{"id":367837,"date":"2025-09-05T09:40:11","date_gmt":"2025-09-05T09:40:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/367837\/"},"modified":"2025-09-05T09:40:11","modified_gmt":"2025-09-05T09:40:11","slug":"la-ve-republique-dans-une-crise-terminale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/367837\/","title":{"rendered":"la Ve R\u00e9publique dans une crise terminale ?"},"content":{"rendered":"<p>La Ve R\u00e9publique est n\u00e9e en 1958 pour conjurer l\u2019instabilit\u00e9 de la IVe face aux d\u00e9fis auxquels \u00e9tait confront\u00e9 l\u2019imp\u00e9rialisme fran\u00e7ais. Son architecture pr\u00e9sidentielle, avec un chef d\u2019\u00c9tat fort et une Assembl\u00e9e disciplin\u00e9e par le scrutin majoritaire, a permis de former des gouvernements stables pendant plus d\u2019un demi-si\u00e8cle. Le syst\u00e8me reposait non seulement sur la lettre de la Constitution, mais aussi sur une structure sociale et politique relativement ordonn\u00e9e. De sa fondation jusqu\u2019\u00e0 1981, malgr\u00e9 le d\u00e9veloppement progressif d\u2019une bipolarisation du champ politique, c\u2019est la droite gaulliste et ses alli\u00e9s qui monopolisent le pouvoir. Apr\u00e8s l\u2019\u00e9lection de Fran\u00e7ois Mitterrand, une alternance \u00e9merge, entre un PS fort \u00e0 gauche et un bloc gaulliste ou lib\u00e9ral \u00e0 droite, garantissant la l\u00e9gitimit\u00e9 du gouvernement au pouvoir et offrant une issue par les urnes en cas de crise.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, ces fondements ont vol\u00e9 en \u00e9clats, boulevers\u00e9s par la polarisation sociale\u00a0[<a href=\"#nb1\" class=\"spip_note\" rel=\"appendix\" title=\"Sur ce sujet, lire La crise politique, la V\u00e8me R\u00e9publique et la politique\u00a0(\u2026)\" id=\"nh1\">1<\/a>]. Cette dynamique se refl\u00e8te, sur le terrain politique, par l\u2019existence de trois p\u00f4les dans le pays\u00a0: une extr\u00eame droite en plein essor, une gauche radicale qui gagne du terrain et un centre lib\u00e9ral qui s\u2019effrite. Il en r\u00e9sulte une crise institutionnelle qui entra\u00eene blocage, ingouvernabilit\u00e9 et d\u00e9saffection de la population pour les institutions et la classe politique.<\/p>\n<p>Le d\u00e9part annonc\u00e9 de Bayrou porte d\u00e9sormais \u00e0 quatre le nombre de Premiers ministres qui se sont succ\u00e9d\u00e9 \u00e0 Matignon depuis 2022, un record sous la Ve R\u00e9publique. Or, pour la premi\u00e8re fois depuis l\u2019aggravation de la crise politique apr\u00e8s la dissolution manqu\u00e9e de 2024, cette instabilit\u00e9 s\u2019accompagne de la perspective d\u2019un nouveau mouvement social, avec des \u00e9l\u00e9ments de radicalisation en dehors du contr\u00f4le des bureaucraties syndicales. Une situation qui commence \u00e0 inqui\u00e9ter la bourgeoisie.<\/p>\n<p>La chute de Bayrou et le rejet de l\u2019aust\u00e9rit\u00e9<\/p>\n<p>Une fois de plus, c\u2019est la pr\u00e9paration du budget qui a \u00e9t\u00e9 le d\u00e9clencheur de la crise. Face \u00e0 l\u2019impasse qui s\u2019annon\u00e7ait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019automne, Bayrou a fait le pari de prendre \u00e0 t\u00e9moin la population sur la n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9duire la dette, en proposant un texte aust\u00e9ritaire \u00ab\u00a0sans concession\u00a0\u00bb, guid\u00e9 par la volont\u00e9 de r\u00e9duire rapidement le d\u00e9ficit. Avec un objectif de 43,8 milliards d\u2019\u00e9conomies et des mesures embl\u00e9matiques comme la suppression de deux jours f\u00e9ri\u00e9s, le gel des pensions et aides sociales, ou la suppression de l\u2019abattement fiscal des retrait\u00e9s, Bayrou a tent\u00e9 de r\u00e9pondre aux pr\u00e9occupations imm\u00e9diates du MEDEF, qui lui a adress\u00e9 ses f\u00e9licitations. Mais la rh\u00e9torique alarmiste et les tentatives ridicules de \u00ab\u00a0p\u00e9dagogie\u00a0\u00bb, \u00e0 l\u2019image de <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/@FrancoisBayrou-FBDirect\" class=\"spip_out\" rel=\"noopener noreferrer external nofollow\" target=\"_blank\">cette cha\u00eene Youtube<\/a> lanc\u00e9e en plein \u00e9t\u00e9, n\u2019ont pas suffi \u00e0 rendre acceptable l\u2019offensive aust\u00e9ritaire, d\u2019une ampleur in\u00e9dite depuis le plan Jupp\u00e9 de 1995.<\/p>\n<p>Au Parlement, les deux partis qui avaient assur\u00e9 la survie du r\u00e9gime ces derniers mois ont bascul\u00e9 dans le camp de la censure. Du c\u00f4t\u00e9 du Parti socialiste, l\u2019\u00e9chec du conclave sur les retraites avec les directions syndicales avait pr\u00e9par\u00e9 le terrain \u00e0 une telle position, favoris\u00e9e par les \u00e9lections municipales \u00e0 venir, qui encouragent les oppositions \u00e0 durcir leurs positions, et par l\u2019opposition du gouvernement aux propositions de <a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/politique\/article\/2025\/07\/17\/francois-hollande-si-le-gouvernement-veut-ecarter-le-risque-de-la-censure-il-doit-reviser-profondement-ce-budget_6621673_823448.html\" class=\"spip_out\" rel=\"noopener noreferrer external nofollow\" target=\"_blank\">taxe sur les hauts patrimoines et de suppressions de certaines aides aux entreprises.