{"id":365136,"date":"2025-09-04T07:25:16","date_gmt":"2025-09-04T07:25:16","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/365136\/"},"modified":"2025-09-04T07:25:16","modified_gmt":"2025-09-04T07:25:16","slug":"je-crois-etre-aveugle-quand-jecris-et-lecriture-me-redonne-la-vue-entretien","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/365136\/","title":{"rendered":"\u00abJe crois \u00eatre aveugle quand j\u2019\u00e9cris, et l\u2019\u00e9criture me redonne la vue\u00bb (entretien)"},"content":{"rendered":"<p class=\"dropcap\">Parmi les nombreux \u00e9v\u00e9nements de la <strong>rentr\u00e9e litt\u00e9raire<\/strong> figure la publication du <strong>nouveau livre <\/strong>d\u2019Antoine Wauters, <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer nofollow\" href=\"https:\/\/www.gallimard.fr\/catalogue\/haute-folie\/9782073101556\">Haute-Folie<\/a>. Ev\u00e9nement par les qualit\u00e9s intrins\u00e8ques du livre, bien s\u00fbr, mais aussi par l\u2019<strong>arriv\u00e9e de l\u2019auteur belge dans la prestigieuse collection \u00abBlanche\u00bb chez Gallimard<\/strong>. Il se confie sur ce roman qui le hante depuis ses d\u00e9buts.<\/p>\n<p><strong>Haute-Folie<\/strong><\/p>\n<p>Roman d\u2019Antoine Wauters. Gallimard, 176 p.<\/p>\n<p>La cote de Focus: <strong>4\/5<\/strong><\/p>\n<p>Par une <strong>nuit d\u2019incendie<\/strong> en des temps incertains, <strong>dans une ferme isol\u00e9e na\u00eet Joseph<\/strong>. Fils de Blanche et de Gaspard, disparus tragiquement \u00e0 la suite de ce drame, il lutte pour <strong>trouver sa voie<\/strong> sur ce champ de ruines o\u00f9 les cendres de ses parents semblent encore fumer. Arpentant le territoire d\u00e9vast\u00e9 de la folie des hommes, qu\u2019il a re\u00e7ue en h\u00e9ritage, <strong>il s\u2019arme de mots pour \u00ablaisser au d\u00e9sespoir le moins de prise possible\u00bb<\/strong>. Dans sa solitude, la <strong>d\u00e9couverte de la terrible v\u00e9rit\u00e9<\/strong> lui permet d\u2019envisager enfin de <strong>gu\u00e9rir de ce pass\u00e9 <\/strong>qui ne le quitte pas. Ce qui est tu nous tue, pourrait-on retenir de la <strong>lecture bouleversante<\/strong> de<a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer nofollow\" href=\"https:\/\/www.gallimard.fr\/catalogue\/haute-folie\/9782073101556\"> Haute-Folie<\/a>, texte contenu mais incandescent dont on garde des images plus encore que des mots, parcouru par cette \u00e9criture des lieux qui nous hantent et nous habitent, et m\u00eame \u00abqui \u00e9crivent nos vies\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Comment pr\u00e9senteriez-vous le livre en quelques mots?<\/strong><\/p>\n<p>Antoine Wauters: J\u2019ai tent\u00e9 de raconter une <strong>histoire de transmission<\/strong>, de l\u2019ordre du transg\u00e9n\u00e9rationnel, le <strong>parcours de vie d\u2019un enfant<\/strong>, Joseph, qui grandit dans l\u2019ignorance de sa propre histoire. Comment se construit-on sur ces silences? Et sur les cendres de l\u2019existence de nos parents? C\u2019est un <strong>livre sombre, mais lumineux<\/strong> aussi, j\u2019esp\u00e8re.<\/p>\n<p><strong>Joseph na\u00eet une nuit d\u2019incendie, et on a le sentiment qu\u2019il va passer sa vie \u00e0 essayer d\u2019\u00e9teindre le feu qui le consume.