{"id":354053,"date":"2025-08-30T07:32:11","date_gmt":"2025-08-30T07:32:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/354053\/"},"modified":"2025-08-30T07:32:11","modified_gmt":"2025-08-30T07:32:11","slug":"80-ans-de-nice-matin-charles-guerrin-bouscule-par-le-vent-de-lhistoire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/354053\/","title":{"rendered":"80 ans de \u00ab\u00a0Nice-Matin\u00a0\u00bb : Charles Guerrin, bouscul\u00e9 par le vent de l\u2019histoire"},"content":{"rendered":"<p>Dans la geste de Nice-Matin, Charles Guerrin occupe une place singuli\u00e8re. Son importance est inversement proportionnelle au nombre de reportages qu\u2019il a sign\u00e9s. Le journaliste a creus\u00e9 son sillon en coulisses, dans l\u2019action syndicale, \u00e0 la t\u00eate de la section azur\u00e9enne du SNJ (1). Un engagement pay\u00e9 au prix fort. Placardis\u00e9 d\u00e8s la fin des ann\u00e9es soixante, il a d\u00fb attendre trois d\u00e9cennies pour \u00eatre reconnu \u00e0 sa juste valeur. Ses confidences, passionnantes, ressuscitent un temps que les moins de cinquante ans ne peuvent pas conna\u00eetre\u2026 et qu\u2019ils ont parfois du mal \u00e0 imaginer.<\/p>\n<p><strong>Vous avez vu le jour au sein d\u2019une famille hors du commun\u2026<\/strong><\/p>\n<p>&#8230; Et dans un contexte tr\u00e8s particulier ! [Il rit] Je suis n\u00e9 en 1943, neuvi\u00e8me enfant d\u2019une famille de r\u00e9sistants. Ma m\u00e8re avait peur des souris, mais elle a tenu t\u00eate \u00e0 la Gestapo. Mon p\u00e8re, Aym\u00e9 Guerrin, \u00e9tait journaliste. \u00c0 la t\u00eate du groupe Vercing\u00e9torix, il a publi\u00e9 d\u00e8s d\u00e9cembre 1941 un bulletin clandestin, La Cha\u00eene fran\u00e7aise. En juin 1944, il a \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 r\u00e9dacteur en chef du journal France Libre. \u00c0 ce titre, il a \u00e9t\u00e9 re\u00e7u par Charles de Gaulle, le 29 ao\u00fbt 1944, avec les autres dirigeants de la presse clandestine. Je n\u2019ai jamais su quelles \u00e9taient les relations exactes qui liaient De Gaulle et mon p\u00e8re, mais elles devaient \u00eatre assez \u00e9troites, puisque le g\u00e9n\u00e9ral \u00e9tait mon parrain\u2005! En septembre 1948, il nous a invit\u00e9s \u00e0 d\u00e9jeuner \u00e0 la Boisserie, \u00e0 Colombey-les-Deux-Eglises. Un \u00e9v\u00e9nement dont je garde une photo d\u00e9dicac\u00e9e\u2026 mais, h\u00e9las, aucun souvenir.<\/p>\n<p><strong>Devenir journaliste, c\u2019\u00e9tait une fa\u00e7on de marcher dans les pas de votre p\u00e8re\u2005?<\/strong><\/p>\n<p>Pas vraiment. La v\u00e9rit\u00e9 est qu\u2019avant de terminer mes \u00e9tudes, je n\u2019avais aucune id\u00e9e pr\u00e9cise de ce que je voulais faire. La seule chose qui m\u2019int\u00e9ressait, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, c\u2019\u00e9tait le th\u00e9\u00e2tre\u2005! J\u2019ai commenc\u00e9 des \u00e9tudes de Droit sans conviction. Puis j\u2019ai transit\u00e9 vers les sciences \u00e9conomiques, o\u00f9 je me suis copieusement emm\u2026 J\u2019ai bifurqu\u00e9 en prop\u00e9deutique pour pr\u00e9parer une licence de philosophie que je n\u2019ai jamais d\u00e9croch\u00e9e. De guerre lasse, m\u00fb par l\u2019envie pressante d\u2019\u00eatre ind\u00e9pendant, j\u2019ai frapp\u00e9 \u00e0 la porte de Nice-Matin. Le r\u00e9dacteur en chef, Georges Mars, m\u2019a propos\u00e9 d\u2019alimenter la rubrique TV de L\u2019Espoir, l\u2019\u00e9dition vesp\u00e9rale du journal. C\u2019est comme cela que j\u2019ai commenc\u00e9, \u00e0 la pige (2), en novembre 1963.