{"id":355685,"date":"2025-08-31T02:59:25","date_gmt":"2025-08-31T02:59:25","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/355685\/"},"modified":"2025-08-31T02:59:25","modified_gmt":"2025-08-31T02:59:25","slug":"avec-flamme-volcan-tempete-pierre-boisson-ressuscite-une-autrice-oubliee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/355685\/","title":{"rendered":"Avec \u201cFlamme, volcan, temp\u00eate\u201d, Pierre Boisson ressuscite une autrice oubli\u00e9e"},"content":{"rendered":"<p>R\u00e9dacteur en chef de \u201cSociety\u201d et co-auteur de la c\u00e9l\u00e8bre enqu\u00eate sur Xavier Dupont de Ligonn\u00e8s parue en 2020, Pierre Boisson consacre une superbe enqu\u00eate litt\u00e9raire \u00e0 Christine Pawlowska, autrice injustement tomb\u00e9e dans l\u2019oubli.<\/p>\n<p>Le 9 ao\u00fbt 2022, le journaliste Pierre Boisson tire un petit livre \u00e0 la couverture craquel\u00e9e de la biblioth\u00e8que de la maison dans laquelle il s\u00e9journe. Il est intrigu\u00e9 par le titre, \u00c9carlate, et par l\u2019histoire du manuscrit. Celle d\u2019un cahier rouge \u00e0 spirale noirci \u00e0 la main et arriv\u00e9 sur le bureau de Simone Gallimard, directrice du Mercure de France, qui en tombe amoureuse et d\u00e9cide de le publier. Pierre Boisson n\u2019a jamais entendu parler ni du roman publi\u00e9 en 1974, ni de son autrice Christine Pawlowska qui a alors 22 ans. Il est frapp\u00e9 par la force de ce court r\u00e9cit incandescent, po\u00e9tique et violent sur l\u2019adolescence, les relations m\u00e8res\/filles, les premi\u00e8res amours et par la voix de la narratrice, une \u201cautrice-n\u00e9e\u201d. Le roman est pourtant le seul jamais publi\u00e9 par Christine Pawlowska, d\u00e9c\u00e9d\u00e9e en 1996 d\u2019un arr\u00eat cardiaque \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 44 ans.<\/p>\n<p>\u201cRapidement, je commence \u00e0 reconstituer certains \u00e9l\u00e9ments de sa vie, nous raconte Pierre Boisson. Pas pour en faire un sujet de livre ou d\u2019article mais pour assouvir une curiosit\u00e9 intellectuelle. Je contacte la maison d\u2019\u00e9dition L\u2019\u00e9diteur singulier, qui avait republi\u00e9 \u00c9carlate \u00e0 deux cents exemplaires en 2014 pour qu\u2019elle m\u2019envoie cette r\u00e9\u00e9dition pr\u00e9fac\u00e9e par Alexandre Fillon.\u201d En lecteur avide, il songe d\u2019abord \u00e0 int\u00e9grer son histoire \u00e0 \u201cun article plus large sur le matrimoine litt\u00e9raire\u201d, sujet qui le passionne. S\u2019il est tomb\u00e9 dans l\u2019oubli, \u00c9carlate est loin d\u2019\u00eatre pass\u00e9 inaper\u00e7u \u00e0 sa sortie. \u201cElle en vend des milliers d\u2019exemplaires, et les plus grands critiques fran\u00e7ais le chroniquent.\u201d Difficile de croire que ce texte d\u2019inspiration largement autobiographique n\u2019ait pas travers\u00e9 les d\u00e9cennies, tant il fait \u00e9merger une \u00e9criture singuli\u00e8re, forte, presque brutale. <\/p>\n<p>\u00c9carlate raconte avec une honn\u00eatet\u00e9 rare et tr\u00e8s contemporaine la beaut\u00e9 et la violence de l\u2019exp\u00e9rience f\u00e9minine de l\u2019adolescence. En une petite centaine de pages, Christine Pawlowska explore sa relation conflictuelle avec sa m\u00e8re, son amiti\u00e9 passionnelle avec son amie Melly, sa premi\u00e8re exp\u00e9rience sexuelle, sa d\u00e9pression, sa d\u00e9fiance vis-\u00e0-vis de la domination des adultes. \u201cQu\u2019as-tu fait en me donnant la vie\u00a0? demande-t-elle \u00e0 sa m\u00e8re. J\u2019en cr\u00e8verai.\u201d La narratrice est attir\u00e9e par une vie totale faite d\u2019art, de libert\u00e9 et de relations fusionnelles, elle cherche la beaut\u00e9 dans la banalit\u00e9 du monde et d\u00e9crit cette qu\u00eate dans des fragments po\u00e9tiques, travers\u00e9s par des visions quasi-mystiques. Et avec une insolence toute adolescente qui donne sa singularit\u00e9 \u00e0 \u00c9carlate. \u201cNous, madame, l\u00e2che-t-elle \u00e0 une femme qui lui reproche de s\u00e9cher l\u2019\u00e9cole, on emmerde le monde.