{"id":355997,"date":"2025-08-31T06:55:14","date_gmt":"2025-08-31T06:55:14","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/355997\/"},"modified":"2025-08-31T06:55:14","modified_gmt":"2025-08-31T06:55:14","slug":"les-etoiles-errantes-de-tommy-orange-etre-amerindien-aujourdhui-aux-etats-unis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/355997\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Les \u00c9toiles errantes\u00a0\u00bb, de Tommy Orange\u00a0: \u00eatre Am\u00e9rindien aujourd&rsquo;hui aux Etats-Unis"},"content":{"rendered":"<p>Six ans apr\u00e8s un premier roman incandescent qui l\u2019avait \u00e9rig\u00e9 en porte-voix de la communaut\u00e9 am\u00e9rindienne aux Etats-Unis, Tommy Orange revient et comble une nouvelle fois les lacunes de la m\u00e9moire en d\u00e9ployant, du XIXe si\u00e8cle \u00e0 aujourd\u2019hui, l\u2019histoire d\u00e9chirante d\u2019une famille am\u00e9rindienne qui s\u2019efforce de retrouver le chemin de la vie, au-del\u00e0 de l\u2019h\u00e9ritage traumatique des guerres indiennes et de l\u2019assimilation culturelle forc\u00e9e.<br \/>\n<img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-176828 size-full lazyload\" alt=\"Tom Orange\" width=\"752\" height=\"520\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/torange.jpg\"  data- data-eio-rwidth=\"752\" data-eio-rheight=\"520\"\/>\u00a9 Jean-Luc Bertini<\/p>\n<p>Les \u00c9toiles errantes est \u00e0 la fois un pr\u00e9quelle et une suite d\u2019Ici n\u2019est plus ici, mais peut-\u00eatre lu ind\u00e9pendamment. M\u00eame lieu, Oakland en Californie (d\u2019o\u00f9 est originaire l\u2019auteur), m\u00eame choralit\u00e9 narrative, m\u00eames personnages de descendance cheyenne, notamment le jeune Orvil gri\u00e8vement bless\u00e9e par balle lors d\u2019un pow-wow \u00e0 Oackland, sa grand- tante Opale Viola Bear Chield qui l\u2019a \u00e9lev\u00e9 ainsi que ses deux petits fr\u00e8res apr\u00e8s le suicide de leur m\u00e8re, et leur grand-m\u00e8re Jacquie Red Feather qui cherche \u00e0 sortir de son alcoolisme.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-176830 alignleft lazyload\" alt=\"etoiles errantes\" width=\"350\" height=\"512\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/etoiles-errantes.jpg\" data-eio-rwidth=\"350\" data-eio-rheight=\"512\"\/>L\u2019intrigue d\u2018Ici n\u2019est plus ici gravitait autour du pow-wow d\u2019Oakland. Cette fois, <strong>Tommy<\/strong> <strong>Orange<\/strong> propose carr\u00e9ment une saga familiale balayant 150 ans soit sept g\u00e9n\u00e9rations des Bear Shield \/ Red Feather., avec en toile de fond une question lancinante\u00a0: qu\u2019est-ce qu\u2019\u00eatre indien aujourd\u2019hui aux \u00c9tats-Unis, qu\u2019est-ce que cela signifie\u00a0?<\/p>\n<p>Court mais percutant, le prologue militant ancre le r\u00e9cit dans la r\u00e9alit\u00e9 historique des guerres indiennes du XIX\u00e8me si\u00e8cle en attirant l\u2019attention sur leurs cons\u00e9quences imm\u00e9diates, moins connues que les tueries de masse ou le parquage dans les r\u00e9serves. Le slogan \u00ab\u00a0Tuez l\u2019indien pour sauver l\u2019homme\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 mis en pratique tr\u00e8s concr\u00e8tement avec la cr\u00e9ation de prisons de \u00ab\u00a0r\u00e9\u00e9ducation\u00a0\u00bb comme celle de Fort Marion en Floride (1875) dirig\u00e9e par le capitaine Pratt, exp\u00e9rience qui l\u2019inspira pour cr\u00e9er la Carlisle Indian Industrial School (1879), pensionnat pour enfants indiens arrach\u00e9s \u00e0 leur foyer o\u00f9 un endoctrinement violent leur inculquait que tout ce qui \u00e9tait indien \u00e9tait mal.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re partie \u00ab\u00a0Origines\u00a0\u00bb revient sur cette douloureuse p\u00e9riode en racontant le v\u00e9cu des anc\u00eatres cheyennes de la famille Bear Shield \/ Red Feather, avec comme \u00e9v\u00e9nement fondateur le massacre de Sand Creek (Colorado-1864) et comme fin 1924 date \u00e0 laquelle les guerres indiennes ont \u00e9t\u00e9 officiellement d\u00e9clar\u00e9es termin\u00e9es. <strong>Tommy Orange<\/strong> passe le relais \u00e0 diff\u00e9rents personnages dans un r\u00e9cit fragment\u00e9 qui court de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre, fonctionnant par pr\u00e9cipit\u00e9s, par flashs qui ne rendent pas compte de la totalit\u00e9 de leur vie mais forent dans leurs souffrances au moment o\u00f9 elles ont \u00e9t\u00e9 le plus aigu\u00ebs. Ces 150 pages ne sont pas toujours ais\u00e9es \u00e0 suivre mais leur flux d\u00e9sordonn\u00e9 et discontinu dit avec force toute la m\u00e9moire indienne qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9finitivement perdue pour les descendants durant cette p\u00e9riode.