<\/a> Du c\u00f4t\u00e9 du RN, dont le choix de la censure p\u00e8se encore plus lourd, la d\u00e9cision tactique finale r\u00e9pond, une fois de plus, \u00e0 un arbitrage entre volont\u00e9 de \u00ab\u00a0normalisation\u00a0\u00bb au sein du r\u00e9gime et aupr\u00e8s du grand patronat, positionnement d\u2019opposition face \u00e0 un gouvernement historiquement impopulaire et pressions de son \u00e9lectorat, tr\u00e8s largement acquis \u00e0 la censure.<\/p>\n<p>De fait, ces d\u00e9cisions ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9d\u00e9es et surd\u00e9termin\u00e9es par le toll\u00e9 suscit\u00e9 dans les classes populaires, et dans de larges secteurs de la population, par le budget Bayrou. Celui-ci s\u2019est exprim\u00e9 de fa\u00e7on frappante sur les r\u00e9seaux sociaux. L\u2019appel \u00e0 de nouveaux sacrifices a exacerb\u00e9 un sentiment \u00ab\u00a0anti-riches\u00a0\u00bb symbolis\u00e9 par exemple par la contradiction entre une cure aust\u00e9ritaire brutale, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, et le chiffre de 211 milliards d\u2019aides publiques aux entreprises en 2023, et par les privil\u00e8ges dont jouissent les politiciens professionnels. Elle s\u2019est traduite dans les enqu\u00eates d\u2019opinion par un niveau d\u2019impopularit\u00e9 in\u00e9dit pour l\u2019ex\u00e9cutif sous la V\u00e8me R\u00e9publique et un soutien tr\u00e8s large \u00e0 la censure et aux <a href=\"https:\/\/www.bfmtv.com\/politique\/la-france-insoumise\/mouvement-du-10-septembre-70-des-francais-favorables-a-une-manifestation-pour-protester-contre-le-budget-du-gouvernement_AN-202508220197.html\" class=\"spip_out\" rel=\"noopener noreferrer external nofollow\" target=\"_blank\">manifestations contre le budget, le mouvement du 10 septembre \u00e9tant soutenu par 65% de la population<\/a>. Un refus net de l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 et des sacrifices exig\u00e9s par le gouvernement qui pose une limite importante au plan des classes dominantes.<\/p>\n<p>Militarisme et endettement\u00a0: la pr\u00e9occupation strat\u00e9gique de l\u2019imp\u00e9rialisme fran\u00e7ais<\/p>\n<p>Les contradictions sociales et politiques auxquelles Bayrou s\u2019est heurt\u00e9 sont embl\u00e9matiques de l\u2019impasse \u00e0 laquelle se confronte le capitalisme fran\u00e7ais en crise. Les enjeux budg\u00e9taires cristallisent un enjeu vital pour la bourgeoisie fran\u00e7aise dans une crise internationale qui s\u2019approfondit\u00a0: retrouver des marges de man\u0153uvre pour faire face aux d\u00e9fis de la militarisation et de la guerre commerciale. L\u2019imp\u00e9rialisme fran\u00e7ais veut en effet tirer parti du d\u00e9sengagement suppos\u00e9 de Washington pour accro\u00eetre son influence sur la sc\u00e8ne europ\u00e9enne, en cherchant \u00e0 s\u2019imposer comme le centre de gravit\u00e9 de la d\u00e9fense europ\u00e9enne, tant sur le plan militaire (dissuasion, technologie, industrie) que diplomatique et strat\u00e9gique.<\/p>\n<p>Pour cela, elle cherche \u00e0 renforcer \u00e0 la fois ses forces conventionnelles et ses capacit\u00e9s technologiques de pointe (drones, IA, informatique quantique, essaims, robotisation). L\u2019objectif est de conserver un avantage qualitatif qui la distingue en Europe et face \u00e0 ses rivaux mondiaux, en s\u2019appuyant sur ses colonies et en cherchant \u00e0 renforcer ses forces de projection. Ainsi, Paris investit simultan\u00e9ment dans le renouvellement de ses deux composantes de dissuasion nucl\u00e9aire &#8211; les sous-marins lanceurs d\u2019engins et l\u2019arm\u00e9e de l\u2019air &#8211; tout en pr\u00e9parant la prochaine g\u00e9n\u00e9ration de chasseurs. Elle vise \u00e9galement \u00e0 \u00eatre pr\u00e9sente dans les nouveaux domaines de la concurrence mondiale\u00a0: l\u2019espace, le cyberespace et les fonds marins. La <a href=\"https:\/\/www.revolutionpermanente.fr\/Colonies-jeunesse-armee-la-Revue-strategique-devoile-les-priorites-de-l-imperialisme-francais\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Revue nationale strat\u00e9gique l\u2019indique clairement<\/a>\u00a0: Paris se consid\u00e8re comme le moteur de la pr\u00e9paration de l\u2019Europe \u00e0 un \u00e9ventuel affrontement avec la Russie \u00e0 court\/moyen terme, dans le cadre d\u2019un projet de s\u00e9curit\u00e9 \u00ab\u00a0made in Europe\u00a0\u00bb, coordonn\u00e9 au sein de l\u2019OTAN, mais avec une empreinte europ\u00e9enne propre.<\/p>\n<p>Le fait que la France soit dot\u00e9e d\u2019une forte \u00ab\u00a0culture de la guerre\u00a0\u00bb est un avantage par rapport \u00e0 ses voisins. Elle peut lui permettre de tirer profit du plan europ\u00e9en ReArm Europe\/Readiness 2030 (800 milliards d\u2019euros), soutenu par un tissu industriel et militaire de 4 500 entreprises. Cependant, l\u2019\u00e9lan vers le militarisme et \u00ab\u00a0l\u2019autonomie strat\u00e9gique\u00a0\u00bb de la France pourrait s\u2019essouffler en raison des finances publiques. Alors que la dette publique parisienne atteint 3 346 milliards d\u2019euros, Berlin, dont la situation budg\u00e9taire est plus viable, s\u2019engage \u00e0 porter ses d\u00e9penses militaires \u00e0 5\u00a0% du PIB six ans avant le calendrier convenu entre les membres de l\u2019OTAN, en s\u2019ouvrant \u00e0 l\u2019endettement et investissant comme elle ne l\u2019avait plus fait depuis la Seconde Guerre mondiale. \u00c0 partir de 2026, le budget total de la d\u00e9fense allemande s\u2019\u00e9l\u00e8vera \u00e0 108 milliards d\u2019euros, avec l\u2019objectif de constituer <a href=\"https:\/\/fr.euronews.com\/my-europe\/2025\/05\/15\/allemagne-friedrich-merz-promet-larmee-la-plus-puissante-deurope\" class=\"spip_out\" rel=\"noopener noreferrer external nofollow\" target=\"_blank\">\u00ab\u00a0l\u2019arm\u00e9e conventionnelle la plus forte d\u2019Europe\u00a0\u00bb<\/a>.