\u201d<\/p>\n<p>Retracer la vie de Christine Pawlowska<\/p>\n<p>Pouss\u00e9 par son amour de ce texte unique et intemporel, Pierre Boisson remonte la trace des deux fils de Christine, Nicolas et Johan, n\u00e9s de sa relation avec Gipsy, l\u2019homme violent qu\u2019elle rencontre en 1970 et qui ne cessera d\u2019entrer et de sortir de sa vie. Le cadet transmet une enveloppe au journaliste. \u201cEn l\u2019ouvrant, je d\u00e9couvre la correspondance de Christine. Des lettres que je lis et qui me bouleversent. J\u2019y retrouve sa voix, celle d\u2019\u00c9carlate. Elle revit soudainement et je me dis que ces lettres doivent absolument exister quelque part.\u201d L\u2019id\u00e9e de lui consacrer un livre est n\u00e9e.\u00a0<\/p>\n<p>En interrogeant ses deux fils, ses amies, son fr\u00e8re, d\u2019anciens amants, et en r\u00e9cup\u00e9rant la correspondance entre Simone Gallimard et Christine Pawlowska, Pierre Boisson retrace avec beaucoup de d\u00e9licatesse, de respect et d\u2019intelligence l\u2019histoire de la vie de Christine Pawlowska\u00a0: sa naissance sous le nom de Kujawa en 1952 \u00e0 Al\u00e8s, sa relation fusionnelle et conflictuelle avec sa m\u00e8re, sa d\u00e9pression adolescente, sa premi\u00e8re tentative de suicide \u201ccomme si elle voulait essayer pour voir\u201d. Jusqu\u2019\u00e0 ce jour de 1968 o\u00f9 elle quitte sa famille pour rejoindre \u201cla bande des marginaux d\u2019Al\u00e8s\u201d et devenir, avec son partenaire d\u2019alors, <a href=\"https:\/\/www.lesinrocks.com\/art\/on-abortion-revele-le-cauchemar-des-avortements-clandestins-478566-17-06-2022\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">avorteuse clandestine<\/a>. C\u2019est \u00e0 cette \u00e9poque que cette fervente lectrice \u00e9crit \u00c9carlate, dans un geste fi\u00e9vreux et radical. Le p\u00e8re Jean Servel, un ami de sa m\u00e8re, transmet le texte \u00e0 l\u2019une de ses connaissances, un pr\u00eatre publi\u00e9 chez Gallimard qui l\u2019envoie \u00e0 son tour au Mercure de France. Christine se retrouve projet\u00e9e du jour au lendemain dans le milieu litt\u00e9raire parisien, dont Pierre Boisson dresse un passionnant portrait. \u00a0<\/p>\n<p>Il est aussi question des relations de l\u2019autrice, d\u2019abord avec Gipsy puis avec un \u201cnotable local\u201d plus \u00e2g\u00e9, qui veut absolument que Christine Pawlowska \u00e9crive avec lui un livre sur la guerre d\u2019Alg\u00e9rie, refus\u00e9 par son \u00e9ditrice. Simone Gallimard est d\u00e9\u00e7ue\u00a0: elle continue d\u2019esp\u00e9rer un deuxi\u00e8me roman \u00e0 la hauteur d\u2019\u00c9carlate. Il n\u2019arrivera jamais. Au fil des chapitres de Flamme, volcan, temp\u00eate\u2026, Christine ne cesse d\u2019appara\u00eetre sous un jour diff\u00e9rent\u00a0: patronne de bar, formatrice, \u00e9crivaine, insomniaque, grande lectrice, amatrice d\u2019op\u00e9ra et de musique classique. \u201cDifficile, confie Pierre Boisson dans un sourire, de ne pas tomber sous son charme.\u201d<\/p>\n<p>L\u2019invisibilisation des autrices dans l\u2019histoire <\/p>\n<p>Le journaliste dessine aussi une histoire plus large de<a href=\"https:\/\/www.lesinrocks.com\/livres\/pourquoi-ces-ecrivaines-ont-ete-invisibilisees-612385-13-03-2024\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\"> l\u2019invisibilisation des autrices dans l\u2019histoire litt\u00e9raire<\/a>. \u201cJe me suis rendu compte qu\u2019\u00e0 chaque \u00e9tape de sa vie ou presque, Christine Pawlowska remplissait les crit\u00e8res th\u00e9oris\u00e9s par Julien Marsay dans son essai La revanche des autrices (Payot) pour expliquer l\u2019invisibilisation des \u00e9crivaines. Elle a \u00e9t\u00e9 victime de toutes les violences patriarcales et de toutes les dominations litt\u00e9raires possibles.\u201d Pierre Boisson raconte par exemple comment Gipsy accuse Pawlowska de faire \u201cla pute pour les libraires\u201d. Sans compter le temps, l\u2019argent, cette chambre \u00e0 soi qui lui manquent cruellement. \u201cChristine doit s\u2019occuper de ses deux enfants, elle n\u2019a pas d\u2019argent et pas d\u2019espace physique et mental pour se consacrer \u00e0 l\u2019\u00e9criture.