{"id":417182,"date":"2025-09-25T19:09:14","date_gmt":"2025-09-25T19:09:14","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/417182\/"},"modified":"2025-09-25T19:09:14","modified_gmt":"2025-09-25T19:09:14","slug":"nous-avons-retrouve-patrick-suskind-lauteur-si-secret-du-parfum","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/417182\/","title":{"rendered":"Nous avons retrouv\u00e9 Patrick S\u00fcskind, l&rsquo;auteur si secret du \u00ab\u2009Parfum\u2009\u00bb"},"content":{"rendered":"<p>Si Jean-Baptiste Grenouille, le h\u00e9ros meurtrier du \u00ab\u2009Parfum\u2009\u00bb, avait crois\u00e9 son cr\u00e9ateur, l\u2019\u00e9crivain Patrick S\u00fcskind, \u00e0 <a href=\"https:\/\/www.parismatch.com\/Culture\/Livres\/Montolieu-des-super-libraires-font-vivre-leur-village-1821983\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Montolieu<\/a> dans l\u2019Aude, son nez universel aurait s\u00fbrement senti chez lui l\u2019une ou l\u2019autre de ces odeurs qui jalonnent le best-seller\u2009: linette, civette, girofle, rose, bergamote, patchouli, n\u00e9roli ou storax. Mais on ne va pas se mettre \u00e0 renifler \u2013\u202fil le prendrait sans doute tr\u00e8s mal\u202f\u2013 l\u2019homme, grand, mince, sec, d\u00e9gingand\u00e9 et \u00e0 la peau p\u00e2le, qui descend une ruelle \u00e9troite du village. \u00c0 d\u00e9faut d\u2019odeur, l\u2019\u0153il est frapp\u00e9 par la couleur de ses v\u00eatements. Beige, la veste en lin\u2009; vert \u00e9teint, le pantalon\u2009; jaune paille, le chapeau. Auxquels s\u2019ajoute le cabas pour le march\u00e9, port\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9paule\u2009: ainsi <a href=\"https:\/\/www.parismatch.com\/Vivre\/Mode\/Au-Louvre-huit-chefs-d-oeuvre-trouvent-leur-parfum-1637586\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Patrick S\u00fcskind<\/a> se fond-il dans ce paysage de pierres claires comme pour pr\u00e9server son l\u00e9gendaire d\u00e9sir d\u2019anonymat.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 quarante\u202fans\u00a0 que l\u2019auteur cultive la discr\u00e9tion, aussi insaisissable qu\u2019une exhalaison. Les fragrances s\u2019envolent, moins les hommes. L\u2019\u00e9crivain si secret a trouv\u00e9 refuge dans un coin d\u2019Occitanie, \u00e0 Montolieu donc, pr\u00e8s de 900\u202f\u00e2mes, dont la sienne \u00e9pisodiquement\u2009: il y vient en vacances depuis maintenant trente-deux ans. Mais il suffit que, croyant enfin le tenir, on se pr\u00e9sente \u00e0 lui, pour qu\u2019une fois de plus il s\u2019\u00e9chappe, aimable mais d\u00e9finitif\u2009: \u00ab\u2009Je crois que je vais devoir m\u2019en aller, excusez-moi.\u2009\u00bb Soudain il dispara\u00eet \u00e0 grandes enjamb\u00e9es dans la ruelle en pente, laissant dans son sillage l\u2019effluve du myst\u00e8re.<\/p>\n<p>    <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/sc_pr1_2605-1.jpg\" alt=\"Labellis\u00e9 Village du livre, Montolieu compte 14 librairies pour une seule \u00e9picerie\u2026 o\u00f9 l\u2019\u00e9crivain se rend chaque matin.\" loading=\"lazy\"\/><\/p>\n<p>\n      Labellis\u00e9 Village du livre, Montolieu compte 14 librairies pour une seule \u00e9picerie\u2026 o\u00f9 l\u2019\u00e9crivain se rend chaque matin.