{"id":4399,"date":"2025-04-05T07:21:07","date_gmt":"2025-04-05T07:21:07","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/4399\/"},"modified":"2025-04-05T07:21:07","modified_gmt":"2025-04-05T07:21:07","slug":"80-ans-de-nice-matin-angelo-rinaldi-de-la-redaction-locale-a-lacademie-francaise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/4399\/","title":{"rendered":"80 ans de Nice-Matin: Angelo Rinaldi, de la r\u00e9daction locale \u00e0 l&rsquo;Acad\u00e9mie fran\u00e7aise"},"content":{"rendered":"<p>C\u2019\u00e9tait au cr\u00e9puscule des ann\u00e9es quatre-vingt-dix. Interrog\u00e9 sur son \u00e9ventuelle candidature \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, Angelo Rinaldi avait \u00e9clat\u00e9 de rire\u2005: \u00ab\u00a0Cher ami, je suis Corse. Jamais je ne me pr\u00e9senterai \u00e0 une \u00e9lection pour laquelle je ne ma\u00eetrise pas les listes \u00e9lectorales et les feuilles d\u2019\u00e9margement\u2005!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Puis vint l\u2019ann\u00e9e 2002. Et l\u2019\u00e9lection, quai Conti, du fils du berger insulaire (1). Le m\u00eame qui, 46 ans plus t\u00f4t \u00e0 Bastia, avait \u00e9chou\u00e9 au bac pour une mauvaise note en composition fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Avant de devenir un critique redout\u00e9 \u2013 \u00e0 L\u2019Express, au Point, au Nouvel Observateur \u2013, responsable du Figaro Litt\u00e9raire et \u00e9crivain reconnu (Prix Femina 1971), Rinaldi fit ses d\u00e9buts \u00e0 Nice-Matin. En Corse, d\u2019abord, puis dans la capitale azur\u00e9enne jusqu\u2019en 1969. Ces ann\u00e9es-l\u00e0 ont marqu\u00e9 sa vie. Nous l\u2019avions rencontr\u00e9 en 2012. Depuis son exil parisien o\u00f9, disait-il, \u00ab\u00a0il fait un froid de gueux\u00a0\u00bb, il se replongeait dans ses souvenirs.<\/p>\n<p><strong>Quand avez-vous d\u00e9couvert Nice\u2005?<\/strong><\/p>\n<p>Ce devait \u00eatre en 1961. J\u2019avais 21 ans, une amie m\u2019a dit que Nice-Matin recrutait. Je me suis pr\u00e9sent\u00e9 au si\u00e8ge du journal, sur l\u2019avenue de la Victoire, o\u00f9 l\u2019on m\u2019a pris comme \u00ab\u2005journaliste stagiaire\u2005\u00bb. Vers 1964 ou 65, j\u2019ai demand\u00e9 \u00e0 rejoindre le continent. Et je suis arriv\u00e9 \u00e0 la r\u00e9daction locale de Nice.<\/p>\n<p><strong>Vous \u00e9tiez attach\u00e9 \u00e0 une rubrique\u2005?<\/strong><\/p>\n<p>Non. Comme les autres journalistes, je traitais tous les sujets. Notamment les faits divers. J\u2019ai souvent \u00e9t\u00e9 \u00ab\u2005de Juliette\u2005\u00bb, charg\u00e9 d\u2019\u00e9couter la radio des pompiers et de la police. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, les conversations n\u2019\u00e9taient pas crypt\u00e9es\u2005; il suffisait de se brancher sur la bonne fr\u00e9quence pour tout entendre. [Il sourit] C\u2019est ainsi que je me suis trouv\u00e9, un jour, dans l\u2019appartement d\u2019un pendu avant que les secours ne viennent le d\u00e9crocher\u2005!<\/p>\n<p><strong>Vous gardez de bons souvenirs de cette exp\u00e9rience\u2005?