<\/p>\n<p>Derri\u00e8re la crise des finances publiques, ce qui pr\u00e9occupe la classe dirigeante fran\u00e7aise, c\u2019est la perspective que Berlin parvienne \u00e0 convertir sa puissance \u00e9conomique en puissance militaire, bouleversant ainsi les \u00e9quilibres au sein de l\u2019UE. De ce point de vue, le budget Bayrou n\u2019est pas tant une r\u00e9ponse aux probl\u00e8mes strat\u00e9giques de la bourgeoisie qu\u2019une tentative d\u2019aller le plus loin possible dans l\u2019\u00e9tat du rapport de forces. Or, m\u00eame une version dure mais att\u00e9nu\u00e9e de l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 se heurte \u00e0 la situation politique et surtout sociale\u00a0[<a href=\"#nb2\" class=\"spip_note\" rel=\"appendix\" title=\"\u00ab Les Fran\u00e7ais ne refusent pas qu\u2019on r\u00e9duise la dette mais ils s\u2019effraient\u00a0(\u2026)\" id=\"nh2\">2<\/a>].<\/p>\n<p>Cette contradiction n\u2019est pas seulement conjoncturelle, elle est l\u2019actualisation d\u2019une tension permanente en France, o\u00f9 le poids des concessions \u00e0 la classe ouvri\u00e8re apr\u00e8s la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale et <a href=\"https:\/\/www.revolutionpermanente.fr\/La-crise-du-capitalisme-francais-la-menace-bonapartiste-et-les-potentialites-hegemoniques-du\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">le niveau de lutte de classes ont compliqu\u00e9 l\u2019insertion du pays dans la mondialisation n\u00e9olib\u00e9rale<\/a>. Ces derni\u00e8res d\u00e9cennies, les classes dominantes fran\u00e7aises ont en effet pein\u00e9 \u00e0 avancer dans la destruction int\u00e9grale des concessions accept\u00e9es en 1945 par un patronat en situation de faiblesse. Une impasse qui explique en partie l\u2019explosion de la dette, qui a servi \u00e0 soutenir les profits du patronat qui se trouvait dans l\u2019incapacit\u00e9 de mener une v\u00e9ritable contre-r\u00e9volution sociale.<\/p>\n<p>Une crise politique XXL et la menace d\u2019une crise de r\u00e9gime<\/p>\n<p>Dans l\u2019imm\u00e9diat, la situation est marqu\u00e9e par une crise politique XXL. L\u2019\u00e9chec de deux gouvernements autour des questions budg\u00e9taires, l\u2019intensification de la crise internationale depuis l\u2019arriv\u00e9e de Donald Trump au pouvoir et la pr\u00e9paration des diff\u00e9rentes forces politiques pour la pr\u00e9sidentielle de 2027, qui fragilise le \u00ab\u00a0socle commun\u00a0\u00bb avec LR et favorise l\u2019\u00e9clatement de la gauche, rend l\u2019\u00e9quation encore plus compliqu\u00e9e qu\u2019elle ne l\u2019\u00e9tait jusque-l\u00e0. \u00c0 ce stade, le sc\u00e9nario privil\u00e9gi\u00e9 reste la nomination d\u2019un nouveau gouvernement, Emmanuel Macron voulant \u00e9viter une dissolution. D\u2019abord, celle de 2024 a approfondi la crise politique ouverte en 2022 et lui a valu les foudres des classes dominantes. Ensuite, de nouvelles \u00e9lections l\u00e9gislatives risqueraient fort de l\u2019affaiblir et de reconduire une Assembl\u00e9e sans majorit\u00e9, au risque de poser la question de sa d\u00e9mission.<\/p>\n<p>Enfin, alors que LFI mise sur la d\u00e9mission de Macron et que le RN demande une dissolution, le chef de l\u2019Etat parie sur la possibilit\u00e9 de d\u00e9passer la crise en s\u2019appuyant sur les forces politiques qui ont int\u00e9r\u00eat \u00e0 \u00e9viter ce sc\u00e9nario qui les affaiblirait, \u00e0 commencer par LR et le PS. La recherche d\u2019un nouveau Premier ministre se heurte cependant \u00e0 la difficult\u00e9 de trouver une formule qui permette d\u2019\u00e9viter une censure imm\u00e9diate et de passer un budget qui ne soit pas trop loin du projet de Bayrou. Alors que les noms de S\u00e9bastien Lecornu, G\u00e9rald Darmanin, ou \u00c9ric Lombard sont \u00e9voqu\u00e9s dans la presse, un \u00e9ventuel nouveau gouvernement du \u00ab\u00a0socle commun\u00a0\u00bb devra r\u00e9ussir \u00e0 s\u2019attirer la sympathie du PS, qui tente en ce sens un \u00e9ni\u00e8me come-back en proposant de gouverner sur la base d\u2019un \u00ab\u00a0accord de non-censure\u00a0\u00bb avec la macronie. Justement, le parti d\u2019Olivier Faure craint une dissolution, qui l\u2019obligerait probablement \u00e0 une nouvelle alliance \u00e9lectorale avec LFI pour ne pas tout perdre. Aussi, son projet de budget ciblant notamment les aides aux entreprises et appelant \u00e0 l\u2019instauration d\u2019une taxe sur les hauts-patrimoines pourrait servir de base \u00e0 une n\u00e9gociation avec le pouvoir, en \u00e9change d\u2019une mesure symbolique mais limit\u00e9e visant \u00ab\u00a0les riches\u00a0\u00bb et au nom de la d\u00e9fense de la \u00ab\u00a0stabilit\u00e9\u00a0\u00bb du r\u00e9gime.