{"id":397230,"date":"2025-09-17T10:19:12","date_gmt":"2025-09-17T10:19:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/397230\/"},"modified":"2025-09-17T10:19:12","modified_gmt":"2025-09-17T10:19:12","slug":"dans-lombre-des-fours-et-des-briques-les-souvenirs-des-ouvriers-des-tuileries-refont-surface-a-six-fours","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/397230\/","title":{"rendered":"Dans l\u2019ombre des fours et des briques, les souvenirs des ouvriers des tuileries refont surface \u00e0 Six-Fours"},"content":{"rendered":"<p>Savez-vous que la Coudouli\u00e8re fut, au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, l\u2019un des p\u00f4les industriels phares de la c\u00f4te varoise? Ses fours, ses briques et ses cargaisons export\u00e9es par tartanes faisaient vivre des centaines de familles six-fournaises.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, seule subsiste la maison du directeur devenue la Maison du Cygne.<\/p>\n<p><strong>De l\u2019artisanat \u00e0 l\u2019industrie<\/strong><\/p>\n<p>Si la tuilerie s\u2019est implant\u00e9e en ces lieux, ce n\u2019\u00e9tait pas un hasard. Le sous-sol abritait un riche gisement d\u2019argile de qualit\u00e9, les for\u00eats voisines fournissaient le bois pour alimenter les fours, et la pr\u00e9sence d\u2019une nappe phr\u00e9atique facilitait le fa\u00e7onnage de la terre.<\/p>\n<p>Au d\u00e9part, l\u2019exploitation restait artisanale et saisonni\u00e8re: en 1812, quatorze ouvriers n\u2019y travaillaient qu\u2019une centaine de jours par an.<\/p>\n<p>Mais le v\u00e9ritable essor intervient en 1900, lorsque l\u2019entrepreneur \u00c9tienne Boyer fonde une soci\u00e9t\u00e9 qui va transformer l\u2019activit\u00e9. Au d\u00e9but du si\u00e8cle, une seule ligne de fours permet d\u00e9j\u00e0 de produire pr\u00e8s de 45 tonnes de tuiles et de briques par jour.<\/p>\n<p>Les cargaisons partaient de Marseille pour rejoindre l\u2019Afrique du Nord et le Moyen-Orient. Dans les ann\u00e9es 1930, l\u2019usine atteint son apog\u00e9e: 320 ouvriers y sont employ\u00e9s et la production d\u00e9passe les 20.000 tonnes annuelles.<\/p>\n<p>Mais dans les ann\u00e9es 1960, les gisements s\u2019\u00e9puisent, les installations vieillissent et les co\u00fbts de production s\u2019envolent. En 1967, l\u2019usine ferme d\u00e9finitivement ses portes.<\/p>\n<p><strong>Rencontre avec un chercheur<\/strong><\/p>\n<p>Ce pass\u00e9, Claude Majastre s\u2019attache \u00e0 le faire revivre. Chercheur b\u00e9n\u00e9vole et membre de l\u2019association Les Amis du Patrimoine de Six-Fours et de ses environs, il animera samedi une visite guid\u00e9e sur place dans le cadre des Journ\u00e9es europ\u00e9ennes du patrimoine. \u00ab\u00a0Ce lieu n\u2019est pas seulement une usine disparue, souligne-t-il. C\u2019est une histoire sociale, ouvri\u00e8re, humaine. Derri\u00e8re les chiffres de production et les murs de briques, il y a des visages, des gestes, une communaut\u00e9 soud\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les visites donnent aussi la parole \u00e0 ceux qui ont grandi \u00e0 l\u2019ombre de l\u2019usine. Une ann\u00e9e, l\u2019un d\u2019eux se souvenait: \u00ab\u00a0\u00c0 l\u2019\u00e9poque, il y avait beaucoup de fatalisme, lorsqu\u2019on avait mal quelque part, on faisait avec et on retournait s\u2019ab\u00eemer le lendemain. Ma m\u00e8re avait toujours les mains douloureuses \u00e0 cause de la chaleur du four et de la fra\u00eecheur du reste des locaux car bon nombre de vitres \u00e9taient bris\u00e9es. Elle se frottait constamment les mains. Je me souviens des caresses de ma m\u00e8re sur mon visage qui me faisaient toujours mal. Et lorsqu\u2019elle nous embrassait le matin, elle avait d\u00e9j\u00e0 l\u2019odeur de la tuile et de la sueur. Le labeur \u00e9tait extr\u00eamement difficile pour nos a\u00een\u00e9s, mais il y avait une solidarit\u00e9 incroyable entre eux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Difficiles conditions de travail<\/strong><\/p>\n<p>Avant de s\u2019\u00e9teindre, Fernande Tornato, ancienne employ\u00e9e des tuileries, s\u2019\u00e9tait confi\u00e9e sur les conditions de travail aux Amis du patrimoine. Ils ont retranscrit ses dires dans leur ouvrage Cahier du patrimoine ouest varois n\u00b011.