{"id":387429,"date":"2025-09-13T08:46:13","date_gmt":"2025-09-13T08:46:13","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/387429\/"},"modified":"2025-09-13T08:46:13","modified_gmt":"2025-09-13T08:46:13","slug":"80-ans-de-nice-matin-la-coope-bien-plus-quune-histoire-dargent","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/387429\/","title":{"rendered":"80 ans de Nice-Matin: la \u00ab\u00a0Coop\u00e9\u00a0\u00bb, bien plus qu&rsquo;une histoire d&rsquo;argent"},"content":{"rendered":"<p>Le paradoxe est d\u00e9routant\u2005: pourquoi Nice-Matin, organe de presse longtemps \u00e9tiquet\u00e9 \u00e0 droite, a-t-il prosp\u00e9r\u00e9 pendant pr\u00e8s de 70 ans sous la forme d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0\u00e0 participation ouvri\u00e8re\u00a0\u00bb\u2005?<\/p>\n<p>R\u00e9pondre \u00e0 cette question, c\u2019est lever le voile sur un aspect oubli\u00e9 de la naissance du journal. D\u00e8s l\u2019origine, l\u2019entreprise est port\u00e9e par une double influence\u2005: celle de \u00ab\u00a0l\u2019esprit de la R\u00e9sistance\u00a0\u00bb d\u2019une part, celle de ses premiers dirigeants d\u2019autre part. Or, parmi ces derniers, plusieurs revendiquent leur ancrage \u00e0 gauche. C\u2019est le cas notamment du premier p.-d.g., Paul Draghi, membre de la SFIO (1), adjoint au maire de Nice Jacques Cotta (2).<\/p>\n<p>Ce terreau id\u00e9ologique explique sans doute la volont\u00e9 de \u00ab\u00a0partager les fruits du travail commun\u00a0\u00bb manifest\u00e9e par les fondateurs. Ils d\u00e9cident, pour cela, de faire du journal une Soci\u00e9t\u00e9 anonyme \u00e0 participation ouvri\u00e8re (Sapo).<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C\u2019est une forme particuli\u00e8re de SA cr\u00e9\u00e9e par la loi du 26 avril 1917, explique Charles Guerrin, membre du bureau de la coop\u00e9rative de 1977 \u00e0 1998. Son objectif est d\u2019associer les actionnaires et les salari\u00e9s \u2013 qualifi\u00e9s de\u2019\u2019coop\u00e9rateurs\u2019\u2019 \u2013 \u00e0 la gestion de la soci\u00e9t\u00e9 et au partage des b\u00e9n\u00e9fices. On distingue les \u2018\u2018actions de capital\u2019\u2019, d\u00e9tenues par les actionnaires, et les \u2018\u2018actions de travail\u2019\u2019, incessibles, d\u00e9tenues collectivement par les salari\u00e9s-coop\u00e9rateurs.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Un petit ch\u00e8que annonciateur d\u2019autres\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ce statut, qui pr\u00e9figure \u00ab\u00a0la participation\u00a0\u00bb d\u00e9fendue par le g\u00e9n\u00e9ral De Gaulle au d\u00e9but de la Ve R\u00e9publique, n\u2019a pas connu un grand succ\u00e8s dans l\u2019entre-deux-guerres. Les propri\u00e9taires d\u2019entreprise rechignent \u00e0 partager, m\u00eame modestement, leur pouvoir et leurs b\u00e9n\u00e9fices. Quant aux syndicats, ils voient d\u2019un mauvais \u0153il cette forme suspecte de \u00ab\u00a0collaboration de classes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Tout change \u00e0 la Lib\u00e9ration. Pendant une br\u00e8ve p\u00e9riode, les Sapo b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019un regain de popularit\u00e9. Celle de Nice-Matin ne sera officiellement enregistr\u00e9e que le 1er octobre 1947, deux ans apr\u00e8s la parution du premier num\u00e9ro. Mais cette ambition existe d\u00e8s le d\u00e9part. Le 26 d\u00e9cembre 1945, Paul Draghi y fait allusion dans un courrier adress\u00e9 aux salari\u00e9s.