<\/p>\n<p>Une telle option resterait n\u00e9anmoins pr\u00e9caire. En effet, elle impliquerait dans tous les cas une cure d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 remani\u00e9e pour 2026, ce qui ne manquera pas de susciter une forte col\u00e8re. Dans le m\u00eame temps, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 de nombreuses figures du PS affichent leur volont\u00e9 de \u00ab\u00a0compromis\u00a0\u00bb, les militants du PS eux-m\u00eames sont conscients <a href=\"https:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/politique\/290825\/un-gouvernement-d-union-nationale-c-est-la-defaite-assuree-des-militants-socialistes-craignent-leur-pro\" class=\"spip_out\" rel=\"noopener noreferrer external nofollow\" target=\"_blank\">qu\u2019\u00ab\u00a0un gouvernement d\u2019unit\u00e9 nationale, c\u2019est la d\u00e9faite assur\u00e9e\u00a0\u00bb<\/a> et qu\u2019une telle politique pourrait donner encore un peu plus d\u2019espace \u00e0 la gauche dite \u00ab\u00a0radicale\u00a0\u00bb de LFI. Aussi, la dissolution, consid\u00e9r\u00e9e comme quasiment in\u00e9vitable par le candidat \u00e0 la pr\u00e9sidentielle \u00c9douard Philippe et demand\u00e9e ouvertement par l\u2019ancien pr\u00e9sident Nicolas Sarkozy pourrait rapidement revenir sur le devant de la sc\u00e8ne, comme le souligne le constitutionnaliste Denys de Bechillo\u00a0: \u00ab\u00a0Deux sc\u00e9narios feraient \u00e9merger une n\u00e9cessit\u00e9 politique de dissolution. Soit une succession d\u2019\u00e9checs \u00e0 nommer un gouvernement qui tienne. Soit une situation de d\u00e9sordres sociaux extr\u00eames dans la foul\u00e9e du mouvement du 10 septembre, justifiant un appel aux Fran\u00e7ais \u00e0 trancher\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019affaiblissement de la figure pr\u00e9sidentielle et la menace d\u2019un saut bonapartiste<\/p>\n<p>Une telle dissolution pourrait exercer une pression importante sur la figure d\u2019Emmanuel Macron. \u00ab\u00a0Une dissolution ne pourrait que diviser par deux le nombre de soutiens du gouvernement \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e et amener m\u00e9caniquement la question de la d\u00e9mission du chef de l\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb, souligne en ce sens le d\u00e9put\u00e9 centriste, affili\u00e9 au groupe LIOT, Harold Huwart. D\u2019ores et d\u00e9j\u00e0, apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec de la dissolution et face \u00e0 l\u2019approfondissement de la crise, la question de son maintien au pouvoir est pos\u00e9e. Cependant, une d\u00e9mission de Macron pourrait ouvrir une crise terminale pour la Ve R\u00e9publique. Nicolas Sarkozy, qui est loin de faire l\u2019\u00e9loge de Macron, insiste en ce sens dans sa derni\u00e8re interview au Figaro\u00a0: \u00ab\u00a0Jamais je n\u2019appellerai \u00e0 la d\u00e9mission du chef de l\u2019Etat. C\u2019est la R\u00e9publique. Elle a des r\u00e8gles. Il convient de les respecter\u00a0\u00bb. Bruno Retailleau est encore plus clair\u00a0: \u00ab\u00a0Cela fragiliserait nos institutions. Je suis gaulliste. Et cela fragiliserait tous les pr\u00e9sidents qui viendront par la suite\u00a0\u00bb. Et pour cause, comme le dit l\u2019\u00e9ditorialiste C\u00e9cile Cornudet <a href=\"https:\/\/www.lesechos.fr\/politique-societe\/emmanuel-macron-president\/presidentielle-lillusion-du-grand-reset-2184241\" class=\"spip_out\" rel=\"noopener noreferrer external nofollow\" target=\"_blank\">dans le journal patronal Les Echos<\/a>\u00a0: \u00ab\u00a0La d\u00e9mission du pr\u00e9sident ouvrirait un pr\u00e9c\u00e9dent et abaisserait la fonction. \u00c0 la premi\u00e8re difficult\u00e9 venue, le prochain \u00e9lu serait forc\u00e9ment regard\u00e9 \u00e0 cette aune-l\u00e0\u00a0: quand partira-t-il\u00a0? Il y a des br\u00e8ches dangereuses\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Face \u00e0 l\u2019ab\u00eeme d\u2019une crise terminale du r\u00e9gime, une r\u00e9flexion sur une r\u00e9ponse bonapartiste qui permette d\u2019assurer sa survie commence \u00e0 faire son chemin. C\u2019est le cas chez Nicolas Sarkozy qui <a href=\"https:\/\/www.lefigaro.fr\/politique\/nicolas-sarkozy-au-figaro-il-n-y-aura-pas-d-autre-solution-que-la-dissolution-20250902\" class=\"spip_out\" rel=\"noopener noreferrer external nofollow\" target=\"_blank\">juge dans Le Figaro<\/a> que \u00ab\u00a0Emmanuel Macron doit pouvoir aller au bout du mandat que lui ont confi\u00e9 les Fran\u00e7ais\u00a0\u00bb et que \u00ab\u00a0le RN est un parti qui a le droit de se pr\u00e9senter aux \u00e9lections. Il peut donc aussi les gagner si c\u2019est le choix des Fran\u00e7ais\u00a0!\u00a0\u00bb Cette position entend concilier d\u00e9fense de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 du r\u00e9gime et de son institution reine et r\u00e9ponse politique \u00e0 la crise, en ouvrant la voie au sc\u00e9nario d\u2019une cohabitation avec l\u2019extr\u00eame droite pour \u00e9viter un gouvernement marqu\u00e9 \u00e0 gauche ou, pire, issu de la gauche.