{"id":404359,"date":"2025-09-20T08:04:10","date_gmt":"2025-09-20T08:04:10","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/404359\/"},"modified":"2025-09-20T08:04:10","modified_gmt":"2025-09-20T08:04:10","slug":"80-ans-de-nice-matin-raymond-comboul-le-cofondateur-discret","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/404359\/","title":{"rendered":"80 ans de \u00ab\u00a0Nice-Matin\u00a0\u00bb: Raymond Comboul, le cofondateur discret"},"content":{"rendered":"<p>La m\u00e9moire des hommes est parfois injustement s\u00e9lective. L\u2019itin\u00e9raire de Raymond Comboul m\u00e9rite mieux qu\u2019un paragraphe \u00e9tique dans les livres sur la R\u00e9sistance azur\u00e9enne.<\/p>\n<p>Le cofondateur de Nice-Matin na\u00eet \u00e0 Paris en 1900. \u00c0 17 ans, apr\u00e8s avoir v\u00e9cu plusieurs ann\u00e9es en Angleterre, il s\u2019engage pour rejoindre ses quatre fr\u00e8res au front. Il est rapidement promu sous-officier et s\u2019illustre sur le champ de bataille, lors de l\u2019offensive allemande de mars 1918, comme agent de liaison aupr\u00e8s des troupes du roi George V.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\u00c0 18 ans, titulaire de la croix de guerre et de la British Military Medal, il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 un h\u00e9ros de guerre, sourit son fils Michel Comboul. Il a surtout eu beaucoup de chance de revenir entier d\u2019un conflit o\u00f9, sur six morts, on comptait en moyenne un grad\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C\u2019est l\u2019homme que tu cherches\u2005!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>De retour \u00e0 la vie civile, il s\u2019oriente vers la presse. \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9lite avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9cim\u00e9e par la Grande Guerre\u2005; il y avait des places \u00e0 prendre, contextualise Michel Comboul. Vers 1930, il a notamment \u00e9t\u00e9 directeur d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 d\u2019une revue satirique, Cyrano. Puis il s\u2019est exil\u00e9 deux ans en Inde et au Vietnam. \u00c0 son retour, en 1934, il a pris la direction d\u2019une usine \u00e0 Nice\u2005: les p\u00e2tes industrielles C\u00e9r\u00e8s.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cinq ans plus tard, Comboul est de nouveau mobilis\u00e9. Officier de liaison aupr\u00e8s des troupes britanniques, il se bat en Belgique et \u00e0 Dunkerque. Le 17 juin 1940, l\u2019allocution radiophonique du Mar\u00e9chal P\u00e9tain \u2013 \u00ab\u00a0c\u2019est le c\u0153ur serr\u00e9 que je vous dis aujourd\u2019hui qu\u2019il faut cesser le combat\u00a0\u00bb \u2013 l\u2019an\u00e9antit. Il r\u00e9int\u00e8gre son usine, boulevard de l\u2019Imp\u00e9ratrice-de-Russie [aujourd\u2019hui boulevard Stalingrad, Ndlr], dans le quartier du port. \u00c9c\u0153ur\u00e9, mais aucunement r\u00e9sign\u00e9, il attend l\u2019occasion \u00ab\u00a0d\u2019\u00eatre utile\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Cette occasion se pr\u00e9sente d\u00e9but 1941. Claude Bourdet, futur cofondateur de L\u2019Observateur (1), dirige alors la section azur\u00e9enne du Mouvement de Lib\u00e9ration nationale. Install\u00e9 \u00e0 Vence, il cherche \u00e0 implanter son organisation \u00e0 Nice. Un ami l\u2019oriente vers Raymond Comboul\u2005: \u00ab\u00a0C\u2019est l\u2019homme que tu cherches\u2005!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il y a eu tout de suite un accord politique, raconta Bourdet bien plus tard (2). [Raymond] connaissait bien nos alli\u00e9s, et l\u2019aspect grotesque de la propagande anti-anglaise que nous assenait la presse \u2018\u2018mise au pas\u2019\u2019 et la radio de Vichy l\u2019indisposait profond\u00e9ment. [&#8230;] Il prenait \u00e0 leur juste valeur les billeves\u00e9es du nouveau r\u00e9gime sur \u2018\u2018Travail, Famille, Patrie\u2019\u2019 et sur l\u2019Europe de la collaboration. Pour lui, il n\u2019y avait pas d\u2019accord possible avec l\u2019hitl\u00e9risme. Il n\u2019avait pas la moindre confiance dans le \u2018\u2018double jeu\u2019\u2019 que les plus na\u00effs attribuaient au r\u00e9gime du Mar\u00e9chal.