<\/strong><\/p>\n<p>Antoine Wauters: Exactement. Je suis travaill\u00e9 par l\u2019id\u00e9e du membre fant\u00f4me. Lorsqu\u2019on est amput\u00e9, on dit souvent que la sensation du membre reste. C\u2019est une pr\u00e9sence dans l\u2019absence. <strong>Joseph est un fant\u00f4me hant\u00e9 par d\u2019autres fant\u00f4mes. <\/strong>Je voulais montrer comment on peut \u00eatre <strong>habit\u00e9 par l\u2019invisible<\/strong>, par des gens qui comptent \u00e9norm\u00e9ment pour nous, m\u00eame si on ne peut pas les voir. Dans son cas, l\u2019immense pr\u00e9sence de cette m\u00e8re qu\u2019il n\u2019a jamais connue. Je ne sais pas d\u2019o\u00f9 \u00e7a vient en moi, c\u2019est peut-\u00eatre parce que mon grand-p\u00e8re \u00e9tait orphelin, et que j\u2019ai pu voir dans son regard cette chose que j\u2019essaie de saisir.<\/p>\n<p><strong>L\u2019une des fa\u00e7ons de saisir ces absences, c\u2019est avec les mots. D\u2019abord Joseph vit dans leur absence. Quand les mots, et la v\u00e9rit\u00e9 arrivent, il dit que sa vie sera \u00e0 jamais partag\u00e9e, il y aura un avant et un apr\u00e8s. <\/strong><\/p>\n<p>Antoine Wauters: On a tous des histoires de famille, souvent des secrets. Ce n\u2019est d\u2019ailleurs pas toujours n\u00e9gatif, parfois on cache pour \u00e9pargner l\u2019autre. Joseph na\u00eet dans une famille de gens qui n\u2019ont pas facilement acc\u00e8s \u00e0 la parole. Des gens taiseux. On en trouve beaucoup dans les campagnes m\u00eame si pas seulement. J\u2019ai grandi dans un milieu entour\u00e9 de figures d\u2019immenses taiseux. \u00c7a m\u2019a marqu\u00e9. Dans la famille de Joseph, les hommes n\u2019ont pas acc\u00e8s au langage. Les femmes non plus d\u2019ailleurs. C\u2019est un roman, je n\u2019ai ni th\u00e8se ni th\u00e9orie, m\u00eame si le narrateur des passages en italique qui encadrent le r\u00e9cit de la vie de Joseph nous dit en filigrane que <strong>la mal\u00e9diction dans une famille, ce n\u2019est pas tant le drame qui peut arriver que le silence dont on l\u2019enveloppe<\/strong>. . Le livre raconte comment, dans une lign\u00e9e, quelqu\u2019un un jour ose se dresser, dire tout ce qu\u2019on a voulu cacher jusqu\u2019ici, le mettre en mots. Au fil de son existence, Joseph va tenter de consigner \u00e7a dans des cahiers. Il y voit un espoir, ou une possibilit\u00e9 de renverser le cours des choses. Quand il d\u00e9couvre ce que son p\u00e8re a fait, il se rend compte qu\u2019il est lui aussi guett\u00e9 par la folie. Il est tr\u00e8s conscient que \u00abla folie est le pays des souffrances qui n\u2019ont plus nulle part o\u00f9 aller\u00bb. Sa <strong>lutte perp\u00e9tuelle contre la folie<\/strong> sera d\u00e9pendante de son rapport au langage, de sa capacit\u00e9 \u00e0 mettre en mots certains \u00e9tats pour ne pas se laisser d\u00e9vaster ou br\u00fbler par eux.<\/p>\n<p><strong>La Haute-Folie est un lieu, toponymique ici, puisqu\u2019il donne son titre au livre, mais aussi un espace mental, comme un lieu \u00e0 arpenter.<\/strong><\/p>\n<p>Antoine Wauters: J\u2019aime bien que vous le lisiez comme \u00e7a, c\u2019est comme \u00e7a que je le vis. Je pense qu\u2019<strong>on a tous des moments dans nos vies o\u00f9 on est sur une ligne de cr\u00eate<\/strong>. J\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s sensible \u00e0 l\u2019id\u00e9e que les lieux puissent avoir une incidence sur le cours de nos existences. J\u2019ai l\u2019impression que certains ont une hypersensibilit\u00e9 au rayonnement d\u2019un lieu, \u00e0 ce qu\u2019il contient, \u00e0 l\u2019invisible, aux silences qui le peuplent. <strong>Quand je traverse des lieux, je sens que des choses s\u2019y sont pass\u00e9es<\/strong>, et l\u2019\u00e9criture me permet de sonder de fa\u00e7on pr\u00e9cise et troublante cette m\u00e9moire silencieuse. En se sens, l\u2019\u00e9criture est s\u00fbrement <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer nofollow\" href=\"https:\/\/editions-verdier.fr\/livre\/le-plus-court-chemin\/\">le plus court chemin <\/a>dont je parlais dans mon livre pr\u00e9c\u00e9dent. Un trait d\u2019union entre le visible et l\u2019invisible, une mani\u00e8re de rendre pr\u00e9sentes les choses qui ne sont pas l\u00e0.