00e9quence qui est sans doute une des plus belles, dans un lave-vaisselle qui dysfonctionne et un robinet qui goutte. Mais surtout, ces deux films ont un secret commun, qui s\u2019appelle Maurice Ravel. Le film de Petzold porte le nom d\u2019un de ses morceaux, \u00ab\u00a0Miroirs no 3\u00a0\u00bb, et les m\u00eames arp\u00e8ges tricot\u00e9s au piano et \u00e0 la harpe accompagnent dans Fant\u00f4me utile l\u2019arriv\u00e9e des fant\u00f4mes dans la vie du h\u00e9ros. On d\u00e9couvre ainsi que Ravel peut fonctionner comme un signe \u00e9tonnamment commun et joliment magique \u00e0 des cultures bien \u00e9loign\u00e9es, celui du revenant.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Ce matin, deux films de fant\u00f4mes, sortis hier en salles. Le premier est allemand, sign\u00e9 Christian Petzold, il&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":351413,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1354],"tags":[58,59,1346,1011,27,1360],"class_list":{"0":"post-351412","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-films","8":"tag-divertissement","9":"tag-entertainment","10":"tag-films","11":"tag-fr","12":"tag-france","13":"tag-movies"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/115110252621389023","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/351412","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=351412"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/351412\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/351413"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=351412"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=351412"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=351412"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}