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Nulle complaisance<\/p>\n<p>Claude Bourdet, surtout, est s\u00e9duit par la personnalit\u00e9 de Raymond Comboul. \u00ab\u00a0Son caract\u00e8re transparaissait \u00e0 chaque phrase, \u00e0 chaque sourire ou clin d\u2019\u0153il\u2005; un m\u00e9lange de fermet\u00e9 et de scepticisme gentil, sans aigreur\u2005; la vivacit\u00e9 de l\u2019esprit, mais aucune trace de duret\u00e9 dans le jugement, confia-t-il. Il n\u2019avait nulle complaisance pour les vilenies, mais ne jetait pas, comme tant d\u2019autres, sur les hommes, l\u2019ostracisme d\u2019une \u00e9l\u00e9gante r\u00e9probation. Un humour extraordinaire et constant le rendait \u00e9tonnamment humain.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Bombard\u00e9 \u00ab\u00a0responsable de la ville de Nice et chef de l\u2019Arm\u00e9e Secr\u00e8te pour les Alpes-Maritimes\u00a0\u00bb, Comboul organise son r\u00e9seau pendant deux ans. D\u00e9but 1943, lorsque Combat, Lib\u00e9ration et Francs-Tireurs fusionnent, il devient tout naturellement le responsable azur\u00e9en des Mouvements Unis.<\/p>\n<p>En mai 1943, il est arr\u00eat\u00e9 par l\u2019OVRA (3), transport\u00e9 \u00e0 Cuneo par la fraction de l\u2019arm\u00e9e italienne fid\u00e8le \u00e0 l\u2019Axe et plac\u00e9 dans une prison contr\u00f4l\u00e9e par la Gestapo. Fin juin 1944, il s\u2019\u00e9vade, parvient \u00e0 rejoindre les maquis italiens de l\u2019Ubaye et reprend le combat.<\/p>\n<p>En ao\u00fbt, \u00e0 la lib\u00e9ration de Nice, il prend la direction du quotidien Combat de Nice et du Sud-Est qui s\u2019est install\u00e9 dans les locaux du Petit ni\u00e7ois. \u00ab\u00a0C\u2019est mon p\u00e8re qui a fait venir Michel Bavastro, pr\u00e9cise Michel Comboul. Il disait souvent qu\u2019il avait fait appel \u00e0 lui parce qu\u2019il \u00e9tait le seul qui savait compter\u2005!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Sans Comboul, il n\u2019y aurait jamais eu de Nice-Matin\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les deux hommes se compl\u00e8tent \u00e0 merveille. Apr\u00e8s que des tensions internes eurent provoqu\u00e9 la disparition de Combat en juillet 1945, ils participent ensemble \u00e0 la cr\u00e9ation de Nice-Matin. En 1949, lorsque Bavastro devient p.-d.g. du journal ni\u00e7ois, Comboul accepte la vice-pr\u00e9sidence. Un r\u00f4le qu\u2019il a assum\u00e9, avec \u00e9l\u00e9gance et discr\u00e9tion, jusqu\u2019\u00e0 son d\u00e9c\u00e8s le 7 octobre 1978.<\/p>\n<p>La long\u00e9vit\u00e9 du \u00ab\u00a0r\u00e8gne\u00a0\u00bb de Michel Bavastro \u00e0 la t\u00eate de Nice-Matin a partiellement occult\u00e9 l\u2019apport de Raymond Comboul. \u00ab\u00a0En 1944, pour avoir le droit d\u2019imprimer un journal, il fallait \u00eatre adoub\u00e9 par la R\u00e9sistance, rappelle Charles Guerrin, ancien journaliste et responsable juridique. Ce qui signifie que, sans le prestige et l\u2019aura de Comboul, il n\u2019y aurait jamais eu de Nice-Matin.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le 21 mai 1985, la Ville de Nice lui a rendu hommage en donnant son nom \u00e0 une avenue. Comme une invitation \u00e0 ne plus faire l\u2019impasse sur un parcours digne d\u2019un roman d\u2019aventures.<\/p>\n<p>1. Revue \u00e9conomique qui devient L\u2019Observateur Aujourd\u2019hui (1953), France Observateur (1954), Le Nouvel observateur (1964) puis L\u2019Obs en 2014 et enfin Le Nouvel Obs en 2024. Bourdet est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 1996.<br \/>&#13;<br \/>\n2. Nice-Matin du 8 octobre 1978.<br \/>&#13;<br \/>\n3. L\u2019Organisation de la surveillance et de la r\u00e9pression de l\u2019antifascisme, dite OVRA (en italien\u2005: Organizzazione di Vigilanza e Repressione dell\u2019Antifascismo) est l\u2019ensemble des services secrets de la police politique dont se dota l\u2019Italie fasciste.<\/p>\n<p>              <img ci-src=\"https:\/\/www.nicematin.com\/histoire\/Raymond%202-KZpC7QbG.jpg?ci_seal=d945cf8719\" alt=\"\"\/><br \/>\n        L\u2019aura de Raymond Comboul (quatri\u00e8me en partant de la gauche) a beaucoup fait pour le d\u00e9veloppement de \u00ab\u00a0Nice-Matin\u00a0\u00bb. <strong>Photo DR \/ Famille Comboul.<\/strong> <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"La m\u00e9moire des hommes est parfois injustement s\u00e9lective. 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