<\/p>\n<p>                                \u00a9 DR<\/p>\n<p>C\u2019est Bernard Lortholary, le g\u00e9nial traducteur du \u00ab\u2009Parfum\u2009\u00bb, qui lui a fait d\u00e9couvrir l\u2019endroit. Ce normalien, agr\u00e9g\u00e9 d\u2019allemand, professeur \u00e0 la Sorbonne et traducteur de Brecht, Kafka, Zweig et Goethe, livre en 1984 le premier chapitre du \u00ab\u2009Parfum\u2009\u00bb en fran\u00e7ais \u00e0 l\u2019\u00e9diteur suisse Diogenes Verlag. Ce dernier \u00e9met des doutes sur un point de traduction. S\u00fcskind, grand lecteur des auteurs fran\u00e7ais du XVIIIe si\u00e8cle, est d\u00e9p\u00each\u00e9 \u00e0 Paris pour rencontrer Lortholary, et trancher. \u00ab\u2009C\u2019est vous qui avez raison\u2009\u00bb, l\u00e2che-t-il. De l\u00e0 naquit leur amiti\u00e9, qui d\u00e9cida l\u2019\u00e9crivain \u00e0 venir s\u00e9journer, de temps \u00e0 autre, dans le village occcitan. Bernard Lortholary vient de d\u00e9c\u00e9der \u00e0 89\u202fans, laissant derri\u00e8re lui sa femme Jeanne Etor\u00e9-Lortholary, native de Montolieu. \u00ab\u2009Celle, nous assure tout le village, qui saura tout pour votre enqu\u00eate.\u2009\u00bb<\/p>\n<p>En Allemagne, la rumeur raconte qu\u2019il aurait quitt\u00e9 une femme ayant eu l\u2019audace de parler de lui \u00e0 un d\u00eener<\/p>\n<p>Jeanne nous re\u00e7oit, et, malgr\u00e9 son immense chagrin, s\u2019amuse du r\u00e9cit de notre br\u00e8ve rencontre avec l\u2019\u00e9crivain. Petite-fille de l\u2019acad\u00e9micien Jean Gu\u00e9henno, dont une place de Montolieu porte le nom, elle est elle-m\u00eame traductrice en sciences humaines. Et pr\u00e9sentement d\u2019une discr\u00e9tion in\u00e9branlable sur son ami S\u00fcskind. Avec lui, les bavardages se paient au prix fort. En Allemagne, la rumeur raconte qu\u2019il aurait quitt\u00e9 une femme ayant eu l\u2019audace de parler de lui \u00e0 un d\u00eener. On apprend tout de m\u00eame que, chez Jeanne et Bernard, S\u00fcskind vient parfois \u00ab\u2009r\u00e9parer des choses\u2009\u00bb. Qu\u2019il adore cuisiner. Qu\u2019il s\u2019extasie sur le march\u00e9 devant les savoureux produits du coin\u2009: exquises tomates, belles olives et fromages parfaits.<\/p>\n<p>    <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/sc_pr1_2646.jpg\" alt=\"Perch\u00e9 sur un promontoire, le village \u00e0 l\u2019architecture m\u00e9di\u00e9vale et occitane domine les gorges de la Dure.\" loading=\"lazy\"\/><\/p>\n<p>\n      Perch\u00e9 sur un promontoire, le village \u00e0 l\u2019architecture m\u00e9di\u00e9vale et occitane domine les gorges de la Dure.<\/p>\n<p>                                \u00a9 DR<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e9poque, il voulait acheter tout le c\u00f4t\u00e9 de la rue o\u00f9 il vit, une douzaine de petites maisons serr\u00e9es. Mais il n\u2019en habite que trois, qui communiquent entre elles. D\u2019une petite place, on distingue les fa\u00e7ades coll\u00e9es, volets ouverts. En contrebas, le jardin, en espalier, cach\u00e9 par des cypr\u00e8s, un figuier, un citronnier et de hauts magnolias. De l\u00e0 descend \u00e0 pic, sur la Dure, un vaste champ d\u2019herbe, nu et magnifique. En face, des sapins et des h\u00eatres couvrent la Montagne noire \u00ab\u2009dans leur silence de plein ciel\u2009\u00bb, \u00e9crivit Giono. Cette vue rappelle \u00e0 S\u00fcskind ses Alpes bavaroises. Il parle sans fin du contraste de ces deux paysages, l\u2019un m\u00e9diterran\u00e9en, chaud, au sol dur, sans argile, l\u2019autre presque glac\u00e9. Les d\u00eeners chez les \u00adLortholary durent une \u00e9ternit\u00e9\u2009: dr\u00f4les et profonds, orageux parfois. Entre autres futilit\u00e9s, on cause beaucoup de cuisine. Bernard peut parler d\u2019un cassoulet en termes \u00e9blouissants. \u00ab\u2009Chez nous, \u00e7a ne se fait pas\u2009!