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le bilan de trois mois et demi de gestion est honn\u00eate, \u00e9crit le directeur. Il ne se traduit pas par une marge b\u00e9n\u00e9ficiaire mais, et vous le sentez comme moi, il est prometteur. C\u2019est [&#8230;] en raison de ces \u2018\u2018promesses\u2019\u2019 indiscutables que j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de faire \u00e0 chacun des collaborateurs du journal une avance sur une \u00e9ventuelle participation aux b\u00e9n\u00e9fices. Vous trouverez donc, sous ce pli, un petit ch\u00e8que annonciateur d\u2019autres, plus d\u00e9terminants, que nous vaudra 1946.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le virage de 1954<\/p>\n<p>Draghi ne se trompe pas. Les dix ann\u00e9es \u00e0 venir vont \u00eatre dor\u00e9es pour les coop\u00e9rateurs, qui disposent d\u2019un quart des voix au conseil d\u2019administration et per\u00e7oivent la moiti\u00e9 des b\u00e9n\u00e9fices nets (3).<\/p>\n<p>En 1954, la coop\u00e9rative per\u00e7oit 35\u2005770\u2005000 anciens francs et distribue en moyenne 145\u2005000 anciens francs \u00e0 chaque salari\u00e9 (4), l\u2019\u00e9quivalent de deux mois de traitement. Cette ann\u00e9e-l\u00e0, cependant, le successeur de Paul Draghi, Michel Bavastro, parvient \u00e0 changer les r\u00e8gles du jeu.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La direction a propos\u00e9 de modifier les statuts en permettant \u00e0 l\u2019entreprise de provisionner, en plus de la r\u00e9serve l\u00e9gale et des dividendes vers\u00e9s aux actionnaires, des r\u00e9serves exceptionnelles non-limit\u00e9es pour faciliter les investissements futurs\u00a0\u00bb, r\u00e9sume Charles Guerrin.<\/p>\n<p>Ce choix est approuv\u00e9 par les coop\u00e9rateurs, le 14 juin 1954, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 moins dix abstentions.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Cette d\u00e9cision n\u2019a pas eu d\u2019effet imm\u00e9diat, pr\u00e9cise Andr\u00e9 Corral, ancien membre du bureau de la coop\u00e9rative. Mais au fil des ans, les sommes mises en r\u00e9serve n\u2019ont cess\u00e9 de cro\u00eetre, r\u00e9duisant d\u2019autant les fonds distribu\u00e9s au personnel.\u2005Cela a permis de financer les investissements massifs des ann\u00e9es soixante et soixante-dix (murs, rotatives, informatique&#8230;) sans le moindre endettement, mais en siphonnant l\u2019argent qui revenait aux salari\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En 1979, apr\u00e8s cinq ans d\u2019un chantier pharaonique pour construire le nouveau si\u00e8ge du journal \u00e0 l\u2019ouest de Nice, les b\u00e9n\u00e9fices sont r\u00e9duits \u00e0 la portion congrue (5). Ils reprennent de la vigueur au fil des ann\u00e9es quatre-vingt, sans atteindre les sommets des premi\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Cette entreprise \u00e9tait la n\u00f4tre\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Au-del\u00e0 de la question financi\u00e8re, la Coop\u00e9\u2019 suscitait un \u00e9tat d\u2019esprit particulier au sein du journal, t\u00e9moigne Charles Guerrin. Nous n\u2019\u00e9tions pas seulement des \u2018\u2018employ\u00e9s\u2019\u2019 ; quelque part, cette entreprise \u00e9tait aussi la n\u00f4tre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ceci explique qu\u2019apr\u00e8s la fin de l\u2019\u00e8re Bavastro, en 1998, la proposition du Groupe Hachette de racheter leurs droits aux coop\u00e9rateurs contre une somme importante \u2013 l\u2019\u00e9quivalent de six mois de salaire \u2013 ait \u00e9t\u00e9 repouss\u00e9e avec d\u00e9dain, alors que le partage des b\u00e9n\u00e9fices n\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 plus qu\u2019un souvenir.