<\/strong><\/p>\n<p>De ce fait pr\u00e9cis, pas vraiment\u2005! [Il \u00e9clate de rire] En revanche, je conserve d\u2019excellents souvenirs de mes coll\u00e8gues ni\u00e7ois. Le travail \u00e9tait difficile\u2005: c\u2019\u00e9tait une besogne ingrate, mal pay\u00e9e, sans horaires\u2005! Mais l\u2019ambiance au sein de notre \u00e9quipe \u00e9tait excellente. Nous avions tous le m\u00eame \u00e2ge. Je me souviens du rire tonitruant de Roger-Louis Bianchini, des plaisanteries d\u2019Andr\u00e9 Lucchesi. Il y avait aussi Robert Magnaldo, Jean Brua, Maurice Huleu, Charles Guerrin\u2026 Des gens de grands talents qui, tous, auraient pu faire une carri\u00e8re \u00e0 Paris s\u2019ils l\u2019avaient voulu.<\/p>\n<p><strong>Vos relations avec les \u00e9lus\u2005?<\/strong><\/p>\n<p>Vous savez, la Corse m\u2019avait habitu\u00e9 aux clans. C\u2019\u00e9tait l\u2019\u00e9poque M\u00e9decin\u2026 Je n\u2019ai rien vu qui m\u2019ait surpris. \u00c0 Bordeaux, \u00e0 Marseille, c\u2019\u00e9tait exactement la m\u00eame chose\u2005!<\/p>\n<p><strong>Mai 1968\u2005?<\/strong><\/p>\n<p>Oh\u2026 Ce n\u2019\u00e9tait pas une p\u00e9riode facile. La direction du journal n\u2019\u00e9tait pas r\u00e9put\u00e9e pour ses sympathies gauchistes. Et moi, j\u2019\u00e9tais pr\u00e9sident de la section locale du SNJ [Syndicat national des journalistes, Ndlr]. C\u2019\u00e9tait plut\u00f4t tendu. J\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 celui que je suis\u2005: pas tr\u00e8s b\u00e9ni oui oui\u2026<\/p>\n<p><strong>Vous int\u00e9ressiez-vous, d\u00e9j\u00e0, \u00e0 la critique litt\u00e9raire\u2005?<\/strong><\/p>\n<p>Oui, j\u2019ai fait quelques papiers \u2013 dont l\u2019un des premiers sur Max Gallo (2) qui, bien plus tard, a si\u00e9g\u00e9 \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise\u2005! C\u2019\u00e9tait un espace de libert\u00e9\u2005: la litt\u00e9rature \u00e9tait prot\u00e9g\u00e9e par l\u2019indiff\u00e9rence du patron.<\/p>\n<p><strong>Qu\u2019avez-vous appris \u00e0 Nice\u2005?<\/strong><\/p>\n<p>Tout\u2005! Le journalisme local vous offre un concentr\u00e9 de vie, bien plus que la presse parisienne. On est en prise directe avec la cit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Quand avez-vous d\u00e9cid\u00e9 de partir\u2005?<\/strong><\/p>\n<p>Mon premier roman publi\u00e9 en 1969, La Loge du gouverneur (Prix F\u00e9n\u00e9on 1970), a eu un certain retentissement. Je me suis dit qu\u2019il \u00e9tait temps de larguer les amarres, d\u2019aller voir ailleurs si je voulais encore progresser. J\u2019avais le sentiment d\u2019avoir fait le tour de ce que la ville pouvait m\u2019offrir.<\/p>\n<p><strong>Vous \u00eates revenu \u00e0 Nice\u2005?<\/strong><\/p>\n<p>Deux ou trois fois, pas davantage. \u00c0 chaque fois, j\u2019ai eu l\u2019impression de retrouver les lieux comme si je n\u2019\u00e9tais jamais parti.<\/p>\n<p>1. Le p\u00e8re d\u2019Angelo, Pierre-Fran\u00e7ois Rinaldi, fut un r\u00e9sistant de la premi\u00e8re heure. Arr\u00eat\u00e9, intern\u00e9, tortur\u00e9 par l\u2019occupant italien, il est mort alors que son fils n\u2019avait que dix ans.<\/p>\n<p>2. N\u00e9 le 7 janvier 1932 \u00e0 Nice et mort le 18 juillet 2017 \u00e0 Vaison-la-Romaine, \u00e9crivain, historien et homme politique fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>            \u00ab\u00a0Il n\u2019\u00e9tait pas fait pour l\u2019ingrat travail d\u2019un localier\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En novembre 2002, \u00e0 l\u2019occasion de la r\u00e9ception d\u2019Angelo Rinaldi quai Conti, le journaliste Charles Guerrin adresse \u00e0 l\u2019\u00e9crivain Jean-Fran\u00e7ois Deniau quelques \u00e9l\u00e9ments historiques sur le passage du nouvel acad\u00e9micien \u00e0 Nice-Matin. Voici