{"id":424055,"date":"2025-09-28T15:48:10","date_gmt":"2025-09-28T15:48:10","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/424055\/"},"modified":"2025-09-28T15:48:10","modified_gmt":"2025-09-28T15:48:10","slug":"le-vrai-du-theatre-vient-au-plateau","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/424055\/","title":{"rendered":"\u00ab Le vrai du th\u00e9\u00e2tre vient au plateau \u00bb"},"content":{"rendered":"<p>Dans un texte paru dans la revue des Arts et Lettres de France, le metteur en sc\u00e8ne bordelais Jean-Pierre Terracol explore l\u2019art de diriger un acteur, l\u2019exigence d\u2019un \u201cvrai th\u00e9\u00e2tre\u201d et la qu\u00eate d\u2019un moment de v\u00e9rit\u00e9 partag\u00e9 avec le public. Pr\u00e9sident-fondateur de la Cie th\u00e9\u00e2trale l\u2019Oeil la Lucarne (C.T.O.L) \u00e0 Bordeaux, metteur en sc\u00e8ne, animateur d\u2019ateliers, correspondant de presse et ancien directeur du Th\u00e9\u00e2tre La Lucarne, il d\u00e9fend une pratique rigoureuse, profond\u00e9ment humaine et r\u00e9solument tourn\u00e9e vers la sc\u00e8ne.<\/p>\n<p>Figure famili\u00e8re de la sc\u00e8ne locale, Jean-Pierre Terracol s\u2019est impos\u00e9 depuis plusieurs d\u00e9cennies comme un artisan du th\u00e9\u00e2tre bordelais. Fondateur de la compagnie L\u2019\u0152il la Lucarne (C.T.O.L), il a dirig\u00e9 pendant de longues ann\u00e9es le Th\u00e9\u00e2tre La Lucarne, tout en poursuivant une activit\u00e9 de metteur en sc\u00e8ne, d\u2019animateur d\u2019ateliers et de correspondant de presse. Sa parole s\u2019inscrit dans une double exp\u00e9rience\u00a0: celle de l\u2019artiste au service de la mise en sc\u00e8ne et celle d\u2019un passeur convaincu de la n\u00e9cessit\u00e9 de former, transmettre et partager.<\/p>\n<p>La rencontre entre un interpr\u00e8te et un personnage ne se d\u00e9cr\u00e8te pas. Pour Jean-Pierre Terracol, elle se construit au fil d\u2019un accompagnement patient, exigeant, presque silencieux au d\u00e9but, puis d\u00e9cisif \u00ab\u00a0au plateau\u00a0\u00bb. L\u00e0, l\u2019acteur se d\u00e9pouille de ce qui lui est personnel, non pour s\u2019effacer mais pour porter le texte et laisser \u00ab\u00a0vivre naturellement le personnage\u00a0\u00bb. Sans ce cadre de travail pr\u00e9cis, fait d\u2019attention extr\u00eame et de confiance totale, l\u2019interpr\u00e8te, livr\u00e9 \u00e0 son seul instinct, \u00ab\u00a0ne pourra avancer que par hasard\u00a0\u00bb. La direction d\u2019acteur, telle qu\u2019il la con\u00e7oit, est donc une m\u00e9tamorphose guid\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0il faudra obligatoirement l\u2019emmener \u00e0 devenir un autre\u2026 le personnage\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Cette exigence s\u2019\u00e9tend \u00e0 l\u2019espace sc\u00e9nique. Jean-Pierre Terracol parle d\u2019\u00ab\u00a0\u00e9crin naturel\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0vrai th\u00e9\u00e2tre\u00a0\u00bb, de salles qui favorisent la proximit\u00e9 et la qualit\u00e9 d\u2019\u00e9coute. De retour dans un lieu \u00ab\u00a0digne de ce nom\u00a0\u00bb, rien n\u2019est d\u00e9coratif ni illustratif \u00ab\u00a0pour faire bien\u00a0\u00bb. L\u2019aspect visuel doit \u00eatre r\u00e9aliste, confortable et vrai. \u00ab\u00a0Chaque \u00e9l\u00e9ment pr\u00e9sent sur sc\u00e8ne doit avoir son utilit\u00e9 et un sens\u00a0\u00bb, soutenu par une r\u00e9gie pr\u00e9cise\u00a0; tout effet gratuit est \u00e9cart\u00e9. La sc\u00e9nographie n\u2019est pas une signature tapageuse\u00a0: elle \u00e9claire l\u2019histoire. De m\u00eame, \u00ab\u00a0toute caricature\u00a0\u00bb et toute tentation \u00ab\u00a0racoleuse\u00a0\u00bb sont bannies, au profit d\u2019une lisibilit\u00e9 du r\u00e9cit et d\u2019un rapport direct \u00e0 l\u2019attention du spectateur.<\/p>\n<p>Car le public n\u2019est pas un simple t\u00e9moin\u00a0: dans une salle qui \u00ab\u00a0a une \u00e2me\u00a0\u00bb, des habitu\u00e9s \u00ab\u00a0\u00e0 l\u2019aise et en s\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb deviennent des partenaires de jeu. Jean-Pierre Terracol parle volontiers de \u00ab\u00a0complice\u00a0\u00bb et m\u00eame de \u00ab\u00a0double\u00a0\u00bb du personnage. Ce dialogue sensible, fond\u00e9 sur une sc\u00e9nographie signifiante et une r\u00e9gie au cordeau, vise un \u00ab\u00a0moment de vrai\u00a0\u00bb\u00a0: une secousse soudaine qui bouscule le spectateur d\u00e9sabus\u00e9 et r\u00e9veille son attention. Souvent, c\u2019est \u00e0 la Premi\u00e8re que na\u00eet ce choc, la \u00ab\u00a0meilleure des r\u00e9compenses\u00a0\u00bb, lorsque la repr\u00e9sentation trouve d\u2019embl\u00e9e son point d\u2019\u00e9quilibre entre l\u2019acteur, l\u2019espace et la salle.