\u2009\u00bb s\u2019exclame \u00e0 chaque fois S\u00fcskind, que cet \u00ab\u2009art de vivre \u00e0 la fran\u00e7aise\u2009\u00bb amuse \u00e9norm\u00e9ment. Seul sujet tabou\u2009: son activit\u00e9 d\u2019\u00e9crivain. Interdiction \u2013\u202fles convives sont pr\u00e9venus \u00e0 l\u2019avance\u202f\u2013 d\u2019aborder le sujet. S\u00fcskind continue-t-il d\u2019\u00e9crire\u2009? Oui, d\u2019apr\u00e8s ce que l\u2019on sait, mais il refuse de publier.<\/p>\n<p>    La suite apr\u00e8s cette publicit\u00e9<\/p>\n<p>    <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/sc_pr1_2651.jpg\" alt=\"Au pied de l\u2019\u00e9glise Saint-Andr\u00e9, on est aussi volontiers bouliste que bouquiniste.\" loading=\"lazy\"\/><\/p>\n<p>\n      Au pied de l\u2019\u00e9glise Saint-Andr\u00e9, on est aussi volontiers bouliste que bouquiniste.<\/p>\n<p>                                \u00a9 DR<\/p>\n<p>Les villageois nous ont avertis\u2009: \u00ab\u2009Lui\u2009? L\u2019approcher\u2009? Bon courage\u2009!\u2009\u00bb Chacun pointe sa gentillesse, sa simplicit\u00e9 et sa discr\u00e9tion, que tous respectent. On \u00e9voque le personnage \u00e0 demi-mot\u2009: \u00ab\u2009Il est peu loquace.\u2009\u00bb \u00ab\u2009Il parle avec \u00e9conomie.\u2009\u00bb \u00ab\u2009Au moins, il n\u2019a pas les chevilles qui enflent\u2009\u00bb, allusion au succ\u00e8s mondial du \u00ab\u2009Parfum. Histoire d\u2019un meurtrier\u2009\u00bb, 20\u202fmillions d\u2019exemplaires vendus, traduit dans 48\u202flangues, dont le basque et le breton. \u00ab\u2009Pendant des ann\u00e9es, je l\u2019ai crois\u00e9 sans savoir qui il \u00e9tait\u2009\u00bb, glisse une libraire. La moindre info glan\u00e9e ici o\u00f9 l\u00e0 nous semble du niveau d\u2019un scoop mondial. Ainsi, S\u00fcskind a offert un micro-ondes \u00e0 un voisin. Il se l\u00e8ve et se couche t\u00f4t, joue du piano, roule en Kangoo et fait de longues randonn\u00e9es. Et, apprend-on enfin, il joue au ping-pong au foyer municipal. S\u00fcskind, du ping-pong\u2009!<\/p>\n<p>On s\u2019\u00e9merveille de ces anecdotes minuscules qui entretiennent la l\u00e9gende. \u00c0 Montolieu, l\u2019\u00e9crivain n\u2019a pas pouss\u00e9 la simplicit\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 s\u2019inscrire dans l\u2019annuaire, o\u00f9 il e\u00fbt d\u2019ailleurs figur\u00e9 entre Laetitia Secq, graphoth\u00e9rapeute\u202f(!), et \u00c9ric Theillet, tabac presse, rue Nationale, o\u00f9 l\u2019on se pr\u00e9cipite, plein d\u2019espoir. H\u00e9las, le patron reste muet sur les emplettes de son c\u00e9l\u00e9brissime client. Il est plus ais\u00e9 de savoir ce qu\u2019il ne fait pas \u00e0 Montolieu, village du livre\u2009: 14\u202flibrairies pour 828\u202fhabitants et un mus\u00e9e des Arts et m\u00e9tiers du Livre, depuis\u202f1990. S\u00fcskind n\u2019appara\u00eet jamais aux festivit\u00e9s d\u2019\u00e9t\u00e9, vernissages d\u2019artistes, concerts dans les vignes ou lectures de grands auteurs. D\u2019ailleurs on ne l\u2019invite plus. On n\u2019oserait m\u00eame pas lui faire d\u00e9dicacer un exemplaire du \u00ab\u2009Parfum\u2009\u00bb. Pour \u00e7a, tout passait par Bernard et Jeanne, qui collaient de temps \u00e0 autre un exemplaire ouvert sous le nez de leur ami, qui n\u2019\u00e9crit \u00ab\u2009que\u2009\u00bb son nom.