{"id":413631,"date":"2025-09-24T05:19:10","date_gmt":"2025-09-24T05:19:10","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/413631\/"},"modified":"2025-09-24T05:19:10","modified_gmt":"2025-09-24T05:19:10","slug":"les-vins-de-bordeaux-au-bord-de-la-catastrophe-economique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/413631\/","title":{"rendered":"Les vins de Bordeaux au bord de la catastrophe \u00e9conomique"},"content":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Je ne connais pas un coll\u00e8gue qui ne soit pas en proc\u00e9dure collective ou en passe de l\u2019\u00eatre\u00a0\u00bb, se d\u00e9sole Laurent Rousseau, \u00e0 la t\u00eate des Vignobles Rousseau dans le Libournais, lui-m\u00eame en passe de sortir d\u2019un plan de sauvegarde initi\u00e9 d\u00e9but 2023. Son constat traduit l\u2019ampleur de la crise \u00e9conomique qui frappe depuis trois ans le plus vaste vignoble de France.<\/p>\n<p>\u00ab Les difficult\u00e9s se sont encore accentu\u00e9es en 2025. Un grand nombre d&rsquo;exploitations viticoles se trouvent, de fait, en situation d\u2019\u00eatre plac\u00e9es en redressement judiciaire au regard de leur tr\u00e9sorerie et de leurs dettes fournisseurs \u00bb, confirme ma\u00eetre Alexandre Bienvenu, avocat au cabinet Ramure sp\u00e9cialis\u00e9 dans le secteur viticole.\u00a0\u00ab\u00a0Cela concerne tout le monde\u00a0: les petites exploitations familiales, les caves coop\u00e9ratives et m\u00eame des viticulteurs a priori mieux arm\u00e9s qui avaient encore des bases saines en 2022.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>De quoi d\u00e9peindre un tableau plus qu\u2019inqui\u00e9tant\u00a0: \u00ab\u00a0D\u2019une certain mani\u00e8re, le tribunal judiciaire [dont d\u00e9pendent les exploitations agricoles] tient le vignoble \u00e0 bout de bras gr\u00e2ce aux proc\u00e9dures permettant de geler les dettes jusqu\u2019\u00e0 24 mois. Sinon, on serait tous morts\u2026\u00a0\u00bb, traduit Renaud Jean, le porte-parole du collectif Viti33.<\/p>\n<p>Un trou de plus d\u2019un milliard d\u2019euros&#13;\n<\/p>\n<p>Avec la baisse structurelle de la consommation de vin rouge et la fermeture des march\u00e9s chinois et am\u00e9ricains, le vignoble n\u2019arrive tout simplement plus \u00e0 \u00e9couler sa production. Les primeurs, qui consistent \u00e0 vendre un vin avant m\u00eame qu\u2019il ne soit mis en bouteille, g\u00e9n\u00e9ralement au printemps qui suit la r\u00e9colte, injecte habituellement plus d\u2019un milliard d\u2019euros de tr\u00e9sorerie dans le vignoble.<\/p>\n<p>Mais ce m\u00e9canisme propre \u00e0 Bordeaux a tr\u00e8s mal fonctionn\u00e9 en 2024 et 2025. Moins d\u2019une trentaine de ch\u00e2teaux ont vendu toute leur production tandis que certaines exploitations qui vendaient 100 % en primeurs ont vendu \u00e0 peine 10 % et que la plupart des autres n\u2019ont pas d\u00e9pass\u00e9 30 %. \u00ab\u00a0En deux ans, plus d\u2019un milliard d\u2019euros ne sont pas arriv\u00e9s dans les caisses de la fili\u00e8re\u00a0\u00bb, \u00e9value Renaud Jean pour qui \u00ab\u00a0le vignoble est d\u00e9sormais \u00e0 deux doigts de l\u2019effondrement.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Des comptes vides, des cuves pleines&#13;\n<\/p>\n<p>Car si les comptes sont vides, les cuves sont, elles, pleines \u00e0 ras bord. \u00ab\u00a0Les stocks sont pleins partout depuis des mois\u00a0: dans les chais mais aussi chez les n\u00e9gociants et dans les entrep\u00f4ts de la grande distribution\u00a0\u00bb, confirme Aur\u00e9lie Lalanne, commissaire aux comptes chez KPMG sp\u00e9cialis\u00e9e dans le secteur viticole. Malgr\u00e9 l\u2019arrachage de pr\u00e8s de 20 % des surfaces de vignes en deux ans, la surproduction est donc encore loin d\u2019\u00eatre r\u00e9sorb\u00e9e.