<\/p>\n<p><strong>Votre \u00e9criture est charg\u00e9e d\u2019images. Est-ce une \u00e9vidence pour rendre compte des lieux? <\/strong><\/p>\n<p>Antoine Wauters: Ce qui est amusant, c\u2019est que je n\u2019ai pas du tout acc\u00e8s \u00e0 l\u2019image quand j\u2019\u00e9cris. Je suis enseveli dans un monde de sensations de toutes sortes, mais pas de l\u2019ordre de l\u2019image. <strong>Je ne vois strictement rien quand j\u2019\u00e9cris, j\u2019avance dans une sorte de nuit, guid\u00e9 par des voix<\/strong>, par des pr\u00e9monitions, des sensations. Je crois que je suis aveugle quand j\u2019\u00e9cris, et que l\u2019\u00e9criture me redonne la vue, r\u00e9trospectivement.<\/p>\n<p><strong>C\u2019est par le biais de l\u2019\u00e9criture que les sensations sont transform\u00e9es en images pour les lecteurs? <\/strong><\/p>\n<p>Antoine Wauters: Oui, quand on pense aux oracles anciens, ils \u00e9taient tous aveugles. Peut-\u00eatre que pour voir, se rendre disponible \u00e0 ce qui n\u2019est pas sous nos yeux,<strong> il faut acc\u00e9der \u00e0 une autre mani\u00e8re de sentir.<\/strong> Je rentre dans une perception du monde tr\u00e8s diff\u00e9rente. Pour moi, la magie, le miracle, la douleur aussi de l\u2019\u00e9criture, c\u2019est de fermer les yeux et de rentrer dans un monde infini, sans temps ni mesure. <\/p>\n<p><strong>Il y a les lieux, l\u2019espace, mais quel est votre rapport au temps dans l\u2019\u00e9criture?<\/strong><\/p>\n<p>Antoine Wauters: Il y a quelques indications qui sugg\u00e8rent la Seconde Guerre mondiale, mais <strong>\u00e7a ne me d\u00e9plairait pas qu\u2019on puisse lire le livre en se disant que c\u2019est un vieux conte qui vient de nulle part, ou ressort de l\u2019oubli<\/strong>, intemporel. Je suis souvent g\u00ean\u00e9 par les histoires trop ancr\u00e9es temporellement, ou m\u00eame g\u00e9ographiquement. Mon histoire se passe a priori en Wallonie, mais aussi ailleurs, en Belgique, ou m\u00eame au Danemark, qui m\u2019a inspir\u00e9 des paysages. Ce qui me pla\u00eet dans les histoires, c\u2019est d\u2019avoir le sentiment qu\u2019on est dans un monde qui existe depuis toujours et pour toujours, qui est \u00e0 la fois tr\u00e8s ancien et tr\u00e8s contemporain. C\u2019est ce que j\u2019aime en litt\u00e9rature, ou au cin\u00e9ma, comme dans L\u2019Apollonide: Souvenirs de la maison close de Bertrand Bonello, qui parle d\u2019une maison close \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle, et par un tour de passe-passe, il donne une ampleur politique \u00e0 son film en le d\u00e9pla\u00e7ant aujourd\u2019hui. Je crois que pour moi, les marqueurs temporels sont suspects, ou \u00e0 tout le moins probl\u00e9matiques. C\u2019est li\u00e9 \u00e0 ma nature, qui fait que je ne me porte pas volontiers vers le contemporain ou le technologique. <strong>J\u2019ai une r\u00e9ticence \u00e0 \u00e9crire un certain nombre de choses. Je ne pourrais jamais \u00e9crire Google dans un bouquin, je n\u2019aime pas ce mot.<\/strong> \u00c7a m\u2019am\u00e8ne forc\u00e9ment dans quelque chose d\u2019un peu plus d\u00e9suet. <\/p>\n<blockquote class=\"c-quote__text\"><p>\u00abComment trouve-t-on sa place dans des lieux o\u00f9 on a l\u2019impression que l\u2019on ne veut pas de nous?\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>Au-del\u00e0 de la question de la date, le temps est aussi une mati\u00e8re \u00e9lastique dans votre r\u00e9cit.