<\/p>\n<p>Sur le papier, l\u2019extr\u00eame droite pourrait en effet offrir au r\u00e9gime une voie permettant de canaliser l\u2019aspiration de secteurs des classes populaires, gagn\u00e9s au programme raciste de l\u2019extr\u00eame droite et \u00e0 l\u2019id\u00e9e qu\u2019il n\u2019y a \u00ab\u00a0pas d\u2019alternative\u00a0\u00bb aux attaques contre les \u00e9trangers pour tenter d\u2019am\u00e9liorer leur situation. Au-del\u00e0 de Sarkozy, des secteurs du grand patronat envisagent d\u00e9sormais cette possibilit\u00e9, sur laquelle le RN tente de surfer en <a href=\"https:\/\/www.lesechos.fr\/politique-societe\/politique\/devant-le-medef-jordan-bardella-se-pose-en-garant-de-la-stabilite-2183312\" class=\"spip_out\" rel=\"noopener noreferrer external nofollow\" target=\"_blank\">se pr\u00e9sentant, devant le Medef et dans les m\u00e9dias, comme le parti de la \u00ab\u00a0stabilit\u00e9\u00a0\u00bb<\/a>. <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/shorts\/uPG2Nw7pBAg\" class=\"spip_out\" rel=\"noopener noreferrer external nofollow\" target=\"_blank\">Le 27 ao\u00fbt dernier, Thierry Breton<\/a>, ancien grand patron, commissaire europ\u00e9en et ministre, assumait ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0[apr\u00e8s la chute de Barnier et Bayrou], il y a une troisi\u00e8me voie\u00a0: appeler au gouvernement le responsable du premier parti \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e\u00a0: le Rassemblement national\u00a0\u00bb. Une d\u00e9claration qui montre que cette option se renforce chez des figures des classes dominantes.<\/p>\n<p>Face \u00e0 cette perspective inqui\u00e9tante, qui se profile en r\u00e9ponse \u00e0 l\u2019instabilit\u00e9 et \u00e0 la crise de la gouvernance bourgeoise, la tentative des bureaucraties syndicales d\u2019emp\u00eacher le mouvement ouvrier d\u2019intervenir dans la crise politique pourrait avoir des cons\u00e9quences criminelles. D\u2019autant plus que des forces, encore naissantes, \u00e9mergent de la base et offrent la possibilit\u00e9 d\u2019une alternative \u00e0 la voie de la d\u00e9faite des derni\u00e8res d\u00e9cennies, \u00e0 laquelle ont \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9s les travailleurs et les secteurs populaires malgr\u00e9 des luttes puissantes.<\/p>\n<p>La col\u00e8re ouvri\u00e8re et populaire et le retour du spectre d\u2019une explosion sociale<\/p>\n<p>La nouveaut\u00e9 de la phase de crise politique qui vient de s\u2019ouvrir r\u00e9side avant tout dans le r\u00e9veil de la col\u00e8re ouvri\u00e8re et populaire. \u00c0 la diff\u00e9rence de la chute de Barnier ou de la pr\u00e9c\u00e9dente dissolution, ce facteur a d\u00e9j\u00e0 jou\u00e9 un r\u00f4le central dans l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration de la crise. Les annonces de Bayrou ont en effet g\u00e9n\u00e9r\u00e9 un fort rejet. Un refus de l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 d\u2019autant plus probl\u00e9matique qu\u2019elle appara\u00eet comme un passage oblig\u00e9 pour les plans des classes dominantes. Cette col\u00e8re explique l\u2019int\u00e9r\u00eat suscit\u00e9 rapidement par la date du 10 septembre, incarnant avec son mot d\u2019ordre \u00ab\u00a0bloquons tout\u00a0\u00bb la volont\u00e9 d\u2019en d\u00e9coudre avec le gouvernement et sa politique, et agit\u00e9e sur les r\u00e9seaux sociaux par des secteurs h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes mais autour de revendications et d\u2019aspirations essentiellement progressistes. Localement, les premi\u00e8res AGs du mouvement qui se sont tenues un peu partout en France ont r\u00e9uni diff\u00e9rentes couches de l\u2019avant-garde militante qui s\u2019est mobilis\u00e9e ces derni\u00e8res ann\u00e9es\u00a0: des syndicalistes combatifs, des Gilets jaunes, des militants \u00e9cologistes, des militants pour la Palestine, des jeunes, etc.<\/p>\n<p>Sans \u00eatre encore massive, cette dynamique vient rompre avec deux ann\u00e9es d\u2019atonie sociale au niveau national apr\u00e8s la d\u00e9faite de la bataille des retraites. Une dynamique organis\u00e9e en dehors du contr\u00f4le des bureaucraties syndicales \u00e0 laquelle elles semblent vouloir couper l\u2019herbe sous le pied. En effet, si ces derni\u00e8res semaines, des organisations et f\u00e9d\u00e9rations syndicales ont apport\u00e9 leur soutien \u00e0 la mobilisation, certaines en cherchant \u00e0 faire le pont avec la date du 10, <a href=\"https:\/\/www.revolutionpermanente.fr\/On-veut-lier-notre-greve-au-mouvement-du-10-les-energeticiens-entrent-en-greve-pour-les-salaires\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">\u00e0 l\u2019image des \u00e9nerg\u00e9ticiens de la CGT<\/a>, du c\u00f4t\u00e9 des directions syndicales, la position est plus ambig\u00fce. Si la CGT et Solidaires ont officiellement apport\u00e9 leur soutien au mouvement, c\u2019est sous pression de la base et en participant \u00e0 une op\u00e9ration consistant \u00e0 <a href=\"https:\/\/revolutionpermanente.fr\/18-septembre-l-intersyndicale-veut-enjamber-le-10-il-faut-imposer-un-autre-plan-de-bataille\" class=\"spip_out\" rel=\"noopener noreferrer external nofollow\" target=\"_blank\">propulser une date concurrente le 18 septembre<\/a>, avec une logique strat\u00e9gique bien distincte de l\u2019aspiration \u00e0 \u00ab\u00a0tout bloquer\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019annonce de la mobilisation unitaire