<\/p>\n<p>    <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/sipa_00142290_000001.jpg\" alt=\"Patrick S\u00fcskind \u00e0 37 ans en 1986, un an apr\u00e8s la parution du \u00ab Parfum \u00bb. Depuis, de tr\u00e8s rares photos de lui \u00e9taient parues.\" loading=\"lazy\"\/><\/p>\n<p>\n      Patrick S\u00fcskind \u00e0 37 ans en 1986, un an apr\u00e8s la parution du \u00ab Parfum \u00bb. Depuis, de tr\u00e8s rares photos de lui \u00e9taient parues.<\/p>\n<p>                MULLER KONRAD\/SIPA<br \/>\n                      \/<br \/>\n                                \u00a9 MULLER KONRAD\/SIPA<\/p>\n<p>En Allemagne, Florian, voisin d\u2019enfance \u00e0 Holzhausen, minuscule village au bord du lac Starnberg o\u00f9 grandit S\u00fcskind, explique que le petit Patrick, Petzi pour les intimes, esquivait toute forme d\u2019apparition et n\u2019avait aucune envie d\u2019aller faire la causette aux adultes, amis de ses parents. Dans \u00ab\u2009L\u2019histoire de M.\u202fSommer\u2009\u00bb (1991), on lit\u2009: \u00ab\u2009\u00c0 7\u202fans, il eut le d\u00e9sir soudain de tourner le dos au monde.\u2009\u00bb Adolescent, il vit \u00e0 Munich dans un petit appartement ordonn\u00e9, asc\u00e9tique. Une collection de pipes, une chaise (perc\u00e9e) contre un bureau. En\u202f1984, apr\u00e8s deux\u202fans d\u2019\u00e9criture \u2013\u202f\u00ab\u2009J\u2019ai peu d\u2019id\u00e9es et lorsqu\u2019il m\u2019en vient une, je m\u2019y tiens\u2009\u00bb, souligne-t-il\u202f\u2013, l\u2019illustre inconnu de 36\u202fans porte le manuscrit du \u00ab\u2009Parfum\u2009\u00bb \u00e0 Daniel Keel, fondateur de Diogenes, avec ce mot\u2009: \u00ab\u2009Ce n\u2019est pas particuli\u00e8rement convaincant. C\u2019est assez palpitant et inqui\u00e9tant. Et assez d\u00e9go\u00fbtant. Si malgr\u00e9 tout vous souhaitez le lire, faites-le-moi savoir.\u2009\u00bb<\/p>\n<p>Pas d\u2019image, pas d\u2019incarnation. Il d\u00e9cline quantit\u00e9 de prix prestigieux<\/p>\n<p>Diogenes le tire \u00e0 50\u2009000\u202fexemplaires. \u00c0 Paris, un\u202fan plus tard, Fayard remporte l\u2019ench\u00e8re pour la version fran\u00e7aise pour 300\u2009000\u202ffrancs (94\u2009700\u202feuros actuels). L\u2019\u00e9diteur compte vendre 400\u2009000\u202fexemplaires. Ce sera 3,5\u202fmillions. Fayard, comme ses coll\u00e8gues \u00e9trangers, n\u2019a eu le droit de ne faire qu\u2019une seule offre, sans possibilit\u00e9 de surench\u00e8re. R\u00e8gle in\u00e9dite dans ce milieu, impos\u00e9e par S\u00fcskind. Confront\u00e9 \u00e0 cette gloire brutale, ou ce fardeau, S\u00fcskind refuse toute promotion. Pas d\u2019image, pas d\u2019incarnation. D\u00e9cline quantit\u00e9 de prix prestigieux. \u00ab\u2009Du moins de mon vivant\u2009\u00bb, r\u00e9pond-il. Fuit les honneurs, l\u2019exposition. \u00c7a n\u2019est pas une posture, mais un geste esth\u00e9tique. Il pense comme les po\u00e8tes mallarm\u00e9ens que l\u2019\u00e9crivain ne doit pas faire de l\u2019ombre au livre, et dispara\u00eetre pour que l\u2019\u0153uvre vive pleinement. Le lecteur y projette ainsi ce qu\u2019il veut, sans \u00eatre pollu\u00e9 par les intentions ou les explications de l\u2019auteur.