<\/strong><\/p>\n<p>Antoine Wauters: On a souvent une vision lin\u00e9aire du temps, et j\u2019ai essay\u00e9 de travailler la narration en lui donnant un c\u00f4t\u00e9 circulaire. Cette id\u00e9e que le pass\u00e9 n\u2019est pas quelque chose qui serait derri\u00e8re nous, et qui d\u00e9terminerait un pr\u00e9sent, mais quelque chose qui serait devant nous. Le pass\u00e9, ce n\u2019est pas seulement quelque chose qui ne passe pas, c\u2019est quelque chose qui se r\u00e9p\u00e8te. Avec une certaine ironie, sans forc\u00e9ment qu\u2019il s\u2019en rende compte, Joseph va repasser dans des lieux o\u00f9 son p\u00e8re est pass\u00e9, et dans les \u00e9tats mentaux qu\u2019il a travers\u00e9s. On peut appeler \u00e7a des synchronicit\u00e9s, des r\u00e9currences. J\u2019ai essay\u00e9 d\u2019\u00e9crire l\u2019histoire de Joseph de cette fa\u00e7on, mais aussi en laissant beaucoup de blancs et de silences\u2026 Si j\u2019essaie d\u2019\u00eatre honn\u00eate, <strong>je crois qu\u2019une grande part de nos vies, ou du moins de ma vie, se passe dans une sorte de flou<\/strong>. J\u2019aime \u00eatre conscient de tout ce que je ne peux pas saisir de moi-m\u00eame, de tous ces moments o\u00f9 je suis comme absent \u00e0 moi-m\u00eame, ces heures o\u00f9 je disparais volontairement parce que je me mets \u00e0 \u00e9crire. Joseph dit \u00e0 un moment: <strong>\u00abO\u00f9 \u00e9tais-je pendant tout ce temps?\u00bb Je crois que c\u2019est la phrase que j\u2019aimerais voir graver sur ma tombe si j\u2019en ai une.<\/strong> Il y a une partie de moi tr\u00e8s terrienne, enracin\u00e9e, pr\u00e9sente \u00e0 ce qui m\u2019entoure. Mais depuis l\u2019enfance, il y a aussi une partie de moi tourn\u00e9e vers l\u2019int\u00e9rieur. C\u2019est ce que j\u2019essaie d\u2019explorer \u00e0 travers Joseph. Un feu int\u00e9rieur effrayant et fascinant.<\/p>\n<p><strong>\u00c7a revient \u00e0 la question du lieu. Est-ce qu\u2019il y a des endroits o\u00f9 Joseph existe plus qu\u2019\u00e0 d\u2019autres?<\/strong><\/p>\n<p>Antoine Wauters: C\u2019est une grande question\u2026 Deleuze parle des \u00abintensit\u00e9s immobiles\u00bb, Pessoa parle aussi de quelque chose de proche, du fait que pour les gens qui ont beaucoup d\u2019imagination, les voyages sont immobiles. Je crois que Joseph est comme \u00e7a. Il sait tr\u00e8s bien que, hant\u00e9 par son pass\u00e9, il a le sentiment qu\u2019une vie se d\u00e9roule \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de lui-m\u00eame, mais qu\u2019il faut quand m\u00eame, aussi, vivre dans le monde. Ne pas lui tourner compl\u00e8tement le dos, se mettre un peu \u00e0 l\u2019\u00e9preuve. A partir de l\u00e0, il se met en recherche d\u2019un lieu physique o\u00f9 se trouver. On a l\u2019impression que quand il retourne \u00e0 la ferme de la Haute-Folie, c\u2019est l\u00e0 qu\u2019il pourra se fixer, mais d\u2019une mani\u00e8re qu\u2019on ne s\u2019explique pas tr\u00e8s bien, que lui-m\u00eame s\u00fbrement ne s\u2019explique pas tr\u00e8s bien non plus. <strong>Il part \u00e0 nouveau, avant de se r\u00e9fugier dans son dernier lieu, cette grotte. <\/strong>Cette grotte, o\u00f9 il est rejoint par cet enfant, c\u2019est l\u00e0 que j\u2019avais envie d\u2019arriver dans le livre, depuis le d\u00e9but. <strong>J\u2019avais l\u2019ouverture du livre, l\u2019incendie, et cette fin, le reste s\u2019est \u00e9labor\u00e9 au fil de l\u2019\u00e9criture. <\/strong><\/p>\n<p><strong>La question du bonheur traverse le livre: quand on na\u00eet avec une mal\u00e9diction, peut-on la transformer?