{"id":43618,"date":"2025-04-22T09:30:07","date_gmt":"2025-04-22T09:30:07","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/43618\/"},"modified":"2025-04-22T09:30:07","modified_gmt":"2025-04-22T09:30:07","slug":"les-entreprises-francaises-resistent-a-lappel-de-paris","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/43618\/","title":{"rendered":"Les entreprises fran\u00e7aises r\u00e9sistent \u00e0 l\u2019appel de Paris"},"content":{"rendered":"<p>Depuis la publication du papier de l\u2019AFP, dimanche 21 avril, sur les tensions entre grandes entreprises fran\u00e7aises et pouvoir politique \u2014 un papier d\u2019angle exposant les positions prises par Bercy pour inciter plusieurs groupes \u00e0 suspendre leurs projets am\u00e9ricains \u2014, aucun des principaux groupes concern\u00e9s \u2014 LVMH, Schneider Electric, CMA CGM \u2014 n\u2019a annonc\u00e9 de suspension ni de retrait de ses investissements aux \u00c9tats-Unis.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 l\u2019appel solennel du gouvernement \u00e0 suspendre ou \u00e0 reconsid\u00e9rer les investissements outre-Atlantique, les grands groupes fran\u00e7ais semblent peu enclins \u00e0 freiner leur expansion. LVMH, Schneider Electric ou encore CMA CGM ont maintenu leurs projets, parfois m\u00eame en les consolidant. Bernard Arnault, lors de l\u2019assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de LVMH, a certes plaid\u00e9 pour une d\u00e9sescalade des tensions commerciales, mais sans remettre en cause les ambitions am\u00e9ricaines du groupe. Idem pour CMA CGM, dont le pr\u00e9sident Rodolphe Saad\u00e9 s\u2019est r\u00e9cemment affich\u00e9 aux c\u00f4t\u00e9s de Donald Trump pour annoncer 20 milliards d\u2019investissements sur le sol am\u00e9ricain, sans que la dynamique ne semble alt\u00e9r\u00e9e. Quant \u00e0 Schneider, ses 700 millions de dollars de projets industriels sont toujours d\u2019actualit\u00e9.<\/p>\n<p>Dans le secteur du luxe, d\u2019autres noms majeurs tels que Herm\u00e8s n\u2019ont pas non plus exprim\u00e9 d\u2019intention de revoir leurs plans. Herm\u00e8s, de son c\u00f4t\u00e9, maintient l\u2019ouverture pr\u00e9vue de plusieurs boutiques suppl\u00e9mentaires, notamment \u00e0 Dallas et San Diego, tout en renfor\u00e7ant sa production locale pour r\u00e9pondre \u00e0 la demande croissante. Le groupe a toutefois annonc\u00e9 qu&rsquo;il augmenterait ses prix aux \u00c9tats-Unis, afin de compenser les droits de douane. Lacoste poursuit \u00e9galement son d\u00e9veloppement avec l\u2019inauguration, le jeudi 10 avril, d\u2019une nouvelle boutique sur la 5e avenue \u00e0 New York. Enfin, L\u2019Or\u00e9al a ouvert en f\u00e9vrier 2025 un centre de recherche et d\u2019innovation de 160 millions de dollars dans le New Jersey. Ce site, qui remplace les anciennes installations de Clark, o\u00f9 l\u2019entreprise op\u00e9rait depuis soixante ans, emploiera plus de 600 personnes.<\/p>\n<p>Le pragmatisme \u00e9conomique l\u2019emporte sur les injonctions politiques<\/p>\n<p>Ce contraste entre la ligne politique pr\u00f4n\u00e9e par Paris et la r\u00e9alit\u00e9 de terrain des entreprises tient sans doute \u00e0 une lecture pragmatique des tendances lourdes qui fa\u00e7onnent aujourd\u2019hui le commerce mondial. L\u2019analyse macro\u00e9conomique d\u2019Isabelle Mateos y Lago, cheffe \u00e9conomiste de BNP Paribas, met des mots clairs sur une recomposition radicale : les \u00c9tats-Unis affichent d\u00e9sormais un tarif ext\u00e9rieur moyen autour de 25 % \u2013 \u00ab Une fois la politique tarifaire stabilis\u00e9e, on peut esp\u00e9rer qu&rsquo;il sera plus bas \u00bb, indique Isabelle Mateos y Lago dans un communiqu\u00e9 sur le site de BNP, \u00ab Mais il est peu probable qu&rsquo;il soit significativement inf\u00e9rieur \u00e0 15 %, c&rsquo;est-\u00e0-dire plus de cinq fois plus \u00e9lev\u00e9 qu&rsquo;en d\u00e9but d&rsquo;ann\u00e9e et son plus haut niveau depuis la signature du GATT en 1947 \u00bb.