<\/p>\n<p>    <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/le-parfum.jpg\" alt=\"\u00ab Le Parfum \u00bb, best-seller mondial.\" loading=\"lazy\"\/><\/p>\n<p>\n       \u00ab Le Parfum \u00bb, best-seller mondial.<\/p>\n<p>                                \u00a9 DR<\/p>\n<p>En 1986, S\u00fcskind enfreint cependant \u00e0 trois reprises cette r\u00e8gle singuli\u00e8re. Dans la gazette d\u2019une \u00e9cole (archive introuvable). Pour le journal zurichois \u00ab\u2009Schweizer Illustrierte\u2009\u00bb, mais \u00e0 trois conditions\u2009: pas de photo, pas d\u2019enregistrement et, celle-l\u00e0 un brin sadique, pas de prise de notes. L\u2019entretien dura sept\u202fheures. La journaliste Edith Lier le r\u00e9sumera en deux pages, sous forme de lettre \u00e0 S\u00fcskind. Extrait\u2009: \u00ab\u2009On a parl\u00e9 d\u2019osso buco et de merlot, nous avons ri, discut\u00e9, \u00e9voqu\u00e9 le Japon, le mixeur plongeant, la fondue, le rh\u00e9to-roman, les dialectes, les loyers, la climatisation, la Vespa, ma machine \u00e0 expresso \u2013 et Dieu et le monde.\u2009\u00bb Au \u00ab\u2009New York Herald Tribune\u2009\u00bb enfin, devenu \u00ab\u2009\u00adl\u2019International New York Times\u2009\u00bb, par la voix de son r\u00e9dacteur en chef parisien, James M.\u202fMarkham, re\u00e7u dans le studio de S\u00fcskind, boulevard Raspail, \u00e0 Paris. Markham pointe son \u00ab\u2009ironie implacable\u2009\u00bb et relate ceci\u2009: \u00ab\u2009Il aurait pu devenir un grand pianiste, mais souffre d\u2019une malformation de la main droite. Il a pens\u00e9 situer l\u2019action de \u00adGrenouille dans le pr\u00e9sent, mais il a \u00e9t\u00e9 attir\u00e9 par la France du XVIIIe\u202fsi\u00e8cle, car c\u2019est \u00e0 cette \u00e9poque qu\u2019est apparu ce type d\u2019homme moderne, ce c\u00f4t\u00e9 sombre des Lumi\u00e8res.\u2009\u00bb S\u00fcskind garde secrets ses projets d\u2019\u00e9criture\u2009: \u00ab\u2009Tant que je n\u2019ai pas d\u2019id\u00e9e, je n\u2019\u00e9cris rien.\u2009\u00bb Il a \u00e9crit l\u2019histoire du d\u00e9testable Grenouille sans en parler \u00e0 personne et pensait en vendre 5\u2009000\u202fexemplaires. Il annonce la publication d\u2019une nouvelle, \u00ab\u2009Le pigeon\u2009\u00bb, qu\u2019il r\u00e9sume ainsi\u2009: \u00ab\u2009C\u2019est l\u2019histoire d\u2019un homme dont l\u2019existence est boulevers\u00e9e par l\u2019apparition d\u2019un pigeon.\u2009\u00bb Au revoir.<\/p>\n<p>Il dit non \u00e0 Bernard Pivot<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 l\u2019insistance de <a href=\"https:\/\/www.parismatch.com\/culture\/medias\/bernard-pivot-une-vie-au-service-des-livres-237180\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Bernard Pivot<\/a>, S\u00fcskind d\u00e9cline \u00ab\u2009Apostrophes\u2009\u00bb. Le traducteur Bernard Lortholary en sera l\u2019invit\u00e9, en\u202f1986. \u00ab\u2009Je ne me suis jamais autant amus\u00e9 \u00e0 traduire un livre\u2009\u00bb, d\u00e9clare-t-il. Il \u00e9voque \u00ab\u2009la timidit\u00e9 et l\u2019humour\u2009\u00bb de l\u2019\u00e9crivain. Point. Et lorsque Pivot l\u2019interroge sur l\u2019absence d\u2019odeur de Grenouille, il a cette explication\u2009: \u00ab\u2009S\u00fcskind veut dire par l\u00e0 quelque chose. C\u2019est un \u00eatre extr\u00eamement discret, un \u00eatre qui ne veut pas se faire remarquer.