\u201d\u00a0<\/p>\n<p>Quant \u00e0 savoir pourquoi \u00c9carlate a \u00e9t\u00e9 effac\u00e9 de l\u2019histoire litt\u00e9raire, il \u00e9crit que \u201cles autrices les plus politiques, celles qui ont bouscul\u00e9 l\u2019ordre social [\u2026] ont toujours \u00e9t\u00e9 balay\u00e9es les premi\u00e8res\u201d. Or \u00c9carlate est, selon lui, \u201cun livre politique sur les hommes, la religion, le refus de devenir une adulte et des r\u00f4les qu\u2019imposent la soci\u00e9t\u00e9 notamment aux femmes\u201d. Pierre Boisson a retrouv\u00e9 des po\u00e8mes de Pawlowska, dont certains sont reproduits dans son livre, mais pas de deuxi\u00e8me roman. \u201cJe crois que ce d\u00e9sir de d\u00e9couvrir un manuscrit disait mon envie qu\u2019elle s\u2019en sorte.\u201d\u00a0<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019il est all\u00e9 voir Adrien Bosc, directeur des \u00e9ditions du Sous-Sol, pour lui pr\u00e9senter son projet d\u2019enqu\u00eate litt\u00e9raire, ce dernier lui a demand\u00e9 de lui faire lire \u00c9carlate. L\u2019\u00e9diteur nous explique qu\u2019il aurait trouv\u00e9 \u201c\u00e9trange de publier un r\u00e9cit dont la valeur litt\u00e9raire ne [lui] semblait pas justifi\u00e9e\u201d. Deux jours apr\u00e8s avoir lu le court roman de Christine Pawlowska, Adrien Bosc envoie un mail enthousiaste \u00e0 Pierre Boisson. La d\u00e9cision est prise de republier \u00c9carlate en m\u00eame temps que Flamme, volcan, temp\u00eate. Une \u00e9vidence pour Adrien Bosc pour qui une nouvelle invisibilisation de \u201cce livre disparu, oubli\u00e9, indisponible\u201d aurait \u00e9t\u00e9 \u201cd\u2019une grande violence\u201d. \u201cSortir un portrait d\u2019elle sans qu\u2019\u00c9carlate soit disponible et lisible m\u2019aurait paru politiquement difficile \u00e0 comprendre et \u00e0 justifier\u201d, explique Pierre Boisson. \u201cJe suis tr\u00e8s content que les deux existent et que l\u2019un puisse nourrir l\u2019autre.\u201d Il marque une pause. \u201cEt que Christine Pawlowska puisse avoir une sorte de deuxi\u00e8me vie.\u201d<\/p>\n<p><strong><a href=\"https:\/\/editions-du-sous-sol.com\/publication\/flamme-volcan-tempete\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Flamme, volcan, temp\u00eate de Pierre Boisson<\/a>, \u00c9ditions du Sous-Sol, 224 p., 21\u00a0\u20ac. En librairie.<\/strong><\/p>\n<p><strong><a href=\"https:\/\/editions-du-sous-sol.com\/publication\/ecarlate\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">\u00c9carlate de Christine Pawlowska<\/a>, \u00c9ditions du Sous-Sol, 112 p., 13\u20ac. En librairie.<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Christine-Pawlowska-t-859x250.png\" data-barba-prevent=\"\" data-pswp-width=\"859\" data-pswp-height=\"250\"><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"859\" height=\"250\" src=\"data:image\/svg+xml,%3Csvg%20xmlns=\" http:=\"\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"&#10;Christine Pawlowska \u00a9 \u00c9ditions du sous-sol&#10;\" data-lazy-src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Christine-Pawlowska-t-859x250.png\"\/><\/p>\n<p>Christine Pawlowska \u00a9 \u00c9ditions du sous-sol<\/p>\n<p><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"R\u00e9dacteur en chef de \u201cSociety\u201d et co-auteur de la c\u00e9l\u00e8bre enqu\u00eate sur Xavier Dupont de Ligonn\u00e8s parue en&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":355686,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1357],"tags":[1379,58,59,1011,27,1380],"class_list":{"0":"post-355685","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-livres","8":"tag-books","9":"tag-divertissement","10":"tag-entertainment","11":"tag-fr","12":"tag-france","13":"tag-livres"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/115121144723088166","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/355685","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=355685"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/355685\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/355686"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=355685"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=355685"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=355685"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}