{"id":374883,"date":"2025-09-08T09:15:14","date_gmt":"2025-09-08T09:15:14","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/374883\/"},"modified":"2025-09-08T09:15:14","modified_gmt":"2025-09-08T09:15:14","slug":"limmigration-en-allemagne-une-victoire-a-la-pyrrhus","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/374883\/","title":{"rendered":"L\u2019immigration en Allemagne, une victoire \u00e0 la Pyrrhus"},"content":{"rendered":"<p>C\u2019\u00e9tait \u00e0 la fois la pire des politiques et la meilleure\u2009; elle n\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre m\u00eame pas intentionnelle. \u00c0 la fin de l\u2019\u00e9t\u00e9 2015, alors qu\u2019une vague de migrants syriens, afghans et autres se dirigeait vers l\u2019Europe en qu\u00eate d\u2019un refuge, Angela Merkel annon\u00e7ait que l\u2019Allemagne les accueillerait tous. Cette d\u00e9cision a surpris tant les d\u00e9tracteurs que les alli\u00e9s de la chanceli\u00e8re. <\/p>\n<p>Une politique qui a servi l\u2019extr\u00eame droite<\/p>\n<p>En bouleversant la politique migratoire du pays, cette dirigeante m\u00e9thodique \u2013 jusqu\u2019\u00e0 en devenir obstructionniste \u2013 s\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre montr\u00e9e un peu impulsive sur ce qui est sans doute le sujet le plus sensible de la politique europ\u00e9enne. La r\u00e9ponse d\u2019Angela Merkel \u00e0 ses partisans comme \u00e0 ses d\u00e9tracteurs a pris la forme d\u2019une phrase qui a marqu\u00e9 ses 16 ann\u00e9es \u00e0 la chancellerie\u2009: \u201cWir schaffen das\u201d, \u201cNous y arriverons\u201d. Plus d\u2019un million de migrants ont rapidement \u00e9lu domicile en Allemagne. Dix ans plus tard, il s\u2019av\u00e8re qu\u2019Angela Merkel a eu raison, mais dans une sorte de victoire \u00e0 la Pyrrhus. L\u2019Allemagne y est arriv\u00e9e, et mieux que quiconque aurait pu l\u2019imaginer. Mais le co\u00fbt de cette r\u00e9ussite a consid\u00e9rablement renforc\u00e9 ses adversaires politiques.<\/p>\n<p class=\"mise_en_avant\">7 Allemands sur 10 estiment que l\u2019\u00c9tat est d\u00e9bord\u00e9. Le sentiment visc\u00e9ral que les autorit\u00e9s perdent le contr\u00f4le s\u2019est enracin\u00e9 en 2015.<\/p>\n<p>Peu avant l\u2019anniversaire de la d\u00e9claration d\u2019Angela Merkel, le 31 ao\u00fbt, un profond changement politique a \u00e9t\u00e9 observ\u00e9. L\u2019Alternative pour l\u2019Allemagne (AfD), un parti caract\u00e9ris\u00e9 par une x\u00e9nophobie si profonde que les services de s\u00e9curit\u00e9 du pays l\u2019ont qualifi\u00e9 d\u2019\u201cextr\u00e9miste\u201d, est arriv\u00e9 en t\u00eate de certains sondages nationaux. (En 2015, il s\u2019agissait d\u2019une force politique marginale, trop petite pour entrer au Parlement.) Pour les d\u00e9tracteurs de \u201cWir schaffen das\u201d, c\u2019est le r\u00e9sultat de ce qu\u2019ils consid\u00e8rent comme la bont\u00e9 na\u00efve d\u2019Angela Merkel \u00e0 l\u2019\u00e9gard des \u00e9trangers. Oui, bien s\u00fbr, l\u2019Allemagne pouvait s\u2019en sortir, comme n\u2019importe quel pays riche de plus de 80 millions d\u2019habitants accueillant une vague importante de migrants. Mais la plupart des Allemands contraints, eux aussi, de s\u2019en sortir, n\u2019\u00e9taient pas les lib\u00e9raux ais\u00e9s qui accueillaient les Syriens dans les gares avec des ours en peluche et des fleurs. Au contraire, les co\u00fbts li\u00e9s \u00e0 cette politique ont \u00e9t\u00e9 support\u00e9s par ceux qui vivent loin des quartiers chics de Berlin et de Munich, et dont les camarades de classe de leurs enfants ne parlaient plus allemand. Ils s\u2019attendaient \u00e0 ce que l\u2019\u00c9tat leur pr\u00eate un peu d\u2019attention, mais ils se sont plut\u00f4t sentis trait\u00e9s avec condescendance par leur propre chanceli\u00e8re. Aujourd\u2019hui, sept Allemands sur dix estiment que l\u2019\u00c9tat est d\u00e9bord\u00e9. Le sentiment visc\u00e9ral que les autorit\u00e9s perdent le contr\u00f4le \u2013 mati\u00e8re premi\u00e8re de la rh\u00e9torique des hommes politiques populistes, comme le savent bien les Britanniques \u2013 s\u2019est enracin\u00e9 en 2015.