<\/strong><\/p>\n<p>Antoine Wauters: On m\u2019a souvent dit: \u00abVos livres sont sombres\u00bb. Mais pour moi, ce qui est tragique, ce sont des \u00e9v\u00e8nements du monde d\u2019une violence inou\u00efe et qu\u2019on ne raconte pas. Et dans nos vies intimes, des drames qui se produisent et qu\u2019on ne parvient pas \u00e0 mettre en mots.<strong> Pour moi, la mal\u00e9diction est moins dans les choses elles-m\u00eames que dans le fait de ne pas pouvoir en parler. <\/strong>Si on ne peut pas parler de ce qui nous a bless\u00e9, de ce qui nous fait souffrir, je crois qu\u2019on est mort, vraiment. Donc oui, il y a cette esp\u00e8ce de croyance qu\u2019on trouve dans le livre, qu\u2019on retrouve dans les passages en italiques \u00e0 la premi\u00e8re personne. C\u2019est plus que de la litt\u00e9rature, j\u2019y crois profond\u00e9ment, <strong>ce qu\u2019on ne dit pas finit par nous tuer \u00e0 petit feu. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Joseph est tr\u00e8s solitaire, mais pas seul, il y a ses proches. Et puis, il se force \u00e0 vivre dans le monde, parfois hostile. Vous \u00e9voquez souvent les autres, \u00abun peuple de punaises de lit\u00bb.<\/strong><\/p>\n<p>Antoine Wauters: Je suis n\u00e9 dans un petit village \u00e0 la campagne, j\u2019ai pu avoir le sentiment \u00e0 de nombreuses reprises de ne pas \u00eatre chez moi quand j\u2019\u00e9tais \u00abchez moi\u00bb. Ce peuple de punaises de lit, ce ne sont pas les gens de mon environnement direct, mais <strong>il m\u2019est rest\u00e9 de mes ann\u00e9es d\u2019enfance qu\u2019il pouvait y avoir parfois, dans la vie rurale, une forme de mesquinerie, qui consiste \u00e0 ne pas permettre \u00e0 certaines personnes diff\u00e9rentes, pour le dire vite, de mener l\u2019existence qu\u2019elles ont envie de vivre<\/strong>. Comment trouve-t-on sa place dans des lieux o\u00f9 on a l\u2019impression que l\u2019on ne veut pas de nous? C\u2019est une expression qui m\u2019est venue tr\u00e8s vite, les punaises de lit. La famille de Joseph est tr\u00e8s pauvre, elle se fait escroquer par un riche brigand, avant d\u2019\u00eatre victime du qu\u2019en-dira-t-on. Sa r\u00e9putation, son honneur sont salis. C\u2019est aussi \u00e0 cet endroit-l\u00e0 que la sant\u00e9 mentale de Gaspard va se fracasser. Face au jugement des punaises de lit.<\/p>\n<p><strong>Il y a cette adversit\u00e9 chez les autres, mais il y aussi celles et ceux chez qui Joseph va trouver une forme de soutien, et une possibilit\u00e9 de repousser le d\u00e9sespoir. <\/strong><\/p>\n<p>Antoine Wauters: Les personnes qui se disent enti\u00e8rement humanistes, soucieuses du genre humain sans r\u00e9serve, je ne suis pas s\u00fbr de les croire vraiment.\u00a0 Il ne peut pas y avoir d\u2019amour r\u00e9el de l\u2019\u00eatre humain sans une certaine forme de retrait, de repli, de misanthropie peut-\u00eatre, sans laquelle on ne peut pas se rendre disponible aux humains qu\u2019on rencontre. Il faut dire que l\u2019on vit dans un monde aujourd\u2019hui o\u00f9 l\u2019on a \u00e9norm\u00e9ment de contacts, de relations, bien plus que Joseph \u00e0 son \u00e9poque, dont le cercle de connaissances doit se limiter \u00e0 une vingtaine de personnes. Peut-\u00eatre que l\u2019on devrait conna\u00eetre moins de monde, mais mieux. Les \u00e9couter, pouvoir prendre pour soi une partie de leur exp\u00e9rience, de leur v\u00e9cu, de leur souffrance. <\/p>\n<p><strong>Quelles sont les origines du livre, quelle est l\u2019\u00e9tincelle qui le fait appara\u00eetre? <\/strong><\/p>\n<p>Antoine Wauters: La premi\u00e8re mouture du livre date de 2009, elle a 15 ans. J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire la sc\u00e8ne de l\u2019orage, de la foudre qui frappe un vieil arbre, qui