<\/p>\n<p>Il y a les vignerons, la soixantaine pass\u00e9e, qui ont arrach\u00e9 leurs vignes pour partir \u00e0 la retraite en pr\u00e9voyant d\u2019\u00e9couler leur stock dans les deux ou trois ans. Il y a ceux qui sont contraints de brader leurs vins parce que l\u2019huissier est \u00e0 leur porte et d\u2019autres encore dont les stocks sont vendus \u00e0 prix cass\u00e9s lors de liquidations judiciaires.<\/p>\n<p>Tandis qu\u2019au milieu de gamme, c\u2019est aussi l\u2019embouteillage : \u00ab\u00a0Les crus class\u00e9s ont lanc\u00e9 beaucoup de seconds vins mais \u00e7a ne mord pas et vous avez du coup une d\u00e9ferlante de vins o\u00f9 ils cassent les prix\u00a0\u00bb, ajoute Yannick Evenou, directeur du ch\u00e2teau R\u00e9aut, dans l\u2019Entre-deux-Mers. \u00a0<\/p>\n<p>La spirale d\u00e9flationniste&#13;\n<\/p>\n<p>Au total, les prix des vins de Bordeaux restent donc dramatiquement bas. Et tr\u00e8s loin de couvrir les co\u00fbts de production\u00a0: \u00ab\u00a0Mon acheteur principal paie 900 euros le tonneau contre 1200 euros il y a deux ans et il ne m\u2019a pris que la moiti\u00e9 de la quantit\u00e9 habituelle,\u00a0\u00bb raconte Nad\u00e8ge Imp\u00e9riale, propri\u00e9taire du Ch\u00e2teau Barbot Imp\u00e9riale<strong> <\/strong>dans l\u2019Entre-deux-Mers, qui n\u2019est paradoxalement pas si mal lotie. \u00ab\u00a0Sur le march\u00e9 du vrac, on parle actuellement de 700 euros le tonneau en Bordeaux et de 800 euros en Bordeaux sup\u00e9rieur au regard d\u2019un co\u00fbt de production d\u2019au moins 1 500 euros \u00bb, \u00e9claire Renaud Jean, qui \u00e9voque des Saint-Emilion Grand Crus \u00e0 moins de 6 euros HT la bouteille. Du jamais vu.<\/p>\n<p>De quoi nourrir une spirale d\u00e9flationniste sans fin\u00a0tant les acheteurs ont la certitude que le vin sera encore moins cher demain.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0On est dans un sch\u00e9ma ou la notion de puissance financi\u00e8re ou de distribution va \u00e9craser ceux qui n\u2019en ont pas. C\u2019est un m\u00e9canisme o\u00f9 les gras vont maigrir financi\u00e8rement et o\u00f9 les maigres vont mourir\u00a0\u00bb, craint Yannick Evenou.<\/p>\n<p>&#13;<\/p>\n<p>Dans ce contexte sans issue, le mill\u00e9sime 2025 fait office de maigre lueur d\u2019espoir\u00a0: \u00ab Il sera qualitativement tr\u00e8s bon, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019ensoleillement de cet \u00e9t\u00e9. Mais le revers de la m\u00e9daille, c\u2019est qu\u2019on n\u2019aura pas la quantit\u00e9 \u00bb, d\u00e9crit Charlotte Molinari, propri\u00e9taire du ch\u00e2teau Pont de Brion \u00e0 Langon. Les volumes sont inf\u00e9rieurs de 30 % \u00e0 50 % par rapport \u00e0 une r\u00e9colte classique.<\/p>\n<p>Ce mill\u00e9sime \u00ab\u00a0plus concentr\u00e9, plus puissant, plus riche, va \u00eatre tr\u00e8s bon\u00a0\u00bb, abonde Yannick Evenou mais il risque paradoxalement de d\u00e9t\u00e9riorer encore un peu plus la tr\u00e9sorerie\u00a0: \u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas une bonne nouvelle d\u2019un point de vue comptable\u00a0puisque le prix de revient est li\u00e9 au volume que vous avez \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e. Que vous ramassiez cinq ou dix hectolitres (\u00e0 l\u2019hectare, ndlr), vous y passez le m\u00eame temps et cela vous co\u00fbte autant en amont&#8230;\u00a0\u00bb\u00a0<\/p>\n<p>Le Cr\u00e9dit agricole en premi\u00e8re ligne&#13;\n<\/p>\n<p>Avec 5 000 exploitations et 50 000 emplois concern\u00e9s, la crise viticole pourrait avoir des ramifications bien plus larges pour l\u2019\u00e9conomie girondine tant chez les fournisseurs que les prestataires. C\u00f4t\u00e9 bancaire, le Cr\u00e9dit agricole d\u2019Aquitaine est de loin le premier concern\u00e9 avec 70 % de parts de march\u00e9 pour 2,7 milliards d\u2019euros d\u2019encours dans la viticulture bordelaise. En plus de ses 60 salari\u00e9s charg\u00e9s de la fili\u00e8re, la banque a d\u00e9ploy\u00e9 une \u00e9quipe de 14 personnes d\u00e9di\u00e9es \u00e0 l\u2019accompagnement des entreprises viticoles.