<\/p>\n<p>Les deux parties qui suivent propulsent le lecteur en 2018 aupr\u00e8s des descendants\u00a0: trois fr\u00e8res adolescents \u00e9lev\u00e9s par leur grand-tante depuis le suicide de leur m\u00e8re toxicomane, avec une grand-m\u00e8re en qu\u00eate de sobri\u00e9t\u00e9, une famille boulevers\u00e9 par la blessure par balle de l\u2019a\u00een\u00e9 lors du pow-wow d\u2019Oakland dans lequel tous \u00e9tait pr\u00e9sent. Le r\u00e9cit ralentit pour laisser place \u00e0 une plus grande profondeur psychologique<\/p>\n<p>On sent \u00e0 quel point <strong>Tommy Orange<\/strong> aime ses personnages. Chacun lutte pour ne pas \u00eatre aspir\u00e9 par le cycle ancestral de cette violence interg\u00e9n\u00e9rationnelle initi\u00e9e par les guerres indiennes et des d\u00e9cennies d\u2019assimilation forc\u00e9e, se sentant \u00e9tranger dans leur propre pays. Chacun d\u2019eux est une \u00e9toile errante qui cherche \u00e0 reconstruire une identit\u00e9 bris\u00e9e, aux prises avec des batailles personnelles. Le plus touchant est incontestablement le plus jeune des fr\u00e8res, Lony, qui s\u2019invente des rituels autour du sang et de l\u2019automutilation, tentative na\u00efve d\u2019une enfant qui cherche \u00e0 se relier \u00e0 ses origines indiennes dont on l\u2019a priv\u00e9, depuis qu\u2019il a lu sur Internet que le nom \u00ab\u00a0Cheyennes\u00a0\u00bb signifie les \u00ab\u00a0scarifi\u00e9s\u00a0\u00bb. Ou s\u2019interroge pour savoir quels seraient les pouvoirs d\u2019un superh\u00e9ros indien s\u2019il existait dans la culture pop.<\/p>\n<p>Chaque voix touche, interpelle, fait craindre, bouleverse, fait \u00e9cho \u00e0 la pr\u00e9c\u00e9dente ou va le faire avec la suivante. L\u2019auteur orchestre avec brio cette constellation chorale pleine de chagrin et de m\u00e9lancolie, proposant ainsi un portrait kal\u00e9idoscopique de l\u2019identit\u00e9 am\u00e9rindienne urbaine au XXI\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0J\u2019ai toujours eu l\u2019impression qu\u2019on ne s\u2019en est pas assez bien sortis. Que notre lign\u00e9e familiale est faible, d\u2019une certaine fa\u00e7on. Affaiblie par les effets du pass\u00e9, de la colonisation, du traumatisme interg\u00e9n\u00e9rationnel. Mais aussi pas suffisamment forte pour transmettre avec succ\u00e8s sa langue ou ses traditions.Parce qu\u2019il nous manque quelque chose. (\u2026)\u00a0Survivre ne suffit pas. Traverser les \u00e9preuves ne faisait que renforcer nos capacit\u00e9s d\u2019endurance. Le simple fait de durer, c\u2019est bon pour une muraille, une forteresse, mais pas pour un \u00eatre humain.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le constat est sombre, tr\u00e8s sombre (avec quelques redondances et longueurs concernant l\u2019addiction aux drogues) mais jamais d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 ni d\u00e9sesp\u00e9rant. La lumi\u00e8re vient de passages po\u00e9tiques absolument superbes qui ouvrent l\u2019\u00e2me des personnage, r\u00e9v\u00e9lant autant leur beaut\u00e9 que des cicatrices persistantes. Les \u00e9toiles scintillent peut-\u00eatre faiblement mais elles le font. On aper\u00e7oit leur lumi\u00e8re au loin pour guider les personnages, une lumi\u00e8re qui ne peut na\u00eetre que de l\u2019amour tendre que se portent les membres d\u2019une famille, un \u00ab\u00a0type d\u2019amour qui survit \u00e0 la survie\u00a0\u00bb au-del\u00e0 de la somme des douleurs de chacun.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone lazyload\" alt=\"\" width=\"75\" height=\"14\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/4_5.gif\" data-eio-rwidth=\"200\" data-eio-rheight=\"39\"\/><\/p>\n<p>Marie-Laure Kirzy<\/p>\n<p>Les \u00c9toiles errantes<br \/>Roman de Tommy Orange<br \/>Traduit de l\u2019anglais (\u00c9tats-Unis) par St\u00e9phane Roques<br \/>\u00c9ditions Albin Michel, collection Terres d\u2019Am\u00e9rique<br \/>368 pages \u2013 22,90\u20ac<br \/>Date de publication : 20 ao\u00fbt 2025<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Six ans apr\u00e8s un premier roman incandescent qui l\u2019avait \u00e9rig\u00e9 en porte-voix de la communaut\u00e9 am\u00e9rindienne aux Etats-Unis,&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":355998,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1589],"tags":[11,73,1866,12,1864,1865,1863,308],"class_list":{"0":"post-355997","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-etats-unis","8":"tag-actualites","9":"tag-etats-unis","10":"tag-etats-unis-damerique","11":"tag-news","12":"tag-united-states","13":"tag-united-states-of-america","14":"tag-us","15":"tag-usa"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/115122072971030073","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/355997","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=355997"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/355997\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/355998"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=355997"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=355997"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=355997"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}