{"id":388811,"date":"2025-09-13T21:57:24","date_gmt":"2025-09-13T21:57:24","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/388811\/"},"modified":"2025-09-13T21:57:24","modified_gmt":"2025-09-13T21:57:24","slug":"les-archives-du-siecle-romantique-94-lancetre-de-camille-saint-saens-a-lopera-comique-commentee-par-camille-bellaigue-revue-des-deux-mondes-14-fevrier-1911","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/388811\/","title":{"rendered":"Les Archives du Si\u00e8cle Romantique (94) \u2013 L\u2019Anc\u00eatre de Camille Saint-Sa\u00ebns \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra-Comique comment\u00e9e par Camille Bellaigue (Revue des deux mondes, 14 f\u00e9vrier 1911)"},"content":{"rendered":"<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<br \/>\nLongtemps Camille Saint-Sa\u00ebns compositeur lyrique n\u2019aura \u00e9t\u00e9 que \u00ab\u00a0l\u2019auteur de Samson et Dalila\u00a0\u00bb &#8230; Jusqu\u2019\u00e0 ce que, il y a une douzaine d\u2019ann\u00e9es, le Palazzetto Bru Zane ne se lance dans l\u2019exploration int\u00e9grale d\u2019un pan aussi essentiel que m\u00e9connu de la production du Fran\u00e7ais. Et Les Barbares, Le Timbre d\u2019argent, La Princesse jaune, Phryn\u00e9, D\u00e9janire de r\u00e9v\u00e9ler l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre leurs beaut\u00e9s &#8230; La d\u00e9couverte se poursuit avec L\u2019Anc\u00eatre, ouvrage de 1905, dont nous vous avions annonc\u00e9 la recr\u00e9ation \u00e0 Monte-Carlo le 6 octobre 2024 par le biais du n\u00b0\u00a085 des Archives du Si\u00e8cle Romantique \u2013\u00a0l\u2019\u00e9cho de la premi\u00e8re de l\u2019ouvrage sur le Rocher, le 24 f\u00e9vrier 1906, sous la plume de Gabriel Faur\u00e9 (1).<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" typeof=\"foaf:Image\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/bz_ss_350_-physical-front-658x1024.jpg\" width=\"225\" height=\"350\" alt=\"\"\/><\/p>\n<p>\u00a0<br \/>L\u2019Anc\u00eatre\u00a0: le titre peut de prime abord sembler bien sage, sinon un tantinet poussi\u00e9reux. Se m\u00e9fier des apparences &#8230; Dans son compte-rendu de la version de concert mon\u00e9gasque (2), Laurent Bury vous avait dit l\u2019incroyable force dramatique, l\u2019originalit\u00e9 et les audaces de l\u2019avant-dernier l\u2019op\u00e9ra de Saint-Sa\u00ebns, comme l\u2019exceptionnel niveau de l\u2019\u00e9quipe r\u00e9unie pour sa renaissance sur les lieux de sa premi\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<br \/><strong>Un premier enregistrement mondial \u00e0 ne pas manquer\u00a0!<\/strong><\/p>\n<p>\n\u00a0<\/p>\n<p>On br\u00fblait d\u2019impatience de d\u00e9couvrir de l\u2019enregistrement r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 cette occasion. Il est disponible, luxueusement pr\u00e9sent\u00e9 dans la collection Op\u00e9ra fran\u00e7ais du PBZ (3) et le r\u00e9sultat s\u2019av\u00e8re pleinement \u00e0 la hauteur des attentes\u00a0; une version formidablement men\u00e9e par la baguette du directeur musical de l\u2019Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo\u00a0: Kazuki Yamada.