\u2009\u00bb \u00adGrenouille ne se terre-t-il pas sept\u202fans dans une grotte du Cantal\u2009? De m\u00eame, le personnage introverti de \u00ab\u2009La contrebasse\u2009\u00bb (1981) fuit le vacarme. Celui du \u00ab\u2009Pigeon\u2009\u00bb s\u2019installe dans une solitude absolue. Dans \u00ab\u2009Le parfum\u2009\u00bb, S\u00fcskind \u00e9crit\u2009: \u00ab\u2009On conna\u00eet des gens qui cherchent la solitude\u2009: p\u00e9nitents, malheureux, saints ou proph\u00e8tes. [\u2026] Rien de tout cela n\u2019avait \u00e0 voir avec Grenouille. C\u2019est uniquement pour son propre plaisir personnel qu\u2019il avait fait retraite, uniquement pour \u00eatre plus proche de lui-m\u00eame.\u2009\u00bb Mais l\u2019esth\u00e8te de l\u2019anonymat, l\u2019ermite volontaire qui tente \u00ab\u2009le vieux r\u00eave du phalanst\u00e8re\u2009\u00bb, ironise Jeanne \u00adLortholary, vit cependant deux paradoxes. Montolieu, assi\u00e9g\u00e9 l\u2019\u00e9t\u00e9 par un monde qu\u2019il fuit\u2009: intellos, artistes, touristes. Munich, o\u00f9 sa femme dirige la Maison de la litt\u00e9rature, qui organise quantit\u00e9 de rencontres entre \u00e9crivains et lecteurs\u2009! \u00ab\u2009Les gens veulent des auteurs accessibles\u2009\u00bb, r\u00e9p\u00e8te-t-elle.<\/p>\n<p>Finalement, S\u00fcskind fait penser \u00e0 l\u2019\u00e9crivain Porteur, l\u2019un des personnages des \u00ab\u2009Tiroirs de l\u2019inconnu\u2009\u00bb, de Marcel Aym\u00e9. Nul n\u2019a vu le visage de Porteur. Il est un nom, pas une pr\u00e9sence. Plus il se tait, plus on parle de lui. Cet auteur de papier que tout le monde lit avec admiration reste totalement invisible. \u00c0 Montolieu, le jour de notre d\u00e9part, on croise \u00e0 nouveau S\u00fcskind, cette fois avec sa femme, et on \u00e9voque ce bijou m\u00e9connu. Il nous dit avoir lu Marcel Aym\u00e9, mais pas ce livre-l\u00e0. \u00ab\u2009Et vous ne voulez toujours pas parler de votre ami Bernard, de Montolieu\u2009?\u2009\u00bb L\u2019ombre du \u00ab\u2009Parfum\u2009\u00bb, fugace, distingu\u00e9e et inodore n\u2019\u00e9coute m\u00eame plus.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Si Jean-Baptiste Grenouille, le h\u00e9ros meurtrier du \u00ab\u2009Parfum\u2009\u00bb, avait crois\u00e9 son cr\u00e9ateur, l\u2019\u00e9crivain Patrick S\u00fcskind, \u00e0 Montolieu dans&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":417183,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1357],"tags":[1379,58,59,1011,27,1380],"class_list":{"0":"post-417182","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-livres","8":"tag-books","9":"tag-divertissement","10":"tag-entertainment","11":"tag-fr","12":"tag-france","13":"tag-livres"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/115266516972989251","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/417182","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=417182"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/417182\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/417183"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=417182"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=417182"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=417182"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}