embrase \u00e0 sa suite la ferme de la Haute-Folie. Alors que dans la nuit, un enfant naissait. J\u2019avais ces images, s\u00fbrement ne sortent-elles pas compl\u00e8tement de nulle part, peut-\u00eatre sont-elles li\u00e9es, d\u2019une certaine fa\u00e7on, \u00e0 ma famille. <strong>Le livre est rest\u00e9 en suspens pendant des ann\u00e9es. Je pense que ma vie \u00e9tait en retard sur cette histoire. Je ne savais pas ce qu\u2019\u00e9tait qu\u2019\u00eatre p\u00e8re, je n\u2019avais pas v\u00e9cu ce que c\u2019est de ne pas vivre au quotidien avec ses enfants. Je n\u2019\u00e9tais pas pr\u00eat. <\/strong>Et puis je suis tomb\u00e9 sur des archives qui parlaient du village o\u00f9 j\u2019ai grandi, qui \u00e9voquaient une sc\u00e8ne o\u00f9 un incendie contamine un bois. C\u2019est marrant comme parfois l\u2019\u00e9criture permet de d\u00e9voiler des r\u00e9gions du r\u00e9el dont on ne nous a pas parl\u00e9. L\u2019\u00e9criture est en ce sens un m\u00e9dium qui permet d\u2019acc\u00e9der \u00e0 des choses enfouies. J\u2019ai laiss\u00e9 ce livre dormir pendant tr\u00e8s longtemps. Mais comme dans tout sommeil, il y avait une part de moi qui y pensait, un travail de l\u2019ombre. Je n\u2019ai repris vraiment le texte qu\u2019il y a deux ans, enrichi de ces quinze ann\u00e9es pass\u00e9es. J\u2019ai fait en sorte de tirer le parcours de Joseph, qui \u00e9tait tr\u00e8s sombre, vers quelque chose de l\u2019ordre d\u2019une forme de sagesse. <\/p>\n<p><strong>Comment vivez-vous votre publication chez Gallimard qui, pour un \u0153il ext\u00e9rieur, ressemble \u00e0 une forme de cons\u00e9cration? <\/strong><\/p>\n<p>Antoine Wauters: En fait, j\u2019ai suivi une \u00e9ditrice, Charlotte Von Essen, qui me lit depuis mes premiers livres aux \u00e9ditions du Ch\u00eane. Je pense que j\u2019avais fait le tour de ce que je pouvais vivre chez Verdier. Je n\u2019avais plus d\u2019enthousiasme. Il faut de la joie et du partage pour travailler autour d\u2019un texte, et je ne les ressentais plus. Et puis les fondatrices de la maison avaient pass\u00e9 la main. Charlotte m\u2019a recontact\u00e9, je lui ai fait lire deux projets, et ses retours, tr\u00e8s positifs, m\u2019ont permis d\u2019am\u00e9liorer le livre. <strong>C\u2019est \u00e9videmment absolument fabuleux de travailler avec Gallimard.<\/strong> <strong>C\u2019est beaucoup de professionnalisme, mais aussi une vraie humanit\u00e9, malgr\u00e9 l\u2019ampleur de la structure. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Avez-vous toujours voulu \u00eatre \u00e9crivain? Vous souvenez-vous de la premi\u00e8re fois o\u00f9 vous avez \u00e9crit?<\/strong><\/p>\n<p>Antoine Wauters: Tr\u00e8s bien! Je devais avoir 15 ans. J\u2019ai d\u00e9test\u00e9 l\u2019\u00e9cole, et le seul endroit o\u00f9 j\u2019avais l\u2019impression d\u2019\u00eatre \u00e0 ma place, c\u2019\u00e9tait dans un cours de fran\u00e7ais, avec ce prof qui nous faisait lire des livres compliqu\u00e9s, voir des films compliqu\u00e9s. J\u2019\u00e9crivais des trucs comme peut en \u00e9crire un adolescent, mais <strong>j\u2019avais le sentiment que partout ailleurs que dans l\u2019\u00e9criture, l\u2019\u00e9nergie qui \u00e9tait en moi se convertissait en une forme de contestation assez b\u00eate<\/strong>, de la violence, de la moquerie, du rejet, alors que dans l\u2019\u00e9criture, cette vie que je ressentais en moi, que je ne parvenais pas \u00e0 exprimer ailleurs, je pouvais essayer d\u2019en faire quelque chose. Dans cette vie o\u00f9 on est condamn\u00e9 \u00e0 porter des masques qu\u2019on n\u2019a pas choisis pour se faire accepter, il existe un lieu o\u00f9 on peut porter tous les masques que l\u2019on veut, et en faire quelque chose. C\u2019est comme \u00e7a que \u00e7a a commenc\u00e9, alors que je n\u2019avais pas du tout le projet de devenir \u00e9crivain.