<\/p>\n<p>Une migration n\u00e9cessaire pour l\u2019\u00e9conomie<\/p>\n<p>Ceux qui ont applaudi l\u2019approche d\u2019Angela Merkel \u00e0 l\u2019\u00e9poque peuvent \u00e9galement se sentir confort\u00e9s. Pour eux, la \u2018Willkommenskultur\u2019 [la culture de l\u2019accueil, ndt] de cet \u00e9t\u00e9-l\u00e0 \u00e9tait un acte de r\u00e9demption nationale, une plume morale au chapeau de l\u2019Allemagne. Oubliez les man\u0153uvres politiques sordides, la dirigeante suivait \u00e0 l\u2019\u00e9poque ses convictions profondes et entra\u00eenait le pays avec elle. Le co\u00fbt \u00e9tait \u00e9lev\u00e9 \u2013 tout ce qui vaut la peine d\u2019\u00eatre fait a un co\u00fbt \u2013 mais pas ing\u00e9rable, comme elle l\u2019avait dit. Les pr\u00e9dictions apocalyptiques selon lesquelles les migrants vivraient pendant des d\u00e9cennies des allocations, paralysant l\u2019\u00c9tat providence au d\u00e9triment des autochtones, se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9es totalement fausses. Des donn\u00e9es r\u00e9centes montrent qu\u2019environ deux tiers des migrants arriv\u00e9s en 2015 travaillent aujourd\u2019hui, avec un taux d\u2019emploi proche de celui des Allemands natifs (m\u00eame si les femmes migrantes ne s\u2019en sortent pas aussi bien). Bien que co\u00fbteux en termes d\u2019allocations, les nouveaux arrivants ont contribu\u00e9 \u00e0 apaiser les craintes des entreprises concernant la p\u00e9nurie de main-d\u2019\u0153uvre dans l\u2019\u00e9conomie allemande.<\/p>\n<p class=\"mise_en_avant\">L\u2019ouverture des fronti\u00e8res a \u00e9t\u00e9 une aubaine non seulement pour les migrants, mais aussi pour les voisins de l\u2019Allemagne, qui n\u2019avaient aucune envie de s\u2019occuper des masses qui affluaient.<\/p>\n<p>Ce ne sont pas seulement les Allemands, anciens et nouveaux, qu\u2019Angela Merkel a entra\u00een\u00e9s dans sa volont\u00e9 d\u2019accueillir les opprim\u00e9s du monde entier. L\u2019Europe a aid\u00e9 l\u2019Allemagne \u00e0 se relever de l\u2019ab\u00eeme moral de la Seconde guerre mondiale, puis a permis sa r\u00e9unification en 1991. Qu\u2019elle l\u2019ait voulu ou non, Angela Merkel a \u00e9t\u00e9 per\u00e7ue comme rendant la pareille. L\u2019ouverture des fronti\u00e8res a en effet \u00e9t\u00e9 une aubaine non seulement pour les migrants, mais aussi pour les voisins de l\u2019Allemagne, qui n\u2019avaient aucune envie de s\u2019occuper des masses qui affluaient. Ils pouvaient d\u00e9sormais les envoyer en Allemagne\u2009; Viktor Orban, le Premier ministre hongrois, a m\u00eame mis \u00e0 disposition des bus pour aider \u00e0 transporter les migrants vers le nord.<\/p>\n<p>Adieu Schengen<\/p>\n<p>C\u2019est l\u00e0 qu\u2019Angela Merkel a commis une erreur de calcul. Elle avait d\u00e9crit la gestion des migrants comme \u201cle prochain grand projet europ\u00e9en\u201d, utilisant le m\u00eame type de langage que pour la cr\u00e9ation de l\u2019euro ou de l\u2019espace Schengen sans passeport. Mais les demandes de l\u2019Allemagne pour que les autres pays de l\u2019Union europ\u00e9enne apportent leur aide en accueillant leur \u201cjuste part\u201d de migrants sont rest\u00e9es lettre morte. En cons\u00e9quence, l\u2019Allemagne a partiellement r\u00e9tabli les contr\u00f4les \u00e0 ses fronti\u00e8res que Schengen avait supprim\u00e9s. D\u2019autres pays ont suivi avec le temps\u2009; aujourd\u2019hui, les contr\u00f4les de passeports sont monnaie courante en Europe. Et la position de principe d\u2019Angela Merkel a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 son mauvais c\u00f4t\u00e9 lorsqu\u2019elle a conclu que l\u2019Allemagne ne pouvait pas accueillir ind\u00e9finiment des milliers de r\u00e9fugi\u00e9s par jour. La seule fa\u00e7on d\u2019endiguer le flux de migrants \u00e9tait, en fait, de soudoyer les pays voisins de l\u2019Europe, notamment la Turquie, pour qu\u2019ils gardent les Syriens et les autres migrants sur leur territoire plut\u00f4t que de les laisser errer vers l\u2019UE. Cela a conduit le bloc \u00e0 flagorner des hommes forts tels que Recep Tayyip Erdogan, alors que leurs m\u00e9thodes autoritaires auraient d\u00fb \u00eatre d\u00e9nonc\u00e9es.