du 18 septembre, dans le cadre d\u2019un communiqu\u00e9 qui n\u2019\u00e9voque m\u00eame pas la date du 10, ne peut \u00eatre lue autrement que comme une mani\u00e8re d\u2019appeler \u00e0 concentrer les forces sur une journ\u00e9e interprofessionnelle tr\u00e8s encadr\u00e9e, \u00e0 bonne distance de la crise politique et de la chute de Bayrou. Ce jeudi sur RTL, <a href=\"https:\/\/www.lefigaro.fr\/social\/rentree-sociale-la-cfdt-va-proposer-a-l-intersyndicale-une-mobilisation-en-septembre-20250826\" class=\"spip_out\" rel=\"noopener noreferrer external nofollow\" target=\"_blank\">Marylise L\u00e9on de la CFDT<\/a>, assumait ainsi ouvertement\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est important qu\u2019on [se mobilise] au moment o\u00f9 on saura qu\u2019il y aura un gouvernement. Parce que l\u2019important aussi, c\u2019est d\u2019avoir aussi un interlocuteur. Le 10 [septembre], je ne sais pas qui sera l\u2019interlocuteur des manifestants.\u00a0\u00bb \u00c0 l\u2019heure o\u00f9 la crise politique s\u2019approfondit comme jamais et o\u00f9 la lutte pour d\u00e9gager Macron et imposer une issue ouvri\u00e8re et populaire \u00e0 la situation devrait \u00eatre \u00e0 l\u2019ordre du jour, les directions syndicales se montrent dispos\u00e9es \u00e0 laisser le r\u00e9gime se r\u00e9organiser et \u00e0 contenir la col\u00e8re dans le cadre d\u2019une strat\u00e9gie de pression et de dialogue avec le gouvernement.<\/p>\n<p>Sans d\u00e9termination dans la lutte des classes, le macronisme m\u00eame en crise, ne c\u00e9dera pas<\/p>\n<p>Si Marylise L\u00e9on de la CFDT tente de faire porter la responsabilit\u00e9 de sa strat\u00e9gie de pression sur la base \u2013 le 26 ao\u00fbt dernier elle expliquait\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut que ce m\u00e9contentement du monde du travail s\u2019exprime. De nombreux adh\u00e9rents me disent qu\u2019ils ont envie de laisser libre cours \u00e0 cette col\u00e8re selon les modes d\u2019action de la CFDT, donc dans le cadre d\u2019une manifestation\u00a0\u00bb &#8211; le retour \u00e0 une telle politique revient \u00e0 liquider, une fois de plus, tout bilan de la bataille des retraites. La strat\u00e9gie adopt\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u00e9tait fond\u00e9e sur un souci de respect des r\u00e8gles impos\u00e9es par le gouvernement mais aussi sur la crainte de voir le mouvement \u00e9chapper \u00e0 l\u2019intersyndicale. Dans la premi\u00e8re phase du mouvement, cela a conduit \u00e0 se contenter de journ\u00e9es de mobilisations isol\u00e9es, en refusant de construire une gr\u00e8ve reconductible large, qui mobilise l\u2019ensemble de notre classe. Une telle perspective aurait impliqu\u00e9 de \u00ab\u00a0politiser\u00a0\u00bb le mouvement, en allant au-del\u00e0 du seul retrait de la contre-r\u00e9forme et en portant un programme articulant des revendications \u00e0 m\u00eame d\u2019unifier l\u2019ensemble des travailleurs et des classes populaires, par exemple en liant lutte pour les retraites et lutte pour des augmentations de salaires pour toutes et tous et pour leur indexation sur l\u2019inflation.<\/p>\n<p>Dans la deuxi\u00e8me phase du mouvement, \u00e0 partir du 49.3 qui a provoqu\u00e9 un sursaut de col\u00e8re important, avec des manifestations spontan\u00e9es et de nouvelles gr\u00e8ves reconductibles, \u00e0 l\u2019image du Technicentre de Ch\u00e2tillon ou encore de la raffinerie TotalEnergies de Normandie, cette approche, qui visait \u00e0 enjamber la crise politique, a conduit \u00e0 s\u2019opposer \u00e0 toute perspective de durcir le rapport de force. Alors que le mouvement pouvait basculer, l\u2019intersyndicale a de nouveau <a href=\"https:\/\/www.revolutionpermanente.fr\/La-victoire-etait-possible-Bataille-des-retraites-un-bilan\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">\u00ab\u00a0refus\u00e9 de passer \u00e0 l\u2019offensive et a cherch\u00e9 \u00e0 \u00e9viter que les choses ne d\u00e9g\u00e9n\u00e8rent, en travaillant \u00e0 l\u2019apaisement de fa\u00e7on de plus en plus directe pour \u00e9viter la radicalisation qui aurait pu aggraver la crise politique du r\u00e9gime\u00a0\u00bb<\/a>. Une radicalisation dont, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, on a pu voir des sympt\u00f4mes jusque dans la base de syndicats r\u00e9formistes tels que la CFDT.<\/p>\n<p>Et pour cause, alors que Marylise L\u00e9on donne des gages de responsabilit\u00e9s au moment o\u00f9 le r\u00e9gime est le plus faible, la bataille des retraites a montr\u00e9 que m\u00eame face \u00e0 une mobilisation massive et \u00e0 la col\u00e8re de 94% des actifs, oppos\u00e9s \u00e0 la r\u00e9forme, une strat\u00e9gie qui ne cherche pas \u00e0 d\u00e9ployer toutes les forces de notre classe est vou\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chec face \u00e0 un pouvoir radicalis\u00e9. Un bilan que les bureaucraties syndicales et leurs alli\u00e9s ont mis sous le tapis, en arguant que la d\u00e9faite \u00e9tait le produit de la force de Macron et de la faiblesse du monde du travail, pour mieux esquiver la question de leur responsabilit\u00e9. Pr\u00e9cis\u00e9ment, face au bilan de la politique des directions syndicales, qui ont d\u00e9sert\u00e9 la rue au profit de l\u2019adh\u00e9sion au moindre cadre de dialogue social propos\u00e9 par le r\u00e9gime, les AGs du 10 septembre qui ont r\u00e9uni entre plusieurs dizaines et jusqu\u2019\u00e0 plusieurs centaines de personnes dans de nombreuses villes de France expriment l\u2019aspiration progressiste \u00e0 revenir au \u00ab\u00a0rapport de force\u00a0\u00bb et \u00e0 tirer les bilans des pr\u00e9c\u00e9dentes batailles.