<\/p>\n<p><strong>Mais aujourd\u2019hui, vous sentez-vous \u00e9crivain?<\/strong><\/p>\n<p>Antoine Wauters: J\u2019\u00e9cris de fa\u00e7on consciencieuse et r\u00e9guli\u00e8re depuis 20 ans, \u00e7a occupe une place immense dans ma vie. Mais<strong> si je me d\u00e9finis comme quelqu\u2019un qui \u00e9crit<\/strong>, <strong>je ne me d\u00e9finis pas comme \u00e9tant \u00e9crivain<\/strong>. C\u2019est une nuance peut-\u00eatre infime, mais qui fait sens pour moi. L\u2019\u00e9criture est d\u2019abord un outil de connaissance de soi et des autres, avant d\u2019\u00eatre quelque chose qui permet de sortir des livres et d\u2019\u00eatre publi\u00e9. J\u2019ai dans mon ordinateur des livres qui ne seront jamais publi\u00e9s, mais que j\u2019ai aim\u00e9 \u00e9crire parce que je voulais vivre un certain nombre de choses. Je vis de mon \u00e9criture, j\u2019ai cette chance depuis plusieurs ann\u00e9es, mais <strong>pour moi la plus grande chance, c\u2019est d\u2019avoir pu faire de ma vie un endroit de libert\u00e9<\/strong>. M\u00eame si quand on \u00e9crit et qu\u2019on est publi\u00e9, on a toutes sortes de contraintes, et une s\u00e9rie d\u2019obligations, c\u2019est quand m\u00eame prodigieux de pouvoir me dire que ma vie, c\u2019est d\u2019\u00e9crire, et qu\u2019\u00e9crire permet de penser.<\/p>\n<p><strong>Comment vivez-vous le moment de rencontre entre le livre et ses lecteurs?<\/strong><\/p>\n<p>Antoine Wauters: C\u2019est marrant, parce que je dis toujours que je ne suis pas tr\u00e8s fan des r\u00e9seaux sociaux, et depuis que le livre est sorti il y a une poign\u00e9e de jours, je re\u00e7ois beaucoup de messages de gens qui ont lu le livre, et \u00e7a me touche \u00e9norm\u00e9ment. <strong>Ecrire, c\u2019est difficile. Ecrire un livre, c\u2019est toujours pour moi escalader un nouvel Everest. <\/strong>Apr\u00e8s il y a une fatigue, un contrecoup terrible, comme un prix \u00e0 payer. Virginia Woolf en parle tr\u00e8s bien. Et penser que le livre puisse trouver une forme d\u2019\u00e9cho, de r\u00e9sonance chez les lecteurs, c\u2019est une magnifique contrepartie. <strong>On a tous une forme de folie en nous, une tare, une mal\u00e9diction<\/strong>, et comme c\u2019est un conte intemporel, peut-\u00eatre que chacun peut y retrouver une petite part de lui-m\u00eame. En tous cas c\u2019est ce que j\u2019imagine en lisant les retours des gens. <\/p>\n<p><strong>Les (rares) Belges de Gallimard<\/strong><\/p>\n<p><strong>Marguerite Yourcenar<\/strong><\/p>\n<p>Le nom de <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer nofollow\" href=\"https:\/\/www.levif.be\/magazine\/yourcenar-limmortelle\/\">Marguerite Yourcenar<\/a> est \u00e0 jamais associ\u00e9 \u00e0 la maison Gallimard. Non qu\u2019elle y ait publi\u00e9 tous ses livres (elle a commenc\u00e9 chez Grasset, M\u00e9moires d\u2019Hadrien fut d\u2019abord publi\u00e9 chez Plon), mais elle y est devenue un nom qui compte, de ceux qui font votre renomm\u00e9e d\u2019\u00e9diteur. Yourcenar, \u00e0 qui le Goncourt pourtant \u00e9chappa, fut la <strong>premi\u00e8re femme \u00e0 int\u00e9grer la prestigieuse <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer nofollow\" href=\"https:\/\/www.la-pleiade.fr\/\">Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade<\/a> imagin\u00e9e par Gallimard<\/strong>, o\u00f9 elle est toujours l\u2019une des seules Belges, aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019Henri Michaux et de\u2026 <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer nofollow\" href=\"https:\/\/focus.levif.be\/livres\/liege-fete-georges-simenon-comment-les-fonds-patrimoniaux-construisent-une-memoire-litteraire\/\">Georges Simenon<\/a>.