<\/p>\n<p>Bilan \u00e0 10 ans<\/p>\n<p>Compte tenu des tensions qui d\u00e9coulent des questions li\u00e9es \u00e0 l\u2019immigration, il peut \u00eatre difficile de tirer une conclusion nuanc\u00e9e. Cependant, il est trop facile d\u2019avancer des conclusions erron\u00e9es. Attribuer la mont\u00e9e de l\u2019AfD uniquement aux \u00e9v\u00e9nements de 2015 en est un exemple. M\u00eame Angela Merkel a admis que sa position \u201cpolarisante\u201d il y a dix ans avait contribu\u00e9 \u00e0 la mont\u00e9e en puissance du parti. Mais ce n\u2019\u00e9tait pas le seul facteur. Les alli\u00e9s id\u00e9ologiques du parti sont en t\u00eate des sondages dans toute l\u2019Europe, y compris en France et en Italie. L\u2019Allemagne a une histoire unique, mais elle n\u2019\u00e9tait pas \u00e0 l\u2019abri de la vague de populisme d\u2019extr\u00eame droite qui a envahi une grande partie du continent.<\/p>\n<p>Quelle que soit l\u2019opinion que l\u2019on ait de son \u201cWir schaffen das\u201d, cette initiative a plut\u00f4t bien vieilli, contrairement aux politiques d\u2019Angela Merkel qui ont rendu l\u2019\u00e9conomie allemande d\u00e9pendante du gaz russe et des exportations vers la Chine, sans parler de la fermeture pr\u00e9cipit\u00e9e des centrales nucl\u00e9aires. Pourtant, dix ans plus tard, il ne reste plus grand-chose de la mentalit\u00e9 du \u201ctout est possible\u201d de 2015. Le parti d\u2019Angla Merkel, de retour au pouvoir, a reni\u00e9 son approche et durci les r\u00e8gles d\u2019asile en Allemagne. L\u2019Europe met en \u0153uvre un \u201cpacte migratoire\u201d qui traite les demandeurs d\u2019asile avec beaucoup moins de bienveillance. Il semble aujourd\u2019hui qu\u2019Angela Merkel ait d\u00e9pens\u00e9 son capital politique dans un pari dont le gain s\u2019est av\u00e9r\u00e9 \u00e9ph\u00e9m\u00e8re. Est-ce une erreur\u2009? Peut-\u00eatre, mais une erreur g\u00e9n\u00e9reuse et humaine.<\/p>\n<p>The Economist<\/p>\n<p>\u00a9 2025 The Economist Newspaper Limited. All rights reserved. Source The Economist, traduction Le nouvel Economiste, publi\u00e9 sous licence. L\u2019article en version originale : <a href=\"http:\/\/www.economist.com\" rel=\"noopener nofollow\" target=\"_blank\">www.economist.com<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"C\u2019\u00e9tait \u00e0 la fois la pire des politiques et la meilleure\u2009; elle n\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre m\u00eame pas intentionnelle. \u00c0&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":374884,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1587],"tags":[11,672,1804,1805,1803,1777,674,1801,12,1802],"class_list":{"0":"post-374883","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-allemagne","8":"tag-actualites","9":"tag-allemagne","10":"tag-bundesrepublik-deutschland","11":"tag-de","12":"tag-deutschland","13":"tag-eu","14":"tag-europe","15":"tag-germany","16":"tag-news","17":"tag-republique-federale-dallemagne"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/115167921688293172","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/374883","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=374883"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/374883\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/374884"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=374883"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=374883"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=374883"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}