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il y a un ralentissement du march\u00e9 tr\u00e8s clair avec des prix de sortie qui ne cessent de baisser. Beaucoup de vignerons ont des sujets de tr\u00e9sorerie \u00bb, observe Eric Garreau. Le directeur du p\u00f4le viticulture de la banque r\u00e9gionale \u00e9carte tout risque syst\u00e9mique, confirmant seulement \u00ab un taux de d\u00e9faut tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9 et en hausse continue depuis deux ans\u00a0\u00bb dans la fili\u00e8re. \u00ab\u00a0La baisse de l\u2019activit\u00e9 n\u2019est pas uniforme mais tout viticulteur doit aujourd&rsquo;hui s\u2019adapter aux nouvelles attentes soci\u00e9tales \u00bb en termes de consommation, pr\u00e9cise Sandrine Kergosien, la directrice des march\u00e9s sp\u00e9cialis\u00e9s.<\/p>\n<p>Quant aux n\u00e9gociants, ils font le dos rond. \u00ab\u00a0Le n\u00e9goce tient bon pour l\u2019instant avec peu ou pas de proc\u00e9dures collectives mais les bilans 2025 posent des questions \u00e9videntes de valorisation des stocks et de tr\u00e9sorerie. Et personne ne s\u2019attend \u00e0 de bonnes nouvelles\u00a0\u00bb, rel\u00e8ve Aur\u00e9lie Lalanne.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ce qui me met en col\u00e8re c\u2019est qu\u2019\u00e0 Bordeaux on ne semble pas prendre la mesure de l\u2019ampleur de ce bouleversement \u00e9conomique qui frappe la Gironde\u00a0\u00bb, alerte Me Alexandre Bienvenu. Car cette crise, la plus grave dans le vignoble depuis 50 ans, s\u2019assimile pour beaucoup \u00e0 \u00ab\u00a0un vaste plan de licenciements silencieux \u00bb. Portant des enjeux sociaux, familiaux et patrimoniaux tr\u00e8s lourds, cette crise remod\u00e8le d\u00e9j\u00e0 les paysages girondins o\u00f9 18 000 hectares de vignes ont \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9s.<\/p>\n<p>Et chacun sait qu&rsquo;il faudra en d\u00e9raciner entre 15 000 et 30 000 de plus. Les viticulteurs girondins ont re\u00e7u ces derniers jours un nouveau questionnaire du minist\u00e8re de l\u2019Agriculture pour les sonder sur les surfaces \u00e0 d\u00e9truire en cas de nouveau plan d\u2019arrachage.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"\u00ab\u00a0Je ne connais pas un coll\u00e8gue qui ne soit pas en proc\u00e9dure collective ou en passe de l\u2019\u00eatre\u00a0\u00bb,&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":413632,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2817],"tags":[17,1111,11,3944,1997,7183,2811,645,1777,674,1011,27,151,12,2219,25,4186],"class_list":{"0":"post-413631","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-bordeaux","8":"tag-17","9":"tag-actu","10":"tag-actualites","11":"tag-bord","12":"tag-bordeaux","13":"tag-catastrophe","14":"tag-economique","15":"tag-entreprises-finance","16":"tag-eu","17":"tag-europe","18":"tag-fr","19":"tag-france","20":"tag-les","21":"tag-news","22":"tag-nouvelle-aquitaine","23":"tag-republique-francaise","24":"tag-vins"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/115257590608471316","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/413631","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=413631"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/413631\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/413632"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=413631"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=413631"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=413631"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}