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" typeof=\"foaf:Image\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/kazuki-yamada_c_sasha-gusov-opmc-2.jpg\" width=\"400\" height=\"250\" alt=\"\" title=\"\u00a9 Sasha Gusov - OPMC\"\/><\/p>\n<p> Kazuki Yamada \u00a9 Sasha Gusov &#8211; OPMC<\/p>\n<p>\nDrame lyrique en trois actes sur un livret de Lucien Aug\u00e9 de Lassus, L\u2019Anc\u00eatre\u00a0conte une histoire de vendetta en Corse sous l&rsquo;Empire et a trouv\u00e9 en Jennifer Holloway, Ga\u00eblle Arquez, H\u00e9l\u00e8ne Carpentier, Julien Henric, Michael Arvony, Matthieu L\u00e9croart, Yui Yoishini et le Ch\u0153ur Philharmonique de Tokyo (d\u2019une qualit\u00e9 de diction \u00e9patante\u00a0!) des interpr\u00e8tes aussi engag\u00e9s que cr\u00e9dibles. Un premier enregistrement mondial \u00e0 ne pas manquer\u00a0!<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" typeof=\"foaf:Image\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/bellaigue_250_comoedia_15-08_30_gallica_bnf.jpg\" width=\"250\" height=\"350\" alt=\"\" title=\"Comoedia 15 08 1930 - Gallica Bnf\"\/><\/p>\n<p> Camille Bellaigue\u00a0(1858-1930) &#8211; Com\u0153dia 15 08 1930 \u00a9 Gallica &#8211; BnF<\/p>\n<p>\nQuant aux Archives du Si\u00e8cle Romantique, elles profitent de cette sortie pour consacrer leur n\u00b0 94\u00a0au commentaire que Camille Bellaigue, cinq ans apr\u00e8s la cr\u00e9ation mon\u00e9gasque, livra dans la Revue des Deux Mondes (\u00e0 laquelle il collaborait depuis 1885) \u00e0 la suite de la reprise parisienne de l\u2019ouvrage sur la sc\u00e8ne de l\u2019Op\u00e9ra-Comique.<br \/>Gr\u00e2ce au Palazzetto Bru Zane et aux forces r\u00e9unies \u00e0 Monte-Carlo, L\u2019Anc\u00eatre a repris vie. Il lui reste maintenant \u00e0 trouver un directeur d\u2019op\u00e9ra pr\u00eat \u00e0 se lancer dans l\u2019aventure d\u2019une version sc\u00e9nique &#8230;<\/p>\n<p>\u00a0<br \/><strong>Alain Cochard<\/strong><\/p>\n<p>\n\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" typeof=\"foaf:Image\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/jennifer_holloway_c_simon_pauly.jpg\" width=\"400\" height=\"250\" alt=\"\" title=\"\u00a9 Simon Pauly\"\/><\/p>\n<p> Jennifer Holloway, interpr\u00e8te de Nunciata en octobre 2024 \u00e0 Monte-Carlo \u00a9 Simon Pauly<\/p>\n<p>\u00a0<br \/>\n\u00a0<br \/>\n<strong>L\u2019Anc\u00eatre \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra-Comique de Paris, par Camille Bellaigue &#8211; Revue des deux mondes, 14 f\u00e9vrier 1911<\/strong><br \/>\n\u00a0<br \/>\n\u00a0<br \/>\nL\u2019Anc\u00eatre, de M.\u00a0Saint-Sa\u00ebns, comme le Don Quichotte de M.\u00a0Massenet, appartient au r\u00e9pertoire mon\u00e9gasque, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la s\u00e9rie des op\u00e9ras compos\u00e9s par nos grands musiciens pour le th\u00e9\u00e2tre du petit \u00c9tat. \u00ab\u00a0Monaco,\u00a0\u00bb nous apprenait-on nagu\u00e8re, au coll\u00e8ge, \u00ab\u00a0colonie ph\u00e9nicienne, ainsi nomm\u00e9e de l\u2019un des noms d\u2019Hercule, \u039c\u03bf\u03bd\u03bf\u1fd6\u03f0\u03bf\u03c2, qui n\u2019a qu\u2019une demeure.\u00a0\u00bb Tout de m\u00eame, il doit y en avoir plus d\u2019une en la noble maison. L\u2019Anc\u00eatre est sup\u00e9rieur \u00e0 Don Quichotte, et d\u2019un \u00e9tage, ou d\u2019un \u00e9tage plus haut.<br \/>\nLe drame de M.\u00a0Aug\u00e9 de Lassus a pour sujet, \u2013 et, se passant en Corse, pour sujet in\u00e9vitable, \u2013 une vendetta, laquelle manque son but, ou son coup, par suite de la fatigue visuelle de la vengeresse. Nous nous expliquerons \u00e0 la fin sur ce point particulier et capital, Mais d\u2019abord, en d\u2019autres termes, un peu moins ramass\u00e9s, voici l\u2019histoire.