<\/p>\n<p><strong>Quand avez-vous int\u00e9gr\u00e9 la r\u00e9daction\u2005?<\/strong><\/p>\n<p>En f\u00e9vrier 1964. Assez rapidement, on m\u2019a confi\u00e9 la politique locale que je couvrais avec le grand reporter Jean-Claude V\u00e9rots et Maurice Huleu. Je me suis li\u00e9 d\u2019amiti\u00e9 avec Angelo Rinaldi [futur \u00e9crivain, membre de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, Ndlr], une plume exceptionnelle, assez mal trait\u00e9 par la direction.<\/p>\n<p><strong>Ce qui n\u2019\u00e9tait pas votre cas\u2005?<\/strong><\/p>\n<p>Oh, moi, j\u2019avais bonne presse \u00e0 cette \u00e9poque. [Il rit] J\u2019ai m\u00eame repr\u00e9sent\u00e9 le patron du journal, Michel Bavastro, \u00e0 un d\u00e9jeuner organis\u00e9 par son ennemi intime, Jacques M\u00e9decin. Tout cela a vol\u00e9 en \u00e9clat \u00e0 mon retour du service militaire, le mercredi 1er mai\u2026 1968.<\/p>\n<p><strong>Vous revenez en pleine \u00ab\u00a0r\u00e9volution\u00a0\u00bb\u2005?<\/strong><\/p>\n<p>Eh oui\u2005! Les \u00ab\u00a0\u00e9v\u00e9nements\u00a0\u00bb se sont produits alors que Nice-Matin, pour la premi\u00e8re fois, \u00e9tait en situation de monopole dans les Alpes-Maritimes \u2013 Le Patriote quotidien avait cess\u00e9 de para\u00eetre en 1967. Tous les jours, les d\u00e9fil\u00e9s de la CGT passaient devant le si\u00e8ge du journal, avenue Jean-M\u00e9decin, s\u00e9curis\u00e9 par\u2026 nos salari\u00e9s CGT\u2005! C\u2019\u00e9tait le deal\u2005: pas de gr\u00e8ve ni d\u2019entrave \u00e0 la parution, \u00e0 condition que les manifestations soient couvertes. Mais la r\u00e9daction, sous-pay\u00e9e \u00e0 cette \u00e9poque, n\u2019\u00e9tait pas \u00e9tanche aux mouvements qui embrasaient le pays. Michel Bavastro a accept\u00e9 de nous recevoir. Pendant que nous discutions, nous entendions la rumeur de la rue, mena\u00e7ante, qui conspuait le nom du patron. Le \u00ab\u00a0Vieux\u00a0\u00bb a ferm\u00e9 les fen\u00eatres. Il est revenu vers nous, visiblement nerveux. Je pense qu\u2019il a pris peur. Et il a l\u00e2ch\u00e9 des augmentations consid\u00e9rables \u2013 jusqu\u2019\u00e0 +\u200550\u2005% pour les plus bas salaires\u2005! C\u2019\u00e9tait le 27 ou le 28 mai\u2026<\/p>\n<p><strong>Juste avant que De Gaulle ne reprenne l\u2019avantage \u00e0 son retour de Baden-Baden\u2005?<\/strong><\/p>\n<p>Exactement\u2005! \u00c0 quelques jours pr\u00e8s, nous \u00e9tions marron\u2026 Dans un second temps, nous avons tent\u00e9 d\u2019infl\u00e9chir la ligne \u00e9ditoriale tr\u00e8s droiti\u00e8re. Un vieux briscard de la r\u00e9daction, Albert Modini, a apostroph\u00e9 Bavastro\u2005: \u00ab\u00a0Vous nous demandez de bander, mais vous nous coupez les couilles\u2005!