{"id":354122,"date":"2025-08-30T08:14:11","date_gmt":"2025-08-30T08:14:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/354122\/"},"modified":"2025-08-30T08:14:11","modified_gmt":"2025-08-30T08:14:11","slug":"la-victoire-de-la-memoire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/354122\/","title":{"rendered":"la victoire de la m\u00e9moire"},"content":{"rendered":"<p>Un remarquable r\u00e9cit litt\u00e9raire, sur trois femmes victimes de la violence conjugale.<\/p>\n<p>Dans la nuit, trois femmes. Une vivante, deux mortes. Elles ont plus en commun que la vie ou la mort : elles ont couru pour s&rsquo;arracher \u00e0 la nuit de la violence conjugale. Comment nommer ce qui fait que l&rsquo;une d&rsquo;entre elles s&rsquo;en soit sortie et pas les autres ? On ne le nomme pas. Tout se situe entre l&rsquo;\u00eele Maurice et la France. Nous sommes en mai 1998. Une femme de 25 ans, la narratrice, se retrouve coinc\u00e9e dans la voiture de son compagnon, \u00e0 la merci de sa d\u00e9mence. Nous sommes en d\u00e9cembre 2000. Une femme de 30 ou 32 ans, Emma, est percut\u00e9e et \u00e9cras\u00e9e par la voiture de son mari. Nous sommes en mai 2021. Une femme de 31 ans, Chahinez Daoud, est bless\u00e9e par balles et br\u00fbl\u00e9e vive en pleine rue par son \u00e9poux sorti de prison. Dans \u00ab La nuit au coeur \u00bb, <a href=\"https:\/\/www.parismatch.com\/Culture\/Livres\/Nathacha-Appanah-Les-Francais-n-ont-pas-compris-que-la-France-est-un-archipel-eclate-1584840\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Nathacha Appanah<\/a>\u00a0nous donne \u00e0 entendre leurs voix.<\/p>\n<p>    La suite apr\u00e8s cette publicit\u00e9<\/p>\n<p>D\u00e8s 17 ans, l&#8217;emprise commence. Il est un journaliste et un \u00e9crivain, avec une famille \u00e0 charge, beaucoup plus \u00e2g\u00e9 qu&rsquo;elle. Ils se rencontrent, se parlent, se charment. La chute commence. Elle sera inexorable. La narratrice p\u00e9n\u00e8tre chez lui pour la premi\u00e8re fois \u00e0 18 ans. L&rsquo;homme l&rsquo;isole, peu \u00e0 peu, du reste du monde. Il prend le pouvoir sur son esprit, son corps. La narratrice rompt avec sa famille, \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 19 ans. Le d\u00e9cha\u00eenement de violence, durant une nuit de mai 1998, marque un tournant d\u00e9cisif. Elle pense mourir. Au bout de six ans d&rsquo;absence, la jeune femme revient aupr\u00e8s des siens. Elle a 25 ans. Le premier soir, chez ses parents, elle pleure. Sa m\u00e8re lui souffle seulement : \u00ab Coumsa mem sa \u00bb ou \u00ab c&rsquo;est comme \u00e7a ces choses-l\u00e0 \u00bb. Ce qu&rsquo;elle lui offre est un cadeau inestimable : les larmes, le chagrin, la douleur ne sont pas une faiblesse. Le temps a pass\u00e9. L&rsquo;auteure de \u00ab La m\u00e9moire d\u00e9lav\u00e9e \u00bb (2023) est devenue une \u00e9crivaine reconnue. Elle b\u00e2tit une st\u00e8le de papier pour sa cousine Emma et Chahinez Daoud.<\/p>\n<p>Elle interroge, elle s&rsquo;interroge, elle les interroge<\/p>\n<p>La romanci\u00e8re mauricienne Nathacha Appanah \u00e9crit pour cr\u00e9er du lien et redonner corps aux absents. Son r\u00e9cit est une histoire de la violence faite aux femmes. Qui sont ces hommes exer\u00e7ant humiliation et brutalit\u00e9 ? Un journaliste et po\u00e8te, un chauffeur dans un minist\u00e8re, un ouvrier ma\u00e7on. Ils sont tous les trois des p\u00e8res de famille. La narratrice, Emma, Chahinez Daoud vont se d\u00e9battre face \u00e0 leur folie totalitaire. La romanci\u00e8re reconstitue les bifurcations, la cartographie int\u00e9rieure, les possibles. Elle interroge, elle s&rsquo;interroge, elle les interroge. Son scrupule est infini. Nathacha Appanah lutte pour ramener \u00e0 la vie ce qui a plong\u00e9 dans le gouffre : une adolescente confiante, un rire de femme communicatif, une m\u00e8re de famille. \u00ab La nuit au coeur \u00bb est un texte hybride. Les parties se fondent les unes dans les autres. L&rsquo;\u00e9criture fait appel \u00e0 la fiction, \u00e0 l&rsquo;enqu\u00eate journalistique, au r\u00e9cit pour s&rsquo;approcher au plus pr\u00e8s de la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Dans cette oeuvre triangulaire, l&rsquo;auteure de \u00ab Tropique de la violence \u00bb (2016) poursuit ses propres fant\u00f4mes. Elle ne cherche pas \u00e0 s&rsquo;\u00e9pargner. Elle a laiss\u00e9 une partie d&rsquo;elle-m\u00eame dans une voiture, en mai 1998. L&rsquo;essentiel est restitu\u00e9 : la chute, la course, le retour, le d\u00e9part. Il y a le sourire d&rsquo;une m\u00e8re, en haut d&rsquo;un escalier. Les lueurs sont rares, mais elles existent. Dans \u00ab La nuit au coeur \u00bb, Nathacha Appanah \u00e9crit sur les f\u00e9minicides conjugaux, l&#8217;emprise sur les esprits et les corps, la solidarit\u00e9 f\u00e9minine. Tout y parle de la brutalit\u00e9 de l&rsquo;effacement et de la difficile lutte de la litt\u00e9rature contre l&rsquo;an\u00e9antissement. Nathacha Appanah a compos\u00e9 un grand roman vrai sur l&rsquo;oubli, les larmes, la m\u00e9moire. La nuit et le jour entrent en lutte. Il y a ferveur et douceur. La litt\u00e9rature a gagn\u00e9.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>    La suite apr\u00e8s cette publicit\u00e9<\/p>\n<p>    <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/sc_files.jpg\" alt=\"\u00abLa nuit au c\u0153ur\u00bb, de Nathacha Appanah, \u00e9d. Gallimard, 288 pages, 21 euros.\" loading=\"lazy\"\/><\/p>\n<p>\n      \u00abLa nuit au c\u0153ur\u00bb, de Nathacha Appanah, \u00e9d. Gallimard, 288 pages, 21 euros.<\/p>\n<p>                                \u00a9 Gallimard <\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Un remarquable r\u00e9cit litt\u00e9raire, sur trois femmes victimes de la violence conjugale. Dans la nuit, trois femmes. 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