un court extrait de ce texte savoureux qui, jusqu\u2019\u00e0 ce jour, n\u2019avait jamais \u00e9t\u00e9 publi\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il n\u2019\u00e9tait pas fait \u2013 c\u2019\u00e9tait pour nous une \u00e9vidence \u2013 pour l\u2019ingrat travail d\u2019un \u2018\u2018localier\u2019\u2019 de la presse r\u00e9gionale, f\u00fbt-ce sur la C\u00f4te d\u2019Azur, o\u00f9 les soir\u00e9es culturelles sont plus fr\u00e9quentes que les comices agricoles. [Mais] y avait-il, pour un jeune homme plus gav\u00e9 de lectures que riche d\u2019exp\u00e9riences v\u00e9cues, meilleur poste d\u2019observation que la r\u00e9daction d\u2019un quotidien local pour engranger images, caract\u00e8res et situations propres \u00e0 nourrir une \u0153uvre\u2005? [&#8230;]<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019annonce d\u2019une assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale d\u2019anciens combattants, le compte rendu d\u2019un banquet de boulistes, la collecte des \u2018\u2018mains courantes\u2019\u2019 dans les commissariats de quartier\u2026 toutes ces corv\u00e9es du journalisme local furent le pain quotidien de Rinaldi, pendant la plus grande part des ann\u00e9es qu\u2019il fut \u00e0 Nice-Matin.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0S\u2019il n\u2019y prenait pas, on s\u2019en doute, de plaisir, il les acceptait avec une sorte de sto\u00efcisme qui n\u2019excluait pas une certaine forme d\u2019int\u00e9r\u00eat, de curiosit\u00e9 pour ces \u2018\u2018tranches de vie\u2019\u2019, ces sc\u00e8nes du petit th\u00e9\u00e2tre provincial qu\u2019apr\u00e8s tout, ces \u2018\u2018services\u2019\u2019 inscrits au tableau journalier des \u2018\u2018localiers\u2019\u2019, r\u00e9servaient \u00e0 l\u2019observateur infatigable qu\u2019il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0. Au reste, il ne b\u00e2clait jamais. [&#8230;] Il faudrait aussi \u00e9voquer le Rinaldi assidu, par obligation professionnelle, des audiences du palais de Justice de Nice. [&#8230;]<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0De ce petit th\u00e9\u00e2tre de la correctionnelle ou de la cour d\u2019assises, notre ami ramenait des chroniques ni doloristes, ni moralisantes, occasions de petits portraits vivement trouss\u00e9s, pimentant au besoin l\u2019ordinaire de l\u2019audience par d\u2019amusants apart\u00e9s. D\u2019ailleurs, bien souvent, au d\u00e9tour d\u2019un billet d\u2019apparence anodine, notre ami savait rappeler ses racines, non pas ethniques mais sociales\u2005: \u2018\u2018Les pauvres d\u2019hier avaient au moins l\u2019avantage de cette \u00e9l\u00e9gante maigreur que les riches d\u2019aujourd\u2019hui ont tant de peine \u00e0 pr\u00e9server des atteintes du bien-\u00eatre\u2019\u2019. Ce qui n\u2019\u00e9tait pas toujours du go\u00fbt de sa hi\u00e9rarchie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>              <img ci-src=\"https:\/\/www.nicematin.com\/histoire\/Image+Rinaldi+Maison+des+Atlantes-UqmPDLjm.jpg?ci_seal=d55e2bc6b6\" alt=\"\"\/><br \/>\n        Angelo Rinaldi au d\u00e9but des ann\u00e9es soixante-dix, peu de temps apr\u00e8s son d\u00e9part de \u00ab\u00a0Nice-Matin\u00a0\u00bb. <strong>Photo AFP.<\/strong> <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"C\u2019\u00e9tait au cr\u00e9puscule des ann\u00e9es quatre-vingt-dix. 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