<\/p>\n<p><strong>Georges Simenon<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019\u00e9crivain li\u00e9geois est l\u2019<strong>auteur belge le plus lu dans le monde<\/strong>. A premi\u00e8re vue, on n\u2019associerait pas son profil d\u2019auteur populaire de romans policiers au \u00abpedigree\u00bb Gallimard. Pourtant, <strong>d\u00e8s les ann\u00e9es 1930, il est publi\u00e9 dans la <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer nofollow\" href=\"https:\/\/www.gallimard.fr\/collections\/blanche\">\u00abBlanche\u00bb<\/a><\/strong> (Le Locataire, en 1934). Aujourd\u2019hui encore, <strong>il fait partie des best-sellers de la maison d\u2019\u00e9dition<\/strong>, ses titres \u00e9tant sortis abondamment en poche, notamment dans la collection Folio Policier. Les trois volumes de la Pl\u00e9iade qui lui sont consacr\u00e9s regroupent une trentaine de romans.<\/p>\n<p><strong>Caroline De Mulder<\/strong><\/p>\n<p>Op\u00e9rons un bond dans le temps jusqu\u2019au printemps 2024, alors que d\u00e9barque en librairie le sixi\u00e8me roman de l\u2019autrice Caroline De Mulder, publi\u00e9 dans la \u00abBlanche\u00bb (apr\u00e8s un passage dans la \u00abNoire\u00bb en 2021 avec <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer nofollow\" href=\"https:\/\/focus.levif.be\/livres\/caroline-de-mulder-une-femme-nest-pas-une-victime-par-essence\/\">Manger Bambi<\/a>). <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer nofollow\" href=\"https:\/\/focus.levif.be\/livres\/critiques-livres\/caroline-de-mulder-dans-lhorreur-les-pouponnieres-nazis\/\">La Pouponni\u00e8re d\u2019Himmler<\/a> propose une immersion dans un des Lebensborn patronn\u00e9s par Himmler, visant \u00e0 d\u00e9velopper la race aryenne et \u00e0 fabriquer les futurs seigneurs de guerre. Une plong\u00e9e saisissante dans l\u2019Allemagne nazie envisag\u00e9e du point de vue des femmes, <strong>un roman historique aussi brut que fascinant<\/strong>.<\/p>\n<p><strong>Stefan Hertmans<\/strong><\/p>\n<p>Connu en Flandre depuis la publication de son deuxi\u00e8me roman, Naar Merelbeke (1994), <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer nofollow\" href=\"https:\/\/focus.levif.be\/livres\/stefan-hertmans-a-la-recherche-du-temps-retrouve\/\">Stefan Hertmans <\/a><strong>gagne une stature internationale en 2015 avec la publication d\u2019un premier titre traduit chez Gallimard dans la collection \u00abDu monde entier\u00bb<\/strong>, <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer nofollow\" href=\"https:\/\/www.gallimard.fr\/catalogue\/guerre-et-terebenthine\/9782070146338\">Guerre et T\u00e9r\u00e9benthine<\/a>. Sp\u00e9cialiste des <strong>romans historiques<\/strong> ayant un ancrage fort dans le pr\u00e9sent, avec une part autobiographique, il voit para\u00eetre chez l\u2019\u00e9diteur fran\u00e7ais les deux autres volumes d\u2019une passionnante trilogie informelle sur les traces du pass\u00e9, Le C\u0153ur converti (2018) et <a target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer nofollow\" href=\"https:\/\/www.levif.be\/magazine\/stefan-hertmans-habite-lhistoire\/\">Une ascension<\/a> (2022).<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Parmi les nombreux \u00e9v\u00e9nements de la rentr\u00e9e litt\u00e9raire figure la publication du nouveau livre d\u2019Antoine Wauters, Haute-Folie. 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