<\/p>\n<p>Voici ses mots: \u00ab\u00a0La tuilerie \u00e9tait la seule activit\u00e9 qui embauchait. Ce n\u2019\u00e9tait pas difficile, quelqu\u2019un qui ne travaillait pas bien \u00e0 l\u2019\u00e9cole allait \u00e0 l\u2019usine. La loi disait qu\u2019\u00e0 14 ans, on pouvait y travailler. Les jeunes allaient en bas commencer \u00e0 \u00ab percer\u00a0\u00bb puis \u00e0 \u00ab\u00a0brouetter\u00a0\u00bb. Beaucoup de femmes partaient ensuite se marier. Nous sommes quatre \u00e0 \u00eatre rest\u00e9es pendant 23 &#8211; 24 ans. Les autres sont rest\u00e9es 3, 12 ou 15 ans. Maintenant, on dit que ce n\u2019est pas un travail de femmes mais c\u2019\u00e9tait vraiment un travail de for\u00e7at que l\u2019on faisait&#8230; La poussi\u00e8re, c\u2019\u00e9tait notre \u00e9l\u00e9ment. Il fallait travailler en espadrilles car on ne pouvait pas supporter autre chose aux pieds\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Pratique<\/p>\n<p>Maison du Cygne, ce samedi de 14h30 \u00e0 17h. La rencontre d\u00e9butera par la projection d\u2019un diaporama.<\/p>\n<p>            Souvenirs d\u2019une m\u00e8re ouvri\u00e8re<\/p>\n<p>\u00c0 quelques pas de l\u2019ancienne usine des tuileries de Romain Boyer, Josyane Tornato veille \u00e0 ne pas laisser s\u2019effacer l\u2019histoire. Fille d\u2019ouvri\u00e8re, elle a grandi au rythme des fours et du labeur de sa m\u00e8re. Aujourd\u2019hui, elle a cr\u00e9\u00e9 un collectif qui r\u00e9unit chaque ann\u00e9e les enfants d\u2019anciens employ\u00e9s dans les bois de la Coudouli\u00e8re. \u00ab\u00a0C\u2019est tout un pan de l\u2019histoire locale qui dispara\u00eetrait si on n\u2019y prend pas garde. J\u2019aime me souvenir de ma m\u00e8re, raconter son histoire, apprendre de nouvelles choses sur elle.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Sa m\u00e8re, Fernande Tornato, d\u00e9c\u00e9d\u00e9e \u00e0 91 ans, incarne ce courage quotidien. Adolescente pendant la guerre, envoy\u00e9e au chantier naval de La Seyne, elle servait la soupe sous la surveillance des Allemands et cachait parfois du beurre dans ses poches pour nourrir les siens.<\/p>\n<p>\u00c0 17 ans, Fernande entre aux tuileries comme brouetteuse, puis d\u00e9rayonneuse. Elle d\u00e9bute \u00e0 6 h 30 le matin pour quitter son poste lorsqu\u2019elle a fini toutes ses t\u00e2ches en fin de matin\u00e9e. Elle ne s\u2019octroie alors qu\u2019une pause, vers les 8 h, pour rejoindre sa demeure d\u2019un pas rapide. \u00ab\u00a0Elle voulait s\u2019assurer tous les matins que, lorsque mon p\u00e8re nous emmenait \u00e0 l\u2019\u00e9cole, nous avions le ventre plein et que notre tenue \u00e9tait convenable (rires)\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le reste de la journ\u00e9e, Fernande prenait des cours de couture et finissait par se rendre aux champs pour cueillir les l\u00e9gumes du jour et s\u2019occuper de la terre. Josyane reprend: \u00ab\u00a0Ma m\u00e8re nous a toujours dit qu\u2019on s\u2019\u00e9tait faits seuls, mon fr\u00e8re et moi. Mais lorsque vous avez un mod\u00e8le comme elle&#8230; comment voulez-vous pousser autrement que comme il faut?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>              <img ci-src=\"https:\/\/www.varmatin.com\/vie-locale\/protec\/DATA_ART_16250080-hSXnaHvE.jpg?vh=3d57bf&amp;ci_seal=7de5c03929\" alt=\"\"\/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Savez-vous que la Coudouli\u00e8re fut, au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, l\u2019un des p\u00f4les industriels phares de la c\u00f4te&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":397231,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[9619],"tags":[1111,11,1777,674,1011,27,12,882,25,2310,3366],"class_list":{"0":"post-397230","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-toulon","8":"tag-actu","9":"tag-actualites","10":"tag-eu","11":"tag-europe","12":"tag-fr","13":"tag-france","14":"tag-news","15":"tag-provence-alpes-cote-dazur","16":"tag-republique-francaise","17":"tag-toulon","18":"tag-vie-locale"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/115219134214409460","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/397230","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=397230"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/397230\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/397231"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=397230"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=397230"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=397230"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}