<br \/>\n\u00c0 court terme, cette politique douani\u00e8re restera instable, ponctu\u00e9e de n\u00e9gociations bilat\u00e9rales, d\u2019exemptions cibl\u00e9es, et de nouveaux droits sectoriels. Mais une fois cette architecture tarifaire stabilis\u00e9e, il est peu probable qu\u2019elle tombe sous les 15 %.<\/p>\n<p>Une nouvelle souverainet\u00e9 industrielle am\u00e9ricaine<\/p>\n<p>Autrement dit, les \u00c9tats-Unis sont en train de red\u00e9finir leur position dans l\u2019ordre commercial mondial, en se recentrant sur une forme de souverainet\u00e9 industrielle cibl\u00e9e. Pour l\u2019administration Trump, l\u2019objectif est double : financer les baisses d\u2019imp\u00f4ts en augmentant les recettes douani\u00e8res, et se prot\u00e9ger dans des secteurs jug\u00e9s strat\u00e9giques \u2013 automobile, acier, aluminium, semi-conducteurs, pharmaceutique.<\/p>\n<p>Ces hausses de tarifs ne sont pas sans effets internes : elles constituent la plus forte hausse d\u2019imp\u00f4ts indirects depuis des d\u00e9cennies, minent la confiance des consommateurs et des entreprises, et freinent toute possibilit\u00e9 d\u2019assouplissement mon\u00e9taire par la R\u00e9serve f\u00e9d\u00e9rale. \u00c0 plus long terme, elles poseront un dilemme comp\u00e9titif majeur aux firmes am\u00e9ricaines, qui verront grimper le prix de leurs intrants par rapport \u00e0 leurs concurrents \u00e9trangers, au risque d\u2019une perte de productivit\u00e9 durable.<\/p>\n<p>Contagion mondiale : contraction, prudence et d\u00e9sinflation<\/p>\n<p>Sur le plan international, les effets de contagion sont tout aussi puissants \u2013 mais pas forc\u00e9ment dans le sens attendu. Loin d\u2019un effet inflationniste, le choc tarifaire am\u00e9ricain agit pour l\u2019instant comme un puissant vecteur d\u00e9sinflationniste, voire d\u00e9flationniste, note BNP. La demande mondiale se contracte, les prix de l\u2019\u00e9nergie s\u2019affaissent, et les grandes \u00e9conomies, face \u00e0 l&rsquo;incertitude, r\u00e9duisent leurs investissements.<br \/>\nPlusieurs pays \u2013 Isra\u00ebl et le Royaume-Uni en t\u00eate \u2013 ont d\u00e9j\u00e0 choisi de supprimer leurs droits de douane \u00e0 l\u2019import am\u00e9ricain plut\u00f4t que de s\u2019engager dans une spirale de repr\u00e9sailles. La Chine, elle, a adopt\u00e9 une posture plus radicale : des droits de douane punitifs et massifs, associ\u00e9s \u00e0 une strat\u00e9gie de \u00ab d\u00e9barras \u00bb \u2013 une vague de produits manufactur\u00e9s brad\u00e9s, pouss\u00e9s \u00e0 l\u2019export, risque de submerger les march\u00e9s tiers, notamment europ\u00e9ens.<\/p>\n<p>Washington, entre rupture assum\u00e9e et rente de puissance<\/p>\n<p>Ce contexte ouvre une p\u00e9riode de grande recomposition. Washington semble pr\u00eat \u00e0 renoncer \u00e0 son r\u00f4le historique de garant du syst\u00e8me commercial multilat\u00e9ral, tout en continuant \u00e0 profiter des attributs de sa puissance financi\u00e8re : acc\u00e8s illimit\u00e9 aux march\u00e9s de capitaux, statut du dollar, extraterritorialit\u00e9 juridique. Une forme de \u00ab cakeism \u00bb assum\u00e9, selon Isabelle Mateos y Lago, \u2013 manger son g\u00e2teau et le garder, comme lors du Brexit.<\/p>\n<p>L\u2019Europe en qu\u00eate de levier strat\u00e9gique<\/p>\n<p>Et l\u2019Europe dans tout \u00e7a ? Selon BNP, le Vieux Continent dispose de nombreux atouts structurels pour amortir le choc : un vaste march\u00e9 int\u00e9rieur, une strat\u00e9gie claire d\u2019investissements (d\u00e9fense, transition \u00e9nerg\u00e9tique, infrastructures\u2026), un cadre institutionnel pr\u00e9visible, et surtout un poids fort dans les services \u2013 secteur dans lequel les \u00c9tats-Unis sont d\u00e9pendants des exportations vers l\u2019UE.<br \/>\nReste \u00e0 savoir si cette marge de man\u0153uvre sera convertie en levier politique \u2013 ou si les entreprises, \u00e0 force de courir apr\u00e8s leurs int\u00e9r\u00eats imm\u00e9diats, ne finiront pas par affaiblir collectivement la position de l\u2019Europe.