<\/p>\n<p>Prendre la lutte entre nos mains<\/p>\n<p>Les AGs autour du 10 septembre ont l\u2019autre int\u00e9r\u00eat de poser la question de la prise en main de la lutte contre l\u2019offensive aust\u00e9ritaire, Macron et le r\u00e9gime. En 2023, la bataille des retraites a \u00e9t\u00e9 dirig\u00e9e de A \u00e0 Z par une Intersyndicale prenant ses d\u00e9cisions lors de r\u00e9unions opaques, sans \u00e9gard pour les aspirations de la base, et en se subordonnant en d\u00e9finitive \u00e0 la strat\u00e9gie de respectabilit\u00e9 pr\u00e9conis\u00e9e par la direction de la CFDT. Cette faiblesse de l\u2019auto-organisation a emp\u00each\u00e9 de d\u00e9ployer les forces qui auraient permis de construire l\u2019extension du mouvement mais aussi de faire \u00e9merger des mots d\u2019ordre \u00e0 m\u00eame de donner envie au plus grand nombre de se battre. Par rapport \u00e0 2023 cependant, les AGs actuelles rassemblent essentiellement des militants, organis\u00e9s ou non, et avec une logique qui reste pour le moment centr\u00e9e sur l\u2019action directe, notamment par le blocage.<\/p>\n<p>Or, si les actions de blocage qui se pr\u00e9parent dans le cadre du mouvement du 10 septembre peuvent jouer un r\u00f4le dans la mobilisation, elles ne permettent pas de construire un rapport de force durable \u00e0 m\u00eame de bloquer l\u2019\u00e9conomie, sont faciles \u00e0 r\u00e9primer pour le pouvoir et risquent de n\u2019attirer que les militants les plus d\u00e9termin\u00e9s. \u00c0 l\u2019heure o\u00f9 une large partie de la population est en col\u00e8re, c\u2019est bien une gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale politique qui peut permettre de r\u00e9ellement \u00ab\u00a0bloquer tout\u00a0\u00bb. Pas par f\u00e9tichisme de ce mode de lutte, mais parce qu\u2019il est celui qui permet de frapper le plus directement le c\u0153ur de l\u2019\u00e9conomie capitaliste tout en mettant en action les travailleurs de tout le pays, comme on l\u2019a vu \u00e0 petite \u00e9chelle avec la gr\u00e8ve des travailleurs des transports de 2019-2020 ou des raffineurs de 2022. Pour faire basculer la situation et construire un mouvement capable d\u2019affronter le r\u00e9gime, il va donc falloir construire la gr\u00e8ve par en bas en cherchant \u00e0 d\u00e9velopper l\u2019auto-organisation, \u00e0 \u00e9tendre ces Assembl\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales au-del\u00e0 d\u2019un cercle militant et \u00e0 les penser comme un lieu de d\u00e9bat d\u00e9mocratique pour penser l\u2019orientation du mouvement.<\/p>\n<p>Ainsi, s\u2019il faut exiger de nos organisations syndicales qu\u2019elles construisent un plan de bataille s\u00e9rieux, il n\u2019est pas possible de laisser la lutte entre les mains de bureaucrates syndicaux. La construction de la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale est une t\u00e2che politique, et les AGs devraient non seulement \u00eatre au service de l\u2019organisation du mouvement, mais aussi permettre de discuter des revendications \u00e0 d\u00e9fendre face au r\u00e9gime et pour s\u2019adresser aux diff\u00e9rents secteurs de notre classe. Il serait m\u00eame possible d\u2019articuler le travail d\u2019extension et de r\u00e9flexion sur les revendications, en recueillant et consignant les revendications qui existent dans tous les secteurs de la population, et en se d\u00e9ployant en ce sens sur les lieux de production, dans les h\u00f4pitaux, devant les facs et les \u00e9tablissements scolaires, etc.<\/p>\n<p>Seuls les travailleurs peuvent apporter une r\u00e9ponse progressiste \u00e0 la crise de la Ve R\u00e9publique<\/p>\n<p>Si une partie des forces institutionnelles apportent leur soutien aux mobilisations, \u00e0 l\u2019image de la France Insoumise, elles parient toutes sur une issue institutionnelle \u00e0 la crise en cours. Tout en \u00e9voquant lors des Amfis la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une \u00ab\u00a0gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale\u00a0\u00bb, Jean-Luc M\u00e9lenchon prend le soin d\u2019insister ces derniers jours sur la compl\u00e9mentarit\u00e9 entre la rue et le Parlement, en \u00e9voquant la motion de destitution port\u00e9e par LFI. Dans sa derni\u00e8re conf\u00e9rence, le dirigeant insoumis <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=fqcZOo4JJhA&amp;ab_channel=JEAN-LUCM%C3%89LENCHON\" class=\"spip_out\" rel=\"noopener noreferrer external nofollow\" target=\"_blank\">se f\u00e9licite d\u2019ailleurs du vote de confiance du 8 septembre qui permettra<\/a>\u00a0: \u00ab\u00a0De faire en sorte que la crise, la tension, la col\u00e8re qui monte, trouve une expression institutionnelle dans le cadre de la d\u00e9mocratie, par un vote pacifique, dans une Assembl\u00e9e qui en vient assez rarement aux mains, en tout cas [qui] est un cadre pacifique