<\/p>\n<p>\u00a0<br \/><strong>Mortels ennemis<\/strong><\/p>\n<p>\u00a0<br \/>Un jeune officier du premier Empire, Tebaldo Pietranera, vient, entre deux campagnes, revoir son \u00eele natale. Il y retrouve, \u00e9galement fid\u00e8les, ses amiti\u00e9s, ses amours et ses haines. D\u2019abord un brave homme d\u2019ermite, le P\u00e8re Rapha\u00ebl, autrefois un peu gardien de son enfance\u00a0; puis la douce Margarita, le r\u00eave et l\u2019espoir de sa jeunesse\u00a0; enfin la famille des Fabiani, mortels ennemis de sa propre famille, et dont Margarita, par malheur, est quelque chose comme la fille adoptive. Entre l\u2019une et l\u2019autre gens il y a du sang, par l\u2019une et l\u2019autre r\u00e9pandu. Le saint ermite se propose d\u2019en effacer la derni\u00e8re trace et, nouveau fr\u00e8re Laurent, de r\u00e9concilier sous sa main b\u00e9nissante les Capulets et les Montaigus du maquis. Tous ils vont consentir au pardon r\u00e9ciproque\u00a0; seule une vieille a\u00efeule des Fabiani, Nunciata, \u00ab\u00a0l\u2019anc\u00eatre,\u00a0\u00bb \u2013 j\u2019aimerais mieux \u00ab\u00a0l\u2019a\u00efeule,\u00a0\u00bb \u2013 pleurant toujours un fils tu\u00e9 nagu\u00e8re, s\u2019y refuse et rallume des deux c\u00f4t\u00e9s l\u2019homicide<br \/>fureur.<\/p>\n<p>\n\u00a0<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" typeof=\"foaf:Image\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/oc_500_l-ancetre-a-l-opera-comique._musica_mars_1911_bibl._cons_de_geneve.jpg\" width=\"400\" height=\"500\" alt=\"\" title=\" Musica, Mars 1911 \u00a9 Biblioth\u00e8que du Conservatoire de Gen\u00e8ve\"\/><\/p>\n<p>Musica, Mars 1911 \u00a9 Biblioth\u00e8que du Conservatoire de Gen\u00e8ve<\/p>\n<p>\n\u00a0<br \/><strong>Erreur de tir<\/strong><\/p>\n<p>\u00a0<br \/>Celle-ci fait bient\u00f4t une victime nouvelle. Attir\u00e9 dans un guet-apens, Tebaldo, pour se d\u00e9fendre, frappe son agresseur, le petit-fils de Nunciata. Maintenant, deux fois vengeresse, c\u2019est \u00e0 sa petite-fille, \u00e0 la s\u0153ur du d\u00e9funt, Vanina, que la m\u00e8re et grand\u2019m\u00e8re imposera le devoir des doubles repr\u00e9sailles. Un vieux serviteur arme de son fusil le bras de sa jeune ma\u00eetresse. Mais, apprenant le nom du meurtrier, Vanina pense mourir, car, en secret, elle l\u2019aime.<br \/>Elle le cherche pourtant, et l\u2019\u00e9pie, d\u00e9faillante. Sur le seuil d\u2019une chapelle o\u00f9 tout \u00e0 l\u2019heure il est entr\u00e9, sa main a d\u00e9pos\u00e9 son arme. Soudain sa main la ressaisit. L\u2019a\u00efeule est survenue, conseill\u00e8re implacable\u00a0; et puis, et surtout, deux voix ont parl\u00e9 dans la chapelle, celle de Tebaldo et celle de Margarita, \u00e9changeant devant l\u2019ermite les sermens d\u2019un amour que la malheureuse ignorait. Tous les deux, enlac\u00e9s, ils sortent, passent devant elle, et, d\u00e9cid\u00e9ment in\u00e9gale \u00e0 son horrible t\u00e2che, elle les laisse passer, et s\u2019enfuit. La vieille alors, indign\u00e9e et m\u00e9prisante, ramasse le fusil et pareille \u00e0 l\u2019une de ces Erinnyes, \u00e0 l\u2019une de ces \u00ab\u00a0chiennes\u00a0\u00bb que nous montre Eschyle, elle suit pas \u00e0 pas la trace maudite. Bient\u00f4t retentit un coup de feu\u2026 Ce n\u2019est pas Tebaldo qu\u2019il a frapp\u00e9 \u00e0 mort, c\u2019est Vanina.