<\/p>\n<p>Le r\u00e9veil des march\u00e9s : capitaux en mouvement<\/p>\n<p>Ce r\u00e9alignement strat\u00e9gique ne se lit pas seulement dans les discours politiques ou les d\u00e9cisions d\u2019investissement industriel : il s\u2019incarne aussi, tr\u00e8s concr\u00e8tement, dans les mouvements de capitaux. Les derniers chiffres publi\u00e9s lundi 21 avril par ZoneBourse confirment une inflexion spectaculaire dans les pr\u00e9f\u00e9rences des investisseurs. Les fonds d\u2019actions europ\u00e9ens ont attir\u00e9 plus de 11 milliards de dollars nets en une semaine, pendant que les fonds am\u00e9ricains subissaient des retraits de plus de 10 milliards. En parall\u00e8le, les flux se sont aussi intensifi\u00e9s vers l\u2019Asie, qui capte pr\u00e8s de 3,6 milliards de dollars d\u2019achats nets sur la m\u00eame p\u00e9riode.<\/p>\n<p>L\u2019imposition de droits de douane \u00e9lev\u00e9s par les \u00c9tats-Unis a provoqu\u00e9 une onde de choc boursi\u00e8re au d\u00e9but du mois, notamment en Europe, mais l\u2019annonce d\u2019un moratoire de 90 jours sur les mesures de r\u00e9torsion semble avoir rassur\u00e9 les march\u00e9s, amor\u00e7ant un rebond partiel. Dans ce contexte mouvant, les investisseurs fuient les secteurs historiquement porteurs \u2014 sant\u00e9, tech \u2014 et se replient massivement vers des v\u00e9hicules \u00e0 court terme et peu risqu\u00e9s. Les fonds obligataires mondiaux ont ainsi connu des sorties nettes proches de 20 milliards de dollars. Seuls les fonds obligataires am\u00e9ricains \u00e0 court terme tirent leur \u00e9pingle du jeu, avec plus de 7 milliards d\u2019entr\u00e9es nettes, signe d\u2019une demande de s\u00e9curit\u00e9 pure.<\/p>\n<p>Une Europe \u00e0 la crois\u00e9e des blocs<\/p>\n<p>Ce r\u00e9alignement financier donne une traduction imm\u00e9diate \u00e0 ce que BNP Paribas et d\u2019autres \u00e9conomistes pressentaient d\u00e9j\u00e0 : l\u2019Europe, si elle sait jouer ses cartes, pourrait bien sortir renforc\u00e9e d\u2019un monde devenu plus fragment\u00e9, mais aussi plus pr\u00e9visible dans ses logiques de blocs. Les entreprises, elles, ont d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 \u00e0 s\u2019adapter. Les march\u00e9s financiers sont en train de leur embo\u00eeter le pas.<\/p>\n<p><strong>En r\u00e9sum\u00e9<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li>Malgr\u00e9 les tensions entre le gouvernement fran\u00e7ais et les grandes entreprises concernant les investissements aux \u00c9tats-Unis, les groupes comme LVMH, Schneider Electric et CMA CGM maintiennent leurs projets am\u00e9ricains.<\/li>\n<li>Les \u00c9tats-Unis red\u00e9finissent leur position commerciale avec des tarifs douaniers \u00e9lev\u00e9s, visant une souverainet\u00e9 industrielle cibl\u00e9e, ce qui entra\u00eene des effets d\u00e9sinflationnistes mondiaux et une contraction de la demande.<\/li>\n<li>Les flux de capitaux montrent un r\u00e9alignement strat\u00e9gique, avec un int\u00e9r\u00eat accru pour les fonds d&rsquo;actions europ\u00e9ens et asiatiques, tandis que les investisseurs fuient les secteurs traditionnels et recherchent des actifs \u00e0 court terme et peu risqu\u00e9s.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Depuis la publication du papier de l\u2019AFP, dimanche 21 avril, sur les tensions entre grandes entreprises fran\u00e7aises et&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":43619,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1888],"tags":[11,1777,674,1011,27,12,626,25],"class_list":{"0":"post-43618","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-paris","8":"tag-actualites","9":"tag-eu","10":"tag-europe","11":"tag-fr","12":"tag-france","13":"tag-news","14":"tag-paris","15":"tag-republique-francaise"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/114380919493475148","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/43618","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=43618"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/43618\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/43619"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=43618"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=43618"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=43618"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}