\u00a0\u00bb [Il rit] Le patron n\u2019a rien voulu c\u00e9der. Qu\u2019un autre que lui puisse avoir la main sur ce qui \u00e9tait publi\u00e9 ou non, c\u2019\u00e9tait inimaginable\u2005!<\/p>\n<p><strong>Et vous avez \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0placardis\u00e9\u00a0\u00bb\u2005?<\/strong><\/p>\n<p>Oui. En juillet 1968, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 mut\u00e9 \u2013 en 48\u2005heures et \u00e9videmment sans mon accord \u2013 au secr\u00e9tariat de r\u00e9daction de la \u00ab\u2005R\u00e9gion Alpes-Maritimes\u2005\u00bb, une fonction s\u00e9dentaire o\u00f9 je n\u2019avais plus la possibilit\u00e9 d\u2019\u00e9crire. En mars 1969, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 affect\u00e9 au service des Informations g\u00e9n\u00e9rales, avant de rejoindre l\u2019\u00e9quipe de L\u2019Espoir Hebdo en novembre 1973, puis la locale de Nice. C\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0, en 1974, que la situation s\u2019est de nouveau tendue\u2026<\/p>\n<p><strong>Que s\u2019est-il pass\u00e9\u2005?<\/strong><\/p>\n<p>En avril 1974, les journalistes ont observ\u00e9 une gr\u00e8ve de quatre jours. qui a permis d\u2019ent\u00e9riner la fin de la \u00ab\u00a0semaine de six jours\u00a0\u00bb. Jusqu\u2019\u00e0 cette date, les r\u00e9dacteurs et les photographes de Nice-Matin travaillaient toute l\u2019ann\u00e9e, hors cong\u00e9s, six jours sur sept\u2005! Cet \u00e9pisode a d\u00e9clench\u00e9 une vague de mutations-sanctions, avec des proc\u00e9dures judiciaires au p\u00e9nal jusqu\u2019en 1990. Cela m\u2019a notamment valu de rester \u00ab\u2005scotch\u00e9\u2005\u00bb aux Informations g\u00e9n\u00e9rales de 1986 \u00e0 1998.<\/p>\n<p><strong>Vous avez pourtant achev\u00e9 votre carri\u00e8re comme directeur juridique\u2005?<\/strong><\/p>\n<p>Oui. Gr\u00e2ce \u00e0 Michel Comboul, qui a pris les r\u00eanes du journal apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s de G\u00e9rard Bavastro, et la vente du titre au Groupe Lagard\u00e8re. J\u2019ai renonc\u00e9 \u00e0 mon statut de journaliste jusqu\u2019\u00e0 mon d\u00e9part \u00e0 la retraite en 2004. J\u2019ai accueilli cette ultime nomination comme un d\u00e9fi\u2005; je vous ai dit le peu d\u2019app\u00e9tence que j\u2019avais, plus jeune, pour le Droit\u2026 Mais en d\u00e9finitive, je me suis pris au jeu.<\/p>\n<p><strong>Si vous deviez dresser un bilan de vos quarante ann\u00e9es \u00e0 Nice-Matin\u2005?<\/strong><\/p>\n<p>J\u2019ai travaill\u00e9 avec des professionnels exceptionnels, d\u2019une rigueur exemplaire. Et j\u2019ai appris que la libert\u00e9 est un combat qui n\u2019est jamais d\u00e9finitivement gagn\u00e9.<\/p>\n<p>1. SNJ\u2005: Syndicat national des journalistes.<br \/>&#13;<br \/>\n2. R\u00e9mun\u00e9ration des journalistes \u00e0 l\u2019article.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Dans la geste de Nice-Matin, Charles Guerrin occupe une place singuli\u00e8re. 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