<br \/>\u00a0<br \/>Mais la cause, la cause d\u2019une aussi d\u00e9plorable erreur de tir\u00a0? Les mauvais yeux de la terrible m\u00e8re-grand. Ils avaient, parait-il, \u00e9t\u00e9 mentionn\u00e9s ant\u00e9rieurement. Que voulez-vous ! Depuis que chanteurs et chanteuses parlent plut\u00f4t qu\u2019ils ne chantent, on entend moins que jamais ce qu\u2019ils disent. Alors nous ne savions pas\u2026 Et c\u2019est pourquoi tout d\u2019abord nous ne voyons pas tr\u00e8s clair, nous non plus, dans ce d\u00e9nouement impr\u00e9vu. Il nous fait penser, r\u00e9v\u00e9rence gard\u00e9e, au postulat de l\u2019\u0152il crev\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Quand je tire, je n\u2019ai pas besoin de viser,\u00a0\u00bb disait \u2013 \u00e0 peu pr\u00e8s \u2013 un archer. Et la princesse, plac\u00e9e derri\u00e8re lui, recevait la fl\u00e8che dans l\u2019\u0153il. Sans compter que, m\u00eame expliqu\u00e9e, l\u2019erreur ne fait pas compte. La petite-fille, au lieu du meurtrier du petit-fils\u00a0! Il y a maldonne. Tout est \u00e0 recommencer. Esp\u00e9rons que Tebaldo, son cong\u00e9 fini, tombera dans quelque bataille. Par l\u00e0, dans la mesure du possible, les choses seront enfin r\u00e9tablies, ou r\u00e9par\u00e9es.<\/p>\n<p>\u00a0<br \/><strong>Quelle assurance et quel aplomb\u00a0!<\/strong><\/p>\n<p>\u00a0<br \/>L\u2019adage du fabuliste\u00a0: \u00ab\u00a0Tout \u00e9tablissement vient tard et dure peu,\u00a0\u00bb n\u2019est pas vrai de l\u2019auteur de l\u2019Anc\u00eatre (nous parlons maintenant du musicien) et de son \u0153uvre en g\u00e9n\u00e9ral. \u00c9tablie tout de suite, il y a d\u00e9j\u00e0 longtemps, cette \u0153uvre dure encore aujourd\u2019hui. C\u2019est qu\u2019elle est fond\u00e9e sur des bases solides, classiques, au sens du mot le plus simple et le plus fort. La musique de M.\u00a0Saint-Sa\u00ebns assur\u00e9ment s\u2019est \u00e9lev\u00e9e plus haut, \u00e9tendue plus loin nagu\u00e8re. Mais quelle assurance et quel aplomb, quelle tenue et quel style elle garde toujours\u00a0! Quelle s\u00e9curit\u00e9 d\u2019abord, \u2013 oui, tout d\u2019abord, \u2013 elle nous inspire\u00a0! D\u00e8s les premi\u00e8res mesures de l\u2019Anc\u00eatre, sans h\u00e9siter, sans t\u00e2tonner, elle commence. Ayant quelque chose \u00e0 dire, elle le dit\u00a0; elle s\u2019\u00e9nonce, elle s\u2019ordonne, elle s\u2019organise aussit\u00f4t, et cette franchise, cette d\u00e9cision, cette promptitude, encore une fois tout cela n\u2019appartient qu\u2019aux ma\u00eetres, artistes ou \u00e9crivains, que nous appelons classiques. \u00c0 cet \u00e9gard-l\u00e0, comme d\u00e9but et comme d\u00e9part, comme p\u00e9riode compos\u00e9e et construite, la premi\u00e8re page de l\u2019Anc\u00eatre pourrait servir d\u00e9j\u00e0 d\u2019exemple et de le\u00e7on. Th\u00e8mes et timbres, dessin et couleur, tout y est pr\u00e9cis et vigoureux.<br \/>Mainte fois, \u00e9coutant l\u2019orchestre de M.\u00a0Saint-Sa\u00ebns, il nous souvient de cette question ing\u00e9nue qu\u2019adressait nagu\u00e8re un des v\u00e9t\u00e9rans de la critique musicale \u00e0 l\u2019un des nouveaux, des plus nouveaux, qui s\u2019en effara\u00a0: \u00ab\u00a0Pourriez-vous me dire en quel ton l\u2019\u00e9cole moderne \u00e9crit pour le quatuor\u00a0?\u00a0\u00bb En tous les tons, M.