et r\u00e9publicain et d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb. Dans le m\u00eame sens, <a href=\"https:\/\/x.com\/ManonAubryFr\/status\/1962457059753931196\" class=\"spip_out\" rel=\"noopener noreferrer external nofollow\" target=\"_blank\">Manon Aubry expliquait sur LCI ce lundi<\/a>\u00a0: \u00ab\u00a0La responsabilit\u00e9 du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique doit \u00eatre pos\u00e9e sur la table [\u2026] que ce soit sa d\u00e9mission, sa destitution. \u00c0 la fin des fins, dans la V\u00e8me R\u00e9publique actuelle, on ne sortira de cette crise politique qu\u2019avec un nouveau Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique que les Fran\u00e7ais\u00b7es choisiront, \u00e7a s\u2019appelle la d\u00e9mocratie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ces interventions typiques de la strat\u00e9gie de la \u00ab\u00a0r\u00e9volution citoyenne\u00a0\u00bb, qui consid\u00e8re que le mouvement social doit culminer dans la convocation d\u2019\u00e9lections, dessinent une impasse, en subordonnant les aspirations ouvri\u00e8res et populaires au cadre institutionnel \u00e9tabli. \u00c0 l\u2019inverse, l\u2019aspiration \u00e0 bloquer le pays le 10 septembre, la col\u00e8re contre l\u2019offensive aust\u00e9ritaire de Bayrou ou encore la haine suscit\u00e9e par les privil\u00e8ges des politiciens professionnels permettent d\u2019envisager une autre voie\u00a0: la construction d\u2019une mobilisation qui cherche \u00e0 arracher ses revendications par ses propres m\u00e9thodes. C\u2019est le seul moyen pour que les travailleurs prennent conscience de leur force et se posent en force h\u00e9g\u00e9monique, qui aspire \u00e0 diriger le pays et mettre en place son propre gouvernement, bas\u00e9 sur les organisations cr\u00e9\u00e9es dans la lutte. C\u2019est l\u00e0 le v\u00e9ritable sens strat\u00e9gique de la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale\u00a0: mettre en \u00e9vidence qui est le ma\u00eetre de la maison. C\u2019est pourquoi jouer avec les appels \u00e0 la \u00ab\u00a0gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale\u00a0\u00bb tout en pr\u00e9parant une sortie institutionnelle, comme le fait LFI ces derniers jours, c\u2019est la priver d\u2019embl\u00e9e de son contenu et de son \u00ab\u00a0pouvoir constituant\u00a0\u00bb, entendu au sens de sa capacit\u00e9 \u00e0 articuler un sujet et un pouvoir alternatif aux classes dominantes.<\/p>\n<p>C\u2019est pour cette raison que, dans cette perspective, un des enjeux essentiels de la lutte qui pourrait d\u00e9marrer le 10 septembre r\u00e9side dans le fait de d\u00e9passer l\u2019opposition entre revendications sociales et revendications politiques, aliment\u00e9e par la division entre le \u00ab\u00a0syndical\u00a0\u00bb et le \u00ab\u00a0politique\u00a0\u00bb. Pour \u00e9viter une canalisation institutionnelle qui viserait \u00e0 neutraliser la mobilisation, il faut porter des revendications qui r\u00e9pondent \u00e0 l\u2019ensemble des probl\u00e8mes de la situation, recueillies \u00e0 la base, en organisant depuis les AGs un travail de collecte des aspirations ouvri\u00e8res et populaires dans les lieux de production et les quartiers. Le refus de l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 et de la militarisation, l\u2019abrogation de la r\u00e9forme des retraites pour une retraite \u00e0 60 ans ou encore un financement massif des services publics pr\u00e9lev\u00e9 sur les profits du patronat bien s\u00fbr. La d\u00e9mission de Macron \u00e9videmment. Mais aussi la fin de la V\u00e8me R\u00e9publique, qui offre de multiples leviers aux classes dominantes pour tenter de sortir par le haut de la situation, en exigeant la mise en place d\u2019une Assembl\u00e9e unique, dont les d\u00e9put\u00e9s seraient \u00e9lus pour 2 ans, r\u00e9vocables et pay\u00e9s comme un\u00b7e infirmier\u00b7e. Plut\u00f4t que limiter ses perspectives au cadre de futures \u00e9lections, l\u00e9gislatives ou pr\u00e9sidentielles, la mobilisation naissante doit dire clairement que c\u2019est depuis la rue et par les m\u00e9thodes de la lutte de classes qu\u2019il est possible d\u2019arracher nos revendications.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"La Ve R\u00e9publique est n\u00e9e en 1958 pour conjurer l\u2019instabilit\u00e9 de la IVe face aux d\u00e9fis auxquels \u00e9tait&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":367838,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[11,1011,27,12,25],"class_list":{"0":"post-367837","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-france","8":"tag-actualites","9":"tag-fr","10":"tag-france","11":"tag-news","12":"tag-republique-francaise"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/115151033013975704","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/367837","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=367837"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/367837\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/367838"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=367837"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=367837"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=367837"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}