<\/p>\n<p>Ceci \u00e9claire la fronde imm\u00e9diate, visc\u00e9rale, qui a embras\u00e9 Nice-Matin en 2010, lorsqu\u2019un actionnaire surendett\u00e9 \u2013 le Groupe Hersant Media \u2013 a pr\u00e9tendu vendre le si\u00e8ge de la soci\u00e9t\u00e9 pour renflouer ses propres caisses.<\/p>\n<p>Cela permet aussi de comprendre pourquoi le projet de Soci\u00e9t\u00e9 coop\u00e9rative d\u2019int\u00e9r\u00eat collectif (Scic), mont\u00e9 par les salari\u00e9s en 2014 pour racheter leur propre journal, a paru couler de source\u2005: cette initiative \u00e9tait en coh\u00e9rence avec l\u2019histoire.<\/p>\n<p>C\u2019est la Scic, cependant, qui a sign\u00e9 l\u2019arr\u00eat de mort de la Sapo\u2026 avant que le rachat du Groupe Nice-Matin par Xavier Niel, en f\u00e9vrier 2020, ne mette un point final \u00e0 cette aventure participative, exceptionnelle autant par sa dur\u00e9e que par l\u2019engagement de ses acteurs.<\/p>\n<p>1. Le Parti socialiste &#8211; Section fran\u00e7aise de l\u2019Internationale ouvri\u00e8re (SFIO) existe sous ce nom de 1905 \u00e0 1969.<br \/>&#13;<br \/>\n2. Maire de Nice de 1945 \u00e0 1947.<br \/>&#13;<br \/>\n3. B\u00e9n\u00e9fices vers\u00e9s \u00ab\u2005apr\u00e8s les pr\u00e9l\u00e8vements du fonds de r\u00e9serve prescrit par la loi et des dividendes aux actionnaires\u2005\u00bb.<br \/>&#13;<br \/>\n4. 145\u2005000 anciens francs de 1954 \u00e9quivalent \u00e0 3\u2005773\u2005euros de 2024.<br \/>&#13;<br \/>\n5. Ils ne s\u2019\u00e9levaient qu\u2019\u00e0 500\u2005francs par collaborateur (313\u2005euros de 2024).<\/p>\n<p>              <img ci-src=\"https:\/\/www.nicematin.com\/histoire\/Coop%C3%A9%202-ZF8nVyix.jpg?ci_seal=d282819e2c\" alt=\"\"\/><br \/>\n        En 1994, lors des c\u00e9l\u00e9brations officielles des \u00ab\u00a050 ans\u00a0\u00bb de \u2018\u2018Nice-Matin\u2019\u2019, Charles Guerrin \u2013 premier \u00e0 gauche \u2013 si\u00e8ge \u00e0 la tribune officielle en tant que secr\u00e9taire du bureau de la coop\u00e9rative de main-d\u2019\u0153uvre. <strong> Photo archives N.-M..<\/strong> <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Le paradoxe est d\u00e9routant\u2005: pourquoi Nice-Matin, organe de presse longtemps \u00e9tiquet\u00e9 \u00e0 droite, a-t-il prosp\u00e9r\u00e9 pendant pr\u00e8s de&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":387430,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2819],"tags":[1111,11,251,1777,674,1011,27,937,500,12,2401,882,25],"class_list":{"0":"post-387429","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-nice","8":"tag-actu","9":"tag-actualites","10":"tag-culture","11":"tag-eu","12":"tag-europe","13":"tag-fr","14":"tag-france","15":"tag-histoire","16":"tag-medias","17":"tag-news","18":"tag-nice","19":"tag-provence-alpes-cote-dazur","20":"tag-republique-francaise"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/115196119325613224","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/387429","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=387429"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/387429\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/387430"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=387429"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=387429"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=387429"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}