\u00a0Saint-Sa\u00ebns \u00e9crit avec la m\u00eame complaisance et la m\u00eame perfection pour ce groupe fondamental de l\u2019orchestre o\u00f9 sa musique s\u2019appuie.<\/p>\n<p>\n\u00a0<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" typeof=\"foaf:Image\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/ab_1902_09_27_saint_saens_c_gallica._assiette_au_beurre_1902_gallica_bnf.jpg\" width=\"431\" height=\"580\" alt=\"\" title=\"Camille Saint-Sa\u00ebns dans L'Assiette au beurre 1902 \u00a9  Gallica-BnF\"\/><\/p>\n<p>Camille Saint-Sa\u00ebns dans L&rsquo;Assiette au beurre\u00a0 (27 sept. 1902) \u00a9\u00a0 Gallica-BnF<\/p>\n<p>\u00a0<br \/><strong>Une po\u00e9sie pleine de sant\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>\u00a0<br \/>Le premier acte de l\u2019Anc\u00eatre commence par un \u00e9pisode assez franciscain, hom\u00e9lie du P\u00e8re Rapha\u00ebl \u00e0 ses abeilles. La musique en est bruissante et l\u00e9g\u00e8re, ainsi qu\u2019il convient, d\u2019ailleurs beaucoup moins pareille qu\u2019on ne l\u2019a dit \u00e0 celle du Waldweben de Siegfried. Mille atomes dansent et vibrent dans le rayon sonore, y forment un monde d\u2019harmonies \u00e0 tout instant renouvel\u00e9. Mais des notes plus stables et plus graves, notes de la voix, autres notes de l\u2019orchestre, sont l\u00e0 pour assurer, soutenir cet univers changeant et m\u00ealer en nous, de la fa\u00e7on la plus heureuse, la sensation de la consistance \u00e0 celle de la fluidit\u00e9. Po\u00e9sie de la for\u00eat, po\u00e9sie de la niche, et du miel, et des ailes\u00a0; mais, comme disait un jour Henri Heine et justement \u00e0 propos d\u2019un de nos vieux musiciens, po\u00e9sie \u00e0 la fran\u00e7aise, sans morbidezza, po\u00e9sie jouissant d\u2019une bonne sant\u00e9.<\/p>\n<p>\u00a0<br \/><strong>De la musique, et de la meilleure<\/strong><\/p>\n<p>\u00a0<br \/>De m\u00eame le monologue de l\u2019ermite aviculteur, Arist\u00e9e monacal, peut bien n\u2019avoir plus rien d\u2019un \u00ab\u00a0air\u00a0\u00bb \u00e0 la vieille mode. La phrase musicale s\u2019y d\u00e9veloppe sans reprise ni retour. Elle y ob\u00e9it pourtant aux principes, \u00e0 l\u2019ordre myst\u00e9rieux de cette discipline \u00e9ternelle, qui survit \u00e0 l\u2019ancienne loi. De la musique, il y a beaucoup de musique, dans le premier acte de l\u2019Anc\u00eatre\u00a0: voire de la musique militaire, et de la meilleure. Saccad\u00e9s, point\u00e9s et piqu\u00e9s autant que ceux de l\u2019ermite \u00e9taient unis et comme \u00e9tal\u00e9s, les discours du petit soldat ont de la jeunesse, de la d\u00e9sinvolture et de la cr\u00e2nerie. La Marseillaise y est ins\u00e9r\u00e9e en passant, et comme au vol, de vive et spirituelle fa\u00e7on. M.\u00a0Saint-Sa\u00ebns n\u2019est jamais \u00e0 court de rien, m\u00eame d\u2019esprit. Il ne craint pas le badinage et la malice\u00a0: t\u00e9moin le\u00a0duetto\u00a0(souvenirs d\u2019enfance et promesses d\u2019amour) entre le jeune guerrier et sa payse. Nous avons ici l\u2019une des pages, assez nombreuses dans l\u2019\u0153uvre de l\u2019artiste, o\u00f9, le grand musicien, avec une sorte de coquetterie ironique, semble se plaire \u00e0 c\u00f4toyer la banalit\u00e9, celle au moins de la m\u00e9lodie. Mais il y \u00e9chappe aussit\u00f4t, soit par un ing\u00e9nieux d\u00e9tour de la m\u00e9lodie elle-m\u00eame, soit, comme ici, par l\u2019agr\u00e9ment d\u2019un rythme, d\u2019une harmonie, d\u2019un timbre qui vient, \u00e0 l\u2019improviste, la relever.