<\/p>\n<p>Ce travail n\u2019a rien d\u2019une entreprise solitaire. La coh\u00e9sion d\u2019une troupe et la confiance r\u00e9ciproque permettent d\u2019\u00ab\u00a0oublier\u00a0\u00bb l\u2019artifice, de faire place \u00e0 la vie du plateau. Mais la mise en sc\u00e8ne reste une \u00e9criture\u00a0: \u00ab\u00a0c\u2019est notre sensibilit\u00e9 qui d\u00e9termine notre travail de recherche de sens\u00a0\u00bb. D\u2019o\u00f9 l\u2019importance d\u2019un temps pr\u00e9paratoire, men\u00e9 avec l\u2019assistant\u00b7e, pour relier les intentions, organiser les transitions, et nourrir l\u2019identification des com\u00e9diens \u00e0 leurs r\u00f4les. Surprendre, oui, mais sans jamais se d\u00e9tourner du c\u0153ur\u00a0: \u00ab\u00a0l\u2019art du vivant\u00a0\u00bb. Les mots ne suffisent pas\u00a0; ils demandent des \u00ab\u00a0\u00e9l\u00e9ments de chair et de sensibilit\u00e9\u00a0\u00bb pour advenir. C\u2019est le plateau qui tranche, corrige, ajuste, r\u00e9v\u00e8le.<\/p>\n<p>\u00c0 rebours de certaines \u00ab\u00a0performances\u00a0\u00bb contemporaines qui, selon lui, confondent exposition de soi et service de l\u2019\u0153uvre, Jean-Pierre Terracol rappelle une \u00e9thique commune \u2014 qu\u2019il s\u2019agisse du th\u00e9\u00e2tre dit de boulevard ou d\u2019autres formes\u00a0: une sc\u00e9nographie signifiante, une r\u00e9gie au service du sens, l\u2019humilit\u00e9 d\u2019un metteur en sc\u00e8ne \u00ab\u00a0vecteur de sens\u00a0\u00bb. Un plateau nu qui deviendrait \u00ab\u00a0un stade\u00a0\u00bb ne sert plus le m\u00eame art. Les facilit\u00e9s et la vanit\u00e9, ajoute-t-il, desservent des m\u00e9tiers \u00ab\u00a0souvent port\u00e9s par la passion\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Reste la question du r\u00e9el. Peut-on repr\u00e9senter la r\u00e9alit\u00e9 telle quelle\u00a0? Jean-Pierre Terracol r\u00e9pond non, sans d\u00e9tour. \u00ab\u00a0Le vrai du th\u00e9\u00e2tre n\u2019est pas superposable au vrai de la vie\u00a0\u00bb, car il passe toujours \u00ab\u00a0par le filtre de notre regard\u00a0\u00bb. L\u2019illusion totale est une chim\u00e8re\u00a0; l\u2019enjeu est ailleurs\u00a0: faire vibrer l\u2019attention, ici et maintenant, dans le partage d\u2019un temps pr\u00e9sent qui r\u00e9v\u00e8le l\u2019\u0153uvre plut\u00f4t qu\u2019il ne l\u2019imite. C\u2019est au plateau, encore et toujours, que se joue cette v\u00e9rit\u00e9, fragile, \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, mais tenace, \u00e0 laquelle aspire le metteur en sc\u00e8ne, ses com\u00e9diens et ce public devenu, le temps d\u2019une soir\u00e9e, leur indispensable complice.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Dans un texte paru dans la revue des Arts et Lettres de France, le metteur en sc\u00e8ne bordelais&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":424056,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2817],"tags":[1111,11,1997,1777,674,1011,27,12,2219,25],"class_list":{"0":"post-424055","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-bordeaux","8":"tag-actu","9":"tag-actualites","10":"tag-bordeaux","11":"tag-eu","12":"tag-europe","13":"tag-fr","14":"tag-france","15":"tag-news","16":"tag-nouvelle-aquitaine","17":"tag-republique-francaise"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/115282713218026796","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/424055","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=424055"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/424055\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/424056"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=424055"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=424055"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=424055"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}