<\/p>\n<p>\n\u00a0<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" typeof=\"foaf:Image\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/400_ancetre_couv_durand_1906_gallica_bnf.jpg\" width=\"300\" height=\"400\" alt=\"\" title=\"Couverture de la partition de L'Anc\u00eatre (\u00e9d. Durand 1906) \u00a9 Gallica- BnF\"\/><\/p>\n<p>Couverture de la partition de L&rsquo;Anc\u00eatre (\u00e9d. Durand 1906) \u00a9 Gallica- BnF<\/p>\n<p>\n<strong>Quand s\u2019esquisse une v\u00e9ritable symphonie<\/strong><\/p>\n<p>\u00a0<br \/>Musique de th\u00e9\u00e2tre, la musique de ce premier acte ne laisse pas d\u2019avoir aussi l\u2019int\u00e9r\u00eat en quelque sorte sp\u00e9cifique de la musique pure. Int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur, auquel il ne nous d\u00e9pla\u00eet pas de voir sacrifier de temps en temps l\u2019action elle-m\u00eame. Ces retards heureux nous valent une belle pri\u00e8re (pour solo et ch\u0153ur), \u00e0 demi d\u00e9clam\u00e9e et m\u00e9lodique \u00e0 demi, avec le mot\u00a0: Seigneur\u00a0! retombant trois fois sur de nobles accords. Ceux d\u2019entre nous qui demandent trop aux livrets en g\u00e9n\u00e9ral ont fort malmen\u00e9 celui de M.\u00a0Aug\u00e9 de Lassus. Ayons moins de rigueur, ou plus d\u2019indiff\u00e9rence, puisqu\u2019il suffit \u00e0 M.\u00a0Saint-Sa\u00ebns d\u2019un mouvement de sc\u00e8ne quelconque, de deux groupes de choristes, Pietranera et Fabiani, entrant chacun d\u2019un c\u00f4t\u00e9, pour esquisser, instrumentale et chantante, une v\u00e9ritable symphonie. \u00ab\u00a0Tu fais cela, musique\u00a0!\u00a0\u00bb chantait le pauvre Bordes sur des vers de Shakespeare, en un d\u00e9licieux madrigal \u00e0 la gloire de son art bien-aim\u00e9.<\/p>\n<p>\u00a0<br \/><strong>Le Leitmotif en fond de tableau<\/strong><\/p>\n<p>\u00a0<br \/>Dans les deux actes suivants de l\u2019Anc\u00eatre, la musique a fait encore d\u2019autres choses, de moindre importance. Pour des raisons diverses, d\u2019ordre r\u00e9citatif, lyrique, choral, ce n\u2019est point une chose \u00e0 d\u00e9daigner que le vocero de la grand\u2019m\u00e8re. Et le musicien de l\u2019Anc\u00eatre, apr\u00e8s celui d\u2019Henry\u00a0VIII, apr\u00e8s celui de Proserpine, a voulu terminer son \u0153uvre par un ensemble dramatique et vocal. Il y a dans Fidelio un quatuor \u00ab\u00a0du pistolet.\u00a0\u00bb L\u2019Anc\u00eatre a son quatuor \u00ab\u00a0du fusil,\u00a0\u00bb qui ne porte pas aussi loin tout de m\u00eame. Un mot seulement sur ce dernier. M.\u00a0Saint-Sa\u00ebns \u00e9crivait r\u00e9cemment \u00e0 l\u2019un de ses admirateurs\u00a0: \u00ab\u00a0Dans toutes mes \u0153uvres th\u00e9\u00e2trales, j\u2019ai us\u00e9 largement du Leitmotif\u00a0; non par caprice, mais par principe\u00a0; seulement, tandis que Wagner le met au premier plan, j\u2019en fais le fond du tableau, laissant au premier plan la partie vocale, trait\u00e9e vocalement, autant que le permet la v\u00e9rit\u00e9 sc\u00e9nique. Dans Proserpine, notamment, ce syst\u00e8me est pouss\u00e9 \u00e0 l\u2019extr\u00eame.\u00a0\u00bb Et le ma\u00eetre, \u00e0 la fin de sa lettre, semblait regretter qu\u2019on n\u2019e\u00fbt point assez pris garde \u00e0 cela. Qu\u2019il se console. Le quatuor final de l\u2019Anc\u00eatre est fait avec le th\u00e8me, transform\u00e9 comme rythme, comme ton, comme accompagnement, du duetto d\u2019amour. Et nous savons un auditeur, au moins, qui s\u2019en est bien aper\u00e7u.<br \/>Rien \u00e0 dire des interpr\u00e8tes de\u00a0l\u2019Anc\u00eatre. Si, de l\u2019un d\u2019eux, beaucoup de mal, trop de mal. Silence\u00a0!<\/p>\n<p>\n\u00a0<br \/><strong>CAMILLE BELLAIGUE<\/strong><br \/>\u00a0<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" typeof=\"foaf:Image\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/logoccbreves_6.png\" width=\"80\" height=\"62\" alt=\"\"\/><\/p>\n<p>\n\u00a0(NB les intertitres ne figurent pas dans l\u2019article original)<br \/>\u00a0<br \/>\u00a0<br \/>\u00a0<br \/>(1)\u00a0<a href=\"https:\/\/www.concertclassic.com\/article\/les-archives-du-siecle-romantique-85-gabriel-faure-temoin-de-la-creation-de-lancetre-de\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">www.concertclassic.com\/article\/les-archives-du-siecle-romantique-85-gabriel-faure-temoin-de-la-creation-de-lancetre-de<\/a><a href=\"http:\/\/www.concertclassic.com\/article\/les-archives-du-siecle-romantique-85-gabriel-faure-temoin-de-la-creation-de-lancetre-de\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\">\u00a0<\/a><\/p>\n<p>(2)\u00a0<a href=\"https:\/\/www.concertclassic.com\/article\/lancetre-de-saint-saens-monte-carlo-les-bons-princes-font-les-bons-amis-compte-rendu\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">www.concertclassic.com\/article\/lancetre-de-saint-saens-monte-carlo-les-bons-princes-font-les-bons-amis-compte-rendu<\/a><a href=\"http:\/\/www.concertclassic.com\/article\/lancetre-de-saint-saens-monte-carlo-les-bons-princes-font-les-bons-amis-compte-rendu\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\">\u00a0<\/a><\/p>\n<p>(3) 2CD PBZ\/\u00adOp\u00e9ra fran\u00e7ais (n\u00b044) \/\/ <a href=\"http:\/\/bru-zane.com\/fr\/pubblicazione\/lancetre\/#\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\">bru-zane.com\/fr\/pubblicazione\/lancetre\/#<\/a><\/p>\n<p>Illustration :\u00a0Camille Saint-Sa\u00ebns dans\u00a0L&rsquo;Assiette au beurre\u00a0 (27 sept. 1902) \u00a9\u00a0 Gallica-BnF (d\u00e9tail)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"\u00a0 \u00a0 \u00a0 Longtemps Camille Saint-Sa\u00ebns compositeur lyrique n\u2019aura \u00e9t\u00e9 que \u00ab\u00a0l\u2019auteur de Samson et Dalila\u00a0\u00bb &#8230; Jusqu\u2019\u00e0&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":388812,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1888],"tags":[11,1777,674,1011,27,12,626,25],"class_list":{"0":"post-388811","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-paris","8":"tag-actualites","9":"tag-eu","10":"tag-europe","11":"tag-fr","12":"tag-france","13":"tag-news","14":"tag-paris","15":"tag-republique-francaise"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/115199